Le terme « danses classiques de l'Inde » englobe plusieurs danses indiennes considérées comme classiques. Le nombre de danses correspondantes peut varier selon les définitions. La classification la plus utilisée est celle de la (Académie nationale de la musique, du théâtre et de la danse en Inde), qui compte huit danses classiques indiennes : le Bharata natyam, le Kathak, le Kathakali, l'Odissi, le Mohiniattam, le Kuchipudi, le Manipuri, et le Sattriya. Le ministère de la culture indien prend également en compte la danse Chhau comme une danse classique indienne.
La caractérisation d'une danse comme danse classique peut venir du fait que les principes de cette danse sont décrits par le traité Nâtya-shâstra, et qu'il s'agit d'une danse rigoureusement codifiée qui ne laisse que très peu à l'interprétation personnelle de l'artiste et dont l'apprentissage est long<ref>Louis Frédéric : La danse sacrée de l'Inde, 2010, Éd. Chariot d'or; </ref>. Cependant, ces différentes danses sont aussi la représentation d'un style régional et donc une incarnation de la culture d'une région indienne ou d'une autre. La volonté de classer certaines danses comme « classiques » documentée comme motivée par une logique nationaliste, surtout dans les années qui suivent l'indépendance, le terme classique permettant de relier les éléments contemporain de culture indienne avec une tradition millénaire et spirituelle.
Histoire Tradition historique et religieuse vignette|redresse|Sculpture de danseurs et musiciens, fenêtre occidentale du jagamohan (salle de prières), temple de Parashurameshvara, Bhubaneshwar (Orissa, Inde). .
Depuis l'origine, la danse indienne est essentiellement un acte religieux, propitiatoire. Selon la tradition, la danse a été inventée par le dieu Shiva et son épouse Parvati. Shiva est lui-même représenté comme le roi dansant (Nataraja) qui invente le tandavam, une danse cosmique prototype des danses masculines. Parvati invente le lasya, une danse qui symbolise les émotions de l'amour, modèle des danses fémininesJacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, ..
Revival et classicisation au cours du
L'Inde a réalisé au cours du un « renouveau culturel », notamment dans les années menant à l'indépendance, et les années suivant son indépendance. La catégorisation, standardisation et revalorisation de certaines danses dites classiques, notamment en recherchant et établissant volontairement un lien avec des textes anciens comme le Natyashastra, a permis dès les années 1930 puis après la décolonisation de représenter une culture indienne élitiste, intellectuelle et institutionnalisée.
Pour certains chercheurs, il s’agit d’une véritable « invention de la tradition » pendant la décolonisation, avec un discours officiel insistant sur la qualité ancestrale, pure et historique des danses indiennes dites classiques. Certaines danses dites « classiques , comme le Kathak, ne sont pas issue du Natyashastra et n'ont pas nécessairement d'histoire comme danse religieuse ; ce lien aurait été re-créé au pour donner une identité respectable à la danse, et l'ériger en élément de fierté nationale culturelle et intellectuelle. Ces éléments parfois inventés sur l'origine des danses classiques comme danses de temples, inchangées depuis des siècles, et s'inscrivant dans un lignage spirituel, sont parfois des croyances très profondément ancrés chez les danseurs, et sont notamment promus par les communications culturelles ou touristiques du gouvernement indien.
Évolution et caractère authentique des danses classiques La tradition très ancienne de la danse classique indienne fait qu'elle est souvent perçue comme une danse immuable, qui n'aurait pas été modifiée depuis plusieurs millénaires. L'authenticité de la danse classique indienne est souvent présentée comme une marque de qualité. Pourtant, les styles de danses classiques indiennes ont évolué au cours de l'histoire. Ainsi, par exemple, sous le régime colonial britannique, certaines formes de danse classique indienne ont pu modifier leurs modalités d'exécution. Les danseurs de bharatanatyam ont fait évolué la mise en scène de la danse, passant d'une danse de temple à une danse de représentation. Cependant, bien qu'ayant été modifiée car sortie du temple, la danse était toujours présentée comme une danse religieuse et authentique, s'inscrivant dans une tradition millénaire.
Mondialisation Perception de la danse classique indienne en France La représentation de danse du monde en France commence après 1920, devant l'intérêt du public pour les cultures extra-occidentales à travers les expositions culturelles et coloniales, souvent avec un prisme orientaliste. Jusqu'en 1950, les danses extra-occidentales étaient réunies sous l'appellation générique « danses exotiques ». Les mêmes danseuses pouvait être décrite lors de différents spectacles comme hindoues, orientales, ou javanaises, et l'appellation "danse du ventre" utilisée de manière abusive pour désigner différents type de danses.
L'appréciation des danses indiennes était rendue difficile par l'absence de repères esthétiques claires pour les spectateurs français. Les danses vues étaient parfois comparées à des danses européennes. Dès la fin des années 1920, certains danseurs introduisirent eux-mêmes leurs danses, afin d'aider les spectateurs à apprécier la portée esthétique et symbolique.
La recherche d'authenticité était également un critère central d'évaluation de la qualité de la danse.
Textes fondateurs vignette|redresse|Cérémonie d'Arangetram en Bharatanatyam, une étudiante démontre son respect à sa professeure (Guru).
Les danses classiques indiennes se basent sur plusieurs livres anciens. Le Natya-Shastra est le plus important d'entre eux, écrit il y a environ . D'autres traités ont décrit les danses classiques indiennes, comme l'''Abhinaya Darpana (antérieur au ), ou le Dasarûpaka de Dhananjaya (qui étudie le Natya Shastra), au . À partir du , d'autres traités régionaux écrits en langues vernaculaires étudient la variété des pratiques et des styles locaux (notamment en Andhra, Odisha, Maharashtra, Tamil Nadu).
Malgré l'existence de traités, la transmission orale est part intégrante de l'apprentissage en danse classique indienne, avec une relation très forte entre un maître (appelé guru, nattuvanâr, ou ustad) et un élève.
Concepts centraux Mârga et Desî Le traîté Dararûpaka établit une distinction entre mârga, qui désigne les formes de danses décrites dans le natyashatra, sacrées et dansées pour les dieux, et correspondraient donc à la danse classique, et les danses desî, les différents styles régionaux, dansées pour le plaisir humain.
Tandav et lasya Le terme tandav définit la danse du dieu Shiva, et le terme décrit les compositions dansées avec force, vigueur, et un éventuel accent mis sur la technique musculaire. C'est pourquoi parfois de la danse tandav qu'elle comporte une part masculine ; ce type de danse peut cependant être interprétée par des hommes ou des femmes, indifféremment. Une danse tandav comportant des expressions faciales est appelée Bharupta tandav, tandis qu'une danse n'en comportant est Prekshami tandav.
À l'inverse, lasya est un mode d'interprétation insistant sur la grâce, la délicatesse des mouvements et l'expression des sentiments. C'est une danse plutôt associée au féminin et à Parvati, la compagne de Shiva. Elle peut néanmoins être dansé par des hommes, ou même représenter des personnages masculins, comme Krishna lorsqu'il danse avec les Gopi.
Nritta, nritya et natya Nritta, nritya, et natya sont trois concepts de danse indienne. Nritta désigne la danse « pure », c'est-à-dire la danse comme expression corporelle, composition de mouvements et postures du corps, avec un but uniquement esthétique. Nritya désigne l'expression des sentiments à travers la danse, avec l'utilisation du mime, de la position des mains, et des expressions faciales. Natya désigne la part théâtrale, le récit raconté, de la danse.
Abhinaya vignette|redresse|Danseuse de Bharatanatyam incarne Krishna jouant ; Aharya abhinaya et sattvika abhinaya.
Abhinaya décrit la part narrative et la transmission des sentiments à travers la danse, ainsi que les expressions faciales et gestuelles permettant cette transmission. C'est un concept majeur des danses indiennes classiques. Elle peut être divisée en 4 parties : angika abhinaya : transmission par l'expression corporel ; vachika abhinaya : transmission par la parole, discours et chansons ; aharya abhinaya : transmission par les décors, les costumes, les bijoux, le maquillage et la mise en scène ; sattvika abhinaya : transmission des émotions par l'expression du visage.
Rasa Rasa désigne le plaisir esthétique ressentit par le spectateur. Son appréciation nécessite cependant d'être initié à l'art de la danse, pour comprendre les différents moments et symboles de la danse, mais également d'être dans un état d'esprit apte à recevoir ce plaisir esthétique.
Mudra
Les mudras sont des positions des mains codifiées, ayant à la fois un aspect artistique mais également le rôle de transmettre un sens symbolique à la danse, car permettant d'introduire des éléments narratifs dans la danse, un peu à la manière du mime. Ils ont également un sens religieux.
Tala Le tâla, ou cycle, est l'unité temporelle de référence en musique indienne. L'utilisation de cycle tala est une caractéristique de la danse classique indienne.
Styles vignette|redresse|Danseuses de plusieurs danses classique de l'Inde. De gauche à droite : une femme portant un saree, une danseuse d'Odissi, une danseuse de Bharatanatyam ou Kuchipudi, une femme portant un saree, un danseur de Kathakali, une danseuse de Manipuri, une danseuse de Kathak et une femme portant un saree.
Il existe huit styles de danses définis comme « classiques » par la (académie indienne nationale de danse et de musique), bien que la nomenclature puisse être contestée. Lors de la création de l'académie, en 1958, quatre styles de danses étaient considérés comme classiques : le Bharatanatyam, le Kathak, le Manipuri et le Kathakali. Entre les années 1950 et 1960, le Kuchipudi, l’Odissi et le Mohini Attam furent ajoutés à la classification. En 2000, la danse Sattryia, a été déclarée classique. D'autres danses non considérée comme classique par l'académie tentent d'obtenir cette reconnaissance. Les critères de décision permettant de définir une danse classique ne sont pas formalisés explicitement par l'académie, mais toutes les danses considérées classique sont également considérées comme représentative d'un style régional et donc de la culture d'une région indienne.
Bharata natyam vignette|gauche|upright=0.75|Danseuse de bharatanatyam en position araimandi avec deux hastas, padmam et katakamukham. Ses pieds sont en demi-pointe, ce qui permettra de réaliser une frappe de talons.