Le salafisme () est un mouvement religieux de l'islam sunnite, revendiquant un retour aux pratiques en vigueur dans la communauté musulmane à l'époque du prophète Mahomet et de ses premiers disciples et la « rééducation morale » de la communauté musulmane. Le terme est souvent utilisé comme synonyme de wahhabite, bien que tous les salafistes ne soient pas wahhabites.

Les salafistes ont une lecture littérale des textes de l'islam, le Coran et les ahadith de la Sunna. Ils rejettent les innovations religieuses (bidʿah) blâmables.

Historiquement, un autre mouvement d'inspiration libérale, né vers la fin du en Égypte, a été désigné sous le nom de . Par la suite, un autre mouvement se réclamant essentiellement dans l'héritage idéologique de Ibn Taymiyya () est apparu dans ce même pays en 1926 puis, sous l'impulsion de Rachid Rida, a convergé avec le wahhabisme, auquel il est souvent apparenté.

On distingue trois principales mouvances dans le salafisme contemporain : une qualifiée de « quiétiste », refusant de s'impliquer dans la vie civique ou politique et se consacrant à l'éducation des musulmans à la doctrine salafiste, une « politique » et une « djihadiste », qui prône l'action armée et utilise le salafisme comme une base idéologique pour justifier le terrorisme. Cependant, tous les salafistes se réclament à la fois d'Ibn Taymiyya et Mohammed ben Abdelwahhab.

Le mouvement est ainsi caractérisé par des polémiques internes et des disputes théologiques, chacune de ces tendances entretenant un rapport particulier aux sociétés européennes et musulmanes ainsi qu'aux façons de parvenir à l'établissement de l’État islamique.

Terminologie Étymologie Étymologiquement, « salafisme » (en arabe , as-salafiyya) provient du mot salaf, « prédécesseur » ou « ancêtre » (al-salaf al-salih désigne les « pieux prédécesseurs »). La notion de pieux ancêtres est issue d'un hadith du Sahh al-Bukhari, où les compagnons du prophète Mahomet, Imran ibn Husain et Abdullah ibn Masud, disent l'avoir entendu dire que « le meilleur de ma communauté est dans ma génération, puis celle qui suit et celle qui suit après ». Dans ce hadith, le terme « génération », traduction de l'arabe qarn, désigne Mahomet et ses compagnons, ainsi que les deux générations de disciples qui les suivirent, la tabi'un et les tabi‘ at-tabi‘in., et peut être compris comme une unité de temps, équivalent à cent ans selon certains exégètes.

Le wahhabisme est en général considéré comme étant une mouvance voire un synonyme du salafisme. Les mouvements islamo-nationalistes tels que les Frères musulmans sont aussi parfois appelés « néo-salafistes », mais sont le plus souvent qualifiés d'islamistes.

Usage ancien du terme Usage médiéval Le terme ou a été utilisé à l'époque médiévale pour désigner les adeptes de l'atharisme, suivant les salaf. Henri Lauzière estime que même si les hanbalistes étaient qualifiés à cette époque de , les désigner comme tels à notre époque est anachronique.

Salafisme moderniste

La naissance du mouvement salafiste date des années 1920, dans un contexte d'effondrement de l'empire ottoman et de grande faiblesse des hachémites. Toutefois, les historiens et le monde académique en général situent l’apparition du terme salafiste à la fin du , pour désigner un mouvement apparu en Égypte, en réaction à la domination intellectuelle et politique de l'Europe sur le monde musulman. Les leaders initiaux de ce mouvement, Djemâl ad-Dîn al-Afghâni, et plus particulièrement ses disciples, Mohamed Abduh et Mohammed Rachid Rida, critiquent la stagnation de la pensée islamique et la sécularisation des élites musulmanes, et plaident pour une réinterprétation des textes fondateurs de l'islam, le Coran et la Sunna, en accord avec les principes de rationalité scientifique et de gouvernance libérale. Ce mouvement a été baptisé « salafisme » dans les années 1920 par des orientalistes français Louis Massignon et Henri Laoust, sans que les intéressés aient nécessairement revendiqué ce nom. Cette tendance initiale est aujourd'hui qualifiée de « salafisme moderniste ».

Histoire Fondation du wahhabisme

Du wahhabisme au salafisme L'ambitieux futur roi d'Arabie saoudite, Abdelaziz Al Saoud, doté d'un grand charisme allié à une orthodoxie religieuse, qui ne rejetait pas un relatif pragmatisme vis-à-vis de la modernité (au moins dans sa dimension technologique et lorsque celle-ci servait ses objectifs), devenait le leader islamique idéal aux yeux de Rachid Rida (l'alternative eût été le laïc Atatürk). Sans défendre directement la doctrine wahhabite portée par les Saoud, qui était alors largement redoutée, Rachid Rida éluda toutes critiques de celle-ci et fut un avocat passionné d'Abdelaziz Al Saoud et de ses fanatiques Ikhwans, contribuant de fait à la légitimation du wahhabisme, notamment via sa publication Al Manar (arabe : المنار, Le Phare). L'influence des wahhabites, se présentant alors de manière récurrente comme « salafistes par la foi, hanbalites par la loi », allait alors transformer le mouvement dans sa version contemporaine qui de fait est souvent associé, sinon assimilé, au wahhabisme introduit par Mohammed ben Abdelwahhab dans la péninsule Arabique au . Le mouvement salafiste moderniste deviendra marginal dans la période post-coloniale. Rashid Rida s'est ensuite rapproché du wahhabisme à la fin de sa vie...

À la suite de la mort de Rachid Rida en 1935, Hassan el-Banna devint l’éditeur de la publication Al Manar, témoignant de l'influence du salafisme moderniste chez celui qui créa le mouvement les frères musulmans en 1928.

Le mouvement salafiste contemporain, rejetant le rationalisme, voue une antipathie aux théologiens salafistes égyptiens du et revendique de façon quasi obsessionnelle être l'héritier de la pensée du théologien du , Ibn Taymiyya, ainsi que de ses disciples Ibn Al-Qayyim et Ibn Kathîr. Les salafistes contemporains affirment que le concept de « salafisme » est antérieur au courant moderniste égyptien en invoquant l'interprétation littéraliste de l'islam par Ahmad Ibn Hanbal au , ainsi que l'appel au retour à la foi d'origine lancé par ce dernier et Ibn Taymiyya.

À partir des années 1920, les autorités saoudiennes délaissent le terme au profit de qu'Ibn Saoud revendique en 1936 lors du hajj.

Doctrine Les divers courants salafistes se perçoivent comme un mouvement de renaissance de l'islam recherchant un retour à la foi des origines, celle des « pieux prédécesseurs » et s'émancipent de la tradition fondée par les écoles juridiques (madhahib)Bernard Rougier, « Pourquoi l'islamisme salafiste, progresse, du Golfe à nos banlieues », L'Expansion, janvier 2009.. Les théologiens salafistes établissent une relation de causalité entre la piété exemplaire des trois générations des « pieux prédécesseurs » — qui pour eux incarnent l’âge d’or de l’islam — et leurs succès militaires et politiques dont résulte l'expansion de l'islam.

À l'extrême, certains considèrent que l'imitation (taqlid) de la jurisprudence des écoles juridiques équivaut à une forme de polythéisme. Là où les salafistes modernistes de la fin du plaidaient pour une réinterprétation des textes fondateurs de l'islam, le Coran et la Sunna en accord avec les principes de rationalité scientifique et de gouvernance libérale, les salafistes contemporains, rejetant le rationalisme, sont réputés suivre l’école athariste, laquelle préconise une lecture littérale et non interprétée des textes, par opposition à une interprétation métaphorique ou ésotérique (Ta'wil).

Orthodoxie Pour les salafistes contemporains, le Coran et la Sunna se suffisent à eux-mêmes et ne révèlent qu'une seule vérité : il n'y a pas de place pour des différences d’interprétations. La pluralité d’écoles islamiques est dès lors inacceptable et l’adhésion à l'une d'elles sans faire l'effort de comprendre les textes fondateurs de l'islam (ijtihad) par soi-même ne peut que conduire le musulman à sa perte. Par ailleurs, de par sa nature littéraliste, le mouvement salafiste est proche de l'école hanbaliste . Ils rejettent ainsi les quatre madhhab, les consensus des théologiens et le raisonnement par analogie..

Les salafistes saoudiens suivent généralement le hanbalisme, et préconisent de se laisser guider par un imam plutôt que de chercher à comprendre l'écriture par soi-même, ce qu'ils définissent éventuellement comme étant « salafiste par la foi, hanbaliste par la loi ». Cela a été dénoncé par l'un des théoriciens du salafisme Muhammad Nassiruddine al Albani, comme étant contraire à l’idéologie salafiste. La doctrine wahhabite se situe dans l'héritage de Abd al-Wahhab qui s'est largement inspirée des idées de Ibn Taymiyya, ce dernier ne rejetant pas le taqlid. La doctrine salafiste s'appuie plus sur le disciple de Ibn Taymiyya, Ibn Qayyim al-Jawziyya qui arguait que les musulmans devaient s'émanciper du taqlid, impliquant alors un intérêt renouvelé dans les hadiths, pour trouver les réponses autrement fournies par le taqlid. Par ailleurs, dans leur quête d'un islam purifié, ils sont extrêmement concernés que celui-ci soit infecté par des hadiths contrefaits : les figures salafistes les plus connues, comme al Albani, se sont spécialisées dans l'authentification de hadiths, les hadiths eux-mêmes devant être interprétés littéralement, dans le but de fournir des réponses non trouvées dans le Coran sans faire appel à la raison humaine.

Pour les salafistes contemporains, spéculer ou raisonner dialectiquement (kalâm) est proscrit, l’idée sous-jacente étant que lorsque les hommes tentent d'appliquer leur propre logique ou raison, celle-ci est pervertie par le désir humain et autres déviances lesquelles conduisent à un biais d’interprétation dans l’intérêt des hommes plutôt que de la vérité divine.

Les principes centraux du salafisme contemporain sont l'unique qualité de Dieu (tawhid), où toute association d’être ou objet avec Dieu, telle que le « culte des saints » est considérée comme une forme de polythéisme (shirk) et, parce que le Coran mentionne Dieu comme le législateur suprême, le respect de la charia dans son entièreté. Les salafistes rejettent la séparation du religieux et de l’État (ou la laïcité) car impliquant la suprématie des lois et institutions humaines sur la gouvernance divine, ce qui est contraire au principe de souveraineté islamique (hakimiyyah).

Plus généralement, les salafistes voient l'Occident comme un ennemi éternel et déterminé à détruire l'islam en le polluant avec ses concepts et valeurs. Le verset coranique 2:120 « Ni les Juifs, ni les Chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi, jusqu’à ce que tu suives leur religion » leur permet de donner une assise idéologique au rejet de valeurs, systèmes de raisonnement ou d'analyse occidentaux. Si ceux-ci n’étaient pas utilisés par les pieux ancêtres ils sont considérés comme « innovation blâmable » (bid'ah) et doivent être rejetés.