vignette|Samia Ghali avec de jeunes habitants du quartier marseillais de La Viste.
La notion de groupes ethniques en France n'a, en droit français, pas d'existence juridique. Sa pertinence scientifique, historique, anthropologique, sociale ou politique est souvent contestée en tant que concept opératoireNotamment cf. Jean-Loup Amselle et Elikia M'Bokolo, Au cœur de l'ethnie. Ethnie, tribalisme et État en Afrique, éd. La Découverte/Poche, 67, col. Sciences humaines et sociales, 1999, 226 p. . et l'état civil français ne mentionne aucune caractéristique ethniqueL'article 8 de la Loi informatique et libertés de 1978 interdit « de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques » : . Cependant, son utilité en tant que notion (à usage empirique, donc) est reconnue officiellement de fait à usage d'intérêt public puisqu'une mention ethnique est désormais autorisée pour les personnes qui résident sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie depuis 2009Pour la France métropolitaine : Ferdinand Mélin-Soucramanien, « Le Conseil constitutionnel défenseur de l'égalité républicaine contre les “classifications suspectes” », in : Recueil Dalloz 2007, 3017 ; pour la Nouvelle-Calédonie, la CNIL a donné un avis favorable au recensement de 2009, qui fait apparaître l'origine ethnique des personnes (données enregistrées jusqu'en 1996, mais pas au recensement de 2004). La CNIL rappelle une délibération de 2002, dans laquelle elle avait affirmé que « le recueil de l'appartenance ethnique des personnes, compte tenu des caractéristiques sociodémographiques propres au territoire de Nouvelle-Calédonie, répond à un motif d'intérêt public […] »..
Cependant, si le recensement de la population, obligatoire, ne permet pas le recueil d'information sur la religion ou l'origine ethnique, une enquête non obligatoire peut le faire, ce qui atteste, dans les faits, de son utilité à titre de descripteur d'une affiliation, notamment revendiquée subjectivementMichèle Tribalat, L'Islam en France, PUF, 2010, .. Il est permis de poser des questions « sensibles »Qu'appelle-t-on une question sensible?, Enquête « Trajectoires et Origines » (TeO), 2008, site de l'Ined, y compris dans une enquête de la statistique publique, sous condition de la pertinence des questions, du maintien de l'anonymat des réponses et d'une autorisation écrite des personnes interrogées. L’enquête « Trajectoires et origines » (TeO), par exemple, réalisée conjointement par l'INED et l'Insee en 2008 a permis de récolter non seulement des informations sur les pays d’origine et les langues parlées, mais aussi « sur les appartenances ethniques déclarées ainsi que sur les principales qualités perceptibles qui peuvent servir de support aux discriminations dans notre société : couleur de la peau, coiffure, tenue vestimentaire, accent et autres signes corrélés de façon visible ou hypothétique à une appartenance religieuse ou ethnique (pratiques alimentaires, respect d’un calendrier festif non chrétien, pratiques funéraires) »François Héran, Inégalités et discriminations. Pour un usage critique et responsable de l’outil statistique, 3 février 2010François Héran, L’origine des immigrés et de leurs enfants dans les enquêtes de la statistique publique. Quels principes déontologiques ?, Synthèse de l’exposé de François Héran à la réunion du Conseil scientifique d’Économie et Statistique du 28/9/2005Le 15 novembre 2007, le Conseil constitutionnel a censuré Décision DC l’article 63 de la loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile..
La population française s'élevait en 2010 à dont en métropoleChiffre pour toute la République française d'après le Bilan démographique 2007 Insee d'après l'Insee.
thumb|La France métropolitaine et d'outre-mer en 2007. Selon des analyses, plutôt anglophones, on pourrait distinguer les citoyens français selon leur « origine ethnique » ou « raciale »Christoph Pan, Beate Sibylle Pfeil et Michael Geistlinge, National Minorities In Europe.. Ces origines sont très diverses, constituées par exemple des Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Normands, Occitans, Flamands, Foréziens, Kanaks, Polynésiens, Latino-Américain, Arabes, Amérindiens, Noirs, Kali'nas, Wayanas, Wayãpi et Palikur.
Discussions autour de la notion de groupe ethnique La notion d'ethnie est difficile à cerner dans la mesure où les spécialistes en donnent plusieurs définitions possibles et ne s'accordent pas sur le ou les choix à privilégier. thumb|Carte du des peuples européens : l'Europe centrale en 1898.
Selon Jean-William Lapierre, un détracteur du système juridique français, « l'idéologie jacobine de notre république, au nom du dogme de l'État-nation, a toujours nié la diversité de la population française. Une conséquence, dans un pays où la recherche en science sociale dépend principalement d'un financement public, est que l'étude des relations inter-ethniques n'y a jamais eu une place importantePhillippe Poutignat et Jocelyne Streiff-Fenart, Théories de l'ethnicité, suivi dans le même livre des Groupes ethniques et leurs frontières de Fredrik Barth, Paris, 1995, PUF, 270 pages. ». Malgré cela, il existe de nombreux testings ou tests de situation, et des enquêtes sur la population générale ou centrées sur telle ou telle communauté sociale, linguistique, cultuelle ou autreSelon Pierre-Yves Cusset dans « La discrimination et les statistiques ethniques : éléments de débat » : « Le testing offre l’avantage de tester directement et précisément les critères potentiels sur lesquels repose la discrimination : patronyme, apparence, couleur de peau. Mais les résultats de ces enquêtes sont forcément attachés à un secteur particulier du marché du travail ou de celui du logement et ne sont pas aisément généralisables. ».
L'ethnologie est une branche de l'anthropologie qui étudie les us et coutumes, les symboles (dont la langue et les croyances) et les artefacts (et leur production) d'une population définie par ceux-ci, décrits (et éventuellement collectés) par l'ethnographie. Elle se distingue de la sociologie qui, elle, étudie une société dans son ensemble, définie par le travail, la famille, l'éducation, les modes de communication, les rapports hommes/femmes, les cultures et ses rapports au territoire, et dans le cadre de laquelle coutumes, symboles et artefacts sont des aspects du travail et/ou de la culture.
En France l'ethnologie prend son essor dans le cadre du colonialisme des années 1870-1910, et évolue dans ce contexte politiqueJean-François Bert dans Histoire de l'ethnologie. En Amérique du Nord, en Europe centrale et orientale, dans des contextes politiques différents, c'est depuis fort longtemps la compréhension des relations interculturelles dans des états aux populations d'origines et de langues différentes (États-Unis, Canada, Autriche-Hongrie, Empire russe, Empire ottoman par exemple) qui motive le foisonnement d'une littérature anthropologique, surtout anglo-saxonne et allemande. Apparaissent alors les termes de groupe ethnique et d'ethnicité désignant un groupe humain par des facteurs linguistiques, historiques et éventuellement religieuxLe terme d'ethnicité est un usage tout à fait nouveau dans la littérature française, sauf à de très rares exceptions comme François Raveau (L'Autre et l'ailleurs : hommages à Roger Bastide, 1976), ou comme Michaud qui l'utilise pour désigner la conscience d'appartenance à un groupe ethnique. Ce terme ne sera introduit qu'en 1981 à l'Association française d'anthropologie par Françoise Morin lors d'une Table ronde.. Appliquant la notion d'ethnicité à la France, certains ethnologues comme David Levinson par exemple, affirment que « le groupe ethnique français constitue environ 85 % de la population » et qu'on y trouve « plus de ethniques de toutes les régions du monde ».Page 30: Traduction : La France est une société ethniquement hétérogène, avec plus de ethniques de toutes les régions du monde. Le groupe ethnique français constitue environ 85 % de la population..
Toutefois, des ethnologues comme Claude Lévi-Strauss (dans ses cours et articlesVoir par exemple Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952.) mettent en garde contre la confusion, dans la notion anglo-saxonne de groupe ethnique, de deux réalités qui ne se recoupent pas forcément : d'une part, l'origine géographique et historique (que l'on peut désigner par des noms tel que Français, Anglais, Belges ou Auvergnats) et d'autre part, l'appartenance linguistique (que l'on doit désigner par le suffixe -phone comme dans anglophones ou francophones). Selon lui, la notion anglo-saxonne de groupe ethnique soulève d'emblée le problème de sa subjectivité, d'une part parce que les paramètres linguistiques, religieux et culturels ne cessent d'évoluer, d'autre part parce qu'ils ne se recoupent pas souvent : par exemple, la plupart des habitants de l'Irlande se définissent comme Irlandais, mais parlent anglais ; ils sont tous officiellement chrétiens mais, selon qu'ils appartiennent à une communauté historiquement catholique ou bien protestante, ils ont des sympathies politiques différentes qui ont mené à des guerres civiles et à une partition de l'île (cas semblable à ceux de l'ancienne Yougoslavie, de Chypre, du Liban…) ; les sociologues, eux, expliquent cela plutôt par les clivages sociaux et l'inégalité, les différences ethniques n'étant qu'un symbole identitaire. C'est pourquoi il y a tant de définitions différentes d'un groupe ethnique.
Selon Taylor, « tandis qu'en Allemagne, dans les pays slaves et dans l'Europe du Nord, les dérivés d'ethnos mettent l'accent sur le sentiment d'appartenance à une collectivité, en France le critère déterminant de l'ethnie est la communauté linguistique »Taylor (A-C), Ethnie, dans Pierre Bonte, et Michel Izard (avec Marion Abélès, Philippe Descola, etc.), Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie, 1991, 242-244, ..
Des critères concurrents peuvent être utilisés pour définir des groupes. font partie de l'anthropologie socio-culturelle dont les vraisemblances culturelles et linguistiques, l'auto-définition, la perspective historique…. On trouve aussi l'anthropologie biologiqueGuja C. et Pavalan M., « Critères anthropologiques pour la constitution d'une typologie humaine naturelle », Bulletins et mémoires de la Société d'anthropologie de Paris , 1985, vol. 2, , , voir en ligne sur Persée., ou l'analyse génétique des populations.
Notion de « minorité visible » Une minorité visible est une minorité nationale dont les membres sont facilement reconnaissables au regard du groupe majoritaire.
Par opposition, on qualifie de minorité invisible les groupes minoritaires dont les membres ne sont pas physiquement reconnaissables, même entre eux. Dans un pays européen, les asiatiques peuvent être considérés comme une minorité « visible », alors que les homosexuels sont une minorité « invisible ».
Le concept de minorité, utilisé en France depuis quelques années, désigne selon l'INED les immigrés non européens, les personnes nées dans les départements d’Outre-Mer (DOM) et les personnes qui en sont les fils ou les fillesINED. La presse qualifie de « minorités visibles » : Laetitia Van Eeckhout, Les minorités visibles ont deux fois plus de chances de se faire contrôler par la police, lemonde.fr, 12 janvier 2009.