Le bassin méditerranéen est, avec les bassins de l'Indus, du Gange, du fleuve Jaune et du Yangtsé, l'une des régions les plus importantes pour l'histoire du monde. Elle constitue le point de départ de plusieurs grandes civilisations, dont s'est nourrie la civilisation occidentale. Dès que l'Homme a su construire des barques, des navires, la Méditerranée s'est transformée en lien entre continents, la navigation permettant de rejoindre deux points plus aisément que la marche, et de transporter des charges bien plus lourdes. Théra est l'un des plus anciens vestiges d'une thalassocratie : la Civilisation minoenne (Crète). Mais bien d'autres se sont succédé : Phénicie, Carthage, Grèce, Rome, Byzance, les peuples Arabes, les Berbères, les Normands de Sicile, les Génois, les Vénitiens, les Catalans, les Libyens, les Égyptiens, les Ibères, les Mésopotamiens, les Ottomans... l'ont été et en ont fait le tour. Le monde grec avait un « nombril », Delphes, et de là rayonnait vers les extrémités de la Méditerranée qui, pour ses peuples, étaient les « extrémités du monde » : les Colonnes d'Hercule ouvrant sur la « mer Océane » (l'Océan Atlantique), le détroit des Dardanelles ouvrant, par la Propontide (Mer de Marmara) et le Bosphore, sur le Pont Euxin, et le Nil ouvrant sur les mystérieuses terres chaudes de l'« Aethiopie ».

Toutefois la civilisation méditerranéenne n'a jamais été repliée sur elle-même : à l'Ouest, les Carthaginois connaissaient Tartesse et les « îles à étain » c'est-à-dire l'archipel britannique ; à l'Est, la « route de la soie » aboutissait dans les ports du bassin levantin tandis que partant d'Égypte, la « route des épices et des pierres précieuses » menait jusqu'aux Indes et la « route de l'encens et de l'ivoire » jusqu'à la côte orientale de l'Afrique. Après avoir été un « lac romain » (Mare Internum en latin), la Méditerranée, divisée par les invasions barbares et les rivalités religieuses, devint un enjeu central dans l'affrontement géostratégique des pouvoirs qui la bordèrent, jusqu'à ce que son intérêt soit supplanté par celui pour les océans, révélés par les Grandes découvertes.

Antiquité : foisonnement de civilisations thumb|250px|Croissant fertile Parmi les premières civilisations connues, deux sont nées dans cette région. La vallée du Nil fut unifiée sous le règne des pharaons au cours du quatrième millénaire avant notre ère. Peu après, une autre civilisation est apparue en Mésopotamie et s'est rapidement étendue dans le croissant fertile jusqu'à la côte Est de la Méditerranée à travers le Levant. Ces régions avaient en commun le climat et la géographie. Vers le troisième millénaire avant notre ère, l'agriculture (dont la viticulture) et les villes essaimaient déjà en Anatolie et dans les Balkans, mais il fallut beaucoup plus de temps pour étendre les savoir-faire et les cultures à d'autres régions du bassin méditerranéen.

Vers la même époque, de grands empires se sont installés en Asie Mineure, tels les Hittites. Leur expansion fut cependant retardée jusqu'à ce que des navires assez robustes pour traverser les mers soient construits. Chypre et les autres îles se développèrent, et la civilisation minoenne prospéra dans l'île de Crète. Tandis que les civilisations des fleuves ont toujours été les plus peuplées, ce sont les sociétés commerçantes des régions côtières qui devinrent les plus prospères et les dominèrent.

La période du Néolithique est marquée par la sédentarisation des peuplades nomades dans le bassin méditerranéen et par le début des activités d’élevage et d’agriculture. La pratique de ces activités crée un environnement favorable au développement du commerce entre les différentes civilisations. Les premiers échanges commerciaux par voie maritime se produisent entre les peuplades qui bordent les rives de la mer Égée. Ces échanges se concentrent majoritairement sur le commerce de deux produits : le spondyle et l’obsidienne. Du fait de la petite taille des embarcations de l’époque, d’autres produits comme les céréales, la poterie et les animaux d’élevage font également l’objet d’échanges mais dans une moindre dimension.

Avec le développement des populations cycladiques, les activités commerciales en mer Égée s’amplifient. Les progrès que cette civilisation réalise dans le domaine maritime permet un commerce à plus grande échelle, augmente les échanges entre l’Anatolie et les Balkans et étend la pratique du commerce à l’ensemble du bassin de la mer Égée. Après la disparition de la civilisation cycladique, ce sont les Crétois qui développent leurs activités de commerce. Cette civilisation innove par la pratique de la navigation au long cours et inonde l’ensemble du bassin Est de la Méditerranée par ses poteries.

Cependant, après une longue période de développement et de prospérité, les différents peuples qui vivent dans la région vont connaître une longue récession qui durera cinq siècles.

Les Empires Grèce, Phénicie, Macédoine

thumb|Colonisation antique de la mer Méditerranée à l'époque phénicienne.

Les deux plus importantes parmi ces dernières furent les cités États de la Grèce et les Phéniciens. Les Grecs poussèrent leur expansion au nord jusqu'à la mer Noire et au sud jusqu'à la mer Rouge. Les Phéniciens s'étendirent vers la Méditerranée occidentale, en Afrique du Nord et en Espagne. La Phénicie était encore dominée par des puissances basées plus à l'Est en Mésopotamie ou en Perse et les Phéniciens fournirent souvent les forces navales de l'empire perse. La prospérité des Grecs est restée longtemps liée à la mer ; au Nord, les Macédoniens, forts d'une longue tradition de guerre de cavalerie, avaient forgé la supériorité des Grecs dans le domaine de la technique et de l'organisation. Sous le règne d'Alexandre le Grand, cette force se tourna vers l'Est, et par une série de trois batailles décisives, mit en déroute les armées perses et conquit leur empire. La Phénicie et l'Égypte furent annexées. Pour la première fois dans l'histoire, tous les grands centres de la Méditerranée se trouvaient réunis sous le même pouvoir. L'empire d'Alexandre se désintégra rapidement et le Moyen-Orient, l'Égypte et la Grèce furent à nouveau indépendants. Les conquêtes d'Alexandre ont néanmoins répandu dans toute la région le savoir-faire et les idées des Grecs.

Si, pendant le Néolithique, la pratique du commerce par mer s’est exclusivement concentrée sur les rives orientales de la Méditerranée, les échanges vont s’étendre et se diversifier à l’ensemble du bassin au cours de l’Antiquité.

Les premiers à étendre leurs activités à l’ensemble des deux bassins sont les Phéniciens. Cette civilisation apparaît à la fin de la grande période de récession. Marins de grande valeur, les Phéniciens innovent dans le domaine des techniques de navigation et dans celui de la construction navale. Ces avancées technologiques leur permettent d’entreprendre de grands voyages d’exploration dans l’ensemble de la Méditerranée. Mais les Phéniciens sont également un peuple de marchands. Ils développent leur commerce en inventant une technique jusqu’à lors inconnue ; ils fondent des comptoirs dans l’ensemble de la Méditerranée.

À partir du , les Grecs commencent leur colonisation du bassin méditerranéen. Cette phase d’expansion s’accompagnera d’un regain des activités commerciales et maritimes en Méditerranée. Les Grecs s’inspirent du modèle phénicien et fondent des comptoirs et des ports marchands dans leurs colonies. Les matériaux et les produits finis circulent à travers l’ensemble de la région. Athènes devient un grand empire maritime et le centre névralgique du commerce en Méditerranée. La mort d’Alexandre le grand et le démembrement de son empire profitent à la ville d’Alexandrie qui devient le grand pôle de la vie économique. Les routes maritimes délaissent la vieille Grèce, les marchandises sont désormais acheminées depuis le port d’Alexandrie.

Carthage et Rome 250px|left|thumb|Expansion de l'Empire Carthaginois et de la République de Rome vers -150. Ces puissances orientales furent bientôt dépassées par celles apparues plus à l'ouest. En Afrique du Nord, l'ancienne colonie phénicienne de Carthage constitua un empire qui regroupait la plupart des comptoirs phéniciens de la région. Héritière directe des Phéniciens, la cité de Carthage constituera le moteur de l’économie en Méditerranée jusqu’en 146 Les marchands carthaginois tireront profit du décalage économique entre l’Ouest sous-développé qui leur fournira les matières premières et les cités à l’Est qui leur permettront d’écouler les produits finis. De plus, la cité jouissait d’une excellente position géographique, au centre des routes maritimes reliant l’Est et l’Ouest. Toutefois, c'est une ville de la péninsule italienne, Rome, qui finira par dominer la totalité du bassin méditerranéen.

thumb|Carte de l'Empire romain en 118 après J.-C.

Après avoir annexé toute l'Italie, Rome vainquit Carthage lors des guerres puniques, devenant la puissance dominante de la région. Rome poursuivit son expansion en annexant la Grèce, et l'héritage grec joua un grand rôle dans l'Empire romain.

À partir de ce moment, les sociétés commerçantes des côtes dominèrent définitivement les civilisations des vallées intérieures qui avaient été le cœur des puissances précédentes. En Égypte, le centre du pouvoir se déplaça des villes du Nil vers celles de la côte, particulièrement vers Alexandrie. La Mésopotamie devint une région frontière entre l'Empire romain et la Perse.

C’est sous la Pax Romana que le commerce maritime va connaître son apogée. Après avoir éradiqué la piraterie et unifié l’ensemble du bassin, le commerce de marchandise est devenu plus sûr et plus rentable par voie maritime. La flotte marchande achemine les matériaux les plus lourds comme le bois ou le marbre. Le développement de Rome et de sa périphérie demande un acheminement constant de marchandises. Grands ingénieurs, les Romains innovent dans le domaine de la construction navale, ce qui leur permet de construire des navires marchands d’une capacité trois fois supérieure à celle des navires grecs.

Pendant plusieurs siècles, la mer Méditerranée fut un « lac romain » entouré de toutes parts par l'empire qui l'appela mare nostrum, notre mer. La Judée, qui faisait partie de cet empire, donna naissance à une nouvelle religion, le Christianisme, qui se répandit dans tout l'empire. Puis la moitié occidentale de l'empire s'émietta au cours du , partagée en plusieurs royaumes germaniques, tandis que la partie orientale poursuivait son existence, sauvegardant les savoirs et les technologies de l'Antiquité. Son hellénisation et sa christianisation donnèrent l'empire byzantin.

Les Numides face à Rome vignette|La Numidie entre 112 et , et les batailles majeures de la guerre. La guerre est déclarée par le Sénat romain en 112 av. J.-C. Puis, en , le consul romain Lucius Calpurnius Bestia se rend en Numidie, et Jugurtha se rend dans des termes d'usage face à un vainqueur, puis le corrompt. Il part pour Rome et fait de même avec des tribuns, avant de faire assassiner son cousin Massiva, potentiel rival choisi par Spurius Postumius Albinus alors consul pour remplacer Jugurtha. Fin , Jugurtha défait le légat Aulus Postumius Albinus, par ruse, selon les chroniques romaines. Il demande alors au Sénat d'être reconnu souverain de Numidie, ce que celui-ci refuse. Les Numides et les Romains dirigés par Metellus élu consul se rencontrent à la bataille du Muthul en -109, les Romains subissent de très lourdes pertes. Ils décident dès lors de changer de stratégie, et de s'attaquer aux cités, forçant les Numides à pratiquer une sorte de guérilla, cependant, Metellus est battu lors de la bataille de Zama, en , et doit se replier sur Carthage.