Le lycée Jules-Ferry est un établissement public de l'enseignement du second degré français, situé au 77 du boulevard de Clichy, dans le de Paris.
Ouvert en 1913 comme lycée de jeunes filles, le lycée Jules-Ferry est emblématique de l'architecture scolaire de la Troisième République et empreint des principes hygiénistes qui ont présidé à sa conception. Il accueille entre 1917 et 1923 la première classe préparatoire à l'École centrale des arts et manufactures pour jeunes filles de France. Après 1945, il eut pour annexes les actuels lycée Honoré-de-Balzac (1948-1955) et collège Stéphane-Mallarmé (1959-1964). Comme beaucoup de lycées, il accueille un jardin d'enfants (ou ), des classes préparatoires (-) et élémentaires (-), fermés entre 1936 et 1957. Les premiers garçons sont admis dans les classes préparatoires aux grandes écoles au cours des années 1960. Le premier cycle secondaire devient mixte à la rentrée 1975 et le second à la rentrée 1980.
Cité scolaire mixte non partitionnée, le lycée Jules-Ferry comprend un collège, un lycée et des classes préparatoires littéraires.
Histoire
Avant le lycée (1869-1912) En 1869, la congrégation des Dames Zélatrices de la Sainte-Eucharistie achète un terrain situé à l'angle de l'actuel boulevard de Clichy et de la rue de Douai ; elle y bâtit un couvent et une chapelle.
En 1901, la congrégation est dissoute en vertu des dispositions de la loi sur les associations puis, expropriée en vertu des dispositions de la loi de 1904 sur les congrégations enseignantes. Les premières ébauches du projet de lycée remontent à 1906 ; ce projet est ajourné plusieurs fois en raison de la crise des inventaires, consécutive à l'application de la loi de séparation des Églises et de l'État (1905).
Laissée à l’abandon, la chapelle du couvent a servi de cinéma que fréquenta Pablo Picasso..
La première pierre est posée en . Les plans sont l'œuvre de Pierre Paquet, architecte en chef des monuments historiques et ancien architecte diocésain. Camille Boignard réalise les frises peintes qui donnent leurs noms aux salles de classe et qui décorent circulations et bureaux. L'entreprise d'Émile Robert réalise quant à elle la ferronnerie d'art. À son ouverture, le lycée associe de nouveaux bâtiments, construits en forme de V le long de la rue de Douai et du boulevard de Clichy, et un corps de l'ancien couvent.
Les débuts d'un lycée parisien de jeunes filles (1913-1930) vignette|Le lycée dans les années 1910. Les premiers temps (1913-1914) Le lycée ouvre ses portes le avec . Il est inauguré le par Louis Barthou, président du Conseil et ministre de l'Instruction publique, Louis Liard, vice-recteur de l'académie de Paris, Lucien Poincaré, directeur de l'enseignement secondaire au ministère de l'Instruction publique et Jules Ferry.
Dès 1914, avec la collaboration de professeurs du lycée Carnot, une préparation au baccalauréat C (latin-langues) est organisée pour les jeunes filles qui le désirent, même si la sanction officielle de l'enseignement secondaire des jeunes filles demeure jusqu'en 1924 le diplôme de fin d'études secondaires, qui ne permet pas de poursuivre des études supérieures à l'université.
La Première Guerre mondiale (1914-1918) Même si le lycée n'est pas réquisitionné par l'armée, la vie quotidienne est modifiée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale : des œuvres sociales sont créées, des vêtements produits en couture sont envoyés au front ; les matières premières sont financées par les collectes de fonds des élèves du lycée Condorcet et du lycée Voltaire. Anne Amieux, la directrice, organise des enseignements qui visent à permettre aux lycéennes d'aider leurs familles à subvenir à leurs besoins, alors que les pères, les époux et les frères tombent au front.
Malgré la guerre, le lycée est agrandi à deux reprises : l'aile donnant sur la rue de Douai est construite en deux tranches, en 1914-1916 et 1917-1919.
En 1917, Anne Amieux obtient la création d'une classe préparatoire à l'École centrale des arts et manufactures, la première de France pour les jeunes filles. Des professeurs-hommes des lycées Condorcet, Henri-IV, Buffon et Rollin assurent les cours, avec l'aide de Georges Fontené, mathématicien de renom et inspecteur général de l'Instruction publique. Un internat privé dirigé par la directrice est ouvert pour accueillir les candidates, rue Nollet (17e). Au concours 1918, six candidates sont admises, dont Sébastienne Guyot qui poursuivra pendant l'Entre-deux-guerres une carrière d'ingénieure aéronautique et de sportive de haut niveau.
En 1919, les lycéennes organisent une collecte pour offrir un bouquet de fleurs à Georges Clemenceau, victime d'une tentative d'attentat ; la collecte est telle qu'elles lui remettent un stylogramme d'or, utilisé pour signer le traité de paix à la conférence pour la paix de Versailles.
Retour à la vie normale (1919-1930) En 1923, la classe préparatoire à Institut agronomique, à l'École de physique et de chimie de la ville de Paris, à la Manufacture nationale de Sèvres et les jeunes filles sont admises à suivre ces cursus dans les lycées de garçons. Anne Amieux, la directrice, considérait que la formation de femmes ingénieures était un devoir patriotique : il s'agissait de former les cadres qui remplaceraient temporairement les hommes pendant les classes creuses engendrées par la Première Guerre mondiale.
Afin d'accueillir les nouvelles élèves, toujours plus nombreuses, des bâtiments provisoires en bois sont érigés dans les années 1920 afin d'augmenter le nombre de classes ; malgré ces aménagements de fortune, les locaux sont surchargés pendant une grande partie de l'Entre-deux-guerres.
Du lycée d'élite à la démocratisation (1930-1975)
La fin de l'Entre-deux-guerres (1930-1939) En 1928, l'établissement compte et les locaux provisoires édifiés pendant les années 1920 ne suffisent plus pour répondre aux demandes d'inscription. Des travaux sont entrepris en 1931 grâce au crédit de 15 millions de francs alloué par le Parlement dans le cadre du plan d'outillage national décidé par le gouvernement pour relancer l'économie française, gravement atteinte par la crise économique. Les travaux durent cinq ans : le corps de l'ancien couvent est détruit et l'établissement est achevé, prenant la forme d'un losange. La coupole en briques de verre et ciment armé qui coiffe la salle polyvalente est achevée en 1934. Elle présente la particularité de n'être que posée sur un joint de caoutchouc qui se dilate et se rétracte selon la température pour prévenir les fissures. La grande horloge du beffroi qui surplombe la coupole est l'œuvre du ferronnier d'art hongrois Aldabert Szabo. Le gymnase, bâti sur un toit-terrasse, est construit en 1935.
À partir de la rentrée 1930, la gratuité des études est instaurée en commençant par la sixième dans l'enseignement secondaire. La clientèle jusque-là composée de jeunes filles appartenant essentiellement aux classes supérieures de la société s'ouvrent à celles des classes intermédiaires et, dans une bien moindre mesure, des classes modestes. Ainsi, la proportion de filles d'employés parmi les nouvelles élèves inscrites passe de 14,2 à 22 % entre 1930 et 1935.
La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) Au début de la Seconde Guerre mondiale, les classes enfantine et primaires sont fermées et les autres transférées provisoirement au lycée Carnot. À la rentrée 1940, l'établissement rouvre en entier et deux professeurs sont révoquées en application de la loi du 18 octobre 1940 sur le statut des Juifs. Un comité de résistance s'organise progressivement avec des professeures de toutes tendances politiques : Cécile Angrand (Philosophie), Jeanne Gaillard (Histoire-Géographie) sont membres du Front national universitaire (proche du Parti communiste) et Georgette Sers (Histoire-Géographie) aurait appartenu à un réseau gaulliste. En 1944, le comité de résistance compterait une douzaine de professeures.
Sur les répertoriées par l'administration comme étant de confession juive en 1941Archives de la ville de Paris, Livre de classe (1941-1943), 1447W W 230., 25 sont arrêtées puis déportées en lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver. Une plaque commémorative a été apposée en leur mémoire en 2009.
Après la libération, trois professeures sont déférées devant le Comité académique d'épuration de Paris ; la procédure n'aboutit à aucune sanction pour deux d'entre elles, soupçonnées "d'attitude anti-alliée" mais la troisième, professeure d'histoire en classes préparatoires, est déplacée d'office dans un autre département.
L'après-guerre (1945-1975) À partir de 1941, date de la nationalisation des écoles primaires supérieures et de leur érection en collèges, les effectifs de l'enseignement secondaire croissent beaucoup. Le lycée avait d'ailleurs ouvert pendant la guerre des classes de sixième annexe à l'école primaire élémentaire de jeunes filles de la rue Antoinette (18e) et rue des Poissonniers (18e). Entre 1941 et 1958, le nombre d'élèves accueillies par le lycée passe de 1492 à 2290. Afin de réduire les effectifs, une première annexe est créée en 1948 sur le boulevard Bessières ; elle devient indépendante en 1955 sous le nom de lycée Honoré-de-Balzac, une fois les bâtiments achevés. En 1958, une deuxième annexe est ouverte rue de la Jonquière (17e) ; elle devient indépendante en 1964 sous le nom de lycée Stéphane Mallarmé, ultérieurement transformé en collège.
En mai 1968, des lycéennes participent aux mouvements sociaux et l'activité politique est soutenue et surveillée par l'administration, sans qu'aucun incident n'ait lieu.
Aux élections des représentants du personnel au conseil d'administration de 1969, la liste du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) reste majoritaire malgré la constitution parmi les professeurs d'un groupe autonome. De nombreux changements sont décidés : le port du pantalon est autorisé pour les jeunes filles, un foyer socio-éducatif est créé, les compositions trimestrielles supprimées, les notes chiffrées remplacées par une gamme de cinq appréciations (très satisfaisant, satisfaisant, moyen, insuffisant, très insuffisant), tandis que sanctions et distinctions sont supprimées dans le second cycle et les classes préparatoires. La notation par lettres est vite abandonnée en troisième, en première et en terminale en raison des formalités liées aux examens et à l'entrée dans l'enseignement supérieur ; elle est définitivement rétablie à tous les niveaux en 1977 avec l'approbation de 85 % des professeurs.
Le lycée dans le temps présent (1975 à nos jours)
L'arrivée des garçons (1975-1983) En 1957, les dernières classes primaires sont fermées. La partition du collège et du lycée, prévue par l'application de la loi Haby, est combattue par les personnels et parents d'élèves à partir de 1974 ; ils sont soutenus par Louis Baillot, député communiste du arrondissement et obtiennent définitivement gain de cause en 1979.
Entre 1975 et 1979, les classes du collège deviennent progressivement mixtes, en commençant par la sixième. À la rentrée 1979, les garçons représentent moins d'un quart des effectifs ; à la rentrée 1980, le lycée devient mixte à son tour en commençant par la classe de seconde. Des garçons étaient déjà présents dès l'Entre-deux-guerres dans les classes enfantines et dès les années 1960 dans les classes préparatoires.
Dans le temps présent (1983 à nos jours) En 1986, le mouvement contre le projet de loi Devaquet suscite un important mouvement social, le lycée est occupé et lance un appel à la coordination lycéenne.
L'établissement est rénové entre 1986 et 1991 puis restructuré entre 1996 et 2002 ; la surélévation sur la rue de Douai est bâtie à cette occasion.