vignette|Île-de-France. vignette|Toulouse. vignette|Terrains de golf et cultures en Afrique du Sud. vignette|Urbanisation du littoral à Cancún (Mexique, 2008).
L’artificialisation du sol ou d'un milieu, d'un habitat naturel ou semi-naturel est la perte de ses qualités : sa naturalité, qualité qui inclut une capacité autoentretenue à abriter une certaine biodiversité, des cycles naturels (cycles du carbone, de l'azote, de l'eau, de l'oxygène…) et ses qualités biogéochimiques (puits de carbone par exemple). Elle s'accompagne généralement d'une perte de capacité d'auto-cicatrisation de la part du milieu (moindre résilience écologique).
L'artificialisation est souvent résumée à la disparition d'espaces naturels sous le béton ou le bitume, lors de la construction de bâti (immeubles, hôtels, maisons, commerces, industries, parkings) ou de réseaux de transport. Si cette imperméabilisation des sols est une très grande part de l'artificialisation des terres, plus globalement, celle-ci a lieu lorsque des milieux naturels sont fortement transformés par l'homme. Par exemple, les lieux de loisir ou de pratiques sportives (espaces verts, golfs, terrain de sports, de moto-cross, stations de sports d'hiver), les canaux, les talus routiers ou l'éclairage artificiel peuvent respectivement induire des situations de piège écologique et autres impacts, de mortalité animale sur les routes et de pollution lumineuse On peut également citer les espaces aménagés pour des raisons militaires (terrains d'essais militaires, souterrains, fortifications, glacis, ).
En 2015 en Europe, la superficie des sols imperméabilisés dépasse un million de kilomètres carrés, soit 2,3 % de la superficie de l'Union européenne et par habitantPaul Molga, « Quand la ville ensevelit les sols », Les Échos, 13 janvier 2018. (plus de et 9,4 % du territoire en France). En moyenne, , soit de milieux naturels et terrains agricoles, sont détruits chaque jour en France et sont remplacés par des routes, des habitations, des zones d'activité., par un phénomène d'étalement urbain. Cela a représenté entre 2005 et 2015 près de , soit la taille d'un département en dix ans. Un des objectifs de la Trame verte et bleue française (TVB ou Schéma régional de cohérence écologique) est de limiter ce phénomène et d'en atténuer les conséquences. Depuis 2018, l'objectif de Zéro artificialisation nette constitue une feuille de route majeure dans la lute contre l'artificialisation.
Exemples de phénomènes d'artificialisation vignette|Le réseau hydrographique est l'une des infrastructures naturelles qui ont été les plus artificialisées, dans les régions habitées et cultivées, ou là où on a construit les grands barrages. vignette|Ce type d'artificialisation des milieux aquatiques (Canal de Crillon, Vaucluse) les rend impropres à la survie d'un grand nombre d'espèces. Ils deviennent en outre un piège pour beaucoup d'animaux qui y tombent. vignette|Exemple d'alternative à l'exemple ci-dessus (même canal). vignette|La sylviculture est parfois elle-même une source d'artificialisation des paysages (géométrisation des parcelles, alignements monospécifiques, ici au Royaume-Uni (Carsphairn hills).
Les zones touchées par l'artificialisation sont par exemple : les milieux ruraux et zones agricoles (tout particulièrement lorsqu'ils sont exposés à une agriculture intensive, et industrielle). Cela concerne aussi les prairies qui, enrichies de nutriments ou semées sur labour, n'abritent plus qu'une faible part de la biodiversité d'une prairie naturelle ; certains milieux forestiers ou sylvicoles dans lesquels est pratiquée la monoculture (peupleraie, cultures d'hévéas, d'eucalyptus, de palmier à huile, taillis à courte rotation (TCR) ou de saules ou des forêts plantées ou gérées en grande partie sur le principe de régénération artificielle et fortement fragmentées par les routes, pistes, layons) ; les cours d'eau canalisés et fragmentés par les grands barrages, les zones humides cultivées (rizières par exemple) ou drainés ou mises en « casiers hydrauliques », les polders ; les littoraux et leurs estuaires, de plus en plus aménagés pour le tourisme, l’industrie et le transport : rejets en mer, construction de digues, chenaux, ports, carrières sous-marines…
Étendue et progression du phénomène vignette|Sur l'ensemble des 28 nations, la France est à la pour sa surface artificialisée par habitant, atteignant . Cela représente 16,8 % de plus qu'un Espagnol, 41,5 % de plus qu'un Allemand et 94,5 % de plus qu'un Britannique. En ce qui concerne les effets géomorphologiques et sur le sous-sol, l'artificialisation des milieux commence modestement durant la préhistoire : défrichements par le feu, occupation et aménagement de grottes, habitat humain de plus en plus sédentaire et construit, creusement de puits dans le sous-sol pour l'exploitation du silex, puis de silos à graines et de puits ou galeries pour l'exploitation de filons de minerais de métaux, à partir de l'âge du bronze.
Puis viennent les aménagements conçus à plus grande échelle, souvent pour l'exploitation intensive de l'eau des grands fleuves (Nil, Tigre, Euphrate…). En Europe, on détruit les barrages de castors (et les castors eux-mêmes, chassés pour leur viande et leur fourrure), qui entretenaient des réserves d'eau et des milieux ouverts dans la ripisylve. Dans le même temps, la construction de gués puis de ponts, de digues, de moulins et de systèmes de retenues et de régulation des cours d'eau, de drainage s'étend, jusqu'aux grands épisodes de poldérisations Parallèlement, l'urbanisation s'étend et s'appuie sur des réseaux de routes et de places commerciales ( route de la soie). Des décharges périurbaines apparaissent, peu à peu enfouies sous la périurbanisation. Des cimetières, monuments, fortifications ( Grande Muraille de Chine) s'accompagnent de vastes défrichements et travaux de nivellement et terrassement (terrasses, talus, chemins creux, murets de renclôture).
Durant l'anthropocène, le développement des mines de charbon, puis de l'industrie pétrolière et des voies ferrées, puis de l'automobile et des tracteurs permettent une agriculture plus intensive. Il accélère et généralise l'anthropisation du paysage et du sous-sol colonisé par des millions de km de câbles, tuyaux, égouts…, y compris dans les colonies des pays riches, sur tous les continents. Le réseau des routes, des autoroutes et des voies ferrées s'étend, ainsi que les installations industrielles, commerciales, sportives ou parfois militaires. Cette artificialisation connait une croissance encore accélérée à la fin du , très visible sur l'imagerie satellitaire.
Certaines zones sont particulièrement touchées ; une grande partie du littoral et des estuaires de nombreux pays a été artificialisée par l'habitat balnéaire, le réseau routier littoral et les aménagements portuaires. Les villes et leurs périphéries, ainsi que tous les milieux agricoles, et toutes les anciennes forêts des pays tempérés puis de la plupart des pays tropicaux (hors quelques rares massifs protégés).
L'artificialisation se déporte vers les pays en voie de développement, avec une périurbanisation particulièrement marquée à proximité des mégapoles et métropoles urbaines (pour la France, on peut citer l'Île-de-France ou Toulouse par exemple). Il est dans les pays riches souvent lié au succès de la maison individuelle qui se traduit aussi par l'étalement urbain et la périurbanisation.
En France Le code de l'urbanisme définit l'artificialisation comme ..
En 2006, 8,3 % du territoire métropolitain était touché par l'artificialisation des terres ; ce pourcentage monte à 9,4 % en 2015. En cinquante ans, sept millions d'hectares de terres ont été ensevelies pour l'habitat (40 %), l'économie (30 % : entreprises, entrepôts, commerces) et les infrastructures de transport (30 %). Depuis 2009, l'artificialisation s'est faite à 90 % aux dépens des sols fertiles.
D'après les statistiques d'occupation du sol en France de Corine Land Cover, la région française possédant le moins de territoires artificialisés est la Corse, pour 2,1 % de sa surface, tandis que l’Île-de-France atteint 21,6 % en tête du classement.
Le phénomène d’artificialisation est très polarisé au niveau national. Une étude du Cerema constate une forte artificialisation sur le littoral et autour des bourgs et villes moyennes.. En , des données annuelles à une échelle communale sur la période 2009-2017 sont publiées, et mises à jour annuellement depuis.. En 2015 et 2016, on estimait que le phénomène s’était « stabilisé » (à 9,3 % du territoire français métropolitainIndicateur Artificialisation des sols, Eurostat.) grâce à la crise de 2008 qui a ralenti l’artificialisation des sols (à +0,8 % par an)Anthony Laurent, L'architecte Corinne Vezzoni veut rendre la France « inconstructible », Environnement magazine, 13 décembre 2017.. Les données récentes confirment cependant une reprise du phénomène depuis 2016 : l’artificialisation, après une période de baisse entre 2011 et 2016, augmente à nouveau son rythme pour atteindre entre 2016 et 2017. En 2022, le tableau de bord du Cerema révèle que ont été pris ou préemptés en 2021 en France sur les espaces naturels et agricoles, soit près de de plus qu'en 2020, mais près de de moins qu'en 2019Tableau de bord et analyses de la consommation d'espaces naturels et agricoles, Cerema, 12 août 2022.L'artificialisation des sols est repartie à la hausse en France, Les Échos, 14 septembre 2022.. Malgré cette remontée, la majorité sénatoriale réclame un moratoire sur l'application de la loi Climat et résilience de 2021, déposant des propositions de loi pour allonger les délais et pointant l'absence de moyens financiers consacrés à l'atteinte de l'objectif de zéro artificialisation nette. L'Association des maires de France (AMF) a déposé en un recours devant le Conseil d'État sur deux décrets d'application de cette loi. Le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, s'est dit ouvert à la réécriture d'une partie des décretsArtificialisation des sols : le gouvernement prêt à revoir sa copie, Les Échos, 14 septembre 2022..
En 2009, selon l'Institut français de l'environnement (IFEN), l'artificialisation croissait annuellement de (soit en dix ans de , équivalent au département de Seine-et-Marne). Les littorales sont particulièrement touchéesOccupation du sol en 2006 et artificialisation depuis 2000 en fonction de la distance à la mer , fiche-indicateur, Observatoire du littoral, avril 2009, version 2.. Malgré les zones « naturelles » et rurales épargnées grâce au Conservatoire du littoral et à la loi Littoral, à moins de de la mer, le taux d'artificialisation (28,2 % du territoire artificialisé en moyenne) est 5,5 fois supérieur à la moyenne métropolitaine. Les littoraux du Nord-Pas-de-Calais, des Pays de la Loire, du Languedoc-Roussillon et de PACA sont les plus artificialisés par la construction alors que ceux de Normandie, de Bretagne et de Poitou-Charentes sont artificialisés par l'agriculture. La forêt littorale et les espaces semi-naturels ne dominent le paysage qu'en Aquitaine (avec la forêt littorale atlantique dunaire) et en Corse ; malgré le risque d'invasions marines induit par la montée des océans, cette artificialisation du littoral est en progression constante : de 2000 à 2006 ; près de ont encore été artificialisés sur la seule bande de longeant la mer en métropole ; de 2000 à 2006, l'artificialisation a été la plus forte dans la bande située de 500 à de la mer (sur 0,42 % du territoire), c'est soit la moyenne métropolitaine ; sur le littoral Manche – Mer du Nord, l'artificialisation est plus homogène homogène du trait de côte à deux kilomètres à l'intérieur des terres avant de décroître ; en Atlantique, au contraire, l'artificialisation a ralenti en bord de mer, et augmenté entre 500 et avant de diminuer progressivement vers l'intérieur des terres ;