L’École nationale des ponts et chaussées (ENPC) est l'une des françaises accréditées au à délivrer un diplôme d'ingénieur..

Créée en 1747 par Daniel-Charles Trudaine sous le nom d’École royale des ponts et chaussées afin de former les ingénieurs du corps des ponts et chaussées, elle est l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses grandes écoles françaises. Elle est principalement connue pour sa formation d'ingénieur, dont les élèves et anciens élèves sont appelés « ingénieurs des ponts et chaussées ».

Son nom officiel est « École nationale des ponts et chaussées ». Cependant, elle est couramment dénommée par les métonymies « Ponts et Chaussées », les « Ponts », ou l’École des Ponts ParisTech, ancien nom de marque adopté de à . Aujourd'hui située à Champs-sur-Marne au sein de la Cité Descartes, elle a le statut d'établissement public d'enseignement et de recherche, placé sous la tutelle du ministère de l’Écologie.

L'école assure depuis sa création la formation d'ingénieurs, recrutés en majorité parmi les premiers classés au concours commun Mines-Ponts au terme de deux années de classes préparatoires scientifiques. Elle forme aussi un grand nombre d'étudiants en master, mastère spécialisé, MBA et doctorat. D'une vocation initiale à dispenser une formation spécialisée dans les domaines du génie civil, de l'urbanisme et de la mécanique, elle est devenue une formation reconnue internationalement pour d'autres domaines comme les mathématiques, l'informatique et la finance.

Ses diplômés intègrent principalement les entreprises publiques et privées, les grands corps de l'État, ainsi que des institutions de recherche. L'école a formé de nombreux scientifiques de renom depuis le jusqu'à nos jours, comme Navier, Coriolis, Saint-Venant, Cauchy, Biot, ou Fresnel parmi lesquels deux prix Nobel. Aux , on retrouve ses anciens élèves à la tête de nombreuses grandes entreprises publiques et privées, en politique et au sein d'institutions internationales de recherche académique. De nombreux scientifiques de renom, souvent anciens étudiants, y ont aussi enseigné depuis sa création, comme Navier, Coriolis, Minard, Mesnager, Blondel, Clapeyron, Caquot ou Salençon.

L'École des Ponts est membre fondateur de ParisTech et est intégrée à l'Institut polytechnique de Paris depuis https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049990132 Décret n° 2024-818 du 15 juillet 2024 modifiant le décret n° 2019-549 du 31 mai 2019 portant création de l'établissement public expérimental Institut polytechnique de Paris et approbation de ses statuts]. Elle dispose d'un important réseau d'universités partenaires : 43 % des étudiants obtiennent un double-diplôme à l'international, 30 % d'une promotion du cycle ingénieur provient de l'étranger..

Histoire Origines

En 1716 est créé sous le règne de le Corps des ponts et chaussées, chargé d'assurer la création d'un véritable réseau routier national. « Un inspecteur général des ponts et chaussées du royaume, un architecte et premier ingénieur des ponts et chaussées, trois inspecteurs desdits ponts et chaussées, et vingt-et-un ingénieurs des ponts et chaussées » le composeront. Ceux-ci sont recrutés un par un, jouissent d'une grande autonomie, et ne bénéficient pas d'une formation commune. Afin de renforcer la cohérence du projet, un arrêt du conseil du roi décide, en 1744, de la création du Bureau des dessinateurs du Roi qui sera dirigé par Daniel-Charles Trudaine à Paris, destiné à examiner et revoir tous les plans de routes à construire dans le royaume de France. Le , un arrêt du conseil du roi décide de la mise en place d'une formation spécifique pour ces ingénieurs d’État. LÉcole royale des ponts et chaussées est créée, où seront recrutés les futurs dessinateurs du Bureau.. Cet arrêt est considéré comme l'acte fondateur de l'école, dont l'appellation sera progressivement utilisée indistinctement avec celle du Bureau. Seize articles forment les instructions détaillées données au personnel de l'école par Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville le , qui divise les élèves en trois classes "suivant leurs talents et leurs capacités".

Le nom d'« école royale » est définitivement utilisé le par Anne Robert Jacques Turgot qui écrit le nouveau règlement de l'école (Instruction concernant la direction des élèves des sous-ingénieurs et des inspecteurs des ponts et chaussées)..

Il s'agit alors du début du contrôle progressif et efficace par l'État de la construction des routes, ponts et canaux et de la formation des ingénieurs du génie civil pour l'aménagement du territoire. Auparavant, seigneurs, guildes et ordres monastiques partageaient avec l'État cette compétence et le recrutement des techniciens se faisait au coup par coup.

Le premier directeur, en place de 1747 à 1794, fut Jean-Rodolphe Perronet, ingénieur, administrateur et érudit participant notamment à l'élaboration de l'Encyclopédie. Sans enseignant, la cinquantaine d'élèves, dont Philippe Lebon, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Pierre-Simon Girard, Gaspard de Prony, Pierre Méchain et Nicolas Brémontier, était dans un premier temps formée par auto-apprentissage dans les domaines de la géométrie descriptive, l'algèbre, la mécanique, l'hydraulique. La visite de chantiers, des collaborations d'apprentissage auprès des savants et seigneurs et la participation au levé de la carte du royaume complétaient leur formation, d'une durée de quatre à douze ans. S'y dessine bientôt une véritable doctrine routière issue des sciences.

Après la Révolution française, l’École royale des ponts et chaussées, parfois appelée simplement École des ponts et chaussées devient temporairement l’École nationale des ponts et chaussées avant de devenir lÉcole impériale des ponts et chaussées sous Napoléon, puis retrouvera son nom d'"école nationale" qu'elle portera jusqu'au .

L'accroissement des prérogatives des ingénieurs des ponts et chaussées, portant progressivement sur tout projet d'aménagement du territoire, entraîna l'apparition lors de la Révolution française de critiques envers une politique perçue comme étant autoritaire.

À partir de la création de lÉcole centrale des travaux publics - qui sera renommée par la suite École polytechnique - en 1794, l’École nationale des ponts et chaussées en devient une école d'application et en accueille les diplômés, qui sont répartis dans les différents grands corps techniques de l’État sur la base de leur classement de sortie.

Du vignette|gauche|Anciens locaux de l'École des Ponts rue des Saints-Pères, Paris . Sous le Premier Empire, de nombreux ingénieurs des ponts et chaussées (Eugène Belgrand, Jean-Baptiste Biot, Augustin Louis Cauchy, Gaspard-Gustave Coriolis, Jules Dupuit, Augustin Fresnel, Louis-Joseph Gay-Lussac, Henri Navier, Eustache Saint-Far, Louis Vicat) participèrent à la reconstruction du réseau routier, non entretenu durant la Révolution, et aux nombreux projets d'aménagement d'envergure, notamment hydrauliques et portuaires. Cet accroissement des travaux et de leur complexité imposa une adaptation de l'enseignement de l'école, qui devait également faire face à l'apparition d'une société où l'industrialisation et la mobilité faisaient leur entrée. L'école se dote d'un premier laboratoire, le « laboratoire des chaux et ciments »., dès 1830.

Un décret de 1851 définit l'organisation des cours, la rédaction d'un emploi du temps annuel, la qualité des professeurs et le contrôle du travail des élèves. De plus, il ouvrit l'école aux élèves non-issus de l'École polytechnique, qu'ils soient français ou étrangers, et aux auditeurs libres. Cette ouverture à des élèves issus d'une formation initiale différente mena à la mise en place d'un cours préparatoire en 1875.

Le développement des infrastructures et réseaux de déplacement de la fin du fut fortement marqué par des ingénieurs des ponts et chaussées devenus célèbres : Henri Becquerel, Fulgence Bienvenüe, Albert Caquot, Sadi Carnot, Clément Colson, André Coyne, Eugène Freyssinet, Jean Résal, Paul Séjourné, Paulin Talabot. La vocation initiale de formation des ingénieurs du réseau routier s'étend progressivement aux chemins de fer et à toutes les voies navigables (travaux fluviaux, développement des ports). C'est à cette époque que les traits caractéristiques de l'école furent quasi-définitivement établis, en dehors des adaptations aux progrès des techniques et des créations de chaires d'enseignement nouvelles, telles que l'électricité appliquée, l'économie politique, l'économie sociale, l'urbanisme, ou les bases aériennes. Le décret d'organisation du du président et ancien élève Sadi Carnot portant organisation de l’École des Ponts et Chaussées prévoit que ..

La Première Guerre mondiale

La défaite de la guerre franco-allemande de 1870 a marqué les esprits en France et, très vite, la volonté d’une revanche et la conscience d’une insuffisance en matière militaire conduisent le gouvernement français à prendre des mesures. Dans la loi militaire qui s’élabore dans les années 1870, les grandes écoles techniques n’échappent pas à ce mouvement. En effet, le ministre de la Guerre se propose d’y inscrire la possibilité de conférer des emplois d’officiers dans l’armée territoriale aux ingénieurs des ponts et chaussées assujettis, comme tous les français, au service militaire jusqu’à l’âge de 40 ans, et de les placer à la tête de compagnies auxiliaires du génie qu’ils commanderaient en cas de mobilisation. Cela signifie l’introduction dans la scolarité d’un cours de fortification qui pourrait être assuré par des officiers du génie de Paris. Suivant déjà des cours sur tout ce qui est relatif aux travaux, seul un petit nombre de leçons serait nécessaire aux élèves de l'école.

Un cours d'art militaire et fortifications est dispensé entre 1873 et 1910 par le colonel Usquin (1873-1878), le capitaine Laurent (1879-1881), le lieutenant-colonel Hennebert (1881-1882), le colonel Tartrat (1882-1889), le colonel Duval-Larguierce (1890-1895), le colonel Guinot (1895-1898), le colonel Ancelle (1899-1901) et le commandant Maurial (1902-1910). L'enseignement, commun aux élèves de l'École des mines et des ponts, se tient à dans les locaux de la rue des Saint-Pères. De plus, le directeur Charles Jégou d’Herbeline instaure à partir de 1878 pendant chaque mission des élèves un stage d’un mois dans un régiment du génie..

Pendant la Première Guerre mondiale, tous les élèves en âge de combattre sont appelés au front. L'école ferme ses portes pendant 4 ans et 6 mois. Le , le directeur Auguste Kleine déclare au conseil que « l’École des ponts et chaussées, à cette heure de réparation nationale, peut se dire qu’elle se présentera aux camarades futurs comme ayant su, à tous les degrés, faire largement son devoir ». Le personnel enseignant et administratif n'étant pas en âge de combattre reste néanmoins actif, et les locaux institutionnels accueillent différents organismes au service de l'armée : l'Union pour l’organisation du travail (qui confectionne des vêtements pour les services de l’intendance), la Commission consultative médicale (qui établit les dossiers de pension des militaires blessés et des familles pour les soldats décédés), le Service de la statistique médico-chirurgicale de l’armée, et le Comité de rédaction du Bulletin des armées.

En 1917, en vue de parer à une crise du cuivre, le ministre des Fabrications et de l’Armement Albert Thomas rend obligatoire la déclaration par toute entreprise de la détention de cuivre si celle-ci est supérieure à cinq cent kilogrammes. Les établissements de l’État ne sont pas concernés, mais l’école signale néanmoins la présence dans ses murs d’un stock de cuivre rouge de plus de trois tonnes et demi pouvant être mis à la disposition de l'armée pour faire face aux pénuries.