Otto de Habsbourg-Lorraine (en allemand : En Autriche, l'usage de la particule est interdit, mais un décret lui a permis d'en user à titre personnel ; en Allemagne, dont il avait la nationalité, il était officiellement Otto von Habsburg-Lothringen., en hongrois : Habsburg–Lotaringiai Ottó), né le à Reichenau an der RaxReichenau an der Rax : dans l'actuel Land de Basse-Autriche. (actuelle Autriche) et mort le à Pöcking, en Bavière (Allemagne), est un prince de la maison de Habsbourg-Lorraine, fils aîné de , dernier empereur d'Autriche, roi de Hongrie et roi de Bohême (1916-1918).

Archiduc d'Autriche, prince royal de Hongrie et de Bohême, Otto (parfois prénommé Othon) devient après la mort de son père en 1922 le chef de la maison de Habsbourg-Lorraine, issue du mariage en 1736 du duc de Lorraine François III (élu empereur en 1745) et de l'archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg. Il devient aussi prétendant aux trônes d'Autriche et de Hongrie sous le nom d'

En , il renonce à son rôle de chef de la famille impériale au profit de son fils aîné, l'archiduc Charles de Habsbourg-Lorraine, qui lui succède sous le nom de « » Site de l'archiduc Otto von Habsburg : voir la rubrique biographie.

En tant que descendant et héritier des ducs de Lorraine et de Bar, il portait le titre de courtoisie de duc de Bar.

En Autriche, il est officiellement appelé Otto Habsburg-Lothringen et, en Hongrie, Habsburg Ottó, l'usage des titres des Habsbourg n'étant pas reconnu dans ces deux pays.

Il a été président du Comité international pour le français langue européenneL'avenir du français en Europe Canal Académie et du Mouvement pan-européen (1973-2004)Pan-Europe France).

Il a aussi été député au Parlement européen de 1979 à 1999.

Le prince impérial gauche|vignette|Arrivée de l'archiduc Otto à Budapest lors du couronnement de ses parents le 30 décembre 1916. En , à la mort de son grand-oncle l'empereur François-Joseph, le père d'Otto () monte sur le trône et l'enfant devient héritier de l'empire d'Autriche et des royaumes de Hongrie et de Bohême.

En 1918, avec la défaite de l'empire austro-hongrois, Charles renonce à toute forme de participation au gouvernement sans abdiquer formellement face aux troubles populaires et révolutionnairesS. Baier, E. Demmerle, « Le crépuscule de l'ancien Empire » dans Otto de Habsbourg de l'Empire à l'Europe. Les trois monarchies sont abolies : l'Autriche, la Hongrie et la BohêmeLe royaume de Bohême, composé de la Bohême à proprement parler, de la Moravie et de la Silésie autrichienne cesse d'exister pour devenir, près de 75 ans plus tard (au ), la République tchèque (ou la Tchéquie), avec des frontières sensiblement identiques. De fait, on ne peut parler d'un nouvel État. En revanche, la Tchécoslovaquie, pays créé à la sortie de la guerre entre l'ancien royaume de Bohême et l'ancienne province de la Haute-Hongrie peuplée par des Slovaques (dont la langue est très proche du tchèque), n'aura qu'une existence limitée à une grande partie du . sont proclamées républiques et la famille impériale doit s'exiler.

Par la loi d'exil dite « Loi de Habsbourg » ( du ), le Parlement autrichien bannit officiellement les Habsbourg-Lorraine et récupère leurs propriétés. Après deux vaines tentatives du roi Charles pour reprendre son trône, en mars et , la Hongrie, bien que se déclarant une monarchie, rétablit le caractère électif de la couronne de Hongrie le . De la sorte, Otto se déclare ou se fait déclarer, par ses partisans, prétendant aux trônes d'Autriche et de HongrieS. Baier, E. Demmerle, « Jeunesse d'un archiduc en exil (1919-1933) » in Otto de Habsbourg de l'Empire à l'Europe.

La famille impériale se réfugie à Madère, où le jeune empereur et roi meurt prématurément d’une à l'âge de 34 ans, le . Otto hérite des prétentions de son père sur les différents trônes qu'il a occupés jusqu'en 1918.

Le prétendant au trône Entre-deux-guerres Après le décès de son père, l'archiduc Otto vit dans différents pays : l'Espagne (invité par le roi Alphonse XIII à s'installer dans la commune de Lekeitio dans le Pays basque), la France, la Belgique en 1929 où, après des études secondaires à l'abbaye bénédictine de Clervaux, il fréquente l'université catholique de Louvain et y obtient en 1935 un doctorat en sciences politiques et sociales, le Canada (au Québec) en 1940, les États-Unis (New York).

Seconde Guerre mondiale Otto de Habsbourg-Lorraine doit en 1940, avec sa famille, fuir la Belgique, puis la France, au début de l'offensive d'Hitler, qui le déteste car Otto de Habsbourg s'est publiquement opposé à l'Anschluss en 1938S. Baier, E. Demmerle, Contre la marée brune (1933-1945).

Grâce au consul portugais à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes, les Habsbourg-Lorraine obtiennent des visas pour passer la frontière franco-espagnole et ensuite quitter l'Europe pour les États-Unis ; ils s'installent à Washington où le prince voit fréquemment le président Roosevelt, nouant des relations amicales avec lui.

La vocation européenne

Après la Seconde Guerre mondiale, Otto vit en exil entre la Bavière, la France et une résidence au Pays basque espagnol.

À partir de 1954, il s'installe dans une confortable villa de Pöcking dans le Land de Bavière, sa femme Regina s'y occupant de l'éducation de leurs enfants car lui est trop absorbé par ses voyages à travers l'Europe.vignette|Portrait de Otto de Habsbourg-Lorraine par Oliver Mark en 2006.|alt=|gaucheEn 1961, il renonce officiellement à ses prétentions sur le trône d'Autriche au profit de la construction d'une Europe forte, unie et chrétienne, mais il n'est autorisé à revenir dans son pays natal qu'en 1966 sous le nom de « Habsbourg Lorraine »S. Baier, E. Demmerle, Otto de Habsbourg De l'Empire à l'Europe. Otto de Habsbourg est naturalisé ouest-allemand en 1978 sous le nom d'« Otto Habsburg-Lothringen ».

Membre de la Ligue anti-communiste mondiale, il fait partie du comité de parrainage du Cercle renaissance, une organisation similaire françaiseDictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, L'Harmattan, Paris, 2008 , .

Partisan de l'unité européenne, il est député au Parlement européen de 1979 à 1999, représentant du allemand de Bavière au sein de la formation conservatrice CSU. Doyen d'âge, il préside par deux fois la séance inaugurale du Parlement européen. Il fonde, avec un groupe de députés européens favorables à l'apprentissage de la langue française, le GEDULF, qui fait la promotion du français comme langue de référence de l'Europe ; il conteste à l'anglais cette place, au nom de la spécificité et de l'indépendance européenne par rapport aux États-UnisA. Fosty, La langue française dans les institutions communautaires de l'Europe.

Début 1989, il récupère la nationalité hongroise ; il est reçu à Budapest qui vient de remettre en place la statue de l'impératrice Élisabeth. Comme il parle le hongrois et vient souvent dans le pays, ses partisans lui proposent d'être candidat à la présidence de la République, mais il refuseArrière-petit-neveu de François-Joseph , Otto de Habsbourg a 90 ans. Le , il assiste dans l'église du roi Matthias à Budapest à une messe de requiem célébrée par le cardinal-primat de Hongrie, à la mémoire de sa mère, l'impératrice Zita, dernière reine de Hongrie.

En août, son parti, le Mouvement pan-européen organise, près de Sopron, un vaste pique-nique, à l'occasion duquel plus de cinq cents Allemands de l'Est, en jogging, forcent la frontière austro-hongroise, pour se réfugier à l'OuestS. Baier, E. Demmerle, « Au service d'une Europe nouvelle (1988-1999) » in Otto de Habsbourg De l'Empire à l'Europe.

Il est membre de la Société du Mont-Pèlerin et participe à l'écriture d'un livre en hommage à l'économiste de l'école autrichienne d'économie, Ludwig von Mises Krise der Politischen Formen in Europa, Otto von Habsburg.

Otto von Habsburg a été l'un des premiers critiques du président russe Poutine. Dans une interview au journal Die Welt. en 2002 et dans deux discours. en 2003 et 2005, il a mis en garde au sujet de Poutine comme une "menace internationale", disant qu'il était "cruel et oppressif" et un "technocrate glacial"..

Invité par le groupe conservateur (ÖVP) au Parlement autrichien, le , à l'occasion de la commémoration de l'Anschluss 70 ans après les faits, il déclenche une polémique en déclarant que l'Autriche a été le principal pays victime de la Seconde Guerre mondiale, en estimant que le , lors de l'entrée d'Hitler sur la Heldenplatz, il n'y avait que , affluence comparable à celle d', alors que les historiens estiment cette foule à Article de Maurin Picard dans Le Figaro, 12 mars 2008 ou dans le Neue Züricher Zeitung, cet article. Ses déclarations relancent le débat sur le rapport des Autrichiens à leur passé pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mort et funérailles

thumb|Otto de Habsbourg-Lorraine dans son cercueil recouvert de l'étendard des Habsbourg, à Pöcking. Les gardes d'honneur sont habillés en uniformes austro-hongrois.|alt=|gauche Otto de Habsbourg-Lorraine meurt le , à son domicile de Pöcking en Bavière. Selon sa famille, il s'est .

Le , son corps est mis en bière dans l'église Saint-Ulrich près de son domicile. Des commémorations, s'étalant sur 13 jours, sont organisées dans plusieurs pays qui faisaient partie de l'Autriche-Hongrie (article en anglais). Le cercueil d'Otto est recouvert du drapeau de la maison de Habsbourg-Lorraine décoré avec les manteaux impériaux et royaux de l'Autriche et de la Hongrie.

Six messes de requiem se succèdent en mémoire de l'archiduc : le , à la chapelle Saint-Ulrich de Pöcking, célébrée par l'évêque d'Augsbourg, Konrad Zdarsa ; le , en l'église Saint-François des Cordeliers de Nancy, lieu de sépulture des membres de la maison de Lorraine, le , à l'église des Théatins à Munich célébrée par le cardinal-archevêque de Munich, Reinhard Marx, où une lettre de condoléances du pape Benoît XVI a été lue. ; le , à la basilique de Mariazell célébrée par l'évêque de Graz, Egon Kapellari. La basilique est le lieu du plus important lieu de pèlerinage de l'Autriche ; le , à la cathédrale Saint-Étienne de Vienne célébrée par le cardinal-archevêque de Vienne, Christoph Schönborn — de nombreuses personnalités sont attendues à cette messe de requiem, parmi lesquelles le roi Charles XVI Gustave de Suède, le grand-duc Henri de Luxembourg et le prince Hans-Adam II de Liechtenstein — cette messe est suivie d'un cortège funèbre à travers l'Innere Stadt avant la mise au tombeau de l'archiduc (à l'exception de son cœur) dans la crypte des Capucins, aux côtés de son épouse décédée en 2010 ; le , à la basilique Saint-Étienne de Budapest concélébrée par le cardinal-archevêque, László Paskai, et plusieurs évêques hongrois, suivi de l'inhumation du cœur de l'archiduc à l'abbaye de Pannonhalma.

Otto et la Lorraine Otto de Habsbourg demeure très attaché à la Lorraine, sentimentalement et symboliquement. Cet attachement passe par la conservation du nom de « Lorraine » à la suite de son nom « de Habsbourg », et par des visites régulières en Lorraine (notamment à Nancy pour son mariage, ses noces d'or et pour la restauration du château de Lunéville). Il porte par ailleurs le titre de duc de BarMariage à Nancy le 10 mai 1951Noces d'or à Nancy en mai 2001Venue à Lunéville en janvier 2003 à la suite de l'incendie du Château puis en juillet 2007 pour la présidence de l'association Lunéville, château des lumièresVenue à Nancy en janvier 2008 pour un colloque sur la « souveraineté européenne ».

Le , une messe de requiem, célébrée en l'église des Cordeliers de Nancy par les prêtres de l'Oratoire Saint-Philippe Néri, a rassemblé 350 personnes.

Famille vignette|Le cortège du mariage rue Saint-Dizier.