Pierre-Louis, comte Roederer, né le à Metz et mort le à Bois-Roussel., est un avocat, journaliste, dramaturge et homme politique français, actif de l'Ancien Régime à la monarchie de Juillet.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages historiques et littérairesNotice d'autorité sur bnf.fr..

Biographie

Sous l’Ancien Régime

Fils de Pierre-Louis Roederer, seigneur d'Écouviez, conseiller du roi et bâtonnier des avocatsÀ partir de 1760, Il fut élu cinq fois bâtonnier des avocats au Parlement de Metz, il s'illustra par sa défense des juifs d'Alsace et de Metz, notamment dans l’affaire Hirtzel Lévy, et son intervention à Versailles en 1774 a permis le rétablissement du Parlement de Metz, précédemment supprimé par le chancelier Maupeou au parlement de Metz, et de Marguerite Gravelotte du Saulcy (1717-1768), Pierre-Louis Roederer naît dans la province des Trois-Évêchés.

Après ses études au Collège royal de Metz, avec son ami d'enfance, Jean-Victor Colchen, ils se présentent à la société littéraire de MetzHugues de Montbas, Robespierre et les Bonaparte vus par le comte Colchen, Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1952, p. 336. dite Société des Philathènes, où ils sont admis dès le début de l'année 1770E. Fleur, La Société des Philathènes de Metz, Académie nationale de Metz, 1934, p. 193 et Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 1874-1875, p. 665 et 671.. Il produit le premier février de cette même année "une critique sur la comédie du déserteur"Tables Générales des Travaux de la Société des Philathènes, de 1761 à 1773, Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 1874-1875, p. 665..

Ensuite, Roederer fait son droit à l’université de Strasbourg, et obtient sa licence en 1771. La même année, il est reçu avocat au Parlement de Metz, profession qu’il exerça sans s’y plaire.

Il épousa, le , à Francfort-sur-le-Main, Ève Régine Louise Walburge de GuaitaNée à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, morte le , fille d’Antoine-Marie de Guaita, banquier à Francfort, propriétaire de la moitié des verreries de Saint-Quirin, notable d’Aix-la-Chapelle en Allemagne, elle descendait d’Innocent Guaita, né en 1692, qui s’établit à Francfort-sur-le-Main et y fonda une banque en 1716. Ève Régine Louise Walburge de Guaita était la sœur du maire d’Aix-la-Chapelle sous le Premier Empire ; elle était divorcée et remariée en 1795 à Gabriel Adrien Marie Poissonnier Desperrières, général, maréchal de camp). Roederer était qualifié de seigneur du Saulcy et de Tronville à son mariage le ., fille d'Antoine-Marie Guaita.

En 1780, il acheta une charge de conseiller au Parlement de Metz, payée , indemnisée en 1791 qui furent investies dans l’achat de biens nationaux.

Vulgarisateur français de l’économiste britannique Adam Smith, il était membre de la société des Philathènes et de l’Académie de Metz (1782).

En 1783, il adressa une demande pour être reçu maître des requêtes, qui fut refusée car Roederer n’avait que deux des trois degrés de noblesse requis. En 1784-1785, à Paris pour plaider la cause des manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé contre celle de Saint-Gobain, il rencontra de futurs membres de l’Assemblée nationale constituante de 1789-1791 : le chevalier de Boufflers et Dupont de Nemours, le maréchal-prince de Beauvau, Condorcet, Lavoisier, Malesherbes, l’abbé Morellet et Turgot.

En 1786, il racheta, pour , le quart des actions des manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé. Il devint ainsi coassocié avec son beau père, Antoine-Marie Guaita, et ses beaux-frères Georges de Guaita et Louis-Antoine Ména.

À son instigation, la Société royale des Sciences et des Arts de Metz mit au concours pour 1787 et 1788 la question : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? » l’abbé Grégoire fut l'un des trois lauréats avec son Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs.. Ce fut le premier pas vers leur émancipation qui fut toujours défendue par RoedererAinsi, le 18 avril 1788, il écrit à son père : Roederer fournit à Malesherbes, avec l'aide de son père, les renseignements précieux qu'ils détenaient sur les juifs de l'Est. Malesherbes, dans son rapport, après avoir dénoncé « la haine acharnée de quelques chrétiens contre les juifs », préconisera de rapprocher les droits des juifs de France de ceux des autres sujets du Roi, mais il sera démis de ses fonctions et son rapport restera lettre morte. Voir les mémoires d'Antoine-Marie Roederer, citées en bibliographie..

Le maréchal-prince de Beauvau l’introduisit, en , à la Société des Trente, selon François Furet et Ran Halévi..

Le , il riposta à l’élection quelque peu irrégulière de Pierre Maujean, maître échevin de Metz, chef de police, président des trois ordres, et procureur-syndic de l’Assemblée provinciale, à la députation aux États généraux en publiant Observations sur l’élection d’un prétendu député de la ville de Metz.

Il fut élu le , en remplacement de Maujean dont l’élection a été annulée, député du tiers état de Metz aux États généraux et à l’Assemblée nationale constituante, dont il devint secrétaire en 1790 et membre du Comité des finances. Son nom figurait sur la liste de gauche comme une des « 33 colonnes » de l’Assemblée nationale constituante (« actifs » par excellence). Membre du Club de 1789, fondé le , il entra aux Jacobins dont il devint secrétaire le et président le .

En , Roederer signa un rapport, fait au nom du Comité, sur l'imposition personnelle, avec Talleyrand, Defermon des Chapelières, La Rochefoucauld, Dauchy, Jary, Dupont de Nemours et d’Allarde ; ce rapport fut repris dans les lois des et . vignette|Triumvirat patriote, Robespierre, Pétion et Roederer, v. 1791. Élu procureur général syndic de la Seine le , il décida et sa famille à quitter les Tuileries le pour l’Assemblée nationale : , répondit le roi. Roederer voulut lui-même conduire et protéger la famille royale. La Commune de Paris condamna cette conduite, et, sous les pressions de Marat, elle émit contre lui un mandat d'arrêt ; l'Assemblée toutefois s'opposa à sa mise en jugementPierre-Louis Roederer a raconté dans une chronique les cinquante jours qui vont du 20 juin au 10 août 1792, courte période qui voit la Révolution basculer vers la Terreur. Cette chronique a été rééditée par les éditions Perrin en 2019 sous le titre "Un été d'espoir et de sang", voir publications et bibliographie. Mais comme beaucoup de mémorialistes, il se recompose un personnage, que la lecture des procès-verbaux des séances de l'Assemblée législative corrigent sérieusement. Ainsi Roederer porte-t-il, avec son ami Pétion, maire de Paris, la responsabilité de la riposte armée des gardes suisses face à l'insurrection du , les ayant incités à défendre le palais du pouvoir exécutif en tant qu'"autorité constituée", alors que Louis XVI leur avait ordonné de ne pas faire usage de leurs armes. Mais c'est à Louis XVI qu'il sera reproché durant son procès d'avoir fait couler le sang français à cette occasion.

Sous la Convention Il se fit plus discret sous la Convention.

En 1793, il prononça un « Cours d’organisation sociale » au Lycée des Arts, dans lequel il reprenait en partie les développements de son ouvrage de 1788 (De la députation aux États Généraux) sur la citoyenneté et notamment les raisons pour lesquelles ni les femmes, ni les enfants ni les domestiques ne pouvaient avoir accès au droit de suffrage. Il écrivit pour le Journal de Paris, dont il devint propriétaire ; il s’associa à Hugues-Bernard Maret, futur duc de Bassano. Il fonda le « Journal d’économie publique, de morale et de politiqueConsultable dans Gallica..

Dans le Journal de Paris du , il refusa à la Convention le droit de juger Louis XVI. Mais la chute des Girondins le convainquit de ne plus se manifester. Il se garda de réapparaitre jusqu’à la chute de Robespierre.

Il plaida la cause de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord en dans une brochure, Des fugitifs français et des émigrés.

En 1795, il contracta un second mariage, avec Marie Catherine Adélaïde DecrétotNée en 1761, morte le à Paris, fille de Jean-Baptiste Decrétot, échevin de Louviers, manufacturier en draps, et de Marie-Thérèse Le Masson, sœur de Jean-Baptiste Decrétot, chevalier de la Légion d’honneur en 1804, chevalier de l’Empire en 1809, député du tiers état de Rouen aux États généraux en 1789, membre de l’Assemblée nationale constituante en 1789-1791, sur la liste de gauche, membre du club de 1789 fondé le , au club des Jacobins puis au club des Feuillants en juillet 1791), Marie Catherine Adélaïde Decrétot était veuve de Woldemar Michel de Grilleau (fils de Jean Michel de Grilleau) dont elle avait eu une fille (qui épousa Jean André Louis Rolland de Villarceaux baron de l'Empire, préfet du Gard)..

Sous le Directoire

membre résident de l’Institut, Roederer fut élu le , dans la deuxième classe (sciences morales et politiques), section d’économie. C’est en tant que tel qu’il mettra au concours, deux années de suite, la question suivante : « Quelles sont les institutions propres à fonder la morale d’un peuple ? » Insatisfait des propositions fournies pourtant par des philosophes de renom, Jean-Baptiste Say et Destutt de Tracy, il renoncera à désigner un lauréat. Il proposera sa propre interprétation dans ses Observations sur la question proposée par l’institut national pour sujet du premier prix de la classe des sciences morales et politiques, publiées dans le Journal d’Économie publique le .

Il dut à Talleyrand d’être rayé de la liste des déportés du coup d’État républicain du (), sous le Directoire.

Le , à un dîner chez Talleyrand, il fut présenté à Napoléon Bonaparte (« Je suis charmé de faire votre connaissance ; j’ai pris la mesure de votre talent en lisant un article que vous avez écrit contre moi il y a deux ans », lui dit Bonaparte). Bonaparte l’utilisa pour le coup d'État du 18 Brumaire, en l’.

Pierre-Louis Roederer prépara le 18 brumaire avec Talleyrand, Sieyès, Regnault de Saint-Jean d’Angély et Volney. Talleyrand et Roederer furent les deux intermédiaires qui négocièrent entre Emmanuel Joseph Sieyès et Bonaparte pendant la douzaine de jours précédant le coup d’État. L’Adresse aux Parisiens, par laquelle Bonaparte annonça le coup d’État, fut rédigée par Roederer et composée par son fils Antoine dans l’imprimerie où l’avait placé Regnault de Saint-Jean-d’Angély. Roederer rédigea avec Talleyrand la démission de Paul de Barras, et négocia l’effacement de Sieyès au profit de Charles-François Lebrun, futur duc de Plaisance, qui, sur la recommandation de Roederer, qui lui était reconnaissant pour une aide en 1792, fut désigné troisième consul.

Sous le Consulat vignette|Signature du traité de Mortefontaine, le 30 septembre 1800. Dès la création du Conseil d’État, Roederer fut nommé conseiller d’État et fut président de la section de l’Intérieur, du au .

Il fut ministre plénipotentiaire en République batave et en Suisse (). En 1800, il fut l'un des six signataires du traité de Mortefontaine, qui mettait fin à la quasi-guerre franco-américaine. Le , Talleyrand lui dit avec solennité : « Le premier consul m’a chargé officiellement de vous faire des reproches de sa part, et ces reproches, les voici : il trouve mauvais que depuis deux mois vous ne lui parliez pas ».

Bonaparte dit encore à son sujet :

En 1802, il reçut la « Direction de l’esprit public » : il devint chef de l’Instruction publique et contrôleur général des théâtres. Remplacé au Conseil privé par Regnault de Saint-Jean-d’Angély, il fut nommé sénateur de Caen ; le siège de la sénatorerie était à Alençon. En 1802 il achète à la famille Colignon, qui l’avait bâti, l’hôtel de La Vaupalière à ParisActuel siège d’AXA, 25 avenue Matignon., qui sera revendu à sa mort en 1835 au comte Lehon, ambassadeur de Belgique.

Il fit partie de la de l’Institut dans l’organisation de 1803 et fut élu au fauteuil 6 de l’Académie française.