Le mur d'Aurélien (en latin : , littéralement « les murs d'Aurélien ») est une enceinte fortifiée construite de 271 à 282 afin de protéger la ville de Rome, capitale de l'Empire romain, à une époque où l'insécurité a mis fin à la période de la paix romaine. Une grande partie de ces remparts existe encore aujourd'hui.

Les travaux débutent sous le règne de l'empereur Aurélien en réaction à des invasions germaniques notamment des Juthunges et des Vandales dans le nord de l'Italie et se terminent sous le règne de son successeur, Probus. Par la suite, des améliorations sont effectuées par les empereurs Maxence (vers 310), puis Honorius (vers 400). Durant cette période, Rome cesse d'être le siège du gouvernement de l'Empire, désormais divisé en deux : les empereurs d'Occident résident à Milan (puis à Ravenne) et à Trèves ; les empereurs d'Orient à Constantinople.

Deux assauts contre Rome sont repoussés au début du , mais elle est prise trois fois au cours du même siècle : par les Wisigoths d' en août 410, par les Vandales de Genséric en 455 et par les Ostrogoths de Théodoric le Grand en 493 (Rome fait alors partie du domaine d'Odoacre, qui a mis fin à l'Empire d'Occident en 476).

Au , le général Bélisaire, au service de l'empereur d'Orient Justinien qui essaie alors de reconquérir l'Occident, parvient à prendre Rome à la fin du siège de 537-538.

Les remparts de Rome traversent le Moyen Âge, protégeant à partir du la capitale des États pontificaux, notamment contre les raids sarrasins et contre l'attaque de Robert d'Anjou en 1327. À l'époque moderne, des éléments défensifs sont rénovés par plusieurs papes, dont au , puis, après le sac de Rome de 1527, par en 1562, en 1623 et au .

Le , les troupes du royaume d'Italie, créé en 1861 par la maison de Savoie, parviennent à prendre Rome. Les troupes françaises envoyée par au secours du pape ne réussissent pas à reprendre la ville aux Italiens. Cela met fin aux États pontificaux et réduit le pape à vivre dans la cité du Vatican, qui est devenu un nouvel État pontifical en 1929.

La plus grande partie du mur d'Aurélien existe encore actuellement, dans un bon état de conservation. Il constitue la limite administrative du , ou , dans lequel se trouvent vingt des vingt-deux (rioni) de Rome.

Historique Premières enceintes défensives

La première muraille de Rome qui ne protège que le mont Palatin de forme carrée remonte à la fondation de la ville à l'époque de Romulus. Elle se dénomme et aurait comporté trois ou quatre portes. Des doutes subsistent encore sur son existence malgré la découverte de vestiges au nord-est de ce mont.

Servius Tullius, le sixième roi de Rome, fait construire une enceinte défensive dénommée muraille Servienne, plus large que la précédente pour délimiter la « grande Rome des Tarquins » en « forme de haricot ». Elle serait constituée d'un remblai, d'un fossé et d'un mur. Des incertitudes subsistent sur le tracé de cette muraille. Les vestiges découverts datent de deux siècles plus tard, lors de la reconstruction de la muraille en après le sac de Rome mené par l'armée gauloise commandée par Brennos en . Des quartiers se situent déjà à l'extérieur de la muraille à cette époque, le et l'emporium. Elle est également rénovée pendant la deuxième guerre punique et les deux guerres civiles entre Sylla et Caius Marius. Au , la muraille servienne est peu visible, avec le développement des faubourgs et de divers édifices.

Avec la nouvelle forme de la ville en étoile et l'arrivée au pouvoir du premier empereur, Auguste, et la qui s'ensuit, les murs défensifs ne sont plus nécessaires, car c'est la superficie de l'Empire romain qui assure la tranquillité de Rome. Toutefois, les portes de l'ancienne muraille subsistent avec désormais des rôles économique et administratif.

Première phase de construction sous Aurélien et Probus Invasions germaniques

vignette|gauche|Situation de l'Empire romain en 271 lors du début de la construction du mur.

Au , les limites de Rome se sont étendues bien au-delà de l'ancienne muraille Servienne, construite pendant la période républicaine à la fin du . Rome reste sans fortification pendant les siècles suivants. Le besoin de défenses plus adaptées devient critique pendant la crise du troisième siècle, lorsque des tribus barbares passent les limes de Germanie, et sont arrêtées avec difficulté par l'armée romaine. L'incursion des peuples germains jusqu'en Italie du Nord sous Gallien, Claude le Gothique et au début du règne d'Aurélien laisse craindre une attaque de Rome.

En 270, les Juthunges et les Vandales envahissent le nord de l'Italie, infligeant une sévère défaite à l'armée romaine à la bataille de Plaisance en 271. En suivant la , ils menacent rapidement Rome car l'Empire n'a pas de force à interposer dans ce secteur et l'emprise de la capitale romaine a largement dépassé la protection de la muraille Servienne. Pour les habitants de la capitale, la crainte s'installe avec le souvenir de la campagne d'Hannibal Barca lors de la deuxième guerre punique. Les deux tribus germaniques sont finalement repoussées après deux victoires romaines en 271 à et . Aurélien ordonne alors la construction d'une nouvelle muraille pour défendre la ville en cas d'invasion au printemps 271.

À l'intérieur de la capitale, des troubles éclatent à l'été 271, lors de la rébellion des ouvriers de la monnaie ; plusieurs milliers de personnes meurent dans les combats qui en résultent. La construction du mur est également un prétexte pour reprendre en main la population de Rome, la faible hauteur du mur ne permettant pas de le définir comme un élément uniquement défensif.

Aurélien ne peut laisser une armée permanente conséquente dans le nord de l'Italie pour contrer des invasions germaniques car elle lui est nécessaire pour ses campagnes danubiennes et orientales. La garde prétorienne doit également accompagner l'empereur en campagne et ne peut défendre Rome. La décision est prise d'édifier une muraille pour rassurer la population après le départ de l'armée pour l'Orient, mais aussi pour défendre la capitale contre une attaque peu organisée par des tribus germaniques. Le mur est peut-être aussi un moyen pour Aurélien de réformer la société en la contrôlant davantage et de la reprendre en main avec le concept de « défense interne ». D'autres villes de l'Empire comme Byzance et se dotent également d'une muraille à la même période.

Début des travaux Les travaux sont décidés entre mars 271 et avant le départ de l'empereur en Orient à l'été 271 contre l'Empire de Palmyre dirigée par la reine Zénobie et restent une mesure d'urgence face aux invasions barbares. La construction du mur est, de loin, le plus grand projet de construction à Rome depuis plusieurs décennies, une déclaration concrète de la force toujours présente de Rome. La première phase de construction débute et les murs sont bâtis en seulement cinq ans, bien qu'Aurélien lui-même meure avant la fin du projet. Les travaux se terminent avant la mort d'Aurélien ou sous son successeur Probus .

Les réparations effectuées entre le règne d'Aurélien et celui de Flavius Honorius sont mal connues, à l'exception des travaux entrepris par l'empereur Maxence opposé au césar occidental Sévère et à l'auguste oriental Galère. Il renforce les maçonneries de la muraille, principalement avec de l' (alternance de bandes de briques et de moellons de tuf). La hauteur des murs est doublée et des points d'accès sont comblés. Les murs de la caserne de la Garde prétorienne sont renforcés de tours carrées espacées de manière irrégulière. Un fossé commence à être creusé, mais il ne sera jamais terminé.

Seconde phase de construction sous Flavius Honorius et sièges

vignette|gauche|Pendant la guerre des Goths entre 535 et 553, Rome et le mur d'Aurélien sont attaqués cinq fois. vignette|Le mausolée d'Hadrien, principal lieu de combat lors du siège de l'armée des Ostrogoths en 537-538 contre l'armée byzantine.

En 401-402, sous le règne de Flavius Honorius débute la seconde phase de construction avec le doublement de la hauteur des murs pour repousser les attaques des Goths. Cette nouvelle hauteur nécessite de remonter le chemin de ronde possédant désormais des créneaux, l'ancien étant remplacé par des meurtrières. À cette époque, le mausolée d'Hadrien (le moderne château Saint-Ange), de l'autre côté du Tibre est incorporé comme forteresse sur la rive droite dans les défenses de la ville. Flavius Honorius fait fermer deux poternes l'une proche de la et l'autre à côté du . Des rénovations sont effectuées comme pour la ou l'amélioration des défenses de la . Peu de temps après, Stilicon, régent de l'Empire romain d'Occident pour Flavius Honorius, parvient à repousser deux sièges menées par , roi des Wisigoths, dont le deuxième a lieu en . Mais à la troisième tentative, le , Alaric parvient avec son armée à franchir le mur d'Aurélien par la et livre la ville au pillage pendant trois jours.

Après 440, et réalisent une restauration mineure des tours et des portes pour réparer les dommages subis lors du sac d'Alaric . En 442, lors d'un séisme, des fissures apparaissent dans le secteur sud du mur entre la et la . Des restaurations urgentes sont faites sur la . Plus globalement, au milieu du , le mur est restauré une première fois et des contreforts sont installés sur une partie de la muraille. En 455, les Vandales de Genséric parviennent à franchir le mur et occupent la ville pendant quatorze jours. En 493, Théodoric le Grand fonde le Royaume ostrogoth et occupe la ville. Le mur est restauré une seconde fois au début du .

En 536, Bélisaire, général de l'empereur byzantin , reprend Rome aux Ostrogoths en négociant. Après une première restauration du mur commandée par Bélisaire, l'année suivante, en 537-538, les troupes byzantines assiégées repoussent les Ostrogoths commandés par Vitigès avec divers projectiles, dont des statues placées sur les hauteurs du mausolée d'Hadrien. Les défenses de la ville sont alors renforcées. Totila, roi des Ostrogoths, prend la ville par trahison le en passant par la et décide de détruire les murs afin d'enlever aux Byzantins la possibilité de défendre Rome. Selon Procope de Césarée, un tiers des murs sont détruits. Le retour de Bélisaire en Italie au printemps 547 lui permet de reprendre la ville et d'arrêter la destruction des fortifications. Une seconde restauration est donc menée cette année-là. En 549, Totila fait de nouveau le siège de Rome et prend la ville en 550.

Restaurations sous les papes à l'époque médiévale Aucune mention de la muraille n'est connue entre le milieu du et le premier quart du , ce qui ne signifie pas un arrêt de l'entretien. Entre la fin du et le début du , Rome qui est devenue ville de province au sein de l'Empire byzantin, n'a ni les ressources, ni la puissance politique pour entretenir la muraille. Entre le et le , les Papes prennent toutefois en charge l'entretien et la rénovation du mur avec une programmation précise et la constitution d'aires de stockage spécialisées pour les matériaux.

Entre 729 et 737, les papes et réalisent une restauration de la et de la . En 755, Aistolf, roi des Lombards met le siège devant Rome endommageant gravement les murs. Le pape doit alors reprendre les restaurations de Grégoire III en 772 en faisant reconstruire les portes Salaria, Ostiensis et Portuensis. Au début du , des églises et des oratoires sont construits près des portes en lien avec les saints enterrés à proximité à l'image de l'église San Giovanni a Porta Latina édifiée en souvenir du martyr de l'apôtre Jean. À la fin du , sous le pontificat d' sous l'effet des dégradations, des rénovations sont entreprises et sont prouvées par l'archéologie.

Entre 847 et 853, le pape termine la transformation du mausolée d'Hadrien en forteresse. Entre 855 et 1157, aucune source n'a été découverte concernant le mur d'Aurélien.