Henri Frenay Sandoval, dit Henri Frenay, né le à Lyon 3e, et mort le à Porto-Vecchio en Corse-du-Sud, est un résistant et homme politique français.

Avec Berty Albrecht, il fonde « Combat », un mouvement de résistance regroupant une pluralité de tendances politiques à l'exception des mouvances radicales et procommunistes, qu'il rendait responsables de la défaite de 1940Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, Laffont, 1967 ; Henri Michel, Combat, Histoire d'un mouvement de Résistance, PUF, 1957 ; Henri Frenay, La nuit finira, Laffont, 1973 ; Claude Bourdet, L'Aventure incertaine - De la Résistance à la Restauration, Stock, 1975 ; Guillain de Bénouville, Le Sacrifice du matin, La Palatine, 1946.. Il est fait compagnon de la Libération en 1943. À la Libération, il est commissaire puis ministre des Prisonniers, des Déportés et des Réfugiés.

Biographie Famille Henri Frenay est le fils de Joseph Frenay né en 1867 à Vienne (mort en 1936), capitaine dans l'infanterie, et de Jeanne Adélaïde Marguerite Deville (1875-1967)Acte de naissance de Henri Frenay, Lyon, cote 2E 2004-19/11-2005, (en ligne).. Joseph Frenay, son père, chevalier de la Légion d'honneur en 1912., a participé à la Première Guerre mondiale. Au cours de celle-ci, il a été cité quatre fois, décoré de la croix de guerreAvec 1 étoile de bronze, 2 étoiles de vermeil et une palme. et promu officier de la Légion d'honneur en 1917. Joseph Frenay a terminé la guerre avec le grade de lieutenant-colonelRegistre matricule de Joseph Frenay, classe 1887, archives de l'Isère, matricule 23, cote 11NUM/1R1184_01..

Henri Frenay est issu d'une famille lyonnaise de droite, anticommuniste et catholique. Selon son biographe Robert Belot, c'est « un catholicisme pratiquant et exigeant une austérité et un sens des traditions et de l'ordre. Un milieu qui est aussi une culture. Attenter à l'ordre moral ou social y est sacrilège et hérésie. Le sabre et le goupillon, telles sont les deux références structurantes de l'univers familial ».. De son côté, Henri Frenay écrit plus tard : ..

Jeunesse Il fait ses études au lycée Ampère de Lyon, d'où il sort bachelier ès-sciences. Bien qu'ayant reçu « une éducation nationaliste », il se tient en dehors de la politique, jusqu'à sa rencontre avec Berty Albrecht en 1934. Selon son entourage familial (notamment ses cousines Juliette et Cécile Simon), il se serait à partir de cette époque « orienté vers la social-démocratie pro européenne ».

Formation militaire et avant-guerre En 1924, à dix-neuf ans, et après une classe préparatoire au lycée du Parc de Lyon, il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion « du Rif » (1924-26). Il est d'abord affecté dans l'armée du Rhin. Il rejoint ensuite, en Syrie, le de tirailleurs tunisiens puis le assyro-chaldéen à Kamechlié. En 1933, il revient en métropole, à Hyères, au d'infanterie alpine. Il effectue également un stage d'observateur aérien. , il entre à l'École supérieure de guerre et il s'y lie d'amitié avec Robert Guédon.

En 1934, il rencontre Berty Albrecht. Grâce à elle, il entre en contact avec des réfugiés allemands antinazis et en vient à s'intéresser au nazisme, dont il découvre alors les dangers en lisant Mein Kampf. , il suit les cours du Centre d'études germaniques de Strasbourg et rédige un mémoire sur la minorité allemande de Haute-Silésie polonaise..

Au début de la guerre En 1939, Henri Frenay, alors capitaine, est affecté comme officier d'état-major d'armée de forteresse sur la ligne Maginot. Le , le 43e CAF reçoit un ordre de repli à l'issue duquel, quatre jours plus tard, il se retrouve encerclé dans le massif du Donon où il mène d'ultimes combats tandis que les négociations d'armistice sont notoirement entamées. L'officier Henri Frenay, alors responsable du 3e bureau, est fait prisonnier par l'armée allemande selon les termes de la reddition du d'armée négociée par le général Fernand Lescanne..

Henri Frenay réussit à s'évader avec l'adjudant Bourguet. À pied, ils gagnent la zone libre où ils arrivent le . Affecté en garnison à Marseille, Frenay prend conscience de la gravité de la situation. Sensibilisé très tôt aux considérations idéologiques allemandes grâce aux rencontres organisées par Berty Albrecht, et convaincu que la France finira par se relever, il se met en devoir de rassembler autour de Berty Albrecht et lui, en , un début de réseau pour ce qui est le premier mouvement historique de Résistance intérieure, le Mouvement de libération nationale (MLN). Dans cette même période, il parvient rapidement à diffuser un Bulletin d'information et de propagande.

Dans ces débuts de la Résistance intérieure, le but n'est pas le combat contre le régime de Vichy. Frenay, en particulier parce qu'il est militaire, voit en Pétain un ancien maréchal de la Grande Guerre en faveur duquel le bénéfice du doute peut jouer. L'espoir des militants réside alors dans le possible double jeu de cet homme, qui

Frenay est muté au Deuxième Bureau de l'état-major de l'armée (service du renseignement militaire) à Vichy, où il continue son action, unissant les mouvements naissants de chaque région, tout en prenant soin de respecter un cloisonnement très strict pour éviter tout « coup dur ». À la suite de ces fusions successives, le MLN est rebaptisé MLF, Mouvement de libération française.

Le , Frenay demande à être mis en congé d'armistice dans une lettre exprimant sa perte de confiance envers le haut commandement. Il est reçu par le chef d'état-major de l'armée, le général Picquendar, qui tente de le convaincre de rester. Devant sa détermination, le général Huntziger lui accorde le congé d'armistice. Frenay garde néanmoins de nombreux contacts au sein de l'armée et notamment dans le Deuxième Bureau.

Fondateur de « Combat » En , ayant désormais les mains libres, Frenay se consacre entièrement à la consolidation de son mouvement. Grâce à Robert Guédon et Pierre de Froment, il étend la publication du journal clandestin Les Petites Ailes, distribué dans le Nord et le Pas-de-Calais, à toute la France, journal qui prend alors pour titre Les Petites Ailes de France, puis finalement celui de Résistance en zone occupée et de Vérités en zone libre.

Recherché en zone occupée par la Gestapo et en zone libre par la police française, Frenay plonge dans la clandestinité et adopte différents noms d'emprunt comme Henri Francen, Morin, Molin, Nef, Lefèvre, ou Charvet, nom sous lequel il était connu à Londres des services gaullistes et britanniques. En zone libre, son journal Vérités, après sa fusion avec Liberté, se transforme en Combat, avec pour sous-titre « Organe du mouvement de la Résistance française ». Grâce aux talents d'organisateur de son fondateur et à la multiplicité de ses réseaux (militaires, juristes, universitaires, catholiques, protestants et socialistes notamment), Combat devient plus tard, selon les historiens Laurent Douzou et Dominique Veillon, le plus efficace des mouvements de la Résistance non communiste de la zone SudLaurent Douzou et Dominique Veillon, article « Combat », dans Dictionnaire historique de la résistance, Robert Laffont, 2006, ..

, Frenay est informé par le général Benoît-Léon de Fornel de La Laurencie que les Américains, par le truchement de l'OSS, voudraient faire de lui un rival du général de Gaulle.

Frenay travaille en bonne intelligence avec le mouvement Franc-Tireur animé par son ami Jean-Pierre Lévy, mais plus difficilement avec le mouvement Libération d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie.

Bien qu’initialement maréchaliste, et même partisan de la Révolution nationale, Frenay a toujours considéré que résister était un devoir. Il revient progressivement sur ses appréciations premières et consent fin 1941 à voir dans le général de Gaulle le symbole et le chef de la Résistance française ; cependant il accepte mal l'autorité de ses délégués.

L'influence croissante de Pierre Laval sur le gouvernement de Vichy finit de le convaincre : Combat désavoue désormais, au travers de ses publications l'action du gouvernement de Vichy. Ses conceptions personnelles évoluent. Ainsi, en , il écrit au président Roosevelt pour lui demander de soutenir de Gaulle.

Henri Frenay résistant En , il rencontre un ancien préfet, Jean Moulin , qui cherche à prendre la mesure des mouvements intérieurs de résistance. Il lui dévoile l'organisation du réseau Combat et arrange aussi les réunions avec d'Astier et Lévy.

En , il rencontre à nouveau Jean Moulin, de retour de Londres, chargé d'unifier la Résistance française et de la rallier à de Gaulle. Il le voit ensuite fréquemment .

En , pour faire libérer des militants de zone libre, Frenay rencontre deux fois (avec l'accord du comité directeur de Combat) Henri Rollin, patron de la Surveillance du territoire, puis le ministre de l'Intérieur Pierre Pucheu qui lui propose de rallier son mouvement aux services secrets français, ce que Frenay refuse. Lors d'un troisième entretien, avec Rollin et des membres du cabinet de Pucheu, il part en claquant la porte. Ces rencontres ont néanmoins permis la remise en liberté de plusieurs camarades. La bonne foi de Frenay n'est pas mise en cause, mais il prête le flanc aux critiques de certains résistants dont Emmanuel d'Astier de La Vigerie et Jean Moulin inquiets de l'influence de Combat. La situation est clarifiée lorsque Frenay, en voyage secret à Londres, remet un rapport pour justifier ces rencontres. Le rapport est envoyé aux différents chefs de la Résistance.

En zone libre, Frenay cherche à prendre le commandement militaire de la Résistance française lors de la fusion des trois plus importants mouvements de la zone libre (Franc-Tireur, Libération, Combat), ce qui aboutit à des discussions avec de Gaulle et son représentant, Jean Moulin.

La création des Mouvements unis de la Résistance, ou MUR, dont Frenay est, quoique réticent, l'un des membres du comité directeur (présent aussi, Pierre Dumas, secrétaire général du mouvement) ne l'empêche pas de chercher à rendre son mouvement (Combat) le plus autonome possible vis-à-vis de Londres.

En , Frenay rencontre Pierre de Bénouville, alors membre d'un réseau britannique rattaché au Special Operations Executive (SOE), pour lequel il assure la liaison avec l'ambassade du Royaume-Uni à Berne.. Frenay le convainc de rejoindre le mouvement de résistance Combat et lui demande de le faire entrer en contact avec l'ambassade britannique en Suisse. En effet, Frenay recherche des fonds pour enrôler, nourrir et armer les nombreux réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), instauré en par le gouvernement de Vichy dirigé par Pierre Laval ; pour éviter leur départ pour le travail forcé en Allemagne, environ hommes choisissent la clandestinité (dont quelque gagnent le maquisCf. l'article Wikipédia Service du travail obligatoire (France), section « Le service du travail obligatoire (1943-1944) ».). Toutefois, de Gaulle et les Alliés sont d'accord avec des actions de sabotage, mais veulent absolument éviter, du point de vue stratégique, que des corps-francs se constituent massivement dans le maquis et passent à une action immédiate de guérilla contre les Allemands, ce qui amènerait ces derniers à augmenter le nombre de leurs forces d'occupation, compromettant ainsi les chances de succès d'un débarquement futur des Alliés en France. C'est la raison pour laquelle les fonds distribués par Jean Moulin à cet égard allaient en priorité aux syndicats clandestins et au maquis du Vercors, dont le commandant en chef était le général Charles Delestraint, lui-même sous les ordres directs du général de Gaulle. C'est pourquoi la prise de contact organisée par Bénouville entre Frenay et l'ambassade britannique en Suisse n'aboutit pas.

Frenay expose précisément ses griefs envers Moulin dans ses mémoires La Nuit finira, publiés en 1973Voir le paragraphe Le réquisitoire de 1973 contre Jean Moulin..