Les Percherons sont les habitants du Perche, une région naturelle de France. Historiquement, ils sont également les habitants de la province du Perche, qui a disparu en 1790 et dont le territoire ne correspond pas exactement à celui de la région naturelle. La population percheronne représente une part du peuple français.
Ethnonymie L'ethnonyme Percherons apparaît sous sa graphie actuelle au minimum dès 1541Robert Gaguin et Étienne de Laigue, Les commentaires et briefves descriptions de Iules Cesar, sur le faict des batailles & conquestes de Gaule, Paris, 1541..
Anthropologie et ethnologie Aux environs du , les Ésuviens, Carnutes et Durocasses se partagent le Perche.
En 1611, René Courtin fait la description suivante : les Percherons pensent plus qu'ils ne disent. Il faut reconnaitre que la plupart sont paresseux, appesantis par la douceur et la commodité du pays auquel il s'attachent, faisant valoir chacun sa petite closerie ou métairie, sans pousser leur fortune plus outre et cela tellement que c'est passé en proverbe.
Vers 1793, on soigne mieux la vache ou la jument que la femme ou la fille. Si l'une des deux bêtes est malade, on va vite chercher le vétérinaire et les remèdes. Si la femme ou la fille est alitée, on dit alors : « j'espère » (pour « je crois ») « qu'elle en mourra » et on laisse la pauvre « créature »« créature » est un mot utilisé jusqu'au par les Percherons pour désigner une personne de sexe féminin, sachant qu'ils considèrent celle-ci comme étant inférieure à l'homme ( Dureau, Description du Bocage percheron). se débattre avec son pot de cidre et sa fièvre ou sa pleurésie.
En 1823, d'après Adolphe Dureau de la Malle, les habitants du Perche vivent en général comme tous ceux des pays de bocage, dans des maisons isolées au milieu de leurs champs, de leurs prés, de leurs bois, et toujours à côté de leurs cultures. Les villes sont assez éloignées et peu considérables à cette époque, les bourgs sont plus nombreux, sachant que dans ceux-ci, les maisons sont souvent isolées. Aussi les mœurs, les usages et la langue des campagnards, restent presque immuables depuis plusieurs siècles. La fréquentation des habitants des villes ne polit ni n'use leur langage, leurs manières et leurs habitudes. Dans cette région, les vieilles mœurs s'y conservent, par exemple le dicton : « Du côté de la barbe est la toute-puissance » garde encore toute sa vertu dans les années 1820. Une fois par semaine, ils vont porter leurs denrées à la ville voisine, où leur voix haute et brusque, leur patois rude, leur immobilité dans la foule, leurs vêtements gris et leurs longs cheveux sans poudre, leur ont valu le sobriquet de « sangliers ». Un cultivateur sait ordinairement faire un peu de tout à cette époque. Il est souvent maréchal, charron, charpentier, tonnelier, tisserand, laboureur et marchand de bestiaux tout ensemble. Le blé, le seigle, l'orge, l'avoine, le foin, le trèfle, les pois, les vesces, les racines, le chanvre et le lin, les pommes, les poires, les taillis, l'éducation des bœufs, des moutons, des cochons, des chevaux, leur amélioration, celle des oies et des volailles, occupent toute l'année le ménage champêtre et se trouvent souvent réunis dans une ferme de ou de d'étendue.
La fermière, qu'on appelle la « maîtresse » et qui nomme son mari son « maître », quelque lasse qu'elle soit, ne s'assied jamais à table avec ses domestiques mâles. Elle leur fait la cuisine, les sert et mange debout, ainsi que toutes les femmes ou filles sans exception. Le maître est à table avec eux et mange à la gamelle. Si la fermière accouche, on demande : « Est-ce un gars ? ». Quand le contraire arrive, on dit : « Ouen, ce n'est qu'une créature » (une fille). En effet, un homme a ici quatre ou cinq fois autant de valeur qu'une femme à cette époque. Telle forte et robuste servante, propre à tous les gros ouvrages, ne gagne que et sa nourriture par an, tandis qu'un laboureur est payé de 150 à 200 francs pour l'année. D'autre part, l'hospitalité et la charité, sont exercées par les campagnards dans toute leur étendue en 1823. À cette époque les mœurs sont assez pures dans les campagnes et surtout dans l'aristocratie du Bocage, car il y a des rangs marqués, une vraie noblesse parmi ces paysans. La noblesse est le corps des fermiers, des propriétaires demeurant aux champs, cultivant les propriétés d'autrui ou leurs propres héritages. Cette classe se distingue généralement par des mœurs plus pures et plus sévères, plus d'intelligence, d'assurance et de fierté, plus de droiture, d'obligeance et d'hospitalité. Elle regarde comme au-dessous d'elle les marchands, les ouvriers, ou manufacturiers des villes ou des bourgs, s'ils ne sont pas propriétaires fonciers.
Les habitants des bourgs (et des villes surtout) n'ont pas des mœurs tout à fait aussi pures et c'est peut-être un des motifs qui, joint à l'espèce d'oisiveté où les paysans les voient livrés, leur inspire, pour les bourgeois et pour les citadins, une sorte de mépris. Cependant, avec cette pureté de mœurs et cette régularité dans la conduite, il y a une très grande liberté dans les discours et une très grande crudité dans l'expression. Toutes les choses s'y nomment par leur nom propre, on y appelle un chat un chat. Les femmes et les filles sont chargées de l'accouplement des bestiaux et de la castration des volailles, elles rient des plaisanteries des hommes et des garçons, en font elles-mêmes de fort vives et n'en sont pas ou n'en restent pas moins sages. Les chansons licencieuses, grossières et même obscènes, se chantent à la veillée et sont accueillies d'un gros rire franc par les plus honnêtes filles. Les anecdotes scandaleuses et les accidents de cocuage sont contés en patois, ils sont reçus avec délices par l'auditoire. C'est un homme qui raconte et le héros de l'aventure est ordinairement un bourgeois, un citadin, un marchand de ville ou surtout un huissier qu'ils appellent un « sergent » ou un « grenier à coups de bâton ». Sous ce point de vue, les filles et les femmes du bocage retracent trait pour trait la fameuse Marguerite de Navarre contant et écrivant les nouvelles les plus graveleuses et menant avec les propos les plus libres, la conduite la plus chaste, la plus religieuse et la plus régulière. Les campagnards aiment par ailleurs les calembours, les allusions et les métaphores.
Les mœurs des campagnards ont peu changé en 1823. La Révolution a passé sur eux comme un torrent : ils n'ont vu que des changements de propriété, des enlèvements de leurs enfantsIls appelaient l'empereur « l'empireur », parce qu'il prenait tous les garçons et faisait empirer l'agriculture., des persécutions de leurs prêtres. La suppression de la dîme les a flattés, cependant les propriétaires en ont joui seuls, les fermiers paient toutes les contributions venues ou à venir en remplacement de la dime et de la taille. À cette époque, les baux sont encore très longs, de seize ou de douze ans. Adolphe Dureau de la Malle avait dans sa terre deux exemples de fermes occupées depuis deux cents ans par la même famille et pendant ce temps la propriété est passée dans cinq à six mains différentes. Aussi se regardent-ils comme propriétaires usufruitiers. On les désigne par le nom de leur ferme : l'homme de Pinceloup, l'homme du Breuil, l'homme d'Arcisse, etc. L'origine des noms de terre, au onzième siècle, vient d'une cause semblable. Dans la classe des campagnards, les crimes sont presque inconnus, les délits rares et même les procès peu communs. Il n'y a guère de contestations que pour des empiètements, des droits de passage et d'irrigation, encore sont-elles plus rares que dans les autres régions de France. Tous les champs sont enclos de haies et des bornes divisent les héritages limitrophes. Comme ils n'entendent rien aux lois, les partages dans les successions amènent quelquefois des procès. Cependant Dureau de la Malle a vu des enfants de plusieurs lits partager une succession mobilière et immobilière, de valeurs très variables et très difficiles à apprécier sans notaire, sans écrit et sans le moindre différent. Les Percherons savent très bien ce que coûte la justice et ils aiment mieux mettre les frais en engrais sur leurs champs que dans la poche des gens de loi.
Jours de marché Un fermier va, les jours du marché, porter ses denrées à la ville. La fermière vend les œufs, le beurre et les volailles, c'est de son « guermant » (de son ressort). Ils débitent leurs denrées et ne parlent aux bourgeois que pour convenir du prix, les communications avec les citadins sont presque nulles. Le cheval est mis à l'auberge où on paie deux sous pour son « plaçage ». À deux heures, le mari prend sa femme en croupe et ils reviennent souvent dîner chez eux sans avoir bu ni mangé à l'auberge et sans avoir entamé le profit de leur travail. L'ordre et l'économie, base principale de toute bonne agriculture ainsi que les vertus essentielles à un cultivateur, sont portées à un haut degré dans cette contrée.
Chansons et danse Les chansons de la moisson ou du mois d'août évoquent les repas que la maîtresse prépare aux « aouterons » (les moissonneurs), l'accident d'une fille qui a suivi un homme de guerre qui a quitté le pays et qui a « cassé son sabot » (perdu sa virginité), ou encore l'histoire d'une pauvrette qui est tombée dans une rivière ou dans un fossé : des gars passent, elle leur offre cent écus pour la retirer, les gars lui demandent son pucelage, elle aime mieux rester dans la rivière. Ce trait de vertu est aussi unanimement applaudi qu'ils rient de bon cœur des expressions graveleuses dont la chanson est ornée. Ces chansons se chantent en chœur, tous les ans, seulement dans la moisson et se conservent depuis un temps immémorial.
Dans beaucoup de gros bourgs, il était d'usage jusque dans la seconde moitié du , de danser dès la matinée du dimanche. Les garçons et les filles de ferme venaient des hameaux voisins et cela en toute saison pour assister à la messe de six heures. L'office terminé, ils se rendaient sur une place ou dans une grange, dansaient quelques danses, buvaient « une goutte », mangeaient un « carquelin » (crequelin, petite galette), puis retournaient à la ferme afin que les maitres puissent à leur tour se rendre à la grande messe de dix heures.
Superstitions Les superstitions populaires, les croyances aux revenants, aux esprits, aux follets et aux loups-garous, étaient plus communes et plus fortes chez les habitants en 1793 par rapport à 1823. La raison évidente, selon Dureau, est qu'ils faisaient moins de commerce, marchaient moins la nuit et se familiarisaient moins avec les objets de leurs terreurs qu'ils ne le font en 1823. Les femmes ne sortent jamais la nuit, surtout seules. Les feux des marais, les bois phosphoriques, les souches bizarres et les charognes éclairées par ces lueurs, ont fait naître et perpétuent parmi elles les croyances de fallots, de bêtes et de loups-garous. Les meuniers et les marchands de bestiaux qui voyagent la nuit en sont exempts, par contre les autres doivent encore y être soumis longtemps.
Amants et chasteté C'est un phénomène qu'une fille de fermier ait eu un amant déclaré, ou qu'elle fasse un enfant avant le mariage, leur exemple influe sur la classe des servantes. La chasteté est, pour les filles ou femmes de fermiers, ce qu'était le point d'honneur pour les gentilshommes. L'usage a établi des lois sévères qui contribuent à la maintenir car, si une servante de ferme a un amant et est surprise ou devient grosse, elle est tout de suite chassée sans pitié. Il s'ensuit qu'elle ne peut se placer nulle part et ne peut plus se marier à personne. Si le séducteur, qui n'est pas soumis aux mêmes peines, ne veut pas l'épouser, elle est obligée de nourrir son enfant et d'aller mendier hors du canton pour soutenir son existence. Lorsque l'accident arrive à une fille de fermier, toute la famille se regarde déshonorée et porte le deuil pendant deux ans.
Langage et enseignement