Le dogue allemand () est une race de chien molossoïde à poil court, originaire d'Allemagne, classée par la Fédération cynologique internationale (FCI) dans le groupe 2, section 2.1, sous le standard N°235. Il est également connu sous le nom de grand danois () dans l'usage anglophone et nord-américain. C'est l'une des plus grandes races de chiens au monde, souvent surnommée « l'Apollon des chiens ».

Origines et histoire

Le dogue allemand est une race d'origine allemande. Son nom français « grand danois » — et son équivalent anglais — vient de l'appellation « Le Grand Danois » employée par Buffon dans le tome V de son Histoire naturelle (1755). Cette dénomination, forgée pour désigner les grands chiens de type dogue d'Europe du Nord, s'est maintenue dans l'usage anglophone et nord-américain malgré l'absence de tout lien historique entre la race et le Danemark. En Allemagne, la race est toujours désignée sous son nom officiel . Dans le stud book anglais, la dénomination German Boarhound n'est remplacée par Great Dane qu'en 1894Haas, S. William (2003). Great Dane: A Comprehensive Guide to Owning and Caring for Your Dog. Kennel Club Books. ..

Formation de la race (–)

Les tentatives de rattacher la race à des types de chiens antiques ou médiévaux, parfois évoquées dans la littérature cynophile du (notamment l'hypothèse d'une descendance des introduits en Europe au par les Alains), restent incertaines ; la comparaison des ADN mitochondriaux de diverses races n'a pas confirmé de lien avec le dogue du Tibet. Le standard FCI identifie comme ancêtres directs de la race l'ancien Bullenbeißer ainsi que les Hatz- et Saurüden (chiens de chasse et de vautrait), intermédiaires entre le mâtin de type anglais et le lévrier.

L'histoire du dogue allemand est continue depuis le début du . À cette époque, la noblesse européenne importa d'Angleterre et d'Irlande de grands chiens puissants issus de croisements du mâtin anglais avec le lévrier irlandais : on les désignait en Allemagne sous le nom d' (ou Dogge) ou d' — soit simplement « chien anglais »Beckmann, Ludwig (1895). Geschichte und Beschreibung der Rassen des Hundes [Histoire et description des races de chiens]. Vol. 2, p. 6–7. Brunswick. Disponible sur archive.org.. Dès le début du , ces chiens étaient élevés dans les cours princières germaniques de manière indépendanteTäntzer, Johann (1682). « Von den Englischen Hunden ». In Jagdbuch oder der Dianen hohe und niedrige Jagdgeheimnisse. Copenhague. Cité dans Beckmann (1895), p. 7..

Utilisés pour la chasse à l'ours, au sanglier et au cerf, les plus beaux spécimens servaient également de (chiens de chambre), protégeant les princes pendant leur sommeil depuis leur litière de pelages ou de peaux d'ours, parés de colliers de velours vert à lettres d'argent pour les premiers, de velours rouge à lettres de laiton pour les secondsFlemming, Johann Friedrich von (1719). « Von denen Englischen Docken ». In Der vollkommene teutsche Jäger. Leipzig. Vol. 1, p. 169–170. Digitalisat : diglib.hab.de.. Lors des chasses au sanglier, les dogues portaient une cuirasse de tissu rembourré renforcée de fanons de baleine sur le ventre pour se protéger des défensesTäntzer, Johann (1731). Der Dianen hohe und niedere Jagdgeheimnüß. Leipzig : Weidmannsche Verlagsbuchhandlung. Vol. 3, p. 136..

Ces chiens portent différents noms selon les régions germaniques : (arlequin, Wurtemberg), (bleu et fauve, régions du Nord), (chien de vautrait) ou (chien courant), ou encore , ces appellations classant les chiens d'après la couleur et la taille.

Bismarck et le « Reichshund »

Otto von Bismarck possède des dogues allemands tout au long de sa vie. Il aurait emmené une dogue blonde nommée Ariel lors de ses études de droit à l'université de Göttingen dès 1832. Son préféré, Sultan, lui est offert par le comte bavarois Holnstein ; à la mort de Sultan le , il ne peut être consolé que par le don d'un nouveau dogue du même comte, Tyras. Lors du congrès de Berlin de juillet 1878, Tyras attaque le chancelier russe Gortchakov et lui déchire le pantalon. Le journal satirique Kladderadatsch publie le le poème (« Au chien de l'Empire ») — qui identifie à tort le chien comme Sultan, déjà mort à cette date. Tyras meurt le ; l'empereur Guillaume II offre alors à Bismarck un second dogue nommé Tyras II, qui sera le modèle du chien figurant sur plusieurs monuments dédiés au chancelier. Le terme s'étend par la suite à la race en généralPflanze, Otto (1990). Bismarck and the Development of Germany. Vol. III. Princeton University Press. . .. Le peintre Wilhelm Trübner (1851–1917) renforce aussi la notoriété de la race en représentant fréquemment son dogue Caesar dans des portraits parfois ironiques.

Unification de la race et premier standard (1863–1897)

Sur la première grande exposition canine allemande, organisée à Hambourg en 1863, huit dogues sont présentés comme « danois » et sept comme . Ce classement se reproduit lors d'une exposition à Altona en 1869, bien qu'aucun de ces chiens ne soit d'origine danoise. C'est à l'occasion d'une exposition à Hambourg en 1876 que les juges proposent aux éleveurs des deux variantes de s'entendre sur le nom commun de Beckmann, Ludwig (1895). Geschichte und Beschreibung der Rassen des Hundes. Vol. 2, p. 14. Archive.org..

En 1878, un comité de sept éleveurs et juges réuni à Berlin sous la présidence du Bodinus, directeur du zoo de Berlin, décide de regrouper toutes les variétés précitées sous le nom de « Deutsche Dogge », posant ainsi la base d'une race allemande autonome. Le premier standard est rédigé à l'occasion de l'exposition de Berlin en 1880. Le (DDC) est fondé à Berlin le ; il se présente comme le premier club de race canine d'Allemagne. Il assure la garde du standard depuis 1888, publie en 1891 le standard qui constitue le socle du standard FCI N°235, et ouvre en 1897 le premier livre des origines avec 538 entrées.

Développement international

La Fédération cynologique internationale, créée en 1911, reprend le standard de la race sous le numéro 235. En France, le Doggen Club de France (DCF), association loi de 1901, gère la race depuis sa fondation en Alsace le , affilié à la SCC et à la FCI. L' (Association of European Deutsche Doggen Clubs) regroupe les clubs nationaux depuis sa fondation le à Bensheim ; le DDC en est membre fondateur.

Le standard FCI N°235 a été révisé le (publication par la FCI le ), introduisant notamment la reconnaissance officielle du gris bigarré (merle) comme variété de plein droit. La version de référence du standard est la version allemande, les versions française et anglaise n'en étant que des traductions.

Effectifs et popularité

Race à effectifs modestes mais à forte notoriété, le dogue allemand connaît depuis une vingtaine d'années un recul marqué de ses inscriptions dans les livres d'origines européens.

France : inscriptions au Livre des origines français (LOF) en 2024 et en 2025 (+3 %), pour 155 confirmations en 2025. Allemagne : les deux clubs affiliés au VDH (Deutscher Doggen Club et Kynologische Gesellschaft für Deutsche Doggen) n'ont enregistré que 663 chiots en 2022, contre en 2012 (−55 %), soit le niveau le plus bas depuis 1946 selon l'association IG Gesunde Deutsche Dogge, qui compile les statistiques du VDH. Suisse et Autriche : 46 chiots (6 portées) au Schweizerischer Club für Deutsche Doggen et 36 chiots (4 portées) à l'Österreichischer Doggenklub en 2022. Autres pays européens : environ 200 à 250 chiots par an en Suède sur les années récentes, 196 dogues enregistrés aux Pays-Bas et 102 chiots en Finlande en 2022.

Description

Aspect général

Le standard décrit le dogue allemand comme « l'Apollon des chiens », réunissant dans un ensemble noble une grande construction, une puissance et une élégance ; il ne doit être ni lourd ni exagérément élégant. Le corps s'inscrit dans un format presque carré : la longueur du tronc ne doit pas dépasser de plus de 5 % la hauteur au garrot chez les mâles, ni de plus de 10 % chez les femelles. Le dimorphisme sexuel est marqué.

Taille et poids

Le standard FCI N°235 fixe une hauteur au garrot minimale de chez les mâles et de chez les femelles, sans plafond strict ; il ne précise aucune valeur de poids. La pratique cynologique en pays FCI fixe néanmoins implicitement une fourchette haute idéale d'environ chez les mâles et chez les femelles.

En l'absence de valeurs officielles, la référence académique vétérinaire en pays germanophones est l'ouvrage de Helmut Meyer et Jürgen Zentek sur la nutrition du chienMeyer, Helmut ; Zentek, Jürgen (2005). Ernährung des Hundes : Grundlagen, Fütterung, Diätetik. Stuttgart : Parey. ., qui retient un poids adulte de référence de chez les mâles et de chez les femelles pour le dogue classiqueFüglistaller, Sandra (Diss.). Untersuchungen zur Ernährung von Welpen und Junghunden grosser und sehr grosser Rassen. Vetsuisse-Fakultät – Université de Zurich.. Selon la même source, le poids de naissance moyen d'un dogue allemand est de .

Dans la pratique, les sources cynologiques allemandes rapportent des poids adultes situés entre chez les mâles et entre chez les femelles. Une tendance récente, parfois qualifiée d'« hypertype », résulte de la sélection de sujets plus massifs pouvant dépasser chez les mâles ; cette dérive est critiquée en raison de ses conséquences sanitaires (affections cutanées, palpébrales et locomotrices).

Records de taille

Plusieurs records mondiaux Guinness du chien le plus haut au garrot ont été détenus par des dogues allemands.

Gibson, dogue arlequin de Grass Valley en Californie, détenteur du record en 2004 (), meurt le d'un ostéosarcome après amputation d'une patte. Giant George, dogue allemand bleu mesurant et pesant , détient le titre brièvement en 2010. Zeus (2008–2014), d'Otsego (Michigan), mesurant au garrot, lui succède et demeure à ce jour le chien le plus grand jamais homologué par le Guinness. Freddy (2012–2021), dogue de Leigh-on-Sea (Essex, Angleterre), mesurant , détient le titre de chien vivant le plus grand de 2016 à sa mort le . Un second dogue nommé Zeus (2019–2023), de Bedford (Texas), mesurant , détient ensuite le titre du chien vivant le plus grand avant sa mort le , des suites d'une pneumonie consécutive à l'amputation d'un membre atteint d'un cancer osseux. Kevin, dogue de West Des Moines (Iowa) mesurant , reçoit le titre en juin 2024 et meurt quelques jours plus tard, à l'âge de trois ans, des suites d'une intervention chirurgicale imprévue. Reginald dit Reggie, dogue arlequin d'Idaho Falls (Idaho) né en septembre 2017, est homologué chien vivant le plus grand (mâle) avec au 27 janvier 2025. Minnie, dogue noire et blanche de Ledyard (Connecticut), est homologuée chienne vivante la plus grande (femelle) en juin 2025, avec environ au garrot, titre rendu public en janvier 2026.

La fréquence des décès précoces parmi ces détenteurs de records (ostéosarcome, complications chirurgicales) illustre les problèmes de santé liés au gigantisme dans la race (voir Santé).

Tête

La tête est allongée, étroite, expressive, délicatement ciselée sous les yeux, jamais cunéiforme. Les lignes supérieures du crâne et du chanfrein sont parallèles, le stop nettement prononcé ; la distance du bout de la truffe au stop et celle du stop à l'occiput doivent être aussi égales que possible (rapport 1 : 1). La truffe est noire chez la plupart des sujets, anthracite chez les bleus, et peut être ladrée chez les arlequins. La denture complète comporte 42 dents articulées en ciseaux. Les yeux, en amande et aussi foncés que possible, sont admis clairs ou vairons chez les arlequins et, depuis la révision FCI de 2024, chez les sujets gris bigarrés.

Robes et couleurs

Le standard FCI N°235 révisé en 2024 reconnaît officiellement les variétés suivantes :

Fauve et bringé