thumb|160px|Fleur de lys. thumb|200px|Fleur de lys dans la couronne, ordre du Saint-Esprit et armoiries. La fleur de lys, ou fleur de lis (), est un meuble héraldique. C'est l'une des quatre figures les plus populaires avec les multiples croix, l'aigle et le lion. Elle est habituellement classée parmi les figures naturelles.
La fleur de lys ne représente pas le lys (Lilium sp.) que l'on trouve dans les jardins (utilisé plus rarement en héraldique sous le nom de lys de jardin). Certains auteurs, comme Charles Bruneau et le frère Marie-Victorin, y voient plutôt une représentation stylisée de l'iris des marais.
Du fait de sa valeur dans la tradition chrétienne, la fleur de lys était symboliquement très présente sous la forme d'aigrette trifide, dans l'Empire byzantin puis dans les royaumes francs et le royaume lombard. Ce symbole fut utilisé par les souverains carolingiens puis par leurs successeurs, empereurs ottoniens et rois capétiens. C'est sous le règne de Louis VII que l'expression « fleur de lis » apparut et que les fleurs de lis d'or sur champ d'azur devinrent les armes de France et l'emblème spécifique des rois de France. Aujourd'hui délaissée en France, elle est encore en Amérique du Nord un symbole de la présence francophone, en particulier au Québec où elle fait office de symbole national.
Une fleur de lys blanche est l'élément central du logo de l'emblème du scoutisme mondial choisi par son fondateur Baden Powell depuis sa création.
Sur les cartes anciennes la fleur de lys est traditionnellement utilisée pour indiquer le nord et souvent additionnée à une rose des vents sur les cartes marines.
Les fleurs de lys de France Légendes sur l'origine des fleurs de lys de France De nombreuses légendes ont cherché à expliquer l'origine des armes de France.
Parmi les hypothèses donnant à la fleur de lys des origines religieuses, on peut citer cette légende hagiographiquePernette Rickli-Gros et Béatrice Obergfell, Genève et ses mystères - Flâneries insolites dans l'histoire, 2007. : dans l'ancienne forêt de Cruye (actuelle forêt de Marly), près du château de Montjoie où la tradition a fait séjourner Clovis et son épouse, vivait près d'une fontaine un ermite que la très chrétienne reine Clotilde avait l'habitude de venir consulter. Un jour qu'elle était en prière avec le saint homme, un ange leur serait apparu et lui aurait demandé de remplacer l'écusson de son mari portant trois croissants ou trois crapauds par trois fleurs de lys qui brillaient d'une couleur d'or sur la plaine de l'actuel Joye-en-Val. On prêtait à Clovis avant sa conversion des armes à trois crapaudsOn peut lire (orthographe respectée:), dans Traité singulier du blason par Gilles-André de la Roque édité à Paris chez Sébastien Mabre-Cramoisy, Imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, aŭ Cigognes. M. DC. LXXIII, Avec privilège de Sa Majesté : Page 41 : Barthelemi Chassanée (Barthélemy de Chasseneuz), après avoir parlé de la Verge de Justice, & du Sceptre ou Baston de commandement, qui est orné à la cime d'une Fleur de Lis, dit que le Roi de France ne peut concéder le port de ses Armes, parce qu'elles lui appartiennent, non par coutume, mais par révélation divine, faite à Clovis, de prendre les Fleurs de Lis envoiées du ciel au lieu des trois Crapaux… Page 42 : Robert Gaguin dit expressément que la vie de Clovis premier Roi Chrétien en France, qu'il a appris de la renommée, que les trois Crapaux que le Rois de France portoient pour leurs Armes, furent changez aux Fleurs de Lis d'or en champ d'azur, envoiées du Ciel lors du Baptême de Clovis… Mais certains auteurs parlent de 3 croissants, d'autres de 3 abeilles…..
Une autre légende rapportée par Louis Girard rappelle que la fleur de lys est un iris stylisé dont Clovis a fait sa fleur favorite : lors de la bataille de Vouillé en 507, les armées de Clovis sont repoussées dans les marécages de la Vienne par les Wisigoths d'Alaric II. Une biche au son de l'armée traverse alors la Vienne en crue au niveau d'un guéLe « Gué de la biche » qui existe toujours sous le nom de « Pas de la biche » au niveau de Châtellerault. environné de grands iris dont les rhizomes contribuent à la stabilisation des berges et vasières des cours d'eau, indiquant ainsi que ce passage au sol stable pouvait être franchi par les armées franques qui vont pouvoir battre les Wisigoths. Cette fleur, symbole de la victoire de Clovis, est dès lors adoptée par le roi des Francs..
Il a aussi été affirmé que la fleur de lys serait un ancien symbole des Francs saliens qui étaient originaires de Flandre où l'iris Faux-Acore ou iris des marais (Iris pseudacorus L.), plante hélophyte à fleurs jaunes spectaculaires, pousse en abondance sur les rives de la LysRelevons également que le nom de cette fleur est « gele lis » en néerlandais moderne, or la langue néerlandaise et le flamand sont issus du bas-francique que parlaient les Francs saliens. ., le cours d'eau le plus important de Flandre après l'Escaut. Le seigneur d'Armentières, une ville où coule cette rivière, en fit le motif de son blason. Lors de l'annexion de son fief par le roi des Francs, celui-ci décida à son tour de l'ajouter à son propre blason. Ainsi serait née la « fleur de Lys », qui n'aurait pas été un lys mais un irisLa Venise Verte, par Jacques Sigot et J-Pierre Rault, éditions CMD 1997..
Pierre-Barthélemy Gheusi donne à la fleur de lys une origine plus guerrière que botanique : ce serait un embout de javelot gaulois (ou encore l'Angon des Francs) avec pointe et crochets (voir l'analogie de forme avec ce sceptre fleurdelisé du blason de Trieste – blasonné « Hallebarde » – et qui serait la lance de Saint Serge selon Ottfried Neubecker, Le Grand Livre de l'héraldique).
Le lys chez les Carolingiens Le lys apparaît dans le monde franc à la fin du règne de Pépin le Bref (715-768) et au début de celui de Charlemagne (742-814), qui furent précisément en contact de plus en plus étroit avec les Lombards.
On a découvert dans ce qui reste de l'église de Saint-Denis, construite par l’abbé Fulrad à la fin du règne de Pépin le Bref et au début de celui de Charlemagne, des colonnes dont les bases étaient ornées d'une frise de lys et rinceaux. Il y a été vu une influence de l'art aulique lombardMiljenko Jurkovic, « Quelques réflexions sur la basilique carolingienne de Saint-Denis : une œuvre d’esprit paléo-chrétien » , L’abbé Suger, le manifeste gothique de Saint-Denis et la pensée victorine (« Rencontres médiévales européennes » 1), actes du colloque de la Fondation Singer-Polignac en 2000, Turnhout, 2001, .. Le Christ de l’évangéliaire de Godescalc, peint vers 782 à la cour de Charlemagne, est environné de lys blancs.. De nombreux manuscrits carolingiens présenteront des lys blanc et or, parfois sous la forme de rinceaux et associés au monde stellaire. L'évangéliaire de Charlemagne fut réalisé après son second voyage à Rome et chez les LombardsMarie-Pierre Laffitte, Charlotte Denoël, Patricia Roger, Art de l'enluminure, mars-avril-mai 2007, Dijon. Les lys sont appréciés par Charlemagne qui les place en tête du capitulaire De Villis, règlement des villae royales, grandes exploitations agricoles carolingiennes.. Dans l'Ancien Testament, le livre d'Esdras montre de même que Dieu a choisi le lys comme la première des fleurs (4 Esdras 5, 24) : voulant se placer dans la tradition de la royauté biblique, les Carolingiens font cultiver le lys qui figure en tête des fleurs devant pousser dans les jardins royaux.. Sur la statuette équestre du Louvre représentant Charlemagne ou Charles II le Chauve, le roi porte une couronne gemmée ornée de quatre aigrettes trifides et chaque chaussure est ornée d’un tel fleuron qui est, semble-t-il, un signe royal.Plus tard, les chevaliers porteront leurs armes au même endroit.. Vers 850, Sedulius de Liège chante « le lys royal [qui] règne du haut des sceptres étincelants » dans De rosae liliique certamine, vers 850. Dès Charles II le Chauve, les lys d’or prolifèrent, d’un style très végétal mais très simplifié sur les sceptres et les couronnes : ils présentent trois pétales au lieu de six, comme le lys blanc des jardins des mosaïques de Rome et Ravenne également trois.. Les bulles impériales et royales de Charlemagne, Louis le Pieux et Charles II le Chauve représentent le souverain coiffé d’une couronne ornée d’une aigrette trifide. dont la forme est celle de la fleur de lys. Les autres rois d'Europe imiteront les usages carolingiens : ainsi, en Angleterre, le roi Edgar le Pacifique (959-975) est peint en souverain carolingien dans le frontispice de sa charte de New-Minster, ce qui explique sa couronne à trois lis d’or à deux pétales ; d’autres couronnes anglaises destinées au Christ, à la Vierge, au roi sont ornées de lys à trois pétales ; les premiers empereurs du Saint-Empire utiliseront des sceptres dont la hampe est une tige végétale.
Le lys chez les Capétiens
Le lys sous les premiers Capétiens directs Dès les premiers Capétiens directs, le lys est présent dans la symbolique royale>. : Hugues Capet a sur son sceau une couronne de trois lys ; Robert II le Pieux, sur son deuxième sceau en navette, porte une couronne fleurdelisée et tient un fleuron à trois étages ; Philippe est représenté coiffé d’une couronne à trois lys avec dans sa main droite un fleuron du genre lotus à trois pétales et un long sceptre à lisPhilippe eut un fils nommé Florus. ; sous Louis VI , est frappé un denier dont la croix est cantonnée de deux lis sous forme de trois pétales sortant d’un triangleSur les monnaies royales, la représentation de fleur de lys sortant d'un triangle perdurera jusqu'à Jean II le Bon ; on les retrouve aussi ce type de représentation sur la fresque de l'ancienne commanderie du Temple de Cressac (du Dognon, Charente) peinte vers 1170-1180 ; la fleur de lis d'or peut être assimilée à un sceptre d'or et dans ce cas, le triangle pourrait être selon Hervé Pinoteau le culot d'insertion de la hampe. ; Louis VII, fut nommé à sa naissance Florus selon Ordéric Vital dans son Historia Ecclesiastica et son sceau le montre avec trois lis sur sa couronne.
Apparition de la fleur de lys sous Louis VII Il semble que Louis VII ait joué un rôle déterminant dans l'adoption de la fleur de lys comme symbole spécifique de la royauté française. De fait, l'héraldique apparaît sous son règne et, à partir de Louis VII, le décor royal et étatique est criblé de fleurs de lys.