Un bureau-gare était, dans l'organisation des Postes, télégraphes et téléphones (PTT) en France, un établissement postal situé au sein de l'emprise d'une gare ferroviaire. À Paris, dans chaque gare tête de réseau de chemin de fer un bureau gare postal était implanté, lieu géographique d'où partaient les divers services ambulants rattachés à une Ligne de la Direction des services ambulants (DSA). Les bureaux-gares parisiens relevaient de la compétence de cette direction administrative. Dans l'organisation actuelle de la Poste, un bureau-gare est une survivance du passé et il n'a plus aucune fonction d'échange par le réseau ferré. La plupart des bureaux-gares ont été fermés à partir de 1990.
Aperçu historique
Création
En 1854, le Conseil des PostesRèglement adopté le 30 juin 1854, approuvé par le ministre le 8 août 1854, cité par Pierre Lux : La poste ferroviaire de ses débuts ) 1870, tome 2, Académie de philatélie, Paris, 1992. Le ministre dont il s'agit est celui des finances, dont relève la Poste. Il est nécessaire de rappeler que jusqu'en 1872, le télégraphe relève du ministère de l'Intérieur, et que les « Postes et Télégraphes » sont créés en tant qu'administration en 1979. crée dans chaque gare principale des chemins de fer un bureau de poste dont la vocation unique est la réception des envois destinés ou en provenance des bureaux ambulants circulant sur la ligne desservant cette gare. Cette création officielle, près de 10 ans après celle des services ambulants postaux vise à résoudre un problème de gestion de l'espace pour effectuer toute la manutention postale. Cependant ce n'est qu'en 1857 que les Compagnies de chemin de fer, aux points extrêmes de chaque ligne et dans les gares intermédiaires désignées par la Poste, sont tenues d'attribuer un emplacement où l'Administration postale puisse bâtir un bureau, un hangar ou un entrepôtCahiers des charges approuvé par décision du ministre des Finances le 30 juillet 1857.. C'est en ce lieu que se fait l'échange des envois entre le bureau ambulant et le maillage des bureaux de Poste qui recueille le courrier ou le distribue. La création des bureaux-gares ne dépend que de la capacité du service ambulant à absorber le trafic du département concerné.
En 1900, sont recensésPierre Lux, La poste ferroviaire de 1871 à 1914, p. 30 15 bureaux-gares (hors ceux de Paris) : Ligne du Nord : Creil, Douai, Lille Ligne de l'Est : Langres, Nancy Ligne de Lyon (PLM et Bourbonnais) : Dijon, Mâcon, Lyon-Perrache, Nevers, Moulins Ligne du Sud-Ouest : Tours, Vierzon, Poitiers Ligne de l'Ouest : Le Mans Ligne du Nord-Ouest : Rouen.
D'importances inégales, une dizaine d'autres sont ouverts jusqu'en 1913 : Amiens et Busigny (Ligne du Nord), Laon (Est), Marseille-Saint-Charles (Ligne de la Méditerranée), Saint-Germain-des-Fossés (Lyon), Orléans et Brive (Sud-Ouest), Toulouse et Bordeaux-Saint-Jean (Ligne des Pyrénées), Mantes (Ligne du Nord-Ouest). L'évolution ultérieure tend à un établissement de tri par département, cet établissement pouvant être un bureau-gare, une recette principale ou un centre de tri postalEn fait moins il y eut toujours moins d'un bureau-gare par département. Ainsi le courrier du département de l'Ardèche était trié soit par le service ambulant Paris-à-Valence, soit à Valence-gare. Cf Manuel d'enseignement professionnel, service postal, tome 1, législation, catégories, dépôt, acheminement, Postes et Télécommunications, édition 1972, p. 272. et en règle générale ce bureau se trouvait situé dans la ville principale de ce département. Mais les exceptions sont nombreuses et en ce domaine l'organisation des PTT n'avait pas la rigidité de l'organisation administrative du territoire. Ainsi, pour exemple, le bureau-gare traitant le courrier du département de l'Yonne était à Laroche-Migennes et non pas à AuxerreIbidem, p. 248. Le rôle du « bureau-gare » ne se limite pas aux transbordements des dépêches postales et à leur entreposage. La Poste implante, progressivement, dans l'espace ferroviaire public que constitue la gare, des boîtes aux lettres dites « supplémentaires » où le voyageur peut déposer son courrier. Le relevage de ces boîtes, l'oblitératon des objets, la ventilation de ceux-ci posaient questions également. D'abord assuré par le personnel du wagon-posteLe wagon lui-même dispose d'une boîte, ce travail s'autonomise dans le bureau-gare ainsi crééL'étude de la création des bureaux-gares est fragmentée et lacunaire. L'ouvrage consacré à l'histoire des ambulants postaux, L'époque héroïque des bureaux de Poste ambulants, cité en source, privilégie l'étude des ambulants travaillant dans les wagons-postes et l'organisation des Lignes sur celle des bureaux-gares et des personnels y travaillant. Les jalons sur la création de ceux-ci sont observés par … les historiens philatélistes par le biais des cachets d'oblitérations..
Évolution
En premier lieu plate-forme d'échanges des dépêches postales, centralisant tous les sacs de courrier sortant d'un département et réceptionnant la majeure partie de ce qui y entrait, les bureaux gares deviennent des centres de tri postal, préparant le tri des ambulants en pratiquant un tri en deux phases : par secteurs géographiques, puis en affinant celui-ci par un tri par départements et principales villes. Les personnels travaillent sur des rythmes de « brigades » soit en jour (brigades A ou B) soit en nuit (brigades C et D), selon la même périodicité que les ambulants. En matinée le tri était effectué pour certaines liaisons ferroviaires circulant le jour et pour permettre au courrier trié le matin d'être distribué l'après-midi tant que la Poste assura deux, voire trois distributions journalières. Mais le principal de l'activité se situait en soirée nécessitant une brigade dite « demi-nuit » ou 17-24, car travaillant grosso modo sur cette plage horaire pour renforcer les services de « jour » et ceux de « nuit ». Parmi les bureaux-gares les plus importants, il faut citer, Lyon-gare, qui assurait aussi certains envois vers l'étranger, tout comme Marseille-gare, celui-ci avec l'Afrique du Nord, Bordeaux gare, tête de ligne des ambulants des Pyrénées. La liste peut énumérer plus de 80 bureaux-gares, Paris compris, dont certains sont des monuments du patrimoine architectural, tel celui de Nancy-gare, ou encore celui de Paris tri-Montparnasse construit en 1965, pour les PTT par l'architecte Louis Arretche, et que le destin des restructurations de La Poste a fait vendre à la SNCF au début des années 1990. Cette entreprise y a installé depuis son siège socialLa photo du Centre de tri postal de Paris-gare-Montparnasse illustre (p. 37) le numéro 184-1992 de la revue Monuments historiques dédié aux Postes. Le bâtiment, situé place de Catalogne et le long de la rue du Commandant-René-Mouchotte, a appartenu aux PTT puis à la Poste jusqu'en 2001. Ceux-ci y installaient en 1973 un des premiers centre de tri automatisé de France. L'opération immobilière est décrite dans la revue Infos de la Direction de l'Immobilier de la Poste, n° 5, septembre 2000, pages 2-4..
Les bureaux-gares de province eurent le même destin que ceux de Paris et celui des services ambulants. Le tri postal manuel ne pouvait répondre aux volumes de courrier à traiter. Un plan de mécanisation est élaboré par la Poste au début des années 1970. À terme l'automatisation du tri du courrier et l'utilisation de l'Aviation postale fait disparaître la nécessité du recours au chemin de fer sur l'ensemble du territoire français à l'exception de l'utilisation depuis 1982 de rames d'un TGV postal entre Paris, Mâcon, Lyon, Avignon et Marseille, pour un transport rapide du courrier entre les capitales régionales du Sud-est français et la capitale du pays. Quant aux centres de tri implantés dans les gares, certains d'entre eux deviennent des centres de traitement du courrier automatisés. Mais de multiples facteurs interviennent pour expliquer la fermeture de la plupart : l'obsolescence des locaux, le prix des locations, les difficultés de la circulation des camions dans les centres-villes où la plupart des gares se trouvaient, et pour finir, la concentration des moyens de tri automatique à un niveau géographique, supérieur à un seul département.
Les plates-formes industrielles de traitement du courrier
Cette étape « industrielle » est encore en cours, dans un vaste plan pluri-annuel d'investissement, commencé avec succès bien avant… l'autonomie financière invoquée par les actuels responsables de la Poste pour changer le statut de l'entreprise publique en 2010. À ce sujet il est à remarquer que depuis la création de l'Administration des Postes-et-télégraphes, en 1879, les responsables de celle-ci, ont fréquemment initié des changements qui ont permis que cela fonctionne « comme une lettre à la poste ». En ce sens, la montée en charge aux débuts du du réseau ambulants/bureaux-gares/liaisons locales, mobilisé pour assurer en un laps de temps théorique tres strict (moins de 24 heures) la desserte des usagers d'un territoire vaste et d'une densité relativement faible, puis la maîtrise du réseau d'acheminement postal, utilisant d'énormes moyens en locaux, matériels et en hommes et femmes, tout cela ne peut-il pas être considéré déjà comme un démarche industrielle, sans en avoir eu le nom ? et quel que soit le statut juridique de l'entreprise. Les divers plans d'investissement dans la branche Courrier, depuis 1970 qui permettent par effet de massification des volumes la rentabilité des investissements en machines de tri de plus en plus performantes ont montré la faisabilité des évolutions de l'entreprise publique. En sera-t-il de même les prochaines années, telle devrait être une des interrogations majeures au seuil d'un nouveau changement ?
Particularité parisienne
De 1900 à 1980, l'âge d'or des bureaux-gares
Le tri du courrier « banlieue »
Les bureaux-gares implantés à Paris sont situés dans le même lieu que les services administratifs des Directions de « ligne » et partagent leur espace avec les divers services ambulants. En effet, ceux-ci trient « en gare » une partie du courrier, les trains auxquels sont rattachés les bureaux ambulants ne partant majoritairement qu'après 22 heures. De plus les services « sédentaires » des ambulants, en particulier ceux des agents pas encore nommés ou « embrigadés », travaillent soit à quai, avec leurs collègues, soit en salle de tri en renforçant les effectifs des bureaux-gares. À partir des années 1960, sont rattachés aux bureaux-gares des centres qui ne sont pas installés dans une ...gare. C'est ainsi que le centre de tri Paris-Brune, ouvert en 1962, fermé en 1986, ne travaillait qu'avec des liaisons routières, tout en ayant les mêmes rythmes de travail, et relevant de la Direction des services ambulants.
La fonction « tri » des bureaux-gares parisiens est repérable dès 1864Pierre Lux, op. cit. à Paris - gare de Lyon, puis en 1865 à « Paris-Sud-ouest », renommé « Paris - Gare d'Orléans » (plus tard gare d'Austerlitz). Dès avant 1900Jean Duran, Rémy Plagne, L'époque héroïque des bureaux de poste ambulants, Comité d'Entraide PTT de la Ligne de l'Ouest, Paris, 1993, p. 84 : loi du 22 juillet 1898., les services de tri de la Recette principale de Paris, rue du Louvre, où le courrier « banlieue » était jusqu'alors trié, détachent des personnels dans les bureaux-gares pour décongestionner des locaux pourtant récents. 8 bureaux deviennent centralisateurs du trafic partant ou arrivant de la banlieue parisienne (département de la Seine) : Paris-gare-du-Nord Paris-gare-de-l'Est Paris-Bastille Paris-gare-de-Lyon Paris-gare-d'Orléans Paris-gare-Montparnasse Paris-Luxembourg Paris-gare-Saint-Lazare