Le Single Integrated Operational Plan (SIOP) est une planification stratégique qui spécifie la façon dont les armes nucléaires des États-Unis devraient être utilisées en cas de guerre nucléaire.. Au niveau de l'OTAN, un accord sur l'utilisation des armes nucléaires prévoit la participation du Royaume-Uni au SIOP. Le plan prend en compte les capacités nucléaires de la triade : les bombardiers stratégiques, les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et les missiles balistiques lancés par sous-marin (SLBM). Le SIOP, document hautement confidentiel, est l'un des plus secrets et sensibles de la politique de la sécurité nationale américaine.

Les SIOP sont nommés en fonction de l'année fiscale pendant laquelle ils prennent effet. Ainsi le premier plan officiellement appliqué s'est appelé SIOP-92 car promulgué en , avant cela les plans étaient identifiés par deux caractères alphanumériques. Un nouveau SIOP est approuvé tous les ans, même en l'absence de modification.

Le SIOP a été remplacé par un ou plusieurs CONPLANs (Contingency Plans, en français : « Plans d'urgence ») ou OPLAN, cependant ce terme reste largement utilisé lors des discussions stratégiques. L'OPLAN 8044 remplace le SIOP depuis . Le plan le plus récent est l'OPLAN 8010 qui date de .

Le STRATCOM a effectué 16 mises à jour majeures du plan de guerre stratégique entre 1988 et en réponse aux changements des menaces, des systèmes d'arme et des orientations politiques ou militaires. L'OPLAN 8010 est considéré comme le premier plan non SIOP, mais il contient encore des options de frappes nucléaires ..

Élaboration Le SIOP est créé à partir d'un guide conceptuel élaboré par le président des États-Unis. Le guide est transformé par le secrétaire à la Défense en un Nuclear Weapons Employment Policy (NUWEP : ) fixant les objectifs de base, les listes de cibles et les contraintes opérationnelles. Le NUWEP est ensuite transmis au comité des chefs d’états-majors interarmes qui le transforme en Joint Strategic Capabilities Plan (JSCP : ). Le JSCP est ensuite converti par le STRATCOM en commandes, calendrier et répartition des armes qui composent le SIOP. Le processus complet prend plus de 18 mois. Sous la présidence Clinton, le SIOP retenait 4 options d'attaque principales, 65 options d'attaques limitées et de nombreuses options générales adaptables pour les menaces ne provenant ni de la Russie ni de la République populaire de Chine.

Les cibles d'attaques nucléaires sont listées dans la National Target Base (NTB), élaborée à partir d'une liste de renseignement comprenant plus de sites à travers le monde. Le nombre de cibles listées au sein de la NTB a énormément varié au cours des années ; ainsi elles étaient près de en 1985, de après la chute de l'Union soviétique, elles sont passées à en 1995, avant de remonter en date de 2008 à près de . En 2008, environ 75 % des cibles se situent en Russie, étant des sites nucléaires.

Participation du Royaume-Uni

Alors que la force de dissuasion nucléaire britannique, composée en 2015 de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de classe Vanguard armés de missiles Trident, est strictement placée sous contrôle national, elle possède deux rôles distincts. Le premier est de constituer une partie des représailles face à une attaque visant le Royaume-Uni, que ce soit dans le cadre d'une attaque stratégique impliquant tous les SNLE de la Royal Navy, ou d'une attaque tactique limitée. Le second rôle est celui qui voit la Royal Navy participer au SIOP dans le cadre d'une réponse de l'OTAN face à une attaque nucléaire russe. Dans ce cas, les sous-marins américains et britanniques ne constitueraient plus qu'une seule force.

La contribution de la Royal Navy à la SIOP serait alors constituée de 4 sous-marins Vanguard pouvant emporter 16 missiles Trident chacun et ainsi attaquer au maximum 512 cibles (En théorie, avec capacité MIRV maximum, c'est-à-dire sans la limitation des ogives embarquées par les traités de limitation des armes stratégiques); cela représenterait alors 7 % de la capacité de frappe totale des États-Unis.

Dans les années 1950 et 1960, la « force V » du Royal Air Force Bomber Command était également assignée à participer au SIOP, les bombardiers britanniques Vulcan, Victor et Valiant seraient alors arrivés au-dessus de l'URSS avec ceux du Strategic Air Command.

Histoire Le SIOP, et ses successeurs, est surtout un plan intégré qui utilise à la fois les armes nucléaires de l'US Air Force et de l'US Navy. Il est « unique » dans le sens où il est issu d'un groupe de planification. Le plan contient en fait plusieurs options d'attaques, elles-mêmes des plans complexes.

Les premiers ciblages après la Seconde Guerre mondiale

Les premiers plans d'attaques nucléaires stratégiques furent développés dans l'immédiat après-guerre. Dans les années 1950, près de cibles étaient recensées. Elles étaient principalement des sites industriels et militaires. Ces plans conçus d'abord par l'US Air Force, avaient tendance à utiliser tout l'armement disponible sans tenir compte des effets. dans le cadre de la doctrine Dulles adoptée par l’OTAN en . À partir de 1957, conformément à une lettre de John H. Moore (premier directeur de la planification nucléaire, branche opérations aériennes de l'United States European Command), la méthodologie de planification des cibles de l'Air Force fait référence à la « zone de dommage par effets de souffle », avec des précisions telles que « dommages aux structures en béton » et des exigences telles que la « forte probabilité de détruire les pistes ». les « effets destructeurs et perturbateurs des armes nucléaires » avec des rendements en mégatonnes : « les effets cumulés ou auxiliaires peuvent être aussi grands, voire plus importants, que les dommages primaires ». Plus précisément, en considération les radiations secondaires, mais pas les effets thermiques. Cependant, « l'effet bonus », grâce auquel la totalité des effets permettait à des armes moins puissantes d'accomplir la « destruction désirée ». Dans cette lettre au chef de la Commission de l'énergie atomique, Lewis Strauss, Moore note que le Pentagone a rigoureusement supprimé cette étude et détruit toutes les copies.

Avant le développement du SIOP et du centre de commande et de contrôle résistant aux attaques, le président Dwight D. Eisenhower avait de l'armement nucléaire à certains officiers généraux de haut rang.. Ceci est devenu le Continuity of Nuclear Operations Plans (COOP : ), qui désignait suffisamment de subordonnés qui, au cas où la National Command Authority et ses successeurs immédiats seraient tués dans une attaque, pourraient encore diriger une riposte. Bien que les détails n'en aient jamais été dévoilés au public, la pré-délégation d'Eisenhower et un résumé de la Federation of American Scientists en donnent un cadre :

L'utilisation d'armes nucléaires tactiques sur la ligne de front et en Europe de l’Est était planifiée pour faire face à la grande supériorité conventionnelle du Pacte du Varsovie. On estimait en effet que les frappes stratégiques sur le territoire soviétique ne commenceraient à entraver une offensive en Europe qu'après trente jours. Les plans prévoyaient, en 1957, 170 têtes nucléaires pour l'Europe et le Moyen-Orient, et l'on prévoyait en 1958 d'en porter le nombre à .

Implication présidentielle et début de la direction politique civile En 1958, George Kistiakowsky, un scientifique clé du Projet Manhattan et conseiller scientifique de l'administration Eisenhower, suggéra au président que la seule inspection des installations militaires étrangères n'était pas suffisante pour contrôler leurs armes nucléaires. Kistiakowsky, en particulier, s'inquiétait de la difficulté à vérifier le nombre, le type et le déploiement des missiles nucléaires embarqués sur sous-marins. Il proposa alors que la stratégie de contrôle des armes se focalise plus sur le désarmement que sur les inspections. Il était aussi préoccupé par le peu de temps disponible pour réagir après une alerte de lancement de missiles balistiques intercontinentaux par rapport au long temps disponible pour prendre une décision quand la menace venait exclusivement de bombardiers pilotés.

Eisenhower envoya Kistiakowsky au quartier-général du Strategic Air Command (SAC) sur la base aérienne d'Offutt au Nebraska, où il fut tout d'abord rabroué. Au même moment que le début du travail de contrôle des armes nucléaires, le chef d'état-major des armées, le général Nathan F. Twining envoya un mémorandum en au secrétaire de la Défense, Neil McElroy, qui suggérait que le SAC se voit officiellement attribuer la responsabilité de préparer une liste de cibles en prévision d'attaque nucléaire et un plan unique pour les opérations nucléaires. Jusque-là, l'US Army, l'US Navy et l'US Air Force avaient chacune leurs propres cibles, ce qui faisait de cibles individuelles, des objectifs visés par plusieurs services. Les plans des différents services ne s'épaulaient pas mutuellement, par exemple la marine ne détruisait pas des installations de défense aérienne sur la route des bombardiers visant des objectifs plus profondément dans le territoire ennemi. Bien que Twining ait envoyé son mémorandum à McElroy, les membres de la commission paritaire des chefs d'état-major n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur la politique à suivre au début des années 1960. Thomas Gates, qui succéda à McElroy, demanda au président Eisenhower de décider de la politique à suivre.

Le premier SIOP

Le premier plan, suivant les instructions dictées par la Maison-Blanche, fut développé en 1960. Il consistait en une liste d'objectifs et les moyens à utiliser contre ceux-ci. La plupart des détails devaient rester confidentiels, mais les mémos écrits sous le gouvernement de John F. Kennedy, au plus fort de la crise de Berlin en 1961, donnent une idée de l'ampleur des dégâts que cela provoquerait. Il comportait qui seraient frappées par . Les cibles étaient situées en Union soviétique, en Europe de l’Est, en Chine et en Corée du Nord. Environ 80% étaient des cibles militaires, le reste des civils. Parmi les "complexes urbains-industriels devant être détruits", 295 se trouvaient en Union soviétique et 78 en Chine.

Les estimations du nombre de dommages et de victimes du SIOP étaient prudentes. Elles étaient basées uniquement sur les effets de souffle et excluaient les dommages pouvant être causés par le rayonnement thermique, les incendies ou les retombées radioactives, ce qui était difficile à calculer. Dans les trois jours suivant une attaque initiale des États-Unis et du Royaume-Uni, le SIOP aurait tué environ 54% de la population de l'Union soviétique et environ 16% de la population chinoise, soit environ de personnes. Des millions d'autres mourraient par la suite de brûlures et des conséquences de l'exposition aux radiations..

Ce premier SIOP a été largement révisé par une équipe de la RAND Corporation et devint le SIOP-62, qui consistait en une attaque massive incluant l'ensemble de l'arsenal nucléaire américain, têtes, contre l'Union soviétique, les pays alignés sur celle-ci et la République populaire de Chine. En 1963, l'administration Kennedy ordonna à Robert McNamara, l'un des auteurs de la doctrine MacNamara de riposte gradué, de réviser ce plan, devenant ainsi le SIOP-63 - une stratégie d'attaque massive des forces ennemis avec un grand nombre d'options. C'est avec le SIOP-63 que la politique d'attaque des forces ennemies devint implicite.

Cette approche de riposte comprenait trois missions, parfois appelées Alpha, Bravo et Romeo, d'après l'alphabet phonétique, en fonction des différents buts. Les plans permettaient de combiner plusieurs options : Alpha : neutraliser les capacités de l'ennemi à lancer une attaque nucléaire ; Bravo : diminuer les capacités de l'ennemi à produire du matériel pour continuer les opérations militaires ;