L'accident nucléaire de Palomares, survenu le , est la conséquence d'une collision entre un Boeing B-52G du et un KC-135 Stratotanker de l'US Air Force, au cours d'un ravitaillement en vol. L'accident se produit à d'altitude au-dessus de la mer Méditerranée, au large des côtes espagnoles, à proximité du village de Palomares (province d'Alméria).

Lors de cet accident, les deux avions sont détruits, faisant huit morts parmi leurs équipages. Sur les quatre bombes H que transportait le bombardier, deux sont détruites lors de leur impact au sol sur la côte, près de Palomares, une dont le parachute de secours s'est déployé est récupérée intacte. Une autre, tombée en mer, ne sera récupérée qu'après d'intenses recherches plus tard, le ..

Une partie de la côte d'Almería, d'une superficie de était toujours contaminée en 2012.

Contexte

Cet accident nucléaire se produit dans le cadre de l’opération Chrome Dome, programme militaire de l'United States Air Force pendant la période de la Détente qui vise à assurer la protection totale du territoire nord-américain.

Déroulement de l'incident vignette|Vue d'un B-52 à bord d'un KC-135 ravitailleur. Au cours d'un ravitaillement de carburant en vol au large de Palomares, en Espagne, un KC-135 américain percute le B-52 qu'il ravitaille. Le KC-135 est complètement détruit lorsque ses réservoirs s'embrasent, tuant ses quatre hommes d'équipage. Le B-52G se brise en plusieurs morceaux, tuant trois des sept membres d'équipage, les autres ayant pu sauter en parachute.. Au total sept membres d'équipage sont tués.

Des quatre bombes H de type Mk 28 que le B-52G transportait., trois sont retrouvées à terre près du village de Palomares en Andalousie. Deux, dont les parachutes ne se déploient pas, sont détruites à l'impact au sol : leurs explosifs conventionnels explosent en dispersant une quantité de plutonium estimée à sur 250 hectares jusqu'aux fermes situées à des côtes, ainsi que de l'uranium de qualité militaire. La troisième bombe touche le sol et reste presque intacte près de Palomares.

La quatrième bombe est perdue au large des côtes espagnoles, et n'a été retrouvée que plus de 80 jours plus tard à plus de 800 m de profondeur"Broken Arrow – Palomares, Spain" (PDF). USAF Nuclear Safety, 1966.

Suites de l'affaire vignette|redresse|Un sous-marin ALVIN. thumb|Les barrils de terre contaminée en attente de transport vers les États-Unis. Le département de la Défense des États-Unis dément avoir perdu des bombes, alors que la presse est au courant.

Un énorme dispositif aérien et naval cherche pendant presque trois mois la quatrième bombe : une fouille de impliquant et de l' permet à un sous-marin ALVIN de retrouver la bombe à de profondeur, à du rivage. Elle n’a été trouvée que quand le commandement militaire américain a fini par écouter le témoignage de Francisco Simó Orts., un pêcheur devenu héros local, connu en Espagne sous le sobriquet de (« Paco, le type de la bombe ») qui, à bord de son chalutier, avait repéré avec ses jumelles le point d'impact d'un gros tube gris doté de son parachute gris de sécurité..

L'examen des restes de plutonium fut d'une grande aide aux Espagnols pour relancer et continuer le projet Islero, leur programme nucléaire secret.

L’Espagne exige des États-Unis de reprendre ce qui reste de terre polluée et de la transporter dans son territoire..

Durant la première opération de décontamination, de sol légèrement contaminé sont expédiées vers le centre de retraitement de à Aiken en Caroline du Sud. Les plants de tomates contaminés sont enterrés ou brûlés. L'Espagne n'ayant pas édicté de mesures en cas d'accident nucléaire, les États-Unis, en concertation avec l'Espagne, appliquent les recommandations utilisées au site d'essais du Nevada concernant le plutonium et les autres substances radioactives.

Pour tenter de sauver la saison touristique, les autorités organisent une vaste campagne de communication : sous l'œil d'une vingtaine de caméras du monde entier. et d'une nuée de photographes, l’ambassadeur américain Angier Biddle Duke invite plusieurs ministres espagnols dont Manuel Fraga à se baigner en mer, pour prouver qu’il n’y a aucun danger radioactif. Mais, prudemment, ils ont choisi une plage située à du lieu d’impact des bombes..

En 1971, seuls 100 villageois (6 % de la population) sont examinés. 29 tests de contamination positifs sont écartés car jugés « statistiquement insignifiants ». En date de 2008, certaines zones restent encore contaminées. Selon un rapport de la (DNA) de 1975 : .

Sur les suivies jusqu'en 1988, 124 avaient un taux de plutonium dans les urines supérieur au minimum détectableDe Tchernobyl en tchernobyls (Georges Charpak, Richard Garwin et Venance Journé), Éditions Odile Jacob, 2005 ..

En 2008, en pleine frénésie immobilière, des promoteurs s’intéressent à cette partie de la côte d’Almeria mais le taux d’américium est très largement supérieur au maximum autorisé. La zone est déclarée inconstructible. : des terrains de Palomares restent clôturés et une partie de ses voyagent à Madrid, deux fois par an, pour subir une inspection médicale. Les rapports médicaux de 1966 n’ont été déclassifiés qu’en 1986. Quand l’accident a eu lieu, les explosifs non atomiques ont explosé, mais pas les engins nucléaires. Pourtant deux détonateurs ont été activés.

Conséquences sur les relations diplomatiques américano-ibériques La publication de plusieurs documents de WikiLeaks, a rafraîchi cette affaire.

En 2009, Miguel Ángel Moratinos et Hillary Clinton se sont entretenus sur Palomares. José Luis Rodríguez Zapatero a parlé aussi du sujet avec Joe Biden, mais les États-Unis craignent un précédent; un accident semblable à Thulé, Groenland eut lieu aussi, en 1968, et il y a une liste d’incidents nucléaires moins graves, mais significatifs, dans d’autres pays.

Aussi le ministère des Affaires étrangères espagnol, dans un procès-verbal du mois de , demanda aux Américains d’agir pour finir de façon définitive le nettoyage..

Le , le secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel García-Margallo signent un accord dans lequel les États-Unis s'engagent à prélever quelque de terres contaminées et les expédier sur le sol américain par voie maritime..

Dans la fiction vignette|Une carte des pays sur lesquels les Etats-Unis ont largué une bombe nucléaire. Cette carte est souvent reprise de manière humoristique grâce a l'apparence surréaliste de l'information. Le largage accidentel sur l'Espagne y est renseigné ainsi que les essais nucléaires que les USA ont réalisés sur leur propre sol, ainsi que les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki au Japon. Sorti en , le film musical Finders Keepers avec Cliff Richard, met en scène cet incident.

Un roman d'espionnage, Opération Palomarès, de Marc Arno, publié en 1966 aux éditions Fleuve Noir Espionnage () relate à sa manière cet incident.

Michel Bataille s'en inspire pour son roman L'Arbre de Noël (1967), adapté au cinéma sous le même titre en 1969.

L'accident est au cœur du scénario du film Le Jour où les poissons sont sortis de l'eau réalisé par Michael Cacoyannis et sorti en 1967.

Il est aussi la base de l'album Bombes H sur Almeria de la série "Lefranc" créée par Jacques Martin (Casterman, 2024).

Notes et références

Annexes

Bibliographie La era de Palomares. Luisa Isabel Álvarez de Toledo y Maura, Juan Goytisolo, Jorge Castillo, Eduardo Subirats. Éditions de Intervencion cultural, Sous la coordination d'Eduardo Subirats. El Viejo Topo, 2010. Palomares, Isabel Alvarez de Toledo. L'histoire secrète de la bombe de Palomares, Rafael Moreno Izquierdo. Éditions Critica. Bombe H sur Palomares, Flora Lewis, éditions France-Empire, 1967.

Articles connexes Environnement en Espagne Accident d'un B-52 à Goldsboro Accident de Thulé Accords de Madrid de 1953 Aluminaut Projet Islero

Liens externes John Howard, « Palomares Bajo », Southern Spaces, .

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