Gérald Cortot est un homme politique français, militant indépendantiste néo-calédonien, né à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) le . Il est membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de sa création en par la loi organique issue de l'accord de Nouméa jusqu'aux élections provinciales du . Il est ainsi, après Déwé Gorodey et Gilbert Tyuienon, et à égalité avec Maurice Ponga, l'un des hommes politiques néo-calédoniens à avoir servi le plus longtemps au sein de l'exécutif de cette collectivité à ce jour. Il est aussi l'un des deux vice-présidents de l'Union calédonienne entre 2001 et 2009.

Formation et vie professionnelle Calédonien de troisième génération et métisÉric Waddell, Jean-Marie Tjibaou. Une parole Kanak pour le monde, traduit de l'anglais par Patrice Godin, éd. Au vent des îles, Nouméa, 2017, p. 9-10. avec des origines françaises métropolitaines, réunionnaises et japonaises, c'est un des descendants de colons installés en Nouvelle-Calédonie au (appelés localement ).

Il a fait des études techniques pour ensuite devenir professeur au lycée technique et professionnel de Païta. Il a par la suite était le gérant d'un commerce d'alimentation générale dans le quartier de Magenta à Nouméa dans les années 1970 Avis d'inscription modificative au Tribunal mixte de commerce, selon le décret du 16 mars 1953, 20 novembre 1975, JONC du 28 novembre 1975, p. 1184. et président du Syndicat des commerçants et des détaillants en 1975Gabriel Païta, Jérôme Cazaumayou, Thomas de Deckker, Gabriel Païta : témoignage kanak d'Opao au pays de la Nouvelle-Calédonie, 1929-1999, L'Harmattan, Paris, 1999, p. 259.. Puis, après avoir été un collaborateur politique de Jean-Marie Tjibaou dans les années 1980, il est administrateur ou directeur général de plusieurs entreprises d'investissement dans les secteurs touristiques ou du nickel dans les années 1990, notamment aux côtés de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), entreprise vendue en 1990 par la famille Lafleur à la Société financière de la Province Nord (Sofinor) afin de servir d'outil principal de rééquilibrage industriel en faveur des Kanak majoritairement indépendantistes du NordEric Waddell, Jean-Marie Tjibaou, Kanak Witness to the World: An Intellectual Biography, University of Hawai‘i Press, 2008..

Le militant de l'Union calédonienne De collaborateur de Tjibaou au-devant de la scène politique Il s'engage en 1972 au sein de l'Union calédonienne (UC), parti jusque-là autonomiste et centriste qui évolue vers la défense de l'indépendantisme socialiste à partir de 1977, sous la conduite de Jean-Marie Tjibaou qui crée alors un Front indépendantiste. Il fait alors partie des quelques « Caldoches » à prendre faits et causes pour le nationalisme kanak. Gérald Cortot est ainsi candidat sous cette étiquette, sans être élu, aux élections territoriales du et celles du , ainsi qu'aux élections municipales du à Nouméa. Il est avant tout un proche collaborateur de Jean-Marie Tjibaou, d'abord pour l'organisation du festival Mélanésia 2000 en 1975. Il est ensuite son attaché de cabinet chargé des relations publiques lorsque le meneur indépendantiste accède à la vice-présidence du Conseil de gouvernement de 1982 à 1984, puis comme son directeur de cabinet à la présidence du Conseil de la Région Nord tout juste créée par le statut Fabius-Pisani de 1985 à 1986. Il participe à la transformation du Front indépendantiste en Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) sous la présidence de Tjibaou lors du congrès de Ducos du 22 au Gonzague de LA BOURDONNAYE, Angélique SOUCHE, « 24 septembre 1984: naissance du FLNKS. 24 septembre 2014, fête de la citoyenneté à Ouvéa », Nouvelle-Calédonie La 1, 24 septembre 2014, modifié le 13 octobre 2014, consulté le 21 juillet 2026.. Puis, lors du congrès de l'UC qui suit à Touho le , il devient président de la commission du parti chargée d'imaginer des propositions concrètes pour le plan de développement de la Nouvelle-CalédonieHamid Mokaddem, « Éloi Machoro (1946-1985). Recherche d’anthropologie politique sur une trajectoire », Journal de la Société des Océanistes [En ligne, 136-137 | 2013, en ligne depuis le 14 novembre 2013, consulté le 21 juillet 2026].. Son implantation à Nouméa, fief non-indépendantiste, en fait une cible durant la période d'opposition violente entre partisans et opposants à l'indépendance dite des entre 1984 et 1988. Par exemple, sa voiture et la devanture de son magasin sont détruites par un attentat à la bombe à la fin de l'année 1985 Mark Baker, « Anti-independence groups' plans, capably reported », The Age, Melbourne, 7 janvier 1986, consulté le 21 juillet 2026. Il est le plus proche collaborateur de Tjibaou jusqu'à son assassinat par un militant indépendantiste radical, Djubelly Wéa, le à Ouvéa.

Par la suite, il reste encore pendant longtemps un homme de l'ombre, notamment en tant que secrétaire privé du président de l'Assemblée de la Province Nord, Léopold JorédiéTowards a Pacific Island Community, rapport du South Pacific Policy Review Group, Wellington, Nouvelle-Zélande, mai 1990, consulté le 21 juillet 2026, p. 284.. Membre de la commission exécutive et du comité directeur de l'UC à partir de 1991, il est présenté par le FLNKS aux élections provinciales du puis celles du dans le Sud. Il n'est pas élu, étant alors successivement en puis des listes menées à chaque fois par le président du Front Roch Wamytan qui n'obtient que 3 sièges sur 32 en 1995 puis 6 sur 40 en 1999 dans une province largement dominée politiquement par les non-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR). Il est également la tête de liste de l'UC aux élections municipales du à Nouméa mais, devant faire face à une autre liste FLNKS tirée par Jacques Uréné, il arrive dernier du scrutin avec soit des suffrages exprimés, pour aucun élu, contre () et un siège pour Uréné tandis que le maire sortant Jean Lèques (RPCR) est réélu dès le premier tour« Nouvelle-Calédonie », Le Monde, 14 juin 1995, consulté le 20 juillet 2026..

Membre du gouvernement

Durant la première mandature (1999-2004) Lorsque le Congrès de la Nouvelle-Calédonie fraichement élu le 9 mai 1999 doit désigner le tout nouveau gouvernement collégial le , il est en position de la liste unitaire indépendantiste, derrière Rock Wamytan (alors président du FLNKS et de l'UC) et Déwé Gorodey (membre du Palika), il accède donc pour la première fois à l'exécutif calédonien, pour ne plus jamais le quitter. Il obtient l'animation et le contrôle du secteur de l'équipement, avec surtout la mission d'initier le (SADNC ou SAD), prévu par l'accord de Nouméa et la loi organique de 1999 afin de poser un diagnostic sur les principaux enjeux et contraintes de la société néo-calédonienne et de planifier les réponses à y apporter par les politiques publiques en les rendant plus efficaces et plus en adéquation avec les réalités d’aujourd’hui, dans un objectif de et de . Pour le réaliser, il lance en 2000 neuf groupes de travail sur chacune des thématiques prévues par la loi organique (infrastructures, formation initiale et continue, environnement, équipements, services d’intérêt territorial, développement économique, social et culturel) qui produit une première synthèse de l'état des lieux mais qui reste finalement lettre morteChristian Jost, « Contraintes et enjeux de développement de la Nouvelle-Calédonie », EchoGéo [En ligne, 11 | 2010, mis en ligne le 26 mars 2024, consulté le 20 juillet 2026]..

Par ailleurs, il fait partie de la fronde au sein de l'UC, essentiellement composée de jeunes cadres du parti (dont, outre Cortot, Pascal Naouna, Cézelin Tchoeaoua et Charles Pidjot), menée par Bernard Lepeu contre son président Roch Wamytan et les autres composantes du FLNKS. Cette dissidence est alors parfois surnommée le « G7 », car le groupe qu'elle forme au Congrès, distinct des autres élus FLNKS, est composé de sept membres. Ainsi, le , lors du renouvellement du gouvernement, cette fois-ci les indépendantistes ne se mettent pas d'accord et les élus du « G7 » présentent leur propre liste menée par Gérald Cortot, celui-ci en étant donc le seul élu. Ce scénario se reproduit par la suite lors de tous les renouvellements de l'exécutif, sauf en 2007 lorsque le FLNKS fit à nouveau front commun derrière une liste unitaire qui obtint 4 élus (2 UNI-Palika et 2 UC, dont Cortot). Toujours chargé de l'équipement de 2001 à 2002, il relance le projet du SADNC, aboutissant en à une version plus complète, actualisée et cartographiée de l’état des lieux qui fut approuvé par le comité de pilotage mais, là encore, sans avoir de réelle mise en application.

Quoiqu'il en soit, cette jeune génération est très critique à l'égard de la vieille garde du front indépendantiste, lui reprochant notamment de n'être pas assez combative à l'égard des anti-indépendantistes du RPCR et leurs alliés indépendantistes modérés de la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI). Elle finit par prendre la direction de l'UC en 2001 : Pascal Naouna en est élu président et Gérald Cortot en est le . Ces nouveaux dirigeants chassent également Roch Wamytan de la présidence du FLNKS (depuis lors le front indépendantiste n'a pas réussi à choisir un nouveau chef unitaire avant 2024, ses différentes composantes n'arrivant pas à se mettre d'accord sur un nom). Et, au sein du gouvernement, Cortot apparaît comme un des principaux opposants à la majorité RPCR-FCCI, et un partisan de la contre la logique majoritaire, engageant de nombreux recours judiciaires auprès du tribunal administratif contre, par exemple, la possibilité pour les présidents Jean Lèques puis Pierre Frogier de déléguer leur signature au secrétaire général adjoint, ou pour imposer qu'il y ait un contreseing des membres du gouvernement, dans leurs secteurs d'animation et de contrôle, de tout courrier ou décision du chef de l'exécutif Mathias Chauchat et Cécile Perret, Vers un développement citoyen. Perspectives d’émancipation pour la Nouvelle-Calédonie, Presses universitaires de Grenoble, 2006, p. 30 et suiv... Il se déclare également opposé au regroupement de l'ensemble du gouvernement sur un seul site et propose pour sa part en l'installation de chaque membre à proximité des sièges d'administrations correspondant aux secteurs dont ils ont l'animation et le contrôle, mais cette idée est rejetée à son tour par Jean Lèques et la majorité RPCR-FCCISylvain Pabouty, « AFFAIRE Nouveau bureaux et siège du gouvernement, HISTORIQUE RAPIDE », 11/10/2002, forum Kanaky on Line, 13/10/2002.. Puis, lorsque le nouveau président, Pierre Frogier, décide de l'installation de l'hôtel du gouvernement dans un bâtiment jusque là occupé par des services administratifs de la Province Sud et lui faisant face, Gérald Cortot, comme ses collègues indépendantistes Roch Wamytan et la vice-présidente Déwé Gorodey, accusent le RPCR de vouloir constituer une véritable « unité de commandement » à la baie de la Moselle, refusent ce déménagement. Une fois celui-ci engagé en , ils sont les seuls à ne pas rejoindre le nouveau siège en continuant d'occuper, et ce jusqu'à la fin de la mandature en 2004, leurs bureaux initiaux de l'immeuble « Maréchal Foch » du centre-ville de Nouméa. Dans cette logique, le , Gérald Cortot démissionne du gouvernement et tous ses suivants de liste refusent de le remplacer, afin de protester contre « le non-fonctionnement de la collégialité » au sein de l'exécutif, entraînant donc de fait la chute du premier gouvernement de Pierre Frogier. Il inaugure alors l'un des principaux moyens de faire chuter un gouvernement, utilisé par la suite par de nombreux groupes politiques de tout bord.