François Léotard, né le à Cannes (Alpes-Maritimes) et mort le à Fréjus (Var), est un homme politique français.
Député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il est ministre de la Culture et de la Communication de 1986 à 1988 et ministre d'État, ministre de la Défense de 1993 à 1995. Il est président du Parti républicain, puis de l'UDF de 1996 à 1998.
Il est condamné en 2004 pour avoir détourné, en 1995, un fonds public de Matignon afin de financer sa propre formation politique, le Parti républicain. En 2021, jugé par la Cour de justice de la République pour complicité d’abus de biens sociaux dans le cadre du volet financier de l’affaire Karachi, il est condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis et d'amende.
Biographie Famille et débuts professionnels François Léotard est le fils d’André Léotard, conseiller à la Cour des comptes, et maire de Fréjus de 1959 à 1971. L’envie de « laver l’honneur de son père », fortement critiqué après la catastrophe de Fréjus en 1959, motivera l’engagement de François LéotardAnne Fulda, « François Léotard, auteur désengagé », Le Figaro, 15 octobre 2007. dans la vie publique. Il est aussi le petit-fils d'Ange Tomasi, pionnier de la photographie. Il est le frère du chanteur et comédien Philippe Léotard (1940-2001).
Né dans une famille de sept enfants, d’une mère corse et d’un père ancien monarchisteFrançois Léotard, À mon frère qui n’est pas mort, Grasset, 2003, . passionné de littérature française, il est élevé dans le culte de Charles Maurras..
Il fait ses études secondaires au lycée Charlemagne, à Paris, et au lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Il passe le baccalauréat en 1961, obtient une licence de droit public et intègre l'Institut d’études politiques de Paris.
En 1961 et 1962, il milite contre la guerre d'Algérie au sein du Parti socialiste unifié (section de Vincennes)..
Par la suite, il envisage une carrière ecclésiastique. Il entre le https://www.liberation.fr/portrait/1996/04/02/francois-leotard-54-ans-vient-de-prendre-la-presidence-de-l-udf-cela-ne-l-empeche-pas-de-continuer-a_169848. à l’abbaye bénédictine de la Pierre-Qui-Vire, dont son père l'avait entretenuJean-Philippe Moinet, Léo et les siens : du monastère aux affaires, Paris, Le Seuil, 1995, .. Novice sous le nom de https://www.lesechos.fr/2001/08/francois-leotard-1053755., il quitte cependant la communauté au bout de quelques mois.
De ses deux mariages, il est père de quatre enfants.
Secrétaire de chancellerie, affecté dans les services centraux du ministère des Affaires étrangères à Paris en 1968, il entre par le concours interne à l’ENA en 1971 (promotion François-Rabelais). Il en sort administrateur civil en 1973 et intègre les cabinets préfectoraux, celui du préfet de Paris entre 1973 et 1975, chargé des problèmes d’urbanisme et d'environnement, puis celui du préfet de la Dordogne, François Lépine, entre 1975 et 1976.
En 1976 et 1977, il est membre du cabinet du ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski. Il apparaît alors comme le modèle du haut fonctionnaire, formé au service de l’État et à la gestion de collectivités, mais sans passions particulièresPierre-Emmanuel Mounier-Kuhn, « Léotard / Villiers (ministère) », in Emmanuel de Waresquiel (dir.), Dictionnaire des politiques culturelles de la France depuis 1959. Paris : Larousse / CNRS éditions, 2001..
Débuts en politique Membre du cabinet de Michel Poniatowski, ministre d'État et fidèle bras-droit de Valéry Giscard d'Estaing, François Léotard entre en politique par sa double élection comme maire de Fréjus en 1977, et député du Var en 1978.
Il intègre la (première) promotion 1981 des « Young Leaders » de la French-American Foundation-France..
Réélu parlementaire en 1981, il devient secrétaire général du nouveau Parti républicain contre Charles Millon en 1982, puis en prend la présidence. Fondant ce parti sur le modèle libéral reagano-thatchérien, il se forge une machine électorale au sein de l'UDF, permettant de concurrencer Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre, et d'émerger rapidement en prônant la rupture avec l'étatisme gaulliste et socialiste, et en incarnant une génération plus moderne.
En 1984, pour les élections européennes, il s'oppose à une liste commune RPR-UDF, prônée par Jacques Chirac et Simone Veil, car selon lui . Certains lui disent une stature d'« homme d'État » et il est alors présenté comme un possible présidentiable.
Ministre de la Culture et de la Communication Après la victoire de la droite aux législatives de 1986, il brigue Matignon ou le ministère de la Défense, poste qui échoit finalement à André Giraud face au veto de François Mitterrand « Mitterrand Vetoes 4 Choices by Chirac for New French Cabinet », Los Angeles Times, 20 mars 1986., qui déclare à Chirac : .. Il demande à avoir la Culture et la Communication, à condition de conserver le même budget que Jack Lang.
Autour de lui, la jeune garde du centrisme de droite est surnommée la « bande à Léo ». On y compte Alain Madelin, Gérard Longuet, Jacques Douffiagues et Claude Malhuret. Cependant, les sondages montrent que l'opinion publique commence à se méfier de ce hussard plus pressé que fidèle, qui suscite aussi l'agacement de Valéry Giscard d'Estaing, nouveau président de l'UDF.
thumb|François Léotard en 1988.
Nommé le à la tête du ministère de la Culture et de la Communication, succédant à Jack Lang, il a pour ministre délégué Philippe de Villiers. , ni relais au sein des milieux artistiques, il tente de concilier libéralisme économique et volontarisme politique, car si sa pensée politique aurait pu l'amener à réduire considérablement le champ d'action de son ministère, il n'en fait rien. Pour autant, il tente d'encourager les initiatives locales en matière culturelle et de stimuler le mécénat et les fondations par la loi votée le Benoît Yvert (dir.), Dictionnaire des ministres (1789-1989), Perrin, 1990 ..
Son budget est restreint par la rigueur gouvernementale, et par l'allocation de 40 % des crédits d'intervention pour 1986 par son prédécesseur, les promesses de subventions à et autres commandes à honorer, dont une aide exceptionnelle de trois millions de francs à SOS Racisme pour combler sa dette. De plus, l'Opéra Bastille grève un quart du budget, et la biennale de Paris présente un déficit de de francs. Dans une optique de rationalisation des dépenses, il supprime la direction au développement culturel.
Il renouvelle les autres directions du ministère dans une logique de cohabitation. S'il remplace l'ancien chef de cabinet de Lang par Jean-Pierre Bady, ancien directeur de la Caisse nationale des monuments historiques et des sites, au patrimoine, il nomme Dominique Bozo, premier directeur du centre Pompidou et proche de la gauche aux Arts plastiques, et confirme Robert Abirached à la DTS. Il charge Jean-Ludovic Silicani, à la tête de la direction de l'administration générale, de renforcer la décentralisation et l'informatisation du ministère.
Mais la cohabitation empêche toute politique d'envergure, au profit d'un attentisme vis-à-vis des échéances électorales de 1988. Aussi, ce qui prévaut est d'avancer sans fâcher ni François Mitterrand, d'où la poursuite des Grands travaux avec les subsides nécessaires, ni les milieux artistiques jugés acquis à la gauche. L'affaire des colonnes de Buren cristallise cette nécessaire conciliation. Dans cette « nouvelle bataille d'Hernani », anciens et modernes s'affrontent dans la presse et aux tribunaux, et à son arrivée, François Léotard se retrouve à devoir arbitrer entre une commande validée par son administration et son électorat conservateur fortement opposé à ce selon le mot de Roger Peyrefitte, le ministre choisissant finalement de poursuivre le projet« 1986. Polémique autour d'une commande publique : Les colonnes de Buren », Lettre d'information , 3 février 1999, ministère de la Culture et de la communication..
Ses décisions se fixent donc essentiellement dans des domaines peu conflictuels : le patrimoine, pour lequel il fait une loi-programme le visant à l'inscrire dans le territoire ; l'éducation artistique, par la création d'une délégation aux enseignements et aux formations« François Léotard », ministère de la Culture et de la Communication.. Dans le domaine plus politique de la communication, il fait adopter en une loi qui libéralise le paysage audiovisuel français, et conduit la privatisation de la première chaîne, TF1, en aspirant , quand les parlementaires socialistes lui reprochent une . Il fait évoluer le contrôle de l'État sur les médias en mettant fin à l'ordonnance de 1944, constituant notamment la Commission nationale de la communication et des libertés, et cherche à développer la télévision par câble et la télévision par satellite grâce aux opérateurs privés. La loi du , qualifiée de alors que celle de Georges Fillioud en 1984 qu'elle abroge était surnommée , interdit à un groupe de représenter plus de 30 % de la presse quotidienne diffusée. Il baisse la redevance, compensée par une gestion plus rigoureuse du service public, et la TVA sur le disque. Mais cette tiédeur politique se heurte aux envies de rupture de Philippe de Villiers, qui préfère un siège de député de Vendée et démissionne le .
Trait d'union entre les ministres gaullistes et centristes, sa rupture avec Jacques Chirac est consommée lors des manifestations estudiantines de l'hiver 1986, lorsque après la mort de Malik Oussekine, Alain Madelin déclare : Claude Askolovitch, « La jeunesse maladie chronique de la droite », Le Nouvel Observateur du 9 mars 2006.. Les élus RPR vivent mal ce qu'ils considèrent comme un « coup de poignard dans le dos », d'autant plus que le , dans un entretien au journal Le Point, François Léotard dénonce les et qu'il déclare qu'il est « exclu » qu'il soutienne Jacques Chirac à la prochaine élection présidentielle. Lors du conseil des ministres suivant, Chirac le somme de choisir , ce à quoi il répond le : . Quelques mois plus tard le président François Mitterrand l'assure qu'il a « les qualités pour aller loin », alors qu'il dira plus tard qu'il avait été très déçu par sa prestation lors de l'émission L'Heure de vérité.
Le , il inaugure le musée de la Préhistoire à Solutré, juste avant l'ascension rituelle de François Mitterrand..
Second septennat de François Mitterrand Lors de l'élection présidentielle de 1988, François Léotard apporte un soutien timoré à la candidature de Raymond Barre, le candidat de l'UDF. Il multiplie ensuite les attaques contre le centriste Pierre Méhaignerie et ses amis : .
Le , les députés UDF, par , lui préfèrent Charles Millon comme président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale.. Cette élimination serait due à la méfiance que Valéry Giscard d'Estaing entretient à son encontre : une quinzaine de giscardiens, dont Michel d'Ornano, Hervé de Charette, Alain Lamassoure, Jean Proriol, donnent au deuxième tour leur voix à Charles Millon, député de l'Ain et président du conseil régional Rhône-AlpesLaurent de Boissieu, Histoire de l'Union pour la démocratie française, france-politique.fr..
Début 1989, il est tenté de rejoindre le groupe des rénovateurs mené par François Bayrou, Bernard Bosson et Michel Noir dans leur projet de constituer une liste européenne « rénovatrice » afin de renouveler la classe politique à droite et d'« enterrer » politiquement Chirac et Giscard d'Estaing. À la suite d'une rencontre avec l'ancien président de la République, le , il rejoint en troisième position la liste d'union RPR-UDF, qui arrive en tête des suffrages. Élu député européen, il tente un rapprochement avec les centristes qu'il avait brocardés durant des semaines : . Il semble que ce nouveau retournement de stratégie politique . Le , il fonde « Force unie » avec ses lieutenants Gérard Longuet et Claude Malhuret, les RPR Michèle Barzach, Michel Noir, Alain Carignon, Jean-Louis Bourlanges et Patrick Devedjian, et l'UDF-AD Pierre-André Wiltzer.