Jean Dessès, né Yanis Demetrios Salvago le à Alexandrie en Égypte et mort à Athènes en Grèce le , est un couturier égyptien né de parents grecs.

Il a possédé à Paris, de 1937 à 1968, l'une des plus importantes maisons de couture de l'époque« Trente ans de haute couture » - Catalogue, Élégance et création, Paris 1945-1975. Bibliothèque du musée Galliera - réf. B82 de mai-août 1977. avec Balenciaga et Molyneux, comptant plus de et sise 37, avenue George-V, dans un immeuble de quatre étages. Ensuite sa deuxième maison investit l'Hôtel Eiffel sis 17, avenue Matignon et 1, rue Rabelais, et enfin la troisième, le 12, rond-point des Champs-Élysées.

Utilisant la technique nommée « moulage » en conjonction avec l’esthétique sculpturale de l'Antiquité, Jean Dessès se fait remarquer dès l'ouverture de sa maison. Il bénéficie de la couverture des journaux quotidiens ainsi que de la presse spécialisée dans la modeParis-Soir du 750 : « Silhouette d'hiver – Jean Dessès » ; Le Petit Parisien du : « La veuve joyeuse - Théâtre Mogador - habillée par Jean Dessès » ; Le Journal du : « Les robes de Jean Dessès » ; Terre et ciel, revue du personnel d'Air France de 24 ; Ce Soir du EDG 957 ; Air France de (A17-1952/02) : « Des goûts...et des tissus » ; Les Nouvelles d'Indochine du 119 : « Jacquette de Jean Dessès » ; Oggi, année III, 36 du : « El Ora dei Sarti Giovanni – Maestri della eleganca » ; Aurore du : « Dalida en robe mythique rouge » ; etc..

Les caractéristiques de son style sont les coupes et structures intérieures complexes, les plissages et torsions de matière avec une préférence pour des tissus vaporeux : les tulles, mousselines, draps légers et jerseys souplesInterview avec Odette, secrétaire et assistante de grand couturier, publication avec photos dans L'Art et la Mode , .. Le savoir faire en modélisme a permis à Jean Dessès de vriller ou plier des pans de tissus pour créer des formes qui apparaissent faciles mais difficilement copiées et réinterprétéesLe Vogue de septembre 1951 proclame ses robes en mousseline équivalentes « à une Ford » et « valables pour la vie ». En 1958, elles sont appelées « les classiques » avec les variations qui paraissent infinies. cité dans : Modern Fashion Encyclopedia, par Madelyn Shaw, curator of The National Museum of American History..

Ses modèles sont caractérisés par les décolletés généreux en carré, en dard, en pointe, en cœur prolongés profondément dans le dosLe lexique, L'Art et la Mode , ., les détails géants comme les cols, les revers ou les poignets à large entournureTrois types de manches qui donnent de l'importance au buste, tandis que la jupe étroite semble la tige d'une fleur éclose, Femina dernières modes d'hiver Hors série, décembre 1949 - janvier 1950, . ainsi que l'accumulation des boutons, des ourlets insolites, des revers effilés, l'ampleur du buste rejeté en arrière, les manches kimono. Des pièces transformables : la robe de jour devient robe du soir, le manteau réversible, deux en un, le gilet détachable, le col amovible, le boléro trompe-l’œil.

Ses robes drapées avec les plissés placés « La robe spirale », Vogue, octobre 1950, . Article et photo dans L'Art et la Mode 2768-1955, . qui retombent sur le côté, en avant en arrière, en souples panneaux comme des pétales« Sur l'importante jupe de tulle reposent des longs pétales soyeux », L'Art et la Mode 2731-1949, . qui demandaient de cinquante et jusqu'à soixante mètres de mousseline. Tout au long de sa carrière, Jean Dessès a essayé de détrôner le noir par l’utilisation des couleurs, douces, brumeuses et indéfinissables dans des nuances les plus subtiles et tendres.

Histoire

Débuts Jean Dessès poursuit des études de droit afin d'entrer dans la carrière diplomatique et fait « Sciences Po ». Il a une adoration pour sa mère et, à huit ans, il dessine pour elle la robe qu'il souhaite la voir porter. C'est une robe de gaze écossaise blanche et noire avec, dans le dos, un énorme nœud de velours noir.

Années 1920 : l'âge d'or Jeune étudiant, Jean Dessès, imprégné par cette atmosphère des Années folles décide de se lancer dans la mode. Il présente ses dessins à des couturiers dans le quartier de la Madeleine. Le nom du premier qui consent à lui acheter des croquis est tombé dans l'oubli mais, fort de ce premier succès il décide de continuer sa prospection. Ainsi il se retrouve dans la maison de couture de Madame Jane, rue de la Paix, centre de la haute couture à l'époque, qui accepte de réaliser plusieurs de ses modèles. Les modèles furent si applaudis qu'elle lui confia la direction de son atelier pendant dix ansInterview dans le journal L'art et la mode, - « Jean Dessès, un couturier est né »..

Années 1930 : la griffe de grand couturier vignette|Graphisme Marcel Dormay, imprimerie Léon Hacker & cie. Âgé de en , dans le triangle d'or de Paris, 37, avenue George-V, il ouvre sa maison de coutureArchives commerciales de la France du 16/06/1937 .. La nouvelle maison est remarquée par la presse dès sa première collection par l'élégance de ses manteaux en lainage garni de renard argenté, d'un col et des manches d'astrakan grisMagazine Femina de septembre 1937 ..

Années 1940 : la maison de couture sous l'occupation Dans les années 1940 il n'est plus question d'ornements, de surcharge mais au contraire, de dépouillement. La mode s'adapte désormais aux circonstances pour devenir nette, simpleLe Figaro du 21/02/1940. - Page Feminine du Figaro .. C'est par des coupes d'une technique nouvelle que Jean Dessès emploie dans ses collections sobres, seyantes, jeunes et pratiques, essentiellement parisiennes qu'il se fait distinguer. Les robes y sont des pièces indispensables. Elles se plient sans se froisser, coupées dans des lainages légers, en toile, en foulard, en crêpe, elles sont à la fois sport et citadines. Jean Dessès a mis partout un grand tact pour se maintenir entre ce qui parait trop luxueux et ce qui ne doit pas attrister davantage. Afin de sauver la sobriété de ses robes de lainage ou de crêpe noir, il les décore par un jeu de fines nervures, accompagne les plis par une architecture habile, met du piqué blanc en plastron, en revers sur des tailleurs sombres.

Années 1950 : la quintessence de la haute couture Après les terreurs de la guerre c'est un monde nouveau et la mode change. Les couturiers veulent séduire et réussir à influencer la mode populaire. En 1948, l'hôtel du baron Gustave Eiffel, 1, rue Rabelais et 17, avenue Matignon se trouva vacant et Dessès y transporte ses salons avec, situées au rez-de-chaussée, deux boutiques baptisées « Sœurs Hortensias ». L'une toute bleue et l'autre rose, respectivement pour les accessoires et colifichets pour une clientèle moins fortunée ne pouvant pas se permettre le sur-mesure.

Après la fermeture de la maison Lucien Lelong, la première de l'atelier tailleur, Germaine Devaucou, rejoint Jean Dessès. La maison de couture en a d'existenceIntérieurs de l'hôtel du baron Eiffel construit par l'architecte Henri Parent, .. L'hiver 1949, Jean Dessès présenteL’Officiel de la mode 333-334 de 1949, .la collection Cerfs volants définie par la ligne « Lasso », intégralement publiée dans le supplément du magazine Femina. Désirant conserver une égalité d'intérêts, cette période représente l'affirmation du couturier mettant fin aux pourparlers avec les investisseurs.

Le talent de Dessès consiste à créer personnellement toutes ses robes avec une précision et une vitesse étonnanteL’Art et la mode 2730 de 1949, .; il coupe, drape, épingle lui-même ses modèles. Collectionneur et amateur d’art, il s'installe au Cours d' au d'un immeuble moderne et confie à Victor H. Grandpierre la décoration de son appartement, de ses boutiques à Paris et à Athènes et de sa maison de couture. À partir de 1950, Jean Dessès innove et conçoit des modèles pour la fabrication en série pour le marché américain. Jusqu'en 1956, il effectue pour diffuser ses créations exclusives aux grands magasins de luxe à New York : Bergdorf Goodman, Neiman Marcus, Saks et vendre des patronages aux confectionneurs des séries destinées au grand public. vignette|Vitrine Bergdorf Goodman NY, « The Moonlight Chiffon of Dessès ». vignette|Dessès Yellow Glow. Jean Dessès crée la boutique Bazar en 1953. Elle remplace les magasins Hortensia, pour vendre des robes sur mesure plus abordables que les modèles de la haute couture.

Au cours de 1955L'Art et la mode de 1950 , /53 Photo publiée durant son séjour à New York, au cours du bal Knickerboker le prix du Gown of the year fut attribué à la robe qu'il avait créée pour Madame Embiricos. après des expériences aux États-Unis où il vend sa licence à deux fabricants, il crée une ligne basée sur le système américain de confection en séries ready-to-wear et la nomme Diffusion. Les produits issus de celle-ci sont distribués dans un certain nombre de magasins en France et en Afrique du Nord. Il s'entoure d'assistants, notamment le modéliste Guy Laroche et le styliste Valentino qui commence sa carrière de couturier au sein de la maison . En 1956 Jean Dessès signe un contrat avec les Galeries LafayetteUne chronologie : 1952-1973, Farid Chenouine - « Jalons pour une histoire culturelle de la mode ».et devient l'un des premiers couturiers à ouvrir une boutique dans un grand magasin pour l'exploitation des modèles de prêt-à-porter. La maison de couture en 1958 réalise un chiffre d'affaires annuel de , emploie un personnel de . Pour réaliser une opération immobilière, Dessès abandonne les locaux de l'hôtel particulier. Lors de la démolition, alors que la maison de couture est en pleine élaboration d'une nouvelle collection, il doit déménager mais s'installe au 12 rond-point des Champs-Élysées dans l'immeuble de madame Yvonne Alexandrine Le Baron. La même année, Jean Dessès monte la Société Nouvelle Jean Dessès.

L'année suivante, le capital social est augmenté. La nouvelle maison de couture comporte, en dehors du rayon robes, tailleurs et manteaux (prêt-à-porter et sur mesure), dix nouveaux rayons qui, tout en s'incorporant dans l'ensemble de l'affaire, bénéficient d'une certaine autonomie : fourrure de luxe et boutique, chapeaux sur mesure et boutique, plage et sports d'hiver, sweaters et jersey coupés, chaussures de luxe sur mesure et prêt-à-porter, sacs, gants, lingerie et corps de maison, bijoux vrais et faux, objets, cadeaux et gadgets. Le département de robes, tailleurs et manteaux comporte plusieurs rayons très distincts, dont le rayon de prêt-à-porter Maria Carine, qui vend à des prix assez bas et présente des collections de prêt-à-porter avec du stock dans plusieurs tailles pour l'exploitation en province et à l'étranger de deux collections annuelles sous la marque Jean Dessès Bazaar Une robe plissée avec un manteau vague, Jean Dessès Bazaar, L'art et la mode - ..

Années 1960 : le prêt-à-porter et la grande distribution Une succursale ouvre à Athènes en 1960, en collaboration avec les fourreurs Sistovaris. Lors d'un cocktail de gala sous le patronage de la reine Frederika en 1961, Jean Dessès présente sa première collection de haute couture spécialement étudiée pour la vie méditerranéenneL’Art et la mode de 1961, .. Malgré tous les efforts pour sauver sa maison, avec de métier en 1963, Jean Dessès, le grand couturier informe la presse qu'il abandonne la haute couture, ferme sa maison du rond-point des Champs-Élysées et déclare se consacrer au prêt-à-porter et à la grande distribution. « Je capitule avec l'optimisme » dit le couturier. « Jusqu'à cette année; à chaque saison, on annonçait que la Haute Couture était morte, que les acheteurs ne venaient plus à Paris, mais les maisons de couture continuaient à présenter leurs collections dans le plus grand secret et ne semblaient pas faire faillite. »

Jean Dessès est le premier à passer la main.