Ueli Steck est un alpiniste suisse, né le à Langnau im Emmental (Suisse) et mort le au Népal sur les pentes du Nuptse. Il est connu pour ses ascensions notables dans les Alpes et en Himalaya et la médiatisation de ses records de vitesse, par exemple sur les faces nord de l'Eiger ou du Cervin.

À la manière de l'alpiniste tyrolien Reinhold Messner dans les années 1970 et 1980, Ueli Steck a fortement influencé le milieu de l'alpinisme extrême des années 2000 et 2010. Connu pour suivre un entraînement drastique, il a popularisé la recherche de la vitesse comme gage de sécurité – notamment en Himalaya –, conception initiée par Erhard Loretan notamment.

Biographie Ueli Steck est né le à Langnau dans le canton de Berne. Il est le cadet d'une fratrie de trois enfants. Enfant, il joue pendant de longues années au hockey sur glace avec ses frères, encouragé par leur père.

Toutefois, c'est à l'âge de 12 ans qu'il découvre sa passion pour l’escalade. Un ami de ses parents l'emmène faire une course d'initiation sur la Schrattenfluh, dans le canton de Lucerne. Le jeune Bernois grimpe en tête et surmonte les difficultés proposées (difficulté de degré 4 environ). Les années suivantes, il se consacre de plus en plus aux sports de montagne. Il continue de grimper avec cet ami puis s'inscrit au Club alpin suisse et passe ses moments de loisirs à réaliser différentes courses en montagne. Il trouve dans ces activités un rapport direct à la nature et à la vie.

À l'adolescence, Ueli Steck décide de commencer un apprentissage de charpentier. Son choix est alors fortement inspiré par l'exemple des grimpeurs plus âgés qui l'entourent et qui ont eux-mêmes suivi cette voie. Il obtient son diplôme à 18 ans.

vignette|Vue de la face nord de l'Eiger et de l'arête Mittellegi depuis Grindelwald.

À l'âge de 18 ans, il commence à se faire connaître dans le milieu de l'alpinisme en réalisant ses premières ascensions alpines notables. Il gravit ainsi le pilier ouest du Wetterhorn en 1994 puis la voie classique de la face nord de l'Eiger (voie Heckmair) l'année suivante. Fasciné par cette paroi qu'il gravira à de nombreuses reprises, Ueli Steck s'installe à Grindelwald d'où il peut voir cette face.

De 1995 à 2000, Ueli Steck poursuit sa progression, principalement dans les Alpes bernoises. Il se spécialise dans les solos et gravit différentes voies extrêmes sur la face nord de l'Eiger et le Mönch.

thumb|alt=Tracé de la voie ouverte par Ueli Steck et Ueli Bühler sur la face ouest du Pumori dans la chaîne de l'Hymalaya|right|Voie ouverte par Ueli Steck et Ueli Bühler sur la face ouest du Pumori (Himalaya).

L'année 2001 marque un tournant pour l'alpiniste suisse qui se fait remarquer loin des montagnes suisses. Il réalise une ascension hivernale de l'éperon Walker sur la face nord des Grandes Jorasses dans le massif du Mont-Blanc et participe à une expédition himalayenne sur le Pumori où il ouvre une voie extrême dans la face ouest avec Ueli Bühler..

À partir de 2002, il réalise plusieurs ascensions avec Stephan Siegrist : « » (2002) et « » (2003) sur la face nord de l'Eiger, puis ils enchaînent les 3 faces nord de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau en 25 heures (2004).. En 2005, il réalise la première ascension en solo de la face nord du Cholatse () et de la face ouest du Tawoche ()..

Durant l'été 2004, Ueli Steck réalise un solo majeur en escalade sur rocher en gravissant la voie Excalibur (difficulté VII / 6b) dans le massif des Wendenstöcke.

Au mois de , en pleine préparation de leur excursion à la face sud de l'Annapurna dans l'Himalaya et après une première tentative avortée, Ueli Steck et Simon Anthamatten doivent arrêter brusquement leurs préparatifs pour partir sauver un alpiniste espagnol. L'équipe de Iñaki Ochoa de Olza a dû renoncer à sa tentative d'atteindre le sommet de l'Annapurna et c'est lors de leur descente qu'Ochoa s'effondre à terre. Ayant reçu un appel de détresse, Steck et Anthamatten partent immédiatement de leur camp de base vers le camp à où se trouvait Ochoa, soigné par son collègue roumain Horia Colibasanu. En raison des conditions météorologiques difficiles et des risques d'avalanches, les Suisses ont grimpé deux jours avant d'atteindre le camp d'Ochoa. Une fois là-bas, Colibasanu, qui souffrait de problèmes de santé lui-même, a quitté le camp pour descendre avec Anthamatten sur le camp de base à . Steck est resté pour soigner Ochoa. Une équipe de sauvetage était rassemblée mais les conditions météorologiques défavorables ont empêché les sauveteurs d'atteindre le camp où Ochoa et Steck demeuraient. Un hélicoptère de sauvetage ne pouvant pas être utilisé à si haute altitude, Ochoa est malheureusement décédé le . Steck est resté avec lui jusqu'à la fin, et ce n'est que le samedi qu'il est retourné au camp de base où Anthamatten et les autres sauveteurs l'ont attendu.

Durant l'année 2008, l'alpiniste réalise plusieurs performances chronométriques sur les faces nord mythiques des Alpes : l'Eiger, le Cervin et les Grandes Jorasses.. En février, il réalise un premier record sur une voie classique de l'Eiger (en ) puis parcourt la voie Bonatti au Cervin en durant le mois de mars. En décembre, il achève ces succès par un record sur la voie Colton McIntyre aux Grandes Jorasses (en ). Il conclut cette série par une trilogie hivernale en solitaire en enchaînant les trois faces nord au mois de . À cette occasion, il gravit la face nord du Cervin en .

Le , Ueli Steck parvient à sa première réalisation d'un himalayen en réussissant à atteindre le sommet du Gasherbrum II () en solo.

Le , Ueli Steck boucle une trilogie de record (Eiger, Grande Jorasse, Cervin) sur face nord en ne mettant que pour atteindre le sommet du Cervin par la voie Schmid. La même année il reçoit le Piolet d'Or 2009 en difficulté technique pour la première ascension de la face nord du Tengkampoche () avec son compatriote Simon Anthamatten..

Quelques mois après sa trilogie hivernale record, il établit un nouveau temps référence pour l'ascension de la face nord des Droites dans le massif du Mont-Blanc. Il réalise sa montée en , améliorant le temps de Christophe Profit de .

Le , Ueli Steck présente , son film sur l'escalade de vitesse lors du festival qui se déroule à Martigny en Suisse..

Le , Ueli Steck réalise une nouvelle ascension record en Himalaya en gravissant la face sud de l'Annapurna I () en solo en Catherine Frammery, L’Annapurna en solo d’Ueli Steck, sans gants et sans photos, site du journal Le Temps, 18 octobre 2013. Cette réalisation est toutefois contestée par certains alpinistes et spécialistes himalayens, Ueli Steck ne pouvant apporter une preuve photographique ou GPS de son ascension après la perte de son matériel lors d'une petite avalanche.

Au printemps 2017, Ueli Steck rejoint le camp de base de l'Everest en vue de réaliser un nouveau projet : la traversée Everest - Lhotse sans oxygène. Il veut grimper l'Everest par le couloir Hornbein de la face nord, une ascension très peu pratiquée et difficile.. Cet enchaînement serait inédit. Le , au cours d'une ascension d'acclimatation, il chute et se tue sur les pentes du Nuptse.

Alpinisme extrême

Approche du speed-climbing Pour Ueli Steck, la pratique du solo et son approche la plus extrême, le speed-climbing, ne se définit pas par la recherche de records pour eux-mêmes. De son point de vue, la vitesse permet aux alpinistes de limiter leur temps d'exposition à certains risques comme les avalanches ou les chutes de pierre. Il fait remarquer que cette pratique s'inscrit dans une approche de la gestion de risques : pour limiter des risques objectifs (venant de l'environnement naturel), le speed-climbing accepte une augmentation des risques subjectifs (venant de l'alpiniste).

Records de vitesse en alpinisme Contrairement à l'image médiatique, la pratique du speed-climbing et des records de vitesse en paroi n'est pas un développement souhaitable de l'alpinisme pour Ueli Steck. Il défend en effet l'idée que la variabilité des conditions environnementales, que ce soit sur les plans météorologiques, nivologiques, glaciaires, rocheux biaise toute véritable comparaison entre les performances des sportifs.

Surtout, il estime que la course aux records ne peut mener qu'à l'augmentation de la prise de risques des athlètes, cela à des niveaux au-delà du raisonnable. Ueli Steck explique en effet qu'arrivé à un certain niveau de performances physiques et techniques, les alpinistes ne peuvent plus gagner du temps autrement qu'en prenant davantage de risques que ce que leur niveau permet.

Dans cette optique, les records de vitesse deviennent donc des objectifs strictement personnels pour les alpinistes. Ils leur permettent de mesurer leurs performances et leur progression en paroi.

Speed climbing et assurage

Sur le plan technique, le développement du speed-climbing implique l'évolution de certaines manipulations de corde. Comme le grimpeur bernois le fait remarquer, les grandes parois alpines présentent des parties dont la technicité et l'engagement peuvent rendre le solo intégral trop risqué. Les alpinistes peuvent estimer que le risque de chute est en effet trop élevé pour se passer d'une technique d'assurage.

Lors des ouvertures en solitaire, les alpinistes extrêmes utilisent une technique d'auto-assurage qui implique un aller-retour entre les relais pour décrocher la corde du relais du bas. Soucieux d'éviter ces déplacements supplémentaires et d'améliorer la vitesse d'ascension, Ueli Steck modifie une partie des manipulations de l'auto-assurage afin de pouvoir récupérer la corde depuis le relais du haut. Cette technique présente toutefois davantage de risques en cas de chute, en raison notamment de la forte augmentation de la longueur de chute.

Réalisations alpines et himalayennes majeures Speed climbing Réalisations majeures et records dans les Alpes Face nord de l'Eiger

Ascension de 2007 en solo : vignette|Face nord de l'Eiger (3970m) depuis la Kleine Scheidegg. En , les conditions météorologiques qui règnent sur les Alpes bernoises sont très bonnes : le temps est beau, stable et les températures sont clémentes. De plus, des chutes de neige humide importantes en janvier ont permis de constituer une couche de glace dure sur la face nord de l'Eiger lors du gel nocturne. Les conditions d'ascension de cette paroi sont donc propices à la réalisation d'une montée rapide. Ueli Steck décide alors de tenter une ascension rapide de la voie Heckmair et de se confronter aux temps réalisés par l'Autrichien Thomas Bubendorfer ( en 1983) et le Tyrolien Christoph Hainz ( en 2003).

Quelques jours après une course dans la face nord avec sa compagne durant laquelle il constate le bon état de la glace, de la roche et des températures, Ueli Steck entame sa tentative le aux alentours de 9h. Les conditions d'ascensions sont bonnes et lui permettent de courir dans les parties neigeuses les moins techniques.

Dans les parties les plus techniques de la voie (trois segments d'environ 15 mètres), Ueli Steck utilise la technique d'auto-assurage qu'il a mise au point. Dans son compte rendu de l'ascension, l'alpiniste bernois explique avoir ressenti une importante fatigue dans les jambes durant la partie finale de la voie. À environ 12h45, il atteint le sommet de l'Eiger, bouclant son ascension de la face nord par la voie Heckmair dans un temps de ..

Ascension de 2008 en solo : Durant les mois qui suivent son ascension record de la face nord de l'Eiger en 2007, Ueli Steck parvient à la conclusion qu'il dispose d'une marge physique et technique pour améliorer son temps. Par ailleurs, il souhaite corriger certains aspects de sa performance qui lui déplaisent. D'autres alpinistes ont d'ailleurs émis certaines réserves comme l'abandon de matériel sur certains relais lors des auto-assurages ou le fait que la trace avait été faite par d'autres cordées les jours précédents, simplifiant l'effort physique à fournir.