L’Europe sous domination nazie est l’ensemble des territoires d'Europe soumis à l'influence du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, soit directement à la suite de l’occupation allemande par la Wehrmacht, soit indirectement par le biais de diverses formes de « satellisation » d'États plus faibles (ou issus de la dislocation des pays occupés par l'Allemagne) intégrés dans l’Axe et le Pacte antikomintern.
Classification des États sous domination allemande vignette|droite|Parade martiale allemande à Oslo le . Un an plus tard, toutes les capitales des démocraties européennes, hormis Londres, Stockholm et Berne, sont occupées par les Allemands.
vignette|300px|droite|Défilé de Panzers à Paris en 1941. Les chars sont des Somua S-35 et Hotchkiss H35 français, reconvertis dans la Heer comme prise de guerre.
Le statut des territoires soumis à la domination allemande dépend à la fois des conditions historiques qui ont conduit à cette domination et des projets que les Allemands peuvent avoir, à long terme pour les pays concernés. On peut tenter une classification grossière en trois catégories tout en sachant que certains pays peuvent occuper des positions intermédiaires par rapport à ces trois catégories : pays annexés ; pays occupés ; pays satellites.
Ainsi, certains États sont annexés au Grand Reich. C'est le cas de l'Autriche depuis l'Anschluss en 1938, et du Grand Duché de Luxembourg à partir de 1942.
En France, tout le territoire national reste sous souveraineté française après la défaite militaire, y compris l'empire colonial. La France conserve une armée, mais sans capacité militaire. Certaines parties du territoire de la métropole passent cependant sous administration allemande, à des degrés divers, en violation du traité d'armistice : la Moselle et l'Alsace, le nord de la France (voir plus loin) ; traduction : ..
Les régions occidentales de la Pologne occupée sont aussi annexées. Le gouvernement général de Pologne, privé de toute autorité autochtone, est transformé en annexe coloniale et en dépotoir d'une Europe en cours de selon les termes d'Yves Durand..
Le protectorat de Bohême-Moravie, intégré au Reich en 1939, est pratiquement annexé (forme juridique : protectorat), mais il conserve un embryon d'État à qui sont ôtées les prérogatives régaliennes que sont l'armée et la diplomatie.
D'autres États, vaincus militairement, sont occupés par les Allemands sans que ces derniers en revendiquent l'annexion. Les Allemands administrent directement certains de ces pays où ils ont installé des forces d'occupation : c'est le régime du Reichskommissariat. C'est le cas des Pays-Bas, dirigés par Arthur Seyss-Inquart ; de la Belgique et du Nord de la France, et de la Norvège jusqu'en 1942. D'autres pays occupés conservent un gouvernement national. C'est le cas de la Norvège après 1942, le Reichskommissariat Norwegen dirigé par Josef Terboven demeurant toutefois en vigueur ; de la Serbie, de la Grèce, du Danemark et de la France. Jusqu'en 1942, la France conserve une zone non occupée.
On appelle pays satellites des États qui, en théorie, sont des alliés de l'Allemagne conservant officiellement leur souveraineté, mais qui, dans la pratique, sont très dépendants de l'Allemagne et sont obligés d'accepter sur leur sol les troupes allemandes. Ils doivent également se soumettre à la volonté de l'Allemagne lorsqu'il s'agit des affaires politiques internationales. C'est le cas des royaumes de Bulgarie et de Hongrie dont les gouvernements s'allient à l'Allemagne avant le déclenchement des hostilités pour satisfaire leurs revendications territoriales sur la Petite Entente, de la Slovaquie et de la Croatie qui doivent leur indépendance à l'Allemagne nazie, de la Finlande et de la Roumanie qui entrent en guerre aux côtés de l'Allemagne au moment de l'attaque contre l'URSS, pour récupérer respectivement la Carélie et la Bessarabie que les soviétiques leur avaient prises l'année précédente.
Avec les défaites allemandes et l'abandon progressif des territoires occupés devant la poussée des Alliés, le Reich ne peut plus compter sur ses partenaires de gré ou de force, et passe à une occupation directe (Italie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie), coûteuse en moyens militaires.
Les différentes formes de la domination nazie à l'est et à l'ouest vignette|droite|Combats dans un village incendié de Norvège, en . Une fois l'invasion terminée, la Wehrmacht finit par céder la gestion de l'occupation du pays vaincu à une administration civile nazie : le Reichskommissariat. Des différences de traitement apparaissent alors, selon sa situation géographique. vignette|Insurrection de Varsovie (1944).
La domination allemande en Europe revêt un caractère différent selon les projets nazis, et selon que les habitants des pays occupés étaient considérés comme de « race » plus ou moins inférieure par Adolf Hitler.
Ce dernier entendait, par le biais du Generalplan Ost, à remodeler radicalement la carte démographique de l'Europe de l’Est, réservoir essentiel de l' « espace vital » (Lebensraum) revenant à la « Race des Seigneurs ». Dans cet espace immense, il s'agit à la fois d'implanter des colons allemands, de germaniser de force les populations qui peuvent l'être, de déplacer, stériliser ou faire mourir des millions de « sous-hommes » (Untermenschen) polonais et slaves soviétiques, en utilisant les survivants comme esclaves, enfin d'anéantir les Juifs et les Roms (Tziganes), les handicapés et les homosexuels.
Le conflit mondial à l'est, où la Convention de Genève ne s'applique pas, prend donc d'emblée l'aspect délibéré d'une guerre d'extermination (Vernichtungskrieg) dirigée contre les populations juives, slaves et tziganes principalement, mais aussi, surtout à partir de l'été 1944, grecques, roumaines ou arméniennes. Le Kommissarbefehl signé par Keitel prévoit la mise à mort systématique des commissaires politiques soviétiques capturés. Une commission d'experts, mise en place par Göring pour planifier la future exploitation méthodique des ressources de l'URSS, avait conclu dès , soit avant l'invasion, que .
En URSS, comme en Pologne et en Yougoslavie, les massacres de masse à grande échelle et l'épuisement des populations par la faim sont la règle dès les premiers jours de l'invasion, ce qui prive les conquérants d'éventuels soutiens dans la population soviétique qui, de plus, résiste mieux que les autres grâce à ses réseaux d'économie parallèle développés pendant la famine du Holodomor et les restrictions staliniennes. Si une partie des survivants de la répression stalinienne et certaines minorités nationales ont pu réserver un bon accueil aux Allemands, Finlandais ou Roumains, la généralisation des massacres et diverses exactions ont rapidement retourné ces populations contre les occupants : « tant qu'à être affamés et massacrés » (cite Soljénitsyne dans L'Archipel du Goulag) « autant l'être par les nôtres ! ». À l'image du très brutal Gauleiter Erich Koch en Ukraine, les nazis ne font aucune concession aux nationalistes antisoviétiques. Ils s'aliènent les paysans en ne remettant pas en cause les structures collectives imposées pendant la dékoulakisation. Au contraire, le système des kolkhozes et des sovkhozes leur permet de contrôler plus facilement la production. Les livraisons obligatoires sont même augmentées par rapport à la période soviétique et les défaillances sont tout aussi implacablement châtiées.
Excepté la zone interdite au retour des réfugiés en France du nord-est (et seulement à long terme ou en cas de rébellion des Français), l'Europe de l'Ouest n'est pas considérée comme un espace vital à vider pour que des Allemands puissent y prendre place. Dans le nouvel ordre européen, un pays comme la France garde sa place tant qu'il continue à collaborer, mais à un rang inférieur à celui de l'Allemagne. Certains pays ou certaines régions peuplées par des populations considérées comme proches des Allemands sont vouées à une germanisation renforcée. Ces territoires sont annexés au Reich. C'est le cas de l'Alsace et de la Moselle, du Luxembourg et d'une partie de la Pologne. En Alsace-Moselle, plusieurs dizaines de milliers de Malgré-Nous sont incorporés de force dans la Wehrmacht et la Waffen-SS. Beaucoup périssent sur le front de l'est, ou, pour les Alsaciens-Mosellans capturés, sont internés dans le très dur camp soviétique de Tambov. Les autres Français ne sont pas appelés à combattre aux côtés des Allemands.
Des centaines de milliers d'enfants européens « germanisables » sont arrachés à leur famille et transférés dans les Lebensborn ouverts par Martin Bormann. Dans ces foyers, véritables « haras pour SS », il s'agit aussi d'étudier l'amélioration de la « race aryenne ». Parallèlement, le Reich nazi fait étudier sur des cobayes humains, à Ravensbrück et Auschwitz, un programme de stérilisation massive des femmes slaves.
À l'Ouest, l'occupant allemand exerce une terreur moindre, mais n'en soumet pas moins les ressources des pays conquis au pillage systématique. Celui-ci est radical : en 1942, 40 % de la Trésorerie du Reich est faite de tributs financiers prélevés sur les vaincus.
Avant fin 1944, le rationnement n'est guère plus sévère pour les Allemands que pour les Américains ou les Suisses, grâce aux prélèvements agricoles massifs dans les pays occupés, condamnés aux privations, à la disette voire à la famine (Grèce, URSS). Bien des Allemands et des collaborateurs reçoivent aussi des dépouilles de l'aryanisation (spoliation des juifs de leurs biens) effectuée dans toute l'Europe.
L'Europe au service de l'économie de guerre allemande
Généralités Hitler veut gagner la guerre et il a besoin d'armes. Deux grands principes président à la politique de l'Allemagne dans les pays d'Europe qu'elle a soumis. D'abord, l'ensemble des ressources et capacités économiques sont mises au service de l'économie de guerre du Reich, et en même temps, il y a une préfiguration de ce que voudraient mettre en place les nazis dans une Europe dominée par l'Allemagne :
Les accords de compensation Les puissances de l'Axe, en général, l'Allemagne nazie en particulier, disposent avant la guerre de peu d'or et de devises, ce qui constitue un obstacle pour se doter des moyens nécessaires à la poursuite de la guerre. Le système que l'Allemagne met en place pour faire face à la situation a été qualifié d'autarcie impérialiste., c'est-à-dire une sorte de troc entre pays connu sous le nom de « compensation » et inauguré par l'Allemagne avant la guerre avec l'Europe centrale et des pays comme la Bulgarie dont l'économie est ainsi liée à celle de l'Allemagne. En fait ce système permet à l'Allemagne, une fois qu'elle est en position de force, de se fournir à crédit auprès de pays comme la France avec laquelle un accord de compensation est signé le . Lorsqu'un industriel allemand achète en France, la Banque de France avance les fonds nécessaires au paiement du fournisseur français, alors que l'acheteur allemand transfère la somme d'argent correspondante à la caisse de compensation de Berlin. La somme est inscrite au crédit de la France, mais c'est l'État allemand qui peut disposer de cette sorte de dépôt bancaire.
À l'issue de la guerre, le Reich allemand a accumulé à l'égard de tous ses partenaires européens un énorme débit qui ne sera jamais compensé à la suite de la faillite de l'État nazi en 1945. Le solde des achats allemands en Bulgarie est estimé à de leva, ce qui pose la question : quel est la taux de change de la leva ?. Certaines entreprises des pays soumis peuvent quand même bénéficier de ce système en recevant des commandes.
Ce mode de domination économique ne concerne pas seulement les pays alliés ou soumis par l'Allemagne, mais aussi des pays neutres comme la Suède ou la Suisse.
Pillage et exploitation à l'Ouest