thumb|Zone du « flow ». thumb|Être concentré sur une tâche est une des caractéristiques du flow. En psychologie positive, le flow – mot anglais qui se traduit par flux –, zone, ou expérience optimale, est un état mental atteint par une personne lorsqu'elle est complètement plongée dans une activité et qu'elle se trouve dans un état maximal de concentration, de plein engagement et de satisfaction dans son accomplissement. Fondamentalement, le flow se caractérise par l'absorption totale d'une personne par son occupation.

Ce concept, élaboré par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi à partir de 1975, a été utilisé dans de nombreux domaines, du sport à la musique en passant par la spiritualité, l'éducation et la séductionFlow: The Psychology of Optimal Experience, commentaire du livre de 1990 de Csíkszentmihályi., bien qu'il ait existé depuis toujours sous d'autres formes, notamment dans les religions et spiritualités orientales telles que le bouddhisme et le taoïsme.

Atteindre le flow se dit aussi « être dans la zone ». Dans les versions françaises des textes de Csíkszentmihályi, on trouve indifféremment les termes de « flux », d'« expérience-flux », d'« expérience optimale » ou de « néguentropie psychiqueversion française de Mieux vivre, traduite par Claude-Christine Farny, en 2005. ».

Selon Csíkszentmihályi, le flow est un état totalement centré sur la motivation. C'est une immersion totale, qui représente peut-être l'expérience suprême, employant les émotions au service de la performance et de l'apprentissage. Dans le flow, les émotions ne sont pas seulement contenues et canalisées, mais en pleine coordination avec la tâche s'accomplissant. Le trait distinctif du flow est un sentiment de joie spontané, voire d'extase pendant une activité.

En français, on emploie parfois, au sens profane, l'expression état de grâce, par exemple lors d'une prise de fonction ou d'un oral d'examen : les situations comme les actions à effectuer semblent alors se présenter de façon très claire.

Le flow possède beaucoup de similitudes avec l'état d'hyper-concentration, tout au moins en ce qui concerne ses aspects positifs.

Composantes Jeanne Nakamura et Csíkszentmihályi ont identifié six aspects entourant une expérience de flow : concentration intense focalisée sur le moment présent ; disparition de la distance entre le sujet et l'objet ; perte du sentiment de conscience de soi ; sensation de contrôle et de puissance sur l'activité ou la situation ; distorsion de la perception du temps ; l'activité est en soi source de satisfaction (ou autotélique).

Ces aspects peuvent être présents indépendamment les uns des autres, mais seule la combinaison de plusieurs d'entre eux permet de constituer une véritable expérience de flow.

La psychologue Kendra Cherry a mentionné trois autres composantes faisant partie de cette expérience : rétroaction immédiate (les réussites et difficultés au cours du processus sont immédiatement repérées et le comportement ajusté) ; sentiment de potentielle réussite ; sentiment d'une expérience tellement passionnante que les autres besoins semblent négligeables.

Comme pour les conditions précédemment listées, elles peuvent être indépendantes les unes des autres.

Étymologie Le flow a trouvé son nom en 1975, lorsque Csíkszentmihályi a interviewé plusieurs personnes qui décrivaient leur expérience en expliquant qu'ils étaient portés comme par le courant dans une rivière..

Hypothèses concernant les dimensions du flow vignette|Enfant peignant une maquette. Revisitant l’autotélisme, Csíkszentmihályi (2000) ainsi que Voelkl et Ellis (2002) ont présenté un nouveau modèle de compréhension du flow en identifiant plusieurs éléments associés qu’ils ont classé en deux catégories : les conditions d’apparition du flow et les caractéristiques du flow facteur.

Les conditions sont les circonstances qui sont supposées conduire au flow. Par exemple, l'équilibre compétences/défi ; la clarté des buts et un instantanés.

Les caractéristiques font référence aux effets et notamment aux perceptions liées à la nature empirique du phénomène lui-même (c’est-à-dire à ce que l’individu ressent lorsqu’il est en état de flow, par exemple concentration sur l’action en cours, sens du contrôle, perte de conscience de soi).

Selon Demontrond et Gaudreau (2008), cette distinction est tout aussi importante pour la recherche car elle permet de différencier l’expérience subjective de flow et les antécédents psychosociaux pouvant faciliter son apparition chez les individus. Ainsi, en étudiant ces conditions et caractéristiques, Ellis (2003, cité par Demontrond & Gaudreau, 2008) montre que l’équilibre entre les compétences personnelles et le défi à relever est sans doute une condition moins importante pour atteindre le flow que ne le sont d’autres éléments (p. clarté des buts, feedback clairs).

Constatant qu'il n’existait pas de version française de l’échelle courte de flowFKS, Rheinberg & all., 2003 et que d’autre part, une analyse comparative mettait en évidence le déséquilibre de l’ensemble des échelles (et tout particulièrement les échelles « courtes ») car elles ne prenaient pas vraiment en compte toutes les dimensions du flow (elles mesurent surtout l’absorption cognitive), Heutte & Fenouillet (2010) construisent l’échelle Flow4D16 par l'agrégation de quatre sous échellesCsikszentmihalyi, 2004 : flow D1 : Sentiment de maîtrise/contrôle de l'activité – Absorption cognitive - On sait que l'activité est faisable, que les compétences sont en adéquation, il n'y a ni anxiété ni ennui ; flow D2 : Perception altérée du temps - Hors de temps - Concentration totale sur le présent, on ne voit pas le temps passer (Csíkszentmihályi, 2004) ; flow D3 : Absence de préoccupation à propos du soi - Dilatation du moi - Perte de la conscience de soi - Sentiment de sérénité - Pas de préoccupations à propos de soi-même, impression de sortir au-delà des limites de l'ego - après coup, sentiment d'avoir transcendé l'ego à tel point qu'on ne croyait pas cela possible ; flow D4 : Sentiment de bien-être - Activité autotélique - Motivation intrinsèque - Ce qui produit le « flow » devient une récompense en soi - Sentiment d'extase - Impression d'être en dehors de la réalité quotidienne.

Le cerveau en état de flow Les données récemment acquises sur les réseaux attentionnels renseignent sur l’activité d’un cerveau en état de flow, notamment celles s’intéressant à la notion surprenante d’attention « sans effort ».

Les distracteurs de l’attention sont évalués par plusieurs systèmes cérébraux qui déterminent à chaque instant l’intérêt et l’importance de ce qui stimule les sens ou les pensées. Des structures telles que l’amygdale et l’hippocampe traitent ces caractéristiques de façon « rigide », en fonction du passé : ce que l’on a l’habitude de trouver intéressant (lire un magazine, surfer sur Internet) ou désagréable, voire dangereux, et donc important (un visage ayant l’air menaçant). D’autres aires, situées surtout dans le cortex préfrontal, utilisent des critères plus flexibles dépendant des buts que l’on se fixe pour l’avenir, proche ou lointain. Chaque système fixe en quelque sorte ses priorités, qui se contredisent souvent dans une lutte incessante pour le contrôle de l’attention ; cette lutte d’influence aboutit à ce que les psychologues nomment des « conflits motivationnels », c’est-à-dire des situations où le cerveau cherche à accomplir en même temps plusieurs objectifs contradictoires.

Sur le plan mental, on dit que deux processus cognitifs sont antagonistes lorsqu’ils mobilisent les mêmes régions cérébrales, en particulier le même réseau de l’attention. C’est pourquoi on ne peut pas réaliser (exactement) en même temps deux activités qui demandent d’être attentif. En conséquence, il n’est pas étonnant que l’état de flow, en tant qu’état d’attention sans effort, ni conflit, ni stress, soit si recherché et valorisé..

La mesure du flow Plusieurs outils d’autodescription ont été créés afin d’étudier les éléments de nature instable et les phénomènes subjectifs liés au flow, tels que les entretiens qualitatifs, les questionnaires et la méthode d’échantillonnage des expériences (, ESM)Csikszentmihalyi & Larson, 1984Csikszentmihalyi & LeFevre, 1989.Nakamura & Csikszentmihalyi, 2002Scollon, Kim-Prieto, & Diener, 2003. Un grand nombre de chercheurs ont utilisé l’ESM. Cette méthode consiste à répondre à un court questionnaire lorsque la sonnerie d’un télé-avertisseur retentit. Malgré tout son intérêt, cette méthode est à la longue relativement contraignante pour les sujets : le caractère intrusif et le temps nécessaire à l’usage de l’ESM présentent l’inconvénient majeur de risquer d’interrompre le flow. C’est la raison pour laquelle l’élaboration d’échelles de mesure du flow reste une question d’une vive actualitéBakker, 2008Ghani & Deshpande, 1994Havlena & Holbrook, 1986Jackson & Marsh, 1996Jackson & Eklund, 2002Novak, Hoffman, & Yung, 2000Pearce, Ainley, & Howard, 2005Webster, Trevino, & L. Ryan, 1993).

En Europe, c’est principalement Rheinberg (1987, 1996), puis Rheinberg et Vollmeyer (2001) qui étudient plus particulièrement les relations entre flow et motivation, notamment via la conception d’une échelle courte de flow en langue allemande (Flow-Kurzskala : FKSRheinberg et Vollmeyer, 2001). Vollmeyer et Rheinberg (2006refinc) estiment que FKS est une échelle de mesure du flow adaptable à de nombreux contextes.

En France, à la suite des travaux de Jackson et Eklund (2002), une version française du FSS-2 a été validée.Fournier, 2007). Déro et Heutte (2008) ont élaboré une échelle en 13 points pour mesurer le flow au travail (adaptée à l’usage des TIC).

Formes collectives du flow Il existe trois formes collectives de l'état de flow : l'état mental qui peut être vécu de manière isolée par certains membres d'un groupe (flow individuel au sein d'un groupe), mais aussi les épisodes d'expériences optimales vécus simultanément et de manière partagée par plusieurs personnes d'un groupe ou d'une équipe. Sur les mêmes assises théoriques que l'on distingue groupe social et équipe (interdépendance, interactions opérationnelles, objectif commun...) une différence notable est ainsi faite entre flow de groupe et flow d'équipe.

Flow individuel au sein d'un groupe Dans ce cas de figure, le groupe auquel appartient l'individu n'est qu'un contexte de l'émergence de l'état de flow. L'acteur connait l'expérience optimale principalement à la suite de la vérification des facteurs individuels de son émergence (concentration, feedback, objectif précis...). L'entité collective à laquelle il appartient n'a qu'une influence minime sur son état. Ainsi, un sportif peut vivre un épisode de flow individuel et connaitre une grande réussite dans ses tirs, actions, passes… alors que le reste de son équipe est à la dérive.

Flow de groupe () Le flow de groupe désigne l'expérience optimale collective que peuvent connaître des individus qui agissent en coprésence.Borderie, 2015.Borderie & Michinov, 2015..

Plusieurs personnes sont ensemble, réalisent une tâche similaire, mais n'ont pas de but commun ni de lien d'interdépendance positive (ensemble des liens structurels et fonctionnels qui unissent les membres d’une équipe)Johnson & Johnson, 1998Johnson &Johnson 2005). Ils n’ont donc pas besoin les uns des autres, cependant, la proximité (spatiale, occupationnelle…) entre les différents acteurs a une influence sur l'expérience de chacun. Il a ainsi été montré que réaliser certaines tâches étaient plus agréables en présence d’autrui que seul.

Par exemple, pour des surfeurs et skieurs qui descendent un versant ensemble, la compagnie des autres sublime les expériences individuelles et peut renforcer leur vécu, mais la présence d'autrui n'est pas indispensable à la pratique de l'activité ni à l’émergence de cet état.