L’encre au gallo-tannate de fer est une encre noire à violette, fabriquée à partir de sels métalliques, surtout de sulfate ferreux mais parfois de sulfate de cuivre, et de divers tanins d’origine végétale. Encre noire emblématique du scriptorium monastique, elle est l’encre la plus utilisée en Europe entre les Le terme désignant la couleur noire est trompeur : les couleurs très foncées, bleues-rouges, violets étaient assimilées à du noir à l'époque médiévale. La noix de galle est une source de tanin pratique, mais ce n'est pas la seule : des écorces de chêne, d'arbustes... sont aussi employées.. Cette encre tannique ou à base de tanins solubilisés est parfois dénommée encre ferrique, ferro-gallique ou métallo-gallique. Les dégradations irréversibles du papier dues à cette encre corrosive posent d'importants problèmes de conservationAmélie Roy, L’encre ferro-gallique : un problème corrosif, sur archivistes.qc.ca.
Histoire thumb|Différentes étapes du séchage de l'encre métallo-gallique Cette encre est déjà utilisée par les Égyptiens 2500 ans
Elle apparaît peu après l’encre de Chine.
Au Moyen Âge, sa fluidité permet l’usage de plumes d’oiseaux.
Particularités La particularité de cette encre réside dans son absence de pigment ou colorant : c’est l’action de sels métalliques (sulfate de fer ou de cuivre) qui, ajoutés à la matière tannique (la noix de galle mais aussi parfois de l’écorce d’arbre associée à de la lie de vin), donne la teinte noire, le plus souvent violet foncé avant vieillissement.
Elle est plus fluide que l’encre de Chine, ce qui la rend très agréable pour le dessin à la plume, en particulier avec des plumes d’oiseau (oie, dinde). Mais elle convient aussi aux plumes végétales ou métalliques sauf aux stylos-plumes, qui ne peuvent pas être correctement nettoyés et pour lesquels l'encre peut causer une corrosion très rapide et irréversible. Dans le cas de plumes autres que les stylos-plumes, elles sont à nettoyer après utilisation pour éviter toute oxydation. Quant à sa pérennité, à moins d’une exposition prolongée en plein soleil, auquel cas elle virerait au rouge, elle est fiable : les manuscrits du Moyen Âge en témoignent.
Son défaut est sa corrosivité, pour le papier aussi bien que pour la plume métallique.
Son noir, qui varie selon le papier, est un peu grisâtre : plus sombre et dense sur un papier acide ou sur parchemin que sur un papier au pH neutre ou pur chiffon. En revanche, grâce à sa fluidité, elle ne fuse pas sur papier poreux.
Fabrication et usage Il existe pléthore de recettes différentes. Les trois constituants principaux sont : la noix de galle (acide gallotannique) ou divers extraits solubilisés de tanins d'écorces (chêne, nerprun noire...) puis éventuellement asséchés ; le sulfate de fer II ou sulfate ferreux. On peut parfois utiliser du sulfate de cuivre (chalcantite), mais, trop corrosif, il attaque le papier ; comme liant, la gomme arabique ou la lie de vin (c'est-à-dire du vin dont la partie liquide est évaporée).
On fait gonfler ce mélange dans de l'eau tiède pendant une journée. On peut y ajouter de l’acide salicylique ou phénique pour éviter le développement de micro-organismes. Il est hygroscopique (ralentit le séchage) et maintient les particules de l'encre en suspension et les empêche de précipiter (solution colloïdale). Au on utilisait pour ce faire de la résine de prunier, d’abricotier ou de cerisier).
L'encre préparée en excédent pouvait être mise à sécher. Le séchage intégral était réalisé dans des vessies de porc. L'encre de base (tanins) est remise en solution. Un réactif est préparé, avec du sulfate de fer dissout dans de l’eau tiède, auquel s'ajoute de la gomme arabique. On fait bouillir la solution de tanin séparément et on y ajoute aussi de la gomme arabique. On laisse refroidir et on mélange les deux solutions. L'encre est bonne pour écrire. Si le liant est de la lie de vin, déjà inclus dans la préparation sèche, la matière sèche de base est mise à détremper dans du vin réchauffé. Un réactif à « pigment noir » dénommé souvent atrament, à base de sulfate de fer II hydraté (par exemple une simple solution de mélantérite) plus ou moins chaud, est ajouté. L'encre est alors utilisable.
Cette encre est plutôt violette pendant l’écriture. Elle noircira avec le temps en absorbant l’oxygène de l’air.
L'oxydation irrémédiable, dans les flacons à l'air, d'une fraction des ions ferreux en ions ferriques provoque à la longue le dépôt de petits corps jaunes solides, c'est-à-dire de la copiapite.
Recette classique Eau : Tanin : Sulfate de fer : Gomme :
Encre pour archives C'est l'« encre perpétuelle » du chimiste François Margival. On utilise des noix de galle : on les broie, on les recouvre d'eau et on les laisse reposer quelques jours (elles se recouvriront de moisissures). Puis on les fait bouillir et on les filtre. Jus de noix de galle : Sulfate de fer : Gomme arabique : Alun de roche : (mordant) Sucre : Acide phénique :
Encre d’Orient Le noir de fumée lui donne un aspect velouté. Eau : Tanin : Acide gallique : Sulfate de fer : Gomme arabique : Noir de fumée : Acide chlorhydrique : Acide phénique :
Encre au campêche Le campêche est un bois originaire du Mexique. Il accélère le noircissement. Eau : Tanin : Acide gallique : Sulfate de fer : Gomme arabique : Extrait de campèche liquide à Acide salicylique : (pour éviter le développement de micro-organismes)
Recette de Caneparius Recette du professeur de médecine Caneparius de Venise (). L’encre contient trop de gomme et n'est pas aussi fluide que les autres. . Eau : 30 parties Noix de galle : 3 parties Sulfate de fer : 2 parties Gomme : 3 parties
Recette du moine Théophile Theophilus Presbyter (vers 1070 - 1125) dans De diversis artibus rappelle un savoir-faire très commun des officines monastiques :
Recette du Papyrus de Leyde Cette recette est extraite du Papyrus V de Leyde :
« 1 drachme de myrrhe, 4 drachmes de misy (alliage d'or et d'argent), 4 drachmes de vitriol [sulfate de cuivre], 2 drachmes de noix de galle, 3 drachmes de gomme. »
Bibliographie Jana Kolar & Matija Strlic Iron Gall Inks : On Manufacture Characterisation, Degradation And Stabilisation , Ljubljana National and university library, 2006. .
Notes et références
Catégorie:Matériel de peinture Catégorie:Matériel d'écriture