La période de 1914 à 1945 fut celle des deux guerres mondiales qui n'épargnèrent pas les pays de Savoie, mais aussi celle de l'essor industriel, notamment grâce à la houille blanche.

Première Guerre mondiale thumb| Monument dédié aux diables Bleus sur le sommet du grand Ballon, point culminant des Vosges ou de nombreux soldats savoyards se sont battus Au cours de la , les Savoyards participent aux combats dans les régiments d'infanterie. Il n'existe pas de bataillons constitués exclusivement de Savoyards, mais on les retrouve dans le RI (basés à Annecy, Thonon, Rumilly et Montmélian), RIA (basés à Chambéry, Bourg-Saint-Maurice, Moûtiers et Modane), le 230 et 297, ainsi que dans les bataillons des chasseurs alpins (11, , , , et qui forment la Division d'infanterie).. Ces troupes, surnommées les Ce surnom provient de combats, qui eurent lieu en 1915 dans les Vosges (Grand Ballon), au cours desquels les chasseurs alpins, habillés en bleu, à court d'armes, utilisent les rochers pour les faire tomber sur l'ennemi. Reprenant le dessus, chantant, les survivants allemands les qualifièrent de . Cité par les ouvrages de et ., combattent sur tous les fronts (Alsace, Lorraine, Verdun, Chemin des Dames), ainsi que sur le front alpin, jusqu'au retournement d'alliance avec l'Italie.

La population savoyarde, majoritairement rurale, participe à l'effort de guerre, mais les récoltes sont faibles. L'industrie, par contre, prospère. Ainsi les aciéries d'Ugine fabriquent des munitions (obus) ou encore des plaques de blindage pour les tanks.

Zone neutralisée de Savoie

Lors du Congrès de Vienne et du Traité de Paris de 1815, il fut décidé de créer une zone neutre savoyarde et de fixer un statut international à la Suisse et une garantie de sa neutralité et de l'inviolabilité de son territoire. La zone savoyarde devait même à l'origine être mise sous la défense militaire suisse.

La zone neutralisée de Savoie s'étendait sur tout le département de la Haute-Savoie, une partie du département de la Savoie et le Pays de Gex alors savoyard. Cette zone neutralisée fut utilisée durant la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918.

Bilan humain et transformations sociales La Savoie n'eut pas à subir d'invasion. Aucune destruction n'est à déplorer. Toutefois, le dramatique accident de Saint-Michel-de-Maurienne, qui avait fait 425 morts le marque les esprits.

Les pertes sont nombreuses entre morts, selon les sources officiellesMémoire des Hommes, recherche par département. tués en Savoie et en Haute-Savoie d'après ; ainsi que ; D'autres chiffres : pour la Savoie et pour la Haute-Savoie d'après une étude de l'abbé François Gex cité dans , reprises par ..

Sur le plan économique, l'industrie prospère, les usines savoyardes profitent de cette guerre transformant ainsi la tradition rurale du territoire.

L'entre-deux-guerres L'affaire des zones En 1919, à la sortie de la guerre, la France choisit de dénoncer le traité de Turin par l'article 435 du traité de Versailles qui supprime la zone neutralisée. en Savoie et la grande zone franche pourtant établies lors de l'Annexion (édition de bulletins "oui et zone" dans la partie Nord du duché). La Confédération suisse, qui s'était mise d'accord avec le Gouvernement français, ne s'est pas opposée à ce processus, dans la mesure où ses droits militaires ne se justifiaient plus. En échange, elle reçut l'appui français pour son entrée dans la Société des Nations, ainsi que l'installation sur son territoire des bureaux de cette nouvelle organisation internationale. L'article 435 du traité de Versailles abroge la zone neutralisée militairement.. Cet article visa aussi les zones franches douanières de la Haute-Savoie et du Pays de Gex. Ainsi l'article précise : "(ces zones) ne correspondaient plus aux circonstances actuelles, déclarant qu'il appartenait à la France et à la Suisse de régler entre elles, et d'un commun accord, le régime des territoires dans les conditions jugées opportunes par les deux pays." Plus tard en 1932, la Cour internationale de justice de La Haye condamne la France et l'invite à remettre en place la zone franche (liée directement aux conditions d'annexion), conformément aux traités antérieurs alors caducs de 1815, 1816 et 1829, soit , contre dans le traité d'annexion de 1860.

Contexte culturel Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'immigration italienne, grâce à son fort taux de natalité, constitue le principal facteur de la croissance démographique en pays de SavoiePierre Milza, Voyage en Ritalie, éd. Payot, 1995. Pour autant la Savoie atteint en 1920 son niveau démographique minimum avec environ, en tout et pour tout, habitantsLa Société savoisienne d'histoire et d'archéologie - Chronologie de la Savoie. Le visage savoyard change peu à peu. Français depuis seulement 1860, désormais la Savoie ou plus exactement les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie connaissent de nombreuses mutations culturelles. Comme exemple symbolique on peut citer l'abandon des toitures en tavaillon et en lauzes, tradition séculaire, remplacés par la tôle, la tuile ou l'ardoise mécanique. La Savoie connait également durant cette entre-deux-guerres une véritable révolution sur le plan économique et touristique avec l'apparition de structures et d'organisations de sports d'hiver à Megève, Chamonix et en d'autres lieux d'altitude… Le développement de l'automobile favorisera un tourisme vert estival.

L'essor industriel de la houille blanche Le système montagnard est remis en question avec l’exploitation des nouvelles ressources naturelles montagnardes : l’utilisation de l’énergie produite par les chutes d’eau ou houille blanche. L’invention de la Dynamo (1870) révolutionne l’utilisation de la houille blanche. Si cette énergie est déjà utilisée localement par les populations dans les scieries le long de cours d’eau, cette innovation technologique permet le développement d’un véritable tissu industriel, notamment en Tarentaise, en Maurienne, dans le Val d’Arly ou dans le Haut-FaucignyExemples de sites tirés de : Tarentaise : Usine de la Rosière à Bozel (Groupe Bozel-Malétra, 1922) ; Villard du Planay ; Usines de Plombière et de Château-Feuillet (ferro-silicium) sur la commune de La Léchère ; Usine de Notre-Dame-de-Briançon (traitement des dérivés de l'acétylène et élaboration du graphite pour les électrodes, 1932) ; Maurienne : Usines de Saint-Jean-de-Maurienne, de La Saussaz, de La Praz de la Compagnie AFC (Alais, Froges et Camargue) ; Val d'Arly : Usines de la Société d’électrochimie, d'électrométallurgie et des aciéries électriques d'Ugine (SECEMAEU) ; Haut-Faucigny : Site de Chedde à Passy (cf. Cheddite)..

Profitant de la topographie, on équipe, dans un premier temps, des usines de transformation des métaux (arrivant par train) à proximité des chutes à faible débit, puis les nouvelles technologies aidant, à proximité des rivières à plus haut débit. Ces conduites forcées (allant parfois jusqu'à ) donnent ainsi naissance à l'industrie électrochimique et électro-métallurgique. En réalité, l'implantation d'usines en milieu montagnard est la conséquence de la présence d'une énergie renouvelable à faible coût, permettant de compenser le coût de transport des matières premières jusque sur les sites.

Ce développement industriel bouleverse et transforme les sociétés locales (apparition de nouvelle organisation sociale avec les ouvriers-paysans) et met un coup d'arrêt à l'exode rural débuté au .

La présence de ces usines explique la raison pour laquelle la Savoie devient une cible stratégique en 1940.

Seconde Guerre mondiale Bataille de France

La Division d'Infanterie Alpine est basée à Chambéry, en 1939, commandée par le Général Lestien, est envoyé dans les Vosges, sur la ligne Maginot, dans la mesure où l'Italie ne s'engage pas dans le conflit. Les 13, et 67 bataillons des chasseurs alpins sont envoyés en Norvège où ils participent à la bataille de Narvik, puis réexpédiés via le Royaume-Uni en France pour participer à la bataille de France, en mai..

thumb|Vestiges de bunkers sur les alpages du mont Cenis en Haute-Maurienne, un des points les plus fortifiées des Alpes Le , Mussolini déclare la guerre à la France. La Savoie est prise entre deux étaux. Les combats débutent dans les Alpes. L'armée italienne, commandée par le prince héritier Umberto de Savoie et le général Alfredo Guzzoni, formée par 22 divisions et hommes se lancent sur les secteurs du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis. Face à cette force, les hommes du général René Olry réussissent à résister. Dans la vallée, les Allemands passent le Rhône à Culoz et entrent dans Aix-les-Bains, Chambéry n'est pas encore tombée. La signature de l'armistice du 22 juin 1940 met fin aux combats. Un second armistice est signé avec l'Italie le qui exige l'occupation de certaines communes de la Haute-Tarentaise (communes proches du col du Petit-Saint-Bernard), et la totalité de la Haute-Maurienne (canton de Lanslebourg ainsi que les communes d'Avrieux et Aussois) qui seront par la suite annexés de facto, et la démilitarisation de la frontière.

L'occupation L'armistice du 24 juin 1940 est signé à la villa Incisa située dans la région de Rome. La France et le royaume d'Italie sont représentés respectivement par Charles Huntziger et le maréchal Pietro Badoglio. Par cet accord, la Haute Maurienne (canton de Lanslebourg-Mont-Cenis) ainsi que les communes d'Aussois et Avrieux, et quelques communes de Haute Tarentaise telles que Seez sont annexés au royaume d'Italie et leur administration transférée à Turin« Chronologies » sur le site de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie - www.histoire-en-savoie.org.. Les habitants de ces communes se voient remettre des cartes d'identités italiennes.

La rumeur d'une annexion était véhiculée par ceux qui avaient fui l'Italie, se souvenant du cri des députés fascistes en 1938Le , lors de l'accueille du ministre des Affaires étrangères, le comte Galeazzo Ciano a été accueilli par les députés fascistes italiens sous les cris de au Parlement, réclamant l'annexion de ces territoires.. Cependant, Mussolini avait rappelé au comte Galeazzo Ciano qu'il ne revendiquerait pas l'ancien duché de Savoie.. En , la Savoie est tout entière placée sous l'occupation italienne.

Sous l'occupation allemande conséquence de la capitulation italienne, le « Introduction à l’Occupation italienne », sur le site du Musée de la Résistance, de nombreux villages dont ceux de la haute vallée de l'Arc subissent de nombreuses représailles et destructions de la part des occupants voulant punir les mouvements de résistances. La région est le théâtre de massacres, et les villages tels que Lanslebourg et Bessans sont incendiés lors du retrait des troupes allemandes en 1944François Forray, « La Haute Maurienne - Données historiques », sur le site des Archives départementales de la Savoie.. Un camp de concentration fut même construit à Modane.

La résistance