La formation territoriale de la France est le processus qui a conduit à la délimitation du territoire de la France tel qu’il existe aujourd’hui, à partir de la Francie occidentale issue du traité de Verdun (843). La France étant un État transcontinental, l'article traite uniquement du territoire européen de la France (France métropolitaine), ce qui n'inclut pas la France d'outre-mer et l'ancien Empire colonial français.

À l’exception du avec l’alliance du seigneur de Bretagne au roi des Francs et de la perte de toute souveraineté sur le comté de Barcelone trop excentré pour que la protection en soit assurée (sac de Barcelone en 985), les frontières du royaume ne changent pas notablement avant le . Les premiers rois capétiens sont trop occupés à établir leur autorité au sein-même de leur royaume. À cette fin, ils exploitent habilement les dissensions entre leurs turbulents vassaux et s’appuient contre eux sur l’Église et les villes. Les grands conflits avec les rois d’Angleterre, également vassaux du roi de France du fait de leurs possessions en France, sont les occasions majeures dans lesquelles le pouvoir royal s’affirme. Le rattachement au de la Normandie et du Languedoc au domaine royal sont deux étapes importantes vers l’unification du royaume.

Le débordement au-delà du Rhône, qui reste longtemps la frontière, ne débute qu’avec l’achat du Dauphiné lors du traité de Romans (1349). Peu après la guerre de Cent Ans, récupère l’héritage des deux plus puissants apanages confiés à des branches cadettes de la dynastie : la Bourgogne et l’Anjou sans omettre la Provence (1481-1482). Et avant la fin du , les mariages (1491 et 1499) d’Anne de Bretagne avec les rois puis ont pour conséquence ultérieure l'union définitive en 1532 de la Bretagne, jusqu’alors puissant duché quasi indépendant les décennies qui précèdent.

Richelieu puis entreprennent de 1635 à 1748 le report vers le nord et vers le Rhin des frontières du royaume. Ils cherchent à mettre en échec l’aspiration de la maison d’Autriche à l’hégémonie en Europe alors que la perte de la Flandre a dangereusement rapproché les frontières de Paris. Alsace, Artois et Franche-Comté sont annexés entre 1648 et 1697. Le duché de Lorraine reste un temps une enclave dans le royaume avant d’être lui aussi incorporé en 1766, ce qui permet, tout comme la conquête de la Corse en 1769, de consolider le territoire.

Les frontières du nord-est suscitent la réflexion des diplomates et militaires : elles ne suivent aucune limite géographique particulière. Dans ce cadre, la France tente en vain par deux fois de prendre possession de la place forte de Luxembourg : militairement de 1684 à 1697, diplomatiquement en 1867. Le territoire s'accroît temporairement sous la Révolution française et le Premier Empire de la rive gauche du Rhin. Toutefois, les frontières sont rétablies en 1815 par le congrès de Vienne à peu près dans leurs limites de 1697 : la France perd même quelques places fortes comme Landau ou Sarrelouis. Inquiète de la construction d’un puissant État allemand et malgré sa victoire de 1918 sur celui-ci, la France ne pourra obtenir de nouveaux gains de ce côté.

Après 1815, le territoire français ne connaît que quelques évolutions. Le duché de Savoie et le comté de Nice sont définitivement rattachés à la France par plébiscite en 1860. L’Alsace-Lorraine annexée par l’Allemagne en 1871 redevient française en 1918.

Le Moyen Âge (843-1492) : l'unification du royaume 450px|thumb|Carte dynamique illustrant l'évolution des frontières de la France de 985 à 1947 : figurent initialement en noir le domaine royal et les fiefs féodaux relevant de la couronne lors de l'accession au trône de Hugues Capet.

Les frontières entre royaume de France et Saint-Empire La naissance de la France et de l'Allemagne right|thumb|400px|Carte en 987.

Le traité de Verdun marque en 843 l’apparition d’une Francie occidentale et d’une Francie orientale séparée l’une de l’autre : ce que confirment les traités de Mersen (870) et de Ribemont (880)De la mer du Nord à la Méditerranée. Francia media. Une région au cœur de l’Europe (c. 840-c. 1050), Michèle Gaillard, Michel Margue, Alain Dierkens, Hérold Pettiau, Luxembourg, CLUDEM, 2011, 600 p. .. Conçus comme un partage patrimonial temporaire entre les héritiers de CharlemagneLa coutume franque qui est basée sur le partage de l’héritage entre tous les fils héritiers est appliquée une dernière fois à la mort de Louis le Bègue en 879 : ses deux fils ( et ) se partagent la Francie occidentale qui retrouve son unité à la mort de en 882 avec la reconnaissance de Carloman comme seul roi des Francs occidentaux., ces traités successifs scellent une division définitiveDe 885 à 887, les deux royaumes sont brièvement réunis sous une même autorité sans que les deux Francies ne refusionnent. La destitution de Charles le Gros en 887, roi de la partie orientale à partir de 876 et de la partie occidentale à partir de 885, marque la fin de cette courte période. de l’Empire carolingien et aboutissent à la création d’États connaissant chacun leur propre évolution jusqu’à devenir la France (pour la Francie occidentale) et l’Allemagne (pour la Francie orientale)..

À partir de 880, leur frontière commune est fixée approximativement du nord au sud sur les quatre fleuves Escaut, Meuse, Saône et Rhône et, de tout le Moyen Âge, ne changera quasiment pas. La limitation de la France et de la Germanie par les quatre fleuves reste longtemps inscrite dans les esprits. Ainsi, lorsque Louis le Lion soumet le comté de Toulouse, il cède le Comtat Venaissin à la papauté (1229). Plus tard, Philippe le Bel soucieux de formaliser ses prérogatives, est porté à émettre des prétentions sur le Vivarais à l'ouest du Rhône ou encore sur le Barrois mouvant à l'ouest de la Meuse..

D'un côté, la première monarchie germanique s'affaiblira à vouloir reconstituer l’Empire carolingien sans en avoir les moyens. De l'autre côté, la monarchie française s'affirmera lentement à partir de bases modestes pour prendre ultérieurement la première place en Europe occidentale. En 987, les Carolingiens sont évincés du trône de France par l'élection de Hugues Capet qui impose sa dynastie.

Le domaine royal des premiers Capétiens se limite d'abord à une partie de l'Île-de-France, entre Paris et Orléans, qui en sont les villes principales. Ailleurs, ce sont les grands seigneurs qui exercent leur autorité, notamment les six pairs laïcs : les ducs d'Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie, ainsi que les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse.

À l’ouest, dans le cadre d’une lutte commune contre les Normands (définitivement vaincus en Bretagne en août 939), le duc de Bretagne Alain Barbetorte s’affirme en 942 le « fidèle » du roi Louis d’Outremer, reconnaissant la dépendance directe de la BretagneSelon Paul Jeulin (« L’hommage de la Bretagne en droit et dans les faits » dans Annales de Bretagne, tome 41, numéro 3-4, 1934, 408 et 409), « c’était, probablement, un serment de fidélité entraînant déjà, à proprement parler, vassalité » et « la Bretagne toute entière reconnaissait sa dépendance directe vis-à-vis de la France. ».

Au sud, en revanche, le sac de la ville de Barcelone (985) par les Arabes signe la perte de toute souveraineté sur le comté de Barcelone trop excentré pour que la protection en soit assurée« La prise de Barcelone par Al-Mansûr et la naissance de l’historiographie catalane » dans L’Historiographie en Occident du par Michel Zimmermann, 1977, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, pages 214 et 215.Même si de fait les rois francs ont perdu toute autorité sur le comté de Barcelone dès 985, ce n’est que par le traité de Corbeil signé en 1258 entre les représentants de Jacques le Conquérant, roi d’Aragon, et ceux du roi de France , que la royauté française renonce à considérer la Catalogne fief du royaume de France..

L'expansion du royaume de France au-delà du Rhône vers les Alpes À la suite de l'échec de face à la papauté, le Saint-Empire romain germanique sombre définitivement dans l'anarchie politique au , ouvrant la possibilité aux rois de France de toutes sortes d'empiétements.

Philippe le Bel rattache au royaume le comté de Lyon, ancienne capitale des Gaules et important carrefour commercial européen, par le traité de Vienne le .

achète le Dauphiné de Viennois le , par le traité de Romans.

Son petit-fils et frère de , Louis, est investi du duché d'Anjou. Il est adopté par ailleurs comme héritier par la comtesse de Provence et reine de Sicile Jeanne. Il réalise la conquête d’une partie de la Provence en 1383-1384, sans ses terres orientales qui en 1388, lors de la dédition de Nice à la Savoie vont constituer le comté de Nice. Son petit-fils le roi René ne peut cependant se maintenir en Italie et transmet ses possessions au roi de France : Anjou en France et Provence dans le Saint-Empire (1481)L'héritage de la Provence se fait toutefois par la signature d'un texte appelé "constitution provençale" dans lequel le nouveau Comte s'engage respecter l'indépendance de la Provence, qui n'est pas intégrée au royaume de France, et qui restera théoriquement indépendante jusqu'en 1790.

a la sagesse de ne pas reprendre à son compte les prétentions de René en Italie. Ce n'est pas le cas de son fils qui nourrit l'ambition de son rêve de domination italienne. Pour cela non seulement il entreprend une expédition à Naples qui ne donnera aucun résultat mais abandonne préalablement à ses éventuels compétiteurs plusieurs conquêtes de son père : les comtés d'Artois, de Bourgogne et de Roussillon.

L'affirmation du pouvoir royal face aux rois d'Angleterre Le premier objectif des rois capétiens est de consolider leur autorité régionale autour de leur fortes positions en Ile-De-France, ce qu'ils s'efforceront de faire au cours des et . Le principal agrandissement du domaine royal au cours de cette période est l'achat de la vicomté de Bourges en 1101 qui deviendra le duché de Berry.

L’incorporation au domaine royal des fiefs relevant des Plantagenêt right|thumb|400px|le comte de Barcelone est sorti de l'orbite du roi de France : devenu roi d'Aragon en 1162 et à la suite de sa défaite à Muret en 1213, il renoncera en 1258 à tout lien avec la France par le traité de Corbeil La lutte contre les rois d’Angleterre est l'occasion pour les rois de France d’étendre leur autorité. Ils doivent en effet faire face au formidable défi qui se présente à eux.

Le duc de Normandie Guillaume le Conquérant est devenu roi d’Angleterre en 1066 par sa victoire de Hastings sur les Saxons. À l'extinction de sa lignée masculine, son héritier est le comte d'Anjou, Henri Plantagenêt, petit-fils par sa mère du roi . Le futur va épouser, deux mois avant son accession au trône, Aliénor, duchesse d'Aquitaine, la plus riche héritière du royaume et ex-épouse du roi de France .

Le nouveau roi d'Angleterre est donc devenu en titre le maître des deux tiers du territoire français de l'époque.

Les rois de France bénéficient cependant d'atouts : le prestige et les prérogatives de leur fonction, les dissensions au sein des Plantagenêt et la difficulté de ceux-ci à se faire obéir dans le Sud-Ouest..

Jean Sans Terre, fils d’, crée la confusion parmi ses vassaux par son comportement irrégulier et violent. Le roi de France Philippe Auguste en profite pour lui enlever la Normandie par la prise de la forteresse de Château Gaillard en aval de Paris (1204).

La conquête de cette province est primordiale, puisqu'elle accroît substantiellement les revenus de la Couronne de France.

Le succès de Philippe Auguste est confirmé par sa victoire à Bouvines sur l'empereur germanique en 1214..

La réduction par le roi de ses vassaux méridionaux vignette|400px|Le royaume de France en 1223, à la mort de Philippe Auguste.