Ṣubḥ-i Azal (Soubh-i Ezèl en vieille graphie non scientifique), ce qui signifie « Aurore de l’Éternité » en arabe, est le titre de Mīrzā Yaḥyā Nūrī« Mīrzā » est un titre persan, abréviation de « Amīrzādih », qui signifie « noble » ou « fils d’émir » ; « Yaḥyā » est son prénom, équivalent à Jean ; « Nūrī » indique le lieu d’origine de sa famille, dans la région de la ville de « Nour » (Nūr), et « Ṣubḥ-i Azal » — qui signifie « Aurore de l’Éternité » — est le titre que lui a donné le Bāb et sous lequel il est depuis connu et non pas un nom de famille, qui à l’époque n’existait pas plus en persan qu’en arabe. qui fut le successeur du Bāb et le chef du Peuple du Bayān.
Il naquit en 1831 dans un faubourg de Téhéran d'une famille originaire du village de Tākūr, dans la région de Nour, dans la province iranienne du Māzandarān, et mourut le à Famagouste, dans l’île de Chypre, où il avait été exilé par l’Empire ottoman en 1868.
Biographie
Enfance et jeunesse vignette|droite|Mīrzā ʿAbbās-i Nūrī (mieux connu comme Mīrzā Buzurg, mort en 1839), père de Mīrzā Yaḥyā. Sa mère Kūčik Ḫānum-i Kirmānšahī mourut en le mettant au monde et son père Mīrzā Buzurg-i Nūrī s’éteignit en 1839, lorsqu'il était âgé de huit ans. Il fut pris en charge par une autre épouse de son père, Ḫadijih Ḫānum, la mère de son demi-frère plus âgé que lui de treize ans, Mīrzā Ḥusayn ʿAlī Nūrī, plus connu sous le titre de Bahāʾ-Allāh.
D'après le témoignage de ses proches, il était un enfant très gentil et tranquille The Tarikh-i Jadid, or New History of Mirza ʿAli Muhammad the Bab, by Mirza Huseyn of Hamadan, translated from the persian by E. G. Browne, Cambridge, 1893, Appendix II, Havji Mirza Jani's History, with especial reference to the passages suppressed or modified in the Tarikh-i Jadid, 375.. Il passa son enfance à Téhéran, se rendant en été dans le village de Tākūr, suivant en cela une tradition familiale. Arthur de Gobineau raconte que, parvenu à l'âge de cinq ans, sa belle-mère l'envoya à l'école, mais qu'il refusa d'y rester plus que trois jours, parce que le maître l'avait frappé avec un bâtonReligions et philosophies dans l'Asie Centrale, Ernest Leroux , Paris, , 1900) . Il apprit le persan et était assez bon calligraphe, mais il n'aimait pas l'arabe.
En 1844, à l'âge de quatorze ans, il devint disciple du Bāb, fondateur du babisme ou la foi babie (persan : بابی ها = Bābī hā), qui lui donna divers titres, comme : Ṯamarat al-Azalīyyah (« Fruit de l’Éternité ») et ʿIsm al-Azal (« Nom de l'Éternité »). Les azalis l’appelèrent Ḥaḍrat-i Azal (« Sainteté de l’Éternité ») et Ṣubḥ-i Azal (« Aurore de l'Éternité »). Ce titre apparaît dans le Ḥadīṯ-i KumaylRapport des propos de Mahomet, considérés comme « saints » par les musulmans., que le Bāb cite dans son ouvrage intitulé Dalā'il-i Sab'ih (Les Sept Preuves). Les azalis interprètent cela comme une mention de Mīrzā Yaḥyā et, contrairement à ce que soutient l’historiographie traditionnelle baha’ieTablet of the Bāb Lawh-i Vasaya, “Will and Testament” and Titles of Mīrzā Yahyā, mémorandum du 28 mai 2004, rédigé par le Département de Recherche du Centre mondial baha'i à la demande de la Maison universelle de justice, Manūčihri Sipihr montre que ce titre ne fut attribué qu'à luiThe Primal Point’s Will and Testament, écrit par Manūčihri Sipihr et publié dans Research Notes in Shaykhi, Babi and Baha'i Studies, 2004, 7, 2: .
Lorsqu'il eut seize ou dix-sept ans, Ṣubḥ-i Azal épousa sa cousine Fāṭimih Ḫānum. Il épousa aussi Maryam Ḫānum, connue sous le nom de Qanitih, arrière-grand-mère de ʿAtīyyih Rūhī, qui a écrit sa biographie.
Lorsqu'il voulut joindre le Bāb au Ḫurāsān, son demi-frère Bahāʾ-Allāh, prétextant son jeune âge, l'obligea à rebrousser chemin. Après quelque temps Ṣubḥ-i Azal se rendit à Nūr, et de là à Bārfurūš, où il rencontra Ḥājī Muḥammad ʿAlī de Bārfurūš, qui avait accompagné le Bāb dans son pèlerinage à la Mecque en 1844. En 1848, dans la même ville, il rencontra Quddūs et Qurratu’l-‘Ayn, de retour d'un grand rassemblement des babis à Badašt. Il fut ensuite arrêté avec d'autres babis, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre Quddūs, battu et emprisonné.
Succession du Bāb Au cours de son emprisonnement dans la forteresse de Čahrīq, quelque temps après le martyre de Quddūs, le Bāb rédigea en 1849 une épître intitulée Lawḥ-i Vasaya, considérée comme son testament, par lequel il nommait Ṣubḥ-i Azal chef de la communauté babie après son décès, jusqu’à l’apparition de « Celui que Dieu rendra manifeste » (man yuẓhiruhu'llāh, en arabe : من یظهر الله, et en persan: مظهر کلّیه الهی ), avec pour consignesThe Primal Point’s Will and Testament traduit du persan en anglais et commenté par Sepehr Manuchehri (2004):
d'assurer sa propre sécurité et celle de ses écrits, ainsi que de ce qui est révélé dans le Bayān. communiquer avec les babis et demander conseil aux Témoins du Bayān, ainsi qu'à āqā Siyyid Ḥusayn Yazdī. rassembler, sceller, si besoin compléter les écrits saints du Bāb, pour les distribuer parmi les babis et les faire connaître parmi l'humanité. inviter les hommes à embrasser la révélation du Bāb. décider quand sera venu le triomphe et désigner son propre successeur. reconnaître « Celui que Dieu rendra manifeste » quand il viendra et inviter les hommes à en faire autant.
E. G. BrowneNé le 7 février 1862 et mort le 25 janvier 1926, Edward Granville Browne étudia à Eaton et à Cambridge le persan, l'arabe et le sanskrit. Il est un des plus célèbres orientalistes britanniques et il a été professeur à l'Université de Cambridge, où il a créé une école de langues orientales vivantes. Arrivé en Perse en octobre 1887, il a décrit ses voyages dans son ouvrage A Year amongsthe Persians (1893). Il a écrit plusieurs livres et articles sur la bābisme et la religion baha'ie. Il a rencontré personnellement tant le Bahā'ullāh que Ṣubḥ-i Azal, ainsi que ʿAbd-al-Bahāʾ, avec qui il a entretenu une correspondance, et dont il a écrit une nécrologie lors de sa mort en 1921., dans le commentaire à son édition de l'histoire des babis de Ḥājī Mīrzā Jānī de Kāšān, écrit au sujet de cette nomination :
Comme l'écrit A.-L.-M. NicolasSéyyèd Ali Mohammed dit le Bâb, Paris, 1905, 20:
La version des Baha'is conteste celle de A.-L.-M. Nicolas, car ils ne nient point que Mirza Yayha (Subh-i-Azal ) fut le successeur nominal du Bab , mais ils contestent que Subh-i-Azal fut "Celui que Dieu rendra manifeste ", ce que d'ailleurs il n'a jamais prétendu.
En suivant la consigne du Bāb d'assurer sa propre sécurité, Ṣubḥ-i Azal se cacha sous des faux-noms en pratiquant la dissimulation (taqîya) Manūčihrī Sipihr, “The Practice of Taqiyyah (Dissimulation) in the Babi and Bahai Religions”, Research Notes in Shaykhi, Babi and Baha'i Studies, 1999, 3, 3., et réussit ainsi à fuir les persécutions qui s’abattirent sur les babis à la suite de la tentative d’assassinat contre le roi de Perse Nāṣiri’d-Dīn Šāh Qājār (1831-1896) le , et il vécut jusqu’à sa mort en exil, d'abord à Bagdad, ensuite à Andrinople et pour finir à Famagouste.
Exil à Bagdad Ṣubḥ-i Azal avait réussi à fuir la sanglante répression des babis à Tākūr et, déguisé en derviche, à atteindre Bagdad, où il vivait caché sous le nom de Ḥājī ʿAlīy-i lās Furūš, en gardant les contacts avec la communauté babie à travers des émissaires appelés « Témoins du Bayān ».N. Wahid Azal, "The Organizational Hierarchy of the Bābīs during the period of Ṣubḥ-i-Azal's residency in Baghdad (1852 – 1863)".. Cet effacement volontaireEn multipliant les identités, les professions et les lieux de résidence, Ṣubḥ-i Azal ne faisait que suivre les recommandations du Bāb, en se « dissimulant » pour échapper aux persécutions. Adib Taherzadeh, La Révélation de Baha'u'llah, volume 1, chapitre 15, Maison d'éditions bahā'īes, Bruxelles, permit à son demi-frère Bahāʾ-Allāh de se mettre en avant. Toutefois, pendant leur exil à Bagdad, Bahāʾ-Allāh reconnut à plusieurs reprises le rang de Ṣubḥ-i Azal comme chef de la communauté babie tant dans ses lettres qu'en public“Baha'u'llah's Surah of God: Text, Translation, Commentary”], traduit par Juan Cole, Translations of Shaykhi, Babi and Baha'i Texts, 2002, 6, 1..
Depuis l’exécution du Bāb le , plusieurs babis déclarèrent être « Celui que Dieu rendra manifeste » annoncé par le Bāb, mais aucun d’eux ne réussit à convaincre la communauté de la justesse de ses prétentions. Bahāʾ-Allāh prétendit à son tour avoir eu fin 1852, dans la prison souterraine du Sīyāh-Čāl (« le trou noir ») à Téhéran, une expérience mystique lui faisant prendre conscience qu’il était « Celui que Dieu rendra manifeste », mais ce n’est qu’en avril 1863 qu’il en fit l'annonce à ses compagnons, alors qu’il était sur le point de quitter Bagdad pour Constantinople. La majorité des babis acceptèrent de le reconnaître comme tel et devinrent les disciples de la nouvelle religion qu’il fonda : la foi baha’ie. Mais Ṣubḥ-i Azal ne le reconnut pas et une minorité de la communauté babie le suivit et lui resta fidèle, en dépit des persécutions dont elle était victime, par le gouvernement persan d'une part et par des partisans de Bahāʾ-Allāh d'une autre.
Exil à Andrinople Après un premier transfert à Bagdad jusqu'à 1863, les chefs de la communauté furent exilés pour quatre mois à Constantinople et ensuite envoyés à Andrinople. Au cours de la seconde années de l’exil à Andrinople, selon une version baha'ie des événements rejetée par les azalis comme fausse et calomnieuse, Ṣubḥ-i Azal se rebella contre l’autorité de son demi-frère. Il intrigua auprès des autorités ottomanes, complota contre Bahāʾ-Allāh et essaya même plusieurs fois de le tuer, en particulier par un poison qui lui laissa un tremblement de la main pour le restant de sa vie. Plusieurs témoignages dignes de foi montrent au contraire que ce furent des baha'is qui assassinèrent des azalis. Atiyya Ruhi, A Brief Biography of His Holiness Ṣubḥ-i Azal.. Les baha'is soutiennent que cela eut lieu malgré l'interdiction formelle de Bahāʾ-Allāh, qui fut interrogé à ce sujet par les autorités ottomanes et relâché après s'être déclaré innocent citation de Dieu passe près de nous, 181-183 au chapitre citation tirée de “Bahaism and Religious assassination” par S.G. Wilson in Muslim World, 4, Issue 3, 236, Londres, 1914 (Published for The Nile Mission Press by the Christian Litterature Society for India 35 John Street, Bedford Row, W.C.), mais les azalis n'acceptent pas cette version baha'ie des événements et soutiennent celle de Ṣubḥ-i Azal relatée par E. G. Browne, ou une variante très proche August J. Stenstrand, The Complete Call to the Heaven of the Bayan, Chicago, 2006, 112 (à l'origine publié en juin 1913).
Le schisme instauré au sein de la communauté babie entre les disciples de Bahāʾ-Allāh (« baha’is ») et les partisans de Ṣubḥ-i Azal (« azalis ») devint officiel en septembre 1867. Cela amena Baha'u'llah à rédiger peu de temps après son ouvrage intitulé Kitāb-i Badī' (Merveilleux livre nouveau) pour réfuter les arguments de ses opposants parmi le (Ahl-i Bayān), surtout Siyyid Muḥammad-i Iṣfāhānī que les baha’is considèrent comme l'« éminence grise » de Ṣubḥ-i AzalLogos and Civilization, écrit par Nader Saiedi et publié par University Press of Maryland, États-Unis, 2000, 6, .