La genèse de la chevalerie médiévale traite des origines et de la période formative de la chevalerie au Moyen Âge entre le moment où les cavaliers germains sont apparus sur les limes et ont pris de l'importance dans les armées romaines et le moment où l'Église intègre la chevalerie à la politique de reconquête de la Terre Sainte, en créant les ordres militaires pendant les croisades.
Cet article couvre une période qui s'étend du au , entre l'époque franque et la création de l'ordre des Templiers.
Étymologie
Chevalerie est issu du terme « chevalier » qui s'est formé en ancien français, vers 1080, à partir du latin médiéval caballarius (cavalier ou palefrenier).
À la même époque, vers 1080, le terme « cheval » est formé à partir de caballus, une désignation péjorative qui signifiait un « mauvais cheval » mais qui s'est généralisé remplaçant le latin classique equus (le cheval de guerre romain, qui donne équitation, équestre en français moderne). Les étymologistes supposent une origine celtique ou gauloise à *kaballos.
La polysémie du terme chevalerie
Le terme de « chevalerie » est un terme polysémique tardif qui date de la fin du . Ce n'est que vers 1080 qu'il désigne d'abord « l'exploit digne d'un chevalier » avant de désigner « l'ensemble des chevaliers », vers 1155, puis « la qualité du chevalier » vers 1165-1170.
Pour Jean Flori, historien de la chevalerie médiévale, auteur de nombreuses synthèses sur les chevaliers et la chevalerie française :
Histoire
Les auteurs ecclésiastiques, imprégnés de culture latine, comme Richer de Reims à la fin du , recherchent dans l'antiquité romaine l'origine des structures sociales et des ordres juridiques dont ils sont témoins ou veulent rendre compte, comment la tradition romaine avait perduré de la chevalerie romaine à la chevalerie médiévale. Mais selon Richer, l’ordo equester romain désigne la noblesse romaine et non la chevalerie cite Richer de Reims. Ces auteurs avaient en partie raison, depuis la Rome antique, la culture gallo-romaine, les traditions du territoire sous le contrôle d'Aetius et de Syagrius, roi des romains, il n'y a pas de solution de continuité avec les Francs de Clovis, fondée sur les traditions romaines qui n'avaient pas complètement disparu. Si les magistrats disparurent avec l'Empire leur fonction perdurèrent dans les royaumes barbares et dans l'empire carolingien.
Il faut attendre la fin du , pour que des historiens, comme Léon Gautier, s'intéressent aux origines germaniques - et non plus uniquement romaines - de la chevalerie médiévale. Ces historiens relisent La Germanie de Tacite et y découvrent une certaine forme d'altruisme ou tout le moins un recul de la vengeance mais toutes ces nuance ne proscrivent pas ce que Barthélemy appelle la « mutation chevaleresque ». L'histoire de la chevalerie aurait été faussée, dès 1905 avec Paul Guilhiermoz suivi de Marc Bloch, quand l'on a voulu voir, lors du , dans l'essor de l'adoubement, le moyen de valoriser des vassaux de piètre origine dans le cadre de la « mutation féodale de l'an mil ».
Il ne peut y avoir de continuité entre les chevaliers Romains et la chevalerie médiévale avec son trait principal, le caractère militaire. Jean Flori, historien de la chevalerie, voit dans la féodo-vassalité l'origine de la chevalerie.
Origines antiques Ce que la tradition historiographique appelle le déclin de l'Empire romain d'Occident est le produit d'une longue séquence politique et militaire, qui débute avec la naissance de l'impératif de défense des limes au , et s'accentue après la bataille d'Andrinople en 378, les grandes invasions des germaniques en 406/407 et la création des divers royaumes barbares d'Occident du . La fin de l'autorité impériale en Occident, à partir de 476, consacre ce délitement.
Pour certains historiens, comme Dominique Barthélemy, les racines de la cavalerie puis de la chevalerie médiévale seraient à trouver non pas dans la chevalerie romaine mais chez les peuples germaniques avec leur cavalerie légère et leurs traditions guerrières.
Chevalerie romaine
Avant les recherches modernes du , le principal précédent à la chevalerie médiévale est la chevalerie romaine mais cette chevalerie était d'abord un ordre civil. L'appartenance à l’ordo equester permettait à ses membres l'attribution d'un cheval public (equus publicus), la participation à la légion et à la cavalerie romaine sur les champs de bataille. Les chevaliers romains constituent à l'époque républicaine une classe censitaire définie par le niveau de richesse le plus élevé de la société romaine (un cens de ).
Racines germaniques
Au , les Germains sont victimes d'un préjugé racial dans l'interprétation des sépultures que les archéologues trouvaient. Aujourd'hui ils parlent de faciès culturel dans l'habitude d'inhumer (et non d'incinérer) avec des dépôts d'armes : longues épées, haches, framées, flèches, poignards et autres boucliers. Ces armes attestent de leur statut guerrier.
La société germanique est une société guerrière célébrant les armes jusque dans le rituel funéraire, pratique à laquelle les Romains ne se livraient pas. Tacite, au début du , parle d'une assemblée d'hommes libres, le comitatus dans lequel les jeunes hommes entrent par un serment prononcé lors d'une cérémonie d'initiation et de remise des armes :
Origine médiévale de la chevalerie Le vocabulaire semble donner raison à une origine guerrière et « franque », non romaine et peu germanique. En latin, langue universelle des lettrés du Moyen Âge, la « chevalerie » est désignée par le mot militia sans contestation possible dès le . Les écrivains qui traduisent les textes latins en ancien françois, traduise militia systématiquement par « chevalerie ». Mais au , militia est encore chargé d'une connotation de service public. Sous le Bas-Empire le sens du mot passe progressivement de celui de l'armée de Rome à celui d'une administration calquée sur son modèle. Les fonctionnaires sont ceints d'un cingulumm marque de leur autorité. Au le terme militia indique les fonctions de gouvernement des comtes (comites), (principes) ou puissants (potentes). Ils exercent des fonctions qui rappellent l'ancienne notion de puissance publique.
Mais le mot miles (milites au pluriel) est des plus explicites. Il est lié à l'usage des armes jusqu'au milieu du où il désigne tous les soldats, les piétons (pedites) ou les cavaliers (equites). L'installation des Royaumes barbares, a pris la place de l'armée du Bas-Empire composée de « volontaires » et de mercenaires des peuples « germaniques ». Cette armée est très différente, elle est composée d'hommes libres dont le roi est le chef.
C'est le développement de la vassalité, composée d'une « clientèle armée » d'hommes puissants qui acceptent, par l'hommage, de rentrer dans la « dépendance honorable » de leurs suzerains. Ces vassaux servant par les armes, constituent l'escorte de ceux qui les font vivre. Ils doivent, comme vassaux, être ou fournir ce que leurs suzerains leur demandent, des milites qui au fil du sont devenus des combattants d'élite à cheval.
Le seigneur peut parler de « sa chevalerie » ou de « ses chevaliers ». Ainsi la chevalerie est donc bien une invention féodo-vassalique capétienne.
Notes et références Notes
Références
Sources
Dominique Barthélemy, La chevalerie de la Germanie antique à la France du , Paris, Fayard, 2007. Émilienne Demougeot, La formation de l'Europe et les invasions barbares, de l'avènement de Dioclétien au début du , Paris, Aubier collection Historique, 2 volumes, 1979. Jean Flori, Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, Paris, Hachette collection Vie Quotidienne, édition 1998, édition de 2004. Jean Flori, La Chevalerie, Jean-Paul Gisserot collection Histoire médiévale, 2015.
Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert, 1998 Ferdinand Lot, La fin du monde antique et le début du Moyen Âge, Paris, Albin Michel l'évolution de l'humanité, 1989.
Lucien Musset, Les invasions, les vagues germaniques, Paris, PUF Nouvelle Ckio, 1969.
Suétone, Vie des Douze Césars - traduction en ligne. Tacite, La Germanie, Texte établi et traduit par Jacques Perret, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1949 ( éd.).
Malcolm Todd, Les Germains aux frontières de l'Empire romain, Paris, Colin collection civilisations, 1990.
Annexes
Bibliographie Léon Gautier, La Chevalerie, Bruxelles - Genève, Victor Palme, 1884.
Sources anciennes Richer de Reims, Historiarum Libri Quatuor, Paris, Latouche, 1967. Articles connexes Chevalier romain Germains Cavalerie Chevalerie
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