Les derniers jours d'Adolf Hitler se déroulèrent à Berlin, au Führerbunker, où le dictateur avait pris ses quartiers le . Totalement coupé de la réalité, oscillant entre l'espoir chimérique d'une victoire sur l'Armée rouge et des pulsions autodestructrices, il assista, impuissant, à la prise de la capitale par les forces soviétiques et à la trahison de certains de ses proches, avant de décider de mettre fin à ses jours pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi. La cause généralement acceptée de la mort d'Adolf Hitler, le , est le suicide par balle, son épouse Eva Braun s'étant empoisonnée à l'acide cyanhydrique. Les circonstances exactes du suicide du Führer, l'identification et le sort réservé à sa dépouille restent cependant controversés.
right|thumb|alt=Fac-similé de la couverture du journal The Stars and Stripes, du annonçant le décès d'Adolf Hitler|Couverture du journal The Stars and Stripes, du annonçant le décès d'Adolf Hitler.
Derniers jours : du 16 au 28 avril 1945 Espoir et illusions thumb|upright=1.3|alt=plan en couleurs du Führerbunker reprenant la pièce dans laquelle il s'est sucidé|Un plan du Führerbunker ; la pièce est le salon de Hitler, où il s'est suicidé.
Adolf Hitler quitte le un de ses quartiers généraux, l'Ce toponyme d', signifiant a également été utilisé à Kehlsteinhaus et au Berghof. (le « nid de l'aigle »), à Ziegenberg près de Francfort-sur-le-Main, dans l'ouest de l'Allemagne d'où il a supervisé les deux offensives allemandes sur le front de l'Ouest, qui échouèrent, l'offensive des Ardennes et l'opération Nordwind en Alsace et Lorraine. Il s'installe le soir même au Führerbunker de Berlin. À cette époque, il est physiquement diminué, de plus en plus négligé dans sa tenue vestimentaire, souffrant d'un affaiblissement de la mémoire, d'une totale incapacité à se concentrer et de fréquentes absences. C'est là qu'il apprend le déclenchement de la phase finale de l'offensive soviétique sur Berlin, le Pour les aspects purement militaires de cette phase de la Bataille de Berlin, voir .. Le lendemain, lors de la conférence de situation quotidienne, il affirme que , suscitant le scepticisme de son entourage.
Le au soir, Hitler semble hésiter entre deux options : rester à Berlin ou se rendre dans l'Obersalzberg pour prendre personnellement le commandement de la zone Sud. D'après Joachim Fest, c'est Joseph Goebbels, ministre de la propagande, qui le convainc de rester dans la capitale, seul endroit où .
Jour d'anniversaire Le , sur le coup de minuitCette heure tardive correspond à l'horaire habituel de Hitler, qui se lève généralement vers midi et passe sa journée en conférences et en entretiens, entrecoupés par des repas tardifs et une sieste dans la soirée ; après une dernière réunion entre deux et trois heures du matin, il se couche vers cinq heures, cf ., et malgré les instructions données par Hitler, qui ne souhaite recevoir personne, les membres de son entourage présents dans le bunker viennent le féliciter pour son cinquante-sixième anniversaire, ne suscitant aucune réaction du Führer, qui, , leur tend et les écoute ; ces vœux sont suivis, en début de matinée, par ceux des chefs militaires venus pour la première réunion de la journée. Hitler va se coucher vers neuf heures et demande qu'on le réveille à quatorze heuresCette version n'est pas partagée par Joachim Fest, selon lequel Hitler , au fur et à mesure de laquelle , cf ..
En début d'après-midi, Hitler remonte dans les jardins de la Chancellerie, dévastés par les bombardements, afin de passer en revue diverses unités participant à la défense de Berlin, dont des membres des Jeunesses hitlériennes, certains étant décorés de la Croix de fer à cette occasion. .
La conférence de situation de l'après-midi regroupe notamment le Reichsmarschall Hermann Göring, chef de la Luftwaffe, Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, l'amiral Karl Dönitz, chef de la Kriegsmarine, Ernst Kaltenbrunner, chef du RSHA, Albert Speer, ministre des Armements et de la Production de guerre, Wilhelm Keitel, chef de l'OKW (le haut commandement militaire allemand), Alfred Jodl, chef des opérations de l'OKW et Hans Krebs, chef d'état-major général de l'armée de terre ; Hitler leur annonce . Il fait des adieux pleins d'affection à Dönitz, chargé d'organiser la résistance dans le Nord de l'Allemagne, mais traite Göring, , de manière particulièrement distante, voire glaciale ; il lui accorde toutefois la permission de gagner l'Obersalzberg. Sous des prétextes divers, Himmler, Ribbentrop, Kaltenbrunner et de nombreux autres quittent les lieux, suscitant d'après son aide de camp, Julius Schaub, la déception du Führer, envers De plus en plus éloigné de la réalité de la situation militaire et de l'état des forces en présence, Hitler ordonne au chef d'état-major général Krebs de faire lancer une contre-offensive à l'ouest de Berlin, action qui doit être menée par les et blindées, dépourvues de tout moyen offensif sérieux.
En début de soirée, il va se coucher plus tôt que d'habitude, alors que sa maîtresse, Eva Braun, organise, dans les salons de la Chancellerie, une soirée dansante avec buffet, champagne et musique, le gramophone jouant le seul disque disponible, Les Roses rouges te rendent heureux.
Offensives chimériques Le , vers , le centre de Berlin est l'objet d'intenses tirs de l'artillerie lourde soviétique, ce qui ébranle Hitler qui s'étonne que les Russes soient déjà si près ; il reste incrédule lorsque le général Karl Koller, chef d'état-major de la Luftwaffe, lui apprend lors d'un entretien téléphonique que la batterie soviétique n'est qu'à douze kilomètres du centre-ville. Dans la nuit, c'est au SS-Obergruppenführer Felix Steiner, lui aussi dépourvu de toute capacité offensive, que le Führer enjoint de faire mouvement pour libérer Berlin de l'étau de l'Armée rouge, en précisant à Steiner qu'il répond de l'exécution de cet ordre sur sa tête.
Le , il apprend le refus de Steiner d'exécuter ses ordres et entre dans une crise de colère larmoyante, au cours de laquelle il déclare que la guerre est perdue et blâme les générauxPour le colonel Ulrich de Maizière, témoin de la scène, l'attitude de Hitler provient de , ce qui pourrait expliquer, selon Antony Beevor pourquoi il estimait que la population de Berlin devait l'accompagner dans son suicide, cf .. . Selon Keitel et Jodl, avec lesquels le Führer s'est isolé, Hitler leur déclare : et annonce clairement sa volonté de se suicider.
thumb|right|alt=Photographie en noir et blanc de Joseph Goebbels avec son épouse et leurs enfants en 1944|La famille Goebbels, le .
Appelé pour calmer le Führer et le convaincre de se réfugier à Berchtesgaden dans les Alpes bavaroises, Joseph Goebbels annonce simplement que Hitler lui a demandé de venir s'installer à la Chancellerie avec sa famille. Revigoré par sa rencontre avec son ministre de la Propagande, ou, selon l'aide de camp de Hans Krebs, von Loringhoven, par les propos de Martin Bormann, chef de la chancellerie du Parti nazi, qui prend la défense des militaires et affirme que tout espoir n'est pas perdu, Hitler ordonne une nouvelle contre-offensive. Elle doit être lancée par les et , sous le commandement direct de KeitelLa défiance de Hitler envers ses généraux est telle qu'il fait diffuser par la radio ses instructions à la , le fait de rendre publics des ordres militaires en plein milieu d'une bataille constituant une première dans l'histoire, cf . ; après s'être restauré, celui-ci quitte le bunker pour rejoindre le quartier-général de Walther Wenck, commandant de la , pendant que Jodl part vers le nouveau siège de l'OKW, au nord de Potsdam.
Alors que la discipline a cessé d'exister et que l'alcool coule à flotsRochus Misch, garde du corps et estafette d'Hitler, est le seul à remettre en cause cette situation d'indiscipline dans le Bunker ; ses mémoires sont toutefois à prendre avec précaution, comme le précise dans la préface le journaliste du Monde, Nicolas Bourcier, cf ., , Magda Goebbels rejoint le bunker avec ses six enfants ; cette arrivée offre un contraste frappant avec la dissipation ambiante, tout en étant le reflet du même désespoir ; averti de la décision des époux Goebbels de tuer leurs enfants avant de se suicider, Hitler offre à Magda son insigne d'or du Parti nazi. Dans le courant de l'après-midi, Hitler se retire dans son salon avec Eva Braun et y convoque ses deux secrétaires Gerda Christian et Traudl Junge, sa diététicienne Constanze Manziarly et la secrétaire de Martin Bormann, Else Krüger ; il leur demande de quitter Berlin pour le Berghof en Bavière, ce qu'elles refusent, et leur offre des capsules de cyanure. Lorsque Eva Braun lui déclare qu'elle restera à ses côtés, il l'attire à lui et l'embrasse sur la bouche, à la stupéfaction générale. Le soir de ce , Hitler détruit ses archives personnelles du bunkerToutes les archives personnelles d'Hitler ne sont pas détruites, comme celles acquises par le collectionneur privé Bruno Ledoux en 2013. Cf. . et charge son aide de camp Julius Schaub de détruire toutes ses affaires personnellesDès 1944, les principaux fonds d'archives allemands, qui se trouvent alors à Berlin et à Potsdam, sont évacués par les autorités allemandes vers diverses destinations de province, afin d'échapper à la destruction par bombardements. L'ordre donné par Hitler concerne aussi ces archives mais dans la débâcle de l'Allemagne, il n'est pas exécuté, si bien qu'elles sont tombées entre les mains des troupes alliées, pour une part entre les mains des troupes américaines et anglaises, pour une part entre les mains de l'armée soviétique, selon leurs lieux de stockage. Cf. . dans son appartement de Munich et sa résidence du Berghof..
thumb|left|alt=Photographie en noir et blanc de Hitler, assis au centre de l'image, entouré d'officiers supérieurs au quartier général du groupe d'armées Vistule en mars 1945| Hitler au quartier général du groupe d'armées Vistule en .
Le déroulement de la journée du témoigne de la perte grandissante du sens des réalités du Führer, qui Lorsqu'il apprend, dans la matinée, que le général Helmuth Weidling a ordonné aux unités du LVI Panzerkorps de la de faire retraite, il lui fait annoncer qu'il est condamné à mort ; mais, lorsque celui-ci se présente devant lui, il le nomme commandant de la zone de défense de BerlinJoachim Fest situe cet épisode dans la journée du , cf .. Dans l'après-midi, vers quinze heures, il reçoit Keitel qui lui fait rapport de la situation de la , ce qui lui .
En fin de journéeAntony Beevor situe cet épisode au lendemain, les circonstances étant les mêmes selon les deux auteurs, cf ., Albert Speer rejoint le bunker, où il observe un certain relâchement de la discipline : . Ce relâchement est confirmé par Traudl Junge : . Lors de son entretien avec Hitler et contrairement aux souhaits de Bormann, il approuve sa décision de rester à Berlin, plutôt que de se réfugier à Berchtesgaden . Hitler lui fait part de son projet de suicide et de la volonté d'Eva Braun de mourir avec lui. Peu après Speer, Hitler reçoit Joachim von Ribbentrop, qu'il congédie avec froideur.
Santé physique Hitler se révèle très affaibli durant les derniers jours passés au bunker. Il souffre depuis plusieurs années déjà de la maladie de Parkinson, de troubles gastriques et d'insomnies chroniques. Vient s'ajouter à cela une paranoïa grandissante.. Un officier d'état-major présent au bunker durant le mois d' donne une description précise de l'apparence du Führer :
Faisant de plus en plus souvent preuve d'apathie et d'indifférence, Hitler manifeste également une appétence inhabituelle pour les sucreries et gâteaux en tout genre qu'il se met à consommer en grande quantité.. Preuve d'un laisser-aller, ses vêtements sont de plus en plus fréquemment recouverts de taches de nourriture. Ses propos deviennent confus et témoignent d'une forte perte de lucidité face aux évènements..
Trahisons Göring