La guerre russo-géorgienne de 2008 (également connue sous le nom de seconde guerre d'Ossétie du Sud) est un conflit post-soviétique qui oppose en la Géorgie à sa province séparatiste d'Ossétie du Sud et à la RussieEn 1991-1992, un premier conflit a opposé l'Ossétie du Sud à la Géorgie à la suite de l'indépendance de ce pays vis-à-vis de l'URSS, le , et à la suppression de l'autonomie accordée aux Ossètes.. Le conflit s'est étendu à une autre province géorgienne séparatiste, l'Abkhazie.
Après plusieurs jours d'accrochages frontaliers entre la milice des séparatistes sud-ossètes, soutenue et formée par la Russie, et l'armée géorgienne, les hostilités commencent dans la nuit du 7 au par un assaut des troupes géorgiennes décidé par le président géorgien M. Saakachvili.
Se fondant sur le fait que la grande majorité des Ossètes du Sud ont un passeport russe, le président russe, Dmitri Medvedev, ordonne à ses troupes d'intervenir afin de protéger la population de l'Ossétie du Sud et de contraindre la Géorgie à la paix.. Après quatre jours d'avancée rapide des forces russes et de bombardements sur plusieurs villes géorgiennes, Medvedev annonce que ces objectifs sont atteints et que les troupes russes resteront sur les positions définies par l'accord de 1992 pour garantir la paix dans la région...
Le est signé un cessez-le-feu qui met fin au conflit, sans régler le contentieux entre l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie d’une part et la Géorgie d’autre part.
Le , la Russie reconnaît officiellement l'indépendance de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie et se dit prête .. Le la CEDH reconnaît qu'à l'occasion de ce conflit la Russie s'est rendue coupable de violations de la Convention européenne des droits de l'Homme.
Le conflit a causé plus d'un millier de morts et entrainé le déplacement de personnes.
Contexte et précédents Conflit osséto-géorgien jusqu'en 2003 Contexte historique avant la période soviétique Les Ossètes arrivèrent dans le Caucase sous le nom d'Alains dans l'Antiquité. Mais ils ne s'établirent pas dans cette région sous une entité unifiée stable et durable, alors que le royaume géorgien d'Ibérie qui était au-delà de la passe de Darial, de l'autre côté du Caucase, entrait très souvent en guerre contre eux (ou bien s'alliait avec cette tribu contre l'Arménie, la Perse ou l'Empire romain). Vers la fin du , une partie des Alains migrèrent en dehors de la région puis participèrent aux grandes invasions (vers 375). Ceux demeurés en Ciscaucasie fondèrent au fil des siècles une nation dans les montagnes (correspondant à l'actuelle Ossétie du Nord) qui devint au la vassale du royaume de Géorgie nouvellement formé (1010). Les alliances se multiplièrent entre les deux États et le roi (1014-1027) prit pour femme ou favorite une princesse osse (terme géorgien pour désigner les Alains). De cette union naquit par ailleurs un fils considéré comme illégitime, Démétrius, qui, après deux tentatives ratées de prendre le pouvoir en Géorgie, partit s'exiler en Ossétie, où il fonda une lignée royale, branche de la dynastie arméno-géorgienne des Bagratides.
Au , la nation ossète fut de facto annexée par le royaume de Géorgie quand la reine Tamar la Grande (1184-1213) prit pour mari le roi bagratide David Soslan, qu'elle associa cependant au trône du nouvel ensemble. L'Ossétie resta sous domination géorgienne jusqu'à la division du Royaume en 1490. Les Osses furent de jure annexés par l'Empire ottoman au , ce qui mena à une immigration de masse sur le territoire géorgien, notamment dans la Principauté de Samatchablo. Cette région devint ainsi un lieu de regroupement des Ossètes caucasiens en Géorgie qui y importèrent leur culture et leur langue, avec l'autorisation de certains monarques géorgiens, dont Héraclius II (1762-1798), qui cherchaient à repeupler le pays après les terribles ravages causés par les Perses et les Turcs. Quand la Russie impériale annexa la Géorgie orientale en 1802, l'Ossétie à proprement parler et la principauté de Samatchablo furent inclus au sein de la Géorgie dans la vice-royauté du Caucase. Au cours du , les nationalismes ossètes et géorgiens se développèrent.
Contexte historique au Les premières manifestations du nationalisme géorgien, très jacobin« Quand les « grands » jouent en Ossétie », Le Monde diplomatique, septembre 2008., déclenchèrent des heurts violents. Un conflit armé sanglant eut lieu de 1918 à 1921, quand l'éphémère république démocratique de Géorgie, dirigée par les mencheviks en conflit avec les bolcheviks de Moscou, accéda à une indépendance de facto. Les Ossètes y furent soutenus logistiquement par les bolchéviks russes même s'il faut attendre l'invasion de la Géorgie par l'Armée rouge en pour que le conflit cesse. Il causa dans son ensemble la mort d'environ . À la suite de l'instauration du pouvoir soviétique dans la région, l'oblast autonome d'Ossétie du Sud au sein de la république socialiste soviétique de Géorgie fut proclamé le et jusqu'aux années 1990, les relations entre les deux entités furent tout à fait pacifiques, malgré les prétentions des Ossètes sur l'enclave ethnique de Trialétie, en Géorgie centrale. De nombreux mariages mixtes furent enregistrés entre les deux peuples.
Toutefois, les problèmes resurgirent en 1989 quand le dirigeant nationaliste géorgien Zviad Gamsakhourdia organisa des manifestations pro-géorgiennes à Tskhinvali, la capitale de l'oblast de l'Ossétie du Sud, qui furent brutalement réprimées. Quand Zviad Gamsakhourdia accéda à la présidence de la RSS géorgienne à la fin de l'année 1990, les autorités sud-ossètes choisirent de répondre aux provocations de Tbilissi en organisant des élections législatives et parlementaires la même année. Le , le nouveau parlement proclama l'élévation de l'Ossétie du Sud au niveau de république socialiste soviétique, statut toutefois non reconnu par Moscou et qui mena à la suppression courte de l'autonomie de l'oblast par Tbilissi.
Le , l'armée géorgienne pénétra dans Tskhinvali pour désarmer les séparatistes, mais se heurta à une forte opposition et le conflit s'aggrava jusqu'en mars, quand un nouvel assaut sur la capitale sécessionniste fut opéré par la Géorgie. En avril, un blocus fut mis en place par les autorités du Conseil suprême de la Géorgie sur l'Ossétie du Sud. Les combats continuèrent jusqu'à un coup d'État, le , qui amena au pouvoir en Géorgie Edouard Chevardnadze, ancien dirigeant soviétique. Celui-ci entama des négociations avec Tskhinvali et Moscou (qui soutenait indirectement les indépendantistes). Elles débouchèrent sur un cessez-le-feu signé à Dagomys en et sur les le , alors que la Géorgie entrait en guerre avec une nouvelle région sécessionniste, l'Abkhazie. À la suite de ces accords, l'essentiel du territoire de l'Ossétie passa sous administration des indépendantistes, tandis qu'une petite partie restait sous contrôle géorgien. Ces accords semblent cependant préserver les chances d'un règlement politique du conflit en conservant une série de villages géorgiens au cœur de l'Ossétie du Sud. Parallèlement, une force d'interposition, sous mandat de l'ONU« Cinq jours qui ont fait trembler le Caucase », Le Monde diplomatique, avril 2009., composée de troupes géorgiennes, sud-ossètes et russes fut créée sous le nom Mission JPKF pour contrôler l'application du cessez-le-feu. Une commission comprenant Russes, Nord-Ossètes, Sud-Ossètes et Géorgiens, sous la présidence de la CEI, fut également mise sur pied pour discuter du statut de la région. Cette commission est dénoncée comme inégalitaire par les Géorgiens car comprenant trois parties supposées favorables aux Sud-Ossètes.
Arrivée au pouvoir de Saakachvili 250px|gauche|vignette|Groupes ethno-linguistiques du Caucase. Des incidents frontaliers entre les forces géorgiennes et sud-ossètes eurent lieu régulièrement pendant les années 1990, jusqu'à la révolution des Roses (), qui aboutit à l'élection de Mikheil Saakachvili, un pro-européen, à la tête de la Géorgie. De son côté, Moscou créa une situation inédite en Ossétie du Sud en proposant aux habitants des passeports russes, en vertu de l', de la « Loi sur la nationalité de la fédération de Russie », qui dispose, entre autres que tout citoyen de l'URSS n'ayant pas accepté la nationalité de son nouveau pays et de ce fait se trouvant apatride, peut demander la nationalité de la fédération de Russie.. Le départ du pouvoir de l'ancienne génération des apparatchiks soviétiques et l'arrivée de dirigeants pro-occidentaux, demandant ouvertement l'adhésion à l'OTAN« Escalade militaire dans le Caucase », Le Monde diplomatique, juillet 2007. et la réunification du pays, augmenta la tension d'un cran entre Tskhinvali et Tbilissi, de même qu'entre la Géorgie et la Russie. Le , de graves accrochages militaires entre les forces indépendantistes et l'armée géorgienne se déroulèrent dans le village de Trianakhana, qui fut brièvement récupéré par les troupes de Tbilissi. Le lendemain, les affrontements continuaient, faisant du côté géorgien et plusieurs dizaines du côté sud-ossète, tandis que Trianakhana revenait dans les mains des séparatistes après un nouveau cessez-le-feu.
La facile récupération de la région sécessionniste d'Adjarie en 2004 conforta le gouvernement de Saakachvili dans la possibilité d'unifier de nouveau le pays. Il demanda alors à l'OSCE, à l'OTAN ou à l'ONU de remplacer les Casques bleus russes en poste dans la capitale sans exclure l'option militaire. Les puissances européennes s'inquiétèrent cependant davantage des dépenses militaires croissantes des trois pays caucasiens. Pour la Géorgie, elles passèrent ainsi de de laris de 2006 à 2007 (sur un revenu total de de laris). L'Union européenne (UE) par la voix de sa Commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, s'exprima publiquement sur le sujethttp://www.caucaz.com, . Cité par « Quand les « grands » jouent en Ossétie », Le Monde diplomatique, septembre 2008.. L'État-major russe de son côté s'était préparé à une confrontation avec la Géorgie, et un plan d'opérations de guerre avait été ordonné en 2006 par le président russe Poutine.....
Les tensions frontalières diminuèrent un peu par la suite, et en , des élections législatives furent organisées dans la province séparatiste. Edouard Kokoïty, président de la république autoproclamée depuis 2001, fut réélu avec 98,1 % des suffrages exprimés. Tbilissi décida de répondre en organisant des « élections alternatives » dans les régions toujours administrées par le gouvernement central. devint ainsi président des territoires ossètes sous administration géorgienne.
vignette|200px|Troupes d'élite géorgiennes attaquant une colline où se sont retranchés des miliciens sud-ossètes. Depuis 2002, les Sud-Ossètes possèdent des passeports russes, et la séparation des « communautés » serait telle qu'en Ossétie du Sud, les « Ossètes » et les « Géorgiens » auraient développé certains chemins et axes routiers différents afin de s'éviter et chaque « communauté » aurait son propre réseau de gaz et d'électricité.. Ces tensions ethniques exacerbées sont interprétées par certains chercheurs en sciences sociales comme une conséquence de la politique soviétique des nationalités, qui serait utilisée aujourd'hui encore par le pouvoir russe., d'autres avancent que ces conflits ont longtemps été étouffés par la mainmise soviétique, et qu'ils se sont réveillés aux lendemains de la chute de l'URSS.. À l'opposé, des témoignages indiquent une circulation normale de Géorgiens en Ossétie du Sud notamment autour de Tskhinvali jusqu'au début du conflit.