Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, né le à Senoji Varėna (district de Varėna, sud de la Lituanie, alors dans l'Empire russe) et mort le à Pustelnik (arrondissement de Marki près de Varsovie, en Pologne), est un compositeur et peintre lituanien.
Biographie vignette|gauche|Vers 1899 à Varsovie, avec le compositeur polonais (1876-1948) vignette|gauche|En 1908, avec l'écrivaine Sofija Kymantaitė (1886-1958), qu'il épouse l'année suivante Né la même année que Maurice Ravel, Mikalojus Konstantinas ČiurlionisPatriote lituanien, il était néanmoins de langue polonaise et la forme de son nom en usage de son vivant était Mikołaj Konstanty Czurlanis étudie entre 1894 et 1899 en classes de piano et de composition au Conservatoire de Varsovie. À partir de 1901, il poursuit sa formation en classe de composition avec Carl Reinecke au Conservatoire de Leipzig (Allemagne), ville où il enrichit sa culture générale (qui est très universelle puisqu'il s'intéresse également, jusqu'à la fin de sa vie, à l'astrologie, la chimie, l'histoire, la philosophie...). Puis il revient à Varsovie et y intègre en 1904 l'École des Beaux-Arts, désirant également se consacrer à la peinture. Suivent plusieurs années – agrémentées de voyages en Allemagne et en Autriche durant lesquels il parfait son éducation artistique – où il mène conjointement une double carrière de compositeur et de peintre (avant que cette dernière ne prenne plutôt le dessus). En 1906, il visite Prague, Dresde, Nuremberg, Munich où il découvre notamment Max Klinger, puis revient par Vienne où il est séduit par les expositions d'art et d'industrie, les églises baroques.. À Varsovie, il dirige un temps un chœur lituanien établi dans cette ville et pour lequel il écrit plusieurs œuvres chorales a cappella (notamment des harmonisations de chants populaires). En 1907, il s'installe à Vilnius, la capitale de la Lituanie, dont il devient un des chantres de l'identité nationale. Il prend part à tous les événements artistiques de la ville, il y compose son opéra « Jurata », harmonise les chants populaires lituaniens, organise des soirées musicales à la « Société d'Art international et lituanienne ». C'est à Vilnius que sont créés ses meilleurs tableaux, appelés « Sonates ». Malheureusement, ses compatriotes sont indifférents à ses créations et il reste incompris et solitaire dans ses aspirations. En 1908, il est de passage à Saint-Pétersbourg (Russie) où il rencontre notamment Serge de Diaghilev et Vassily Kandinsky. Il y retrouve aussi son compatriote lituanien et vieil ami de Vilnius, Mstislav Doboujinski. Mais il connaît des difficultés matérielles et, en outre, des problèmes de santé qui culminent avec une pneumonie dont il meurt en 1911, la même année que Gustav Mahler. Il laisse veuve l'écrivaine Sofija Kymantaitė (1886-1958), épousée en 1909. De leur union est née une fille, Danutė Čiurlionytė-Zubovienė (1910-1995).
En musique, il est l'auteur de quelque 300 compositions dans des domaines variés (piano — dont de nombreux préludes et fugues et une sonate —, orgue, musique de chambre, orchestre, chœurs…), l'une de ses plus connues étant le poème symphonique La Mer (1903-1907), sans doute son œuvre majeure (contemporaine du triptyque pour orchestre composé sous le même titre en 1905 par Claude Debussy). Dans la forêt, également un poème symphonique (1900-1901), le quatuor à cordes en do mineur (1902) et un cycle pour piano lui aussi nommé La Mer (1908) sont trois autres de ses compositions majeures.
En peinture, M. K. Čiurlionis crée environ 300 tableaux, dans la mouvance du symbolisme et de l'Art nouveau, dont un triptyque abordant le thème de la mer une fois de plus, sa Sonate de la mer de 1908, comprenant trois mouvements intitulés Allegro, Andante et Finale. Il « compose »Le compositeur français Olivier Messiaen (1908-1992) qualifia Čiurlionis d'« extraordinaire compositeur de musique et de peinture » (rapporté par le musicologue français André Lischke, d'après les écrits de Vytautas Landsbergis, à l'occasion d'une publication discographique de 1991 — Dans la forêt et La Mer, poèmes symphoniques, par le Grand Orchestre symphonique de la radio-télévision d'URSS, direction Vladimir Fedosseïev / Quatuor à cordes en ut mineur, par le Quatuor de Vilnius ; Le Chant du Monde, CD réf. LDC 288004 —, actuellement indisponible). d'ailleurs souvent des « suites » de tableaux, dont les titres font régulièrement référence à la musique, notamment d'autres « sonates », comme la Sonate du soleil de 1907, en quatre tableaux. Il réalise aussi des « cycles » ambitieux, tels Symphonie funèbre, cycle de sept tableaux de 1903, La Création du monde, cycle de treize tableaux de 1905-1906 ou Le Zodiaque, cycle de douze tableaux de 1906-1907 et, en outre, nombre de tableaux et dessins isolés, dont trois Contes de fées (*) de 1908-1909, ainsi que Les Croix de Samogitie (*) et Rex (*), deux de ses dernières toiles, de 1909.
(*) : Voir galeries ci-dessous.
Œuvre (sélection) Musique La numérotation en « VL » fait référence au catalogue thématique des œuvres du compositeur, établi par le musicologue Vytautas Landsbergis.
Pièces pour orgue 1902 : Fugue en ut dièse mineur VL 86 ; Prélude en ut majeur VL 89 ; Fughetta en sol mineur VL 91 ; Mazurka avec variation en sol majeur VL 238 ; 1904 : 11 préludes et un fugato VL 94 à 105. Pièces pour piano 1896-1909 : Préludes (environ 80) ; 1898 : Sonate en fa majeur VL 155 ; Sonate en ut dièse mineur VL 156 (réputée perdue) ; Thème et variations en ré majeur VL 151 ; 1899 : 3 mazurkas VL 143-161-167 ; 1900 : Polonaise en la majeur VL 173 ; Nocturne en fa dièse mineur VL 178 ; Impromptu en fa dièse mineur VL 181 ; 1901 : Nocturne en ut dièse mineur VL 183 ; Polonaise en si bémol mineur VL 190 ; 1904 : Variations sur le thème Sefaa Esec VL 258 ; Variations sur le thème Besacas VL 265 ; 1908 : La Mer (Jūra), cycle en trois parties pour piano VL 317 ; 1909 : Fugue en si bémol mineur VL 345. Musique de chambre 1898 : Thème et variations en si mineur VL 80 pour quatuor à cordes ; 1902 : Quatuor à cordes en do mineur VL 83 (seuls les trois premiers mouvements subsistent, le final étant réputé perdu) ; Deux fugues en sol majeur VL 81 et en fa dièse mineur VL 82, pour quatuor à cordes ; Deux canons en do mineur VL 216a et en ré majeur VL217a, pour quatuor à cordes. Œuvres pour orchestre 1900-1901 : Dans la forêt (Miške), poème symphonique VL 1 ; 1902 : Ouverture Kęstutis pour orchestre VL 2 ; Symphonie en ré mineur VL 4 (inachevée) ; 1903-1907 : La Mer (Jūra), poème symphonique VL 5 ; 1907 : La Création du monde (Pasaulio sutvėrimas), poème symphonique VL 6 (inachevé). Œuvres chorales 1898 : Requiem pour chœur a cappella VL 13 ; 1899 : Cantate De Profundis pour chœurs et orchestre (ou chœurs et orgue) VL 8-9 ; 1904-1908 : Chants folkloriques lituaniens harmonisés pour chœurs a cappella ; 1908-1909 : Jūratė, opéra (inachevé).
Peinture 1903 : Symphonie funèbre (Laidotuviu simfonija), cycle de sept tableaux 1904 : Le Jour (Diena), un tableau 1904 : La Nuit (Naktis), un tableau 1904 : Vision (Regėjimas), un tableau
1904 : Diptyque La Ville enchantée (Užburtas miestas) comprenant les deux tableaux suivants :
1904-1905 : Le Déluge (Tvanas), cycle de neuf tableaux 1905 : La Vérité. 91,6 × 67,4 cm. Pastel sur papier 1905 : La Quiétude. 42,2 × 72,7 cm. Pastel, aquarelle, détrempe sur papier 1905 : L'Amitié. 73,4 × 63,5 cm. Pastel sur papier 1905-1906 : La Création du monde (Pasaulio sutvėrimas), cycle de treize tableaux 1906 : La Forêt (Miškas). 62 × 72,8 cm. Pastel sur papier 1906 : Le Navire. 85 × 68 cm. Pastel sur papier 1906-1907 : Le Zodiaque (Zodiakas), cycle de douze tableaux 1907 : L'Hiver (Žiema), cycle de huit tableaux 1907 : Sonate du soleil (Saulės sonata), ensemble (premier de son « cycle de sonates ») de quatre tableaux 1907 : Cycle du Printemps dont : Le Clocher. 36,5 × 31,6 cm. Détrempe sur papier 1907 : Sonate du printemps (Pavasario sonata) comprenant quatre tableaux : Allegro. 72,8 × 62,8 cm. Détrempe sur papier Andante. 72,4 × 62,6 cm. Détrempe sur papier Scherzo. 72,6 × 62 cm. Détrempe sur papier Finale. 72,6 × 62,2 cm. Détrempe sur papier 1907 : Triptyque Conte dont : Panneau II : 63 × 72 cm. Détrempe sur papier Panneau III : 72,4 × 62,8 cm. Détrempe sur papier 1907-1908 : Triptyque Raigardas ; 1908 : Sonate de l'été (Vasaros sonata) comprenant quatre tableaux 1908 : Sonate des étoiles (Žvaigždžių sonata) comprenant quatre tableaux dont : Allegro. 72,2 × 61,4 cm. Détrempe sur papier Andante. 73,5 × 62,5 cm. Détrempe sur papier 1908 : Sonate de la mer (Jūros sonata) comprenant trois tableaux 1908 : Diptyque Prélude et Fugue (Preludias ir fugas) 1908 : Triptyque Fantaisie (Fantazija) — Prélude, Fugue et Finale dont : Fugue. 62,6 × 73 cm. Détrempe sur papier 1908-1909 : Série de Contes de fées (Pasakos) comprenant les trois tableaux suivants : Conte des Rois (Karalių - Pasaka). 70,2 × 75,2 cm. Détrempe sur toile Conte du Château (Pilis - Pasaka). 49,6 × 67 cm. Détrempe sur papier La Forteresse (Tvirtovė - Pasaka)
1909 : Le Sacrifice. 71 × 78,5 cm. Détrempe sur papier 1909 : L'Arche de Noé (Nojaus arka), un tableau 1909 : Les Croix de Samogitie (Žemaičių koplytstulpiai). 36 × 31,2 cm. Détrempe sur papier 1909 : Rex, un tableau
1909 : Cimetière samogite. 61,5 × 62 cm. Détrempe sur papier
Postérité vignette|gauche|Musée Čiurlionis à Kaunas En 1911, la revue Apollon lui consacre un article dans son numéro 5, sous la plume de son créateur Sergueï Makovski. C'est en partie grâce à cet article élogieux et aux soutiens qui en résultent que ce musicien et peintre retrouve sa place de précurseur de l'art moderne, aujourd'hui encore méconnue. En 1912, Mir iskousstva organise une exposition posthume de 125 toiles groupées en différents cycles : des paysages fantastiques, un univers originel irréel. Čiurlionis avait été, jusque-là, le seul à oser incarner ses rêves sur la Création du monde dans sa peinture à la limite du figuratif et de l'abstrait.
Plus généralement, après son décès, Čiurlionis devient un des symboles de la Lituanie. Entre autres exemples, à Kaunas, deuxième ville du pays, le Musée national d'art Mikalojus-Konstantinas-Čiurlionis abrite la majeure partie de ses toiles et dessins. Dans la capitale, Vilnius, l' regroupe trois départements, Musique, Danse et Beaux-Arts. Le pianiste et musicologue Vytautas Landsbergis (président du pays de 1990 à 1992) a consacré plusieurs ouvrages au compositeur, dont une biographie publiée en 1992 M.K. Čiurlionis : Time and Content, by Vytautas Landsbergis, Lituanus Publishing, Vilnius, 1992., un disque de pièces pour piano enregistré en 1995 et une édition critique de l'Œuvre pour piano publiée en 2004M.K. Čiurlionis : Œuvres Complètes pour Piano, édition critique, par Vytautas Landsbergis, J. Petronis Ed., Kaunas, 2004 (anglais/lituanien).. Et depuis 1968, une formation de quatuor à cordes se nomme « Quatuor Čiurlionis ».
Ce sont les musées de Lituanie qui rassemblent, à Kaunas et Vilnius, la presque totalité de l'héritage artistique du peintre. Hors des frontières de son pays il reste méconnu. Il occupe pourtant une place privilégiée aux sources de l'art du à l'époque de transition vers l'abstraction pure.