Dans le cadre de la Question jurassienne, le plébiscite jurassien (ou les plébiscites jurassiens) est une votation organisée le , par le gouvernement bernois par lequel le peuple jurassien décide de se séparer du canton de Berne pour former le canton du Jura. De ce plébiscite découleront deux autres en 1975.

Contexte historique

alt=|gauche|vignette|220x220px|Le territoire de l'Évêché de Bâle au . gauche|vignette|Le département du Mont-Terrible (- ). Depuis l'an , la région du Jura faisait partie de la principauté épiscopale de Bâle. En , la principauté épiscopale de Bâle, vassale du Saint-Empire romain germanique, s'effondre face aux troupes de la Révolution française. La République française s'empare alors de son territoire. Le de la même année, les autorités françaises proclament la République rauracienne, qualifiée de « république sœur ». Cette dernière regroupe uniquement les actuels districts de Delémont, Porrentruy, Franches-Montagnes, Laufon, ainsi que les régions de La Courtine et du Birseck. La France vise, cependant, l'annexion de l'ancien Évêché dans son ensembleTélévision suisse romande, L'heure du choix, 5 mars 1975.. Le , la République rauracienne est dissoute et annexée au territoire français le pour former le département du Mont-Terrible, à l'exception du bailliage de Schliengen, situé de l'autre côté du Rhin. Les régions protestantes du sud, comprenant les actuels districts de Courtelary, La Neuveville et Bienne ainsi que la prévôté de Moutier-Grandval, abrite une majorité d'anabaptistes avait fui les persécutions des villes et des régions du Plateau suisse. Formant ainsi une minorité alémanique significative, ceux-ci bénéficient de l'épargnement grâce à leurs alliances avec la Confédération suisse, notamment avec Berne et Fribourg. Cependant, cette neutralité prend fin avec l'invasion de la Suisse par Napoléon en Archives nationales, Les procès-verbaux du Directoire : an V-an VIII, Tome III : - 30 frimaire an VI (22 septembre-)Daucourt Alphonse, De l'annexion du Jura à la France jusqu'à sa réunion au canton de Berne 1793-1815, Delémont, 1913.. Ces régions, ainsi que la ville de Bienne, sont alors intégrées au département du Mont-Terrible. Le , le Mont-Terrible est dissous et ses territoires sont rattachés au département du Haut-RhinAlbert Malet et Jules Isaac, Révolution, Empire et première moitié du , librairie Hachette, 1929, ..

Congrès de Vienne et rattachement à Berne La défaite de Napoléon entraîne une redistribution des territoires européens. Lors des négociations du congrès de Vienne, le territoire jurassien, désigné comme la « principauté de Porrentruy », est représenté par Melchior Delfils et Conrad de Billeux. Ces derniers, aux côtés des représentants de la ville de Bienne et des grandes familles de Delémont et de Courtelary, revendiquent la création d'un canton indépendant, idéalement dirigé par le prince-évêque de Bâle. Toutefois, les délégations suisses ne tiennent pas compte de cette demande, étant particulièrement préoccupées par le sentiment revanchard du canton de Berne, qui a perdu le pays de Vaud et la Basse-Argovie, récemment devenus indépendants en . Après neuf mois de négociations, le congrès de Vienne annonce ses décisions concernant la Suisse le . En plus de la proclamation de la neutralité perpétuelle de la Suisse, il est décidé d'intégrer la république de Genève, la principauté de Neuchâtel et l'ancienne République rhodanienne sous forme de cantons. La « Principauté de Porrentruy » est finalement rattachée au canton de Berne, tandis que les territoires de Birseck et Pfeffingen sont annexés au canton de Bâle..

Accompagnant l'annexion des territoires, un Acte de réunion est élaboré pour chacun des deux cantons. Concernant Berne, l'Acte comprend vingt-cinq articles. Neuf d'entre eux portent sur la garantie de la religion catholique comme culte public dans les communes où elle était établie, abordant des questions telles que l'évêché, l'enseignement religieux, le choix et la rémunération des curés, ainsi que la pension du prince-évêque. D'autres articles traitent de la situation juridique des Jurassiens, de la liberté de religion pour les anabaptistes, du maintien ou de l'abolition des codes civil et pénal français, des questions fiscales, du rétablissement des bourgeoisies et du régime particulier de la ville de Bienne..

Cependant, le canton de Berne exprime certaines réticences face à cette annexion, en raison de la diversité des traditions locales, de l'absence d'unité entre un Nord catholique et un Sud réformé, ainsi que de l'influence d'anciennes coutumes et d'une législation française moderne. Néanmoins, le canton finit par accepter l'annexion et signe l'Acte de Réunion le à Bienne, intégrant le Jura à son territoire le .. Certains hommes politiques bernois, cependant, considèrent cette compensation pour la perte du Pays de Vaud et de la Basse-Argovie comme peu satisfaisante, évoquant, selon une formule devenue célèbre, .. gauche|vignette|Carte du canton de Berne en . À partir du rattachement du Jura au canton de Berne, la cohabitation entre les Jurassiens et Berne ne pose pas de problèmes majeurs. Cependant, de profondes divergences émergent après les . L'origine de ces mécontentements réside en partie dans des divergences culturelles, linguistiques, juridiques et religieuses. Lors de la Première Guerre mondiale, le fossé linguistique et culturel s'élargit entre Berne et le Jura et, entre et , plusieurs mouvement séparatistes se forment.

« Affaire Moeckli » Pour apaiser les tensions croissantes, le Conseil-exécutif bernois propose au Grand Conseil bernois, le , d'attribuer à Georges Moeckli, conseiller d'État socialiste, la direction du Département des travaux publics et des chemins de fer, un poste stratégique en raison du développement des transports après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, sous l'impulsion du député PAB Hans Tschumi, le Grand Conseil bernois rejette cette proposition par contre et , arguant que la maîtrise insuffisante du dialecte bernois par Moeckli pourrait poser des problèmes de communication : .. Finalement, c'est le socialiste qui obtient ce poste. Cette décision suscite indignation et révolte dans le Jura, et dès le , lAssociation pour la défense des intérêts du Jura, rejointe par la Société jurassienne d’Émulation, proteste contre l'éviction de Moeckli. Les députés jurassiens et ceux de la Bienne romande, réunis au sein de la « Députation jurassienne » pour défendre les intérêts de la région, demandent un réexamen de cette décision. Le , le Grand Conseil bernois refuse cette requête par contre et .. Le président du parlement de l'époque déclare : .

Le , sous l'initiative de René Fell, une manifestation regroupant se tient devant l'Hôtel de Ville de Delémont. Lors de cet événement, plusieurs intervenants, dont Pierre Marti, Arthur Juillerat, Daniel Charpilloz, Joseph Chételat, Émile Giroud, Virgile Moine, Jean Gressot et Georges Diacon, prennent la parole pour revendiquer la « libération du Jura ». En conséquence, un Comité d'action pour la défense des droits du Jura, qui sera ultérieurement renommé « Comité de Moutier », est constitué à Delémont le par Louis Bueche et René Steiner, rassemblant . Ce comité a pour mission d'établir un catalogue de revendications et de mener des ... En réponse à ces initiatives, le Conseil-exécutif bernois informe le Grand Conseil bernois de la résurgence des idées séparatistes dans le Jura, affirmant son intention de ne jamais accorder l'indépendance à ce territoire, en soulignant l'existence d'autres cantons bilingues au sein de la Confédération. Sous l'impulsion de Daniel Charpilloz, le deuxième Mouvement séparatiste jurassien (MSJ) est fondé le à Moutier, avec la participation de Roland Béguelin, Roger Schaffter et . Ce groupe réclame la séparation du territoire jurassien du canton de Berne afin de créer un nouveau canton au sein de la Confédération, englobant les sept districts de Delémont, Porrentruy, Les Franches-Montagnes, Moutier, Courtelary, La Neuveville et Laufon...

Lutte jurassienne

Votation de 1959 Le , le Rassemblement jurassien annonce le lancement d'une initiative cantonale . Le , Rassemblement jurassien subit alors un revers, la population bernoise ayant rejeté l'incitative à 77,6 %; dans le Jura même, l'initiative est rejetée par contre , soit 51,9 % de non contre 48,1 % pour le oui. Le oui l'emporte néanmoins dans trois des sept districts jurassiens. +Résultat de l'initiative populaire cantonale bernoise du QuestionDistricts concernésPour (oui)Contre (non)Non comptabilisés (blancs & nuls)StatistiquesRésultatCarteVotesPourcentageVotesPourcentageBulletins rentrésParticipation« Souhaitez-vous qu'une consultation populaire soit organisée dans le Jura afin de sonder l'opinion des Jurassiens quant à une séparation du Jura d'avec Berne ? »21x21px Aarberg sans_cadre22x22px Aarwangen 21x21px Berne 21x21px Bienne 22x22px Büren 21x21px Berthoud 22x22px Cerlier 22x22px Courtelary 22x22px Delémont 22x22px Franches-Montagnes 24x24px Fraubrunnen 22x22px Frutigen 22x22px Gessenay 20x20px Interlaken 23x23px Konolfingen 22x22px La Neuveville 21x21px Laupen 22x22px Laufon 22x22px Moutier 21x21px Nidau 21x21px Niedersimmental 21x21px Oberhasli21x21px Obersimmental 22x22px Porrentruy 20x20px Schwarzenburg 21x21px Seftigen 20x20px Signau 20x20px Thoune 20x20px Trachselwald 20x20px Wangen Personnel militaireø Sous-total20x20px Jura bernois 20x20px Reste du canton Total16x16px Canton de Berne Votes « oui » (22,4 %)Votes « non » (77,6 %)▲Majorité absolueSource : Gazette de Lausanne, Journal de Genève et Archives d'État du canton de BerneStaatsarchiv des Kantons Bern, StABE A 3.1.3144 Note : Plusieurs sources rapportent des chiffres divergents. Les nombres indiqués ici sont ceux qui reviennent le plus fréquemment. Malgré cet échec, le Rassemblement jurassien ne se résigne pas. Sous la direction de ses leaders, notamment Roland Béguelin, l'association entreprend une restructuration en profondeur. Les membres du Rassemblement jurassien décident d’intensifier les manifestations et actions militantes, tout en misant résolument sur la mobilisation de la jeunesse. Dès , l'association projette de lancer quatre nouvelles initiatives cantonales afin d’améliorer les conditions des Jurassiens. Béguelin abandonne le discours géographique du Jura historique au profit d'une approche axée sur le Jura ethnique. Selon lui, la question ne relève plus d'une délimitation territoriale, mais d'une question d'identité. Le peuple jurassien représente les francophones, tandis que les germanophones et les immigrants d'origine bernoise ne devraient pas avoir voix au chapitre sur ce sujet. C'est dans ce contexte qu'une difficulté se pose : le cas particulier du district de Laufon. Bien qu'historiquement jurassien, ce district, majoritairement germanophone, est exclu du projet d'intégration au futur canton du Jura. Le Rassemblement jurassien admet alors la possibilité d'un canton du Jura composé de six districts francophones.

L'expression « Les années de braises » désigne la période allant de à , durant laquelle les tensions entre les séparatistes jurassiens et les pro-bernois atteignent leur paroxysme. Cette époque se caractérise par des échauffourées, des menaces envers des élus politiques, des boycotts de commerces et restaurants appartenant aux adversaires, des actes de vandalisme, des dégradations de drapeaux, ainsi que des protestations et des attentats visant des infrastructures.

Rapports des deux commissions