Gbogolo ( Gbogholo ou encore Bogolo) est une localité du centre de la Côte d'Ivoire appartenant au département de Séguéla, Région du Worodougou. La localité de Gbogolo est un chef-lieu de commune dans le canton Tiéma Décret n° 2005-314 du 6 octobre 2005 portant création de cinq cent vingt (520) communes.. Le canton Tiéma comprend treize villages dans la sous-préfecture de Massala Les 13 villages du canton Tiéma sont Gbogolo, Tiémassoba, Djobala, Gbiana, Barana, Dienfé, Kawala, Toukro, Gbiéla, Karamorosso, Tonon, Fimanan et Siéba..
Histoire
Il y a de cela longtemps Cette version de l'histoire de Gbogolo s'inspire largement du mémorandum de El Hadj Dosso Djombo, natif du village de Tonon : Origine des villages de Gbogolo et Tonon, publié en 1985. Cependant, les polémiques soulevées dans ce document ne sont pas abordées ici dans notre article., naquit Mory Kamani à Karawani, une localité située probablement en Guinée.
Un jour, en adepte de l'Islam, il tua le serpent sacré du puits du village. Ce geste provoqua la colère des animistes et l'amena à abandonner son village natal L'allégorie du serpent qu'on tue est populaire dans de nombreux récits. Ainsi dans un texte recueilli par Ariane Deluz en 1958 à Dantago, dans le département de Séguela, il est rapporté qu'une femme riche vivant au Mandé et dont le mari s'appelait Mori Kamani, a vu une épouse de son fils mordue par un serpent qui était dans un puits. La mise à mort de ce serpent sacré a entraîné une grande famine qui a occasionné la dispersion de tous les habitants.. Mory Kamani dut s'exiler au Mali d'où il se rendit ensuite à Mankono en Côte d'Ivoire, puis à Massala dans le département de Séguéla.
À la recherche d'un endroit propice à la pratique de sa religion, il partit dans le village de Tiémassoba. Après de multiples prières, Dieu lui aurait révélé que la terre propice à son installation définitive était celle du village de Gbogolo auprès du vieux Bobo Dosso, à proximité de celui de Tiémassoba Mory Kamani était probablement l'un des nombreux pèlerins qui ont islamisé le nord de la Côte d'Ivoire et qui ont donné à cette région sa physionomie actuelle.
Le vieux Bobo Dosso serait le premier fondateur du village de Gbogolo. Il avait pour coutume d'adorer la grande montagne appelée « Bobo-lè-goulè » qui signifie « montagne de Bobo » en langue gouro. Mory Kamani se rendit donc à Gbogolo auprès de Bobo Dosso pour lui demander l'hospitalité. Bobo offrit une place à l'étranger afin de l'aider à développer le village.
Mory Kamani, grand marabout, a ensuite pris le nom local de Karamoko Douahou Mory (en langue locale Kiamogh Djouahou Mory, qui veut dire « érudit musulman qui procure des bénédictions par ses prières »). Par déformation, ce nom est devenu Kiamogh Djouammueu ou Kiamoh Djombo. Il a abandonné son patronyme au profit de celui de Dosso en hommage à son hôte.
La cohabitation entre l'hôte et son étranger ne fut pas aisée. En effet, Bobo Dosso était un grand féticheur polythéiste, adorant la montagne et d'autres divinités, tandis que « Kiamogh Djouammueu » Dosso, grand marabout monothéiste, n'adorait que son Dieu unique Allah. Le fétichisme et l'islam n'allant pas de pair, Kiamogh Djouammueu entreprit des prières afin que son tuteur s'éloignât de lui avec ses démons.
Ces prières ayant été exaucées, Bobo prit un jour la décision d'aller créer un nouveau village auprès d'une termitière dans laquelle il prit soin de ranger ses affaires avant la construction de sa case. La termitière en langue locale malinké se dit toh, d'où le nom de son village Tonon qui signifie « à l'intérieur de la termitière ». Ce village se situe à environ deux kilomètres de Gbogolo. Avant d'aller s'établir à Tonon, Bobo recommanda à son étranger de bien prendre soin de la montagne qu'il adorait.
La distance qui séparait les deux hommes n'affecta pas du tout leur amitié. Ainsi, Bobo donna en mariage sa fille Makoumba Dosso à son étranger. Elle eut douze fils dont l'aîné s'appelait Dadou Dosso.
« Kiamogh Djouammueu » décida un jour d'effectuer le pèlerinage à la Mecque. Avant son départ, il confia sa femme et ses enfants à son hôte et beau-père Bobo Dosso. Après sept ans d'absence, El Hadj « Kiamogh Djouammueu » Dosso, entreprit son retour de la Mecque. À l'orée du village de Gbogolo, il s'assit en route, non loin de la montagne bobo-lé-goulè, dans un endroit appelé « Gnaangna » et envoya un messager pour annoncer la bonne nouvelle de son arrivée à la population. Celle-ci, très heureuse, se mit en tenue de guerrier, battant des tam-tams pour aller accueillir l'érudit venant de La Mecque.
À la vue de ce spectacle affligeant pour un musulman, El Hadj « Kiamogh Djouammueu » aurait demandé au Tout-Puissant sa disparition aux yeux des humains. Cette prière aurait été immédiatement exaucée et l'homme de Dieu disparut à jamais. À l'endroit où il s'était assis, l'on ne retrouva que son chasse-mouches et son chapelet qui sont précieusement conservés par le doyen d'âge du village de Gbogolo de nos jours.
Le nom du village Gbogolo provient de gbogh-lo qui signifie « dans les roseaux » On appelle roseau diverses plantes des sols humides d'assez grande taille, à tige creuse et rigide, plus ou moins ligneuse. Un lieu planté de roseaux est une roselière, biotope très riche en particulier pour la faune aviaire., le village ayant été bâti près d'une roselière. Les anciens disaient bogh-lo, d'où l'ancien nom de Bogolo ou Bogholo attribué au village.
Éducation et santé Le village comporte une école primaire et dispose également d'un centre de santé et d'une infirmerie qui servent pour les villages environnants. Les premiers enseignements à l'école de Gbogolo ont été dispensés au cours de l'année scolaire 1968-1969. En raison de la crise sociopolitique du pays, les installations scolaires et sanitaires s'étaient grandement dégradées. Une restauration des locaux est en cours, avec l'aide d'ONG et d'ambassades étrangères.
Le centre de santé comprend une infirmerie et une maternité.
L’accès à l’eau potable constitue une contrainte majeure pour une grande partie de la population du canton Tiéma. Le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement, lié au manque d’hygiène, est la première cause de mortalité en Afrique, et constitue un obstacle majeur au développement Chaque jour, on impute au manque d'eau potable le décès de 4 900 enfants en Afrique. Chaque année 1,8 million d’enfants meurent des suites d’une pathologie liée à la consommation d’une eau insalubre... La corvée d'eau représente une fatigue quotidienne pour les femmes et les enfants, faite de longues attentes et parfois de conflits autour des points de ravitaillement en période sèche.
Pourtant le village de Gbogolo dispose d'au moins une pompe hydraulique, mais les villageois n'apprécient pas l'eau qui en est issue pour cause de goût, semble-t-il.
L’hygiène devient difficile en période de sécheresse
Comment se laver quand on a tout juste de l’eau pour boire en saison sèche? À cette période, les points d'eau tarissent. L’hygiène corporelle devient alors un luxe pour un grand nombre d'habitants. Un état de fait qui laisse le champ libre aux infections notamment cutanées et oculaires. Il importe alors d'envisager sérieusement la construction d'un château d'eau permettant d'obtenir de l'eau potable en quantité suffisante et en tout temps Les maladies liées à l’eau sont nombreuses dans certaines régions africaines : diarrhées, choléra, typhoïde, hépatites A, vers intestinaux, draconculose. Les enfants et les personnes âgées sont les personnes les plus exposées aux risques sanitaires. Les parasites intestinaux peuvent également provoquer, à des degrés divers, des anémies, de la malnutrition ou des problèmes de croissance..
Langues La langue véhiculaire parlée, et comprise par la majeure partie de la population du département de Séguéla est le worodugukakan Selon l'Enquête sociolinguistique en langues manding publiée dans la collection SIL International, en 2007 par Douglas Boone, Mike Boling, Lamine Silué et MaryAnne Augustin, le worodougoukakan est parlé dans les Sous-Préfectures de Sifié, Séguéla, Massala, Dualla, Worofla, Kani et Djibrosso. Il y a de petites nuances d’accent. Si un Worodougouka parle aux gens de Touba, de Tiéningboué ou d’Odienné, ils se comprennent. Si leurs enfants vont à Touba, à Djibrosso, à Mankono ou à Tiéningboué, ils comprennent tout de suite ces parlers. Ce qui n’est pas le cas à Odienné., qui est une composante du groupe Malinké. Le worodugukakan se subdivise en trois dialectes principaux, à savoir le koyaakan parlé essentiellement par les Koyaas ou Koyakas dans la sous-préfecture de Mankono, le séguélakakan dans le Département de Séguéla et le kaningakan utilisé dans le département de Kani. Ces trois langues mandingues sont semblables. Le Séguélakakan est appelé bakokakan par les ressortissants de Mankono M.J.DERIVE souligne dans Étude dialectologique de l'aire manding de Côte-d'Ivoire, Volume 1 que "Le worodugukakan est parlé dans la région appelée Worodougou qui signifie pays de la cola, à cause de l'importance des services commerciaux dans cette région [pendant la période précoloniale et coloniale] : les marchands du sahel venaient échanger leurs blocs de sel contre les précieuses colas produites dans les zones forestières du sud. Cependant, si on appelle Worodougou, l'ensemble des départements de Séguela, Mankono et Kani, l'aire du worodugukakan ne s'étend que sur les sous-préfectures de Séguela, Dualla, Massala, Sifié et Worofla [dans le département de Séguela]. À l'intérieur de ce vaste ensemble, on peut encore distinguer plusieurs variétés régionales comme le seguelakakan parlé dans les sous-préfectures de Séguela, Massala, et Sifié, le watarakan et le nigbikakan dont les aires d'extension se situent respectivement l'une au nord de la sous-préfecture de Worofla et l'autre au sud de cette même sous-préfecture". Mais, en fait, comme le dit Y. Keita (1976), "à la limite, on pourrait même dire qu'il existe autant de variétés du worodugukakan qu'il y a de villages". [A contrario], le parler du worodugukakan s'oppose très nettement aux parlers de Kani ou de Mankono.. Dans le canton Tiéma dont fait partie le village de Gbogolo, le parler est légèrement différent de celui de Séguéla.
Population Il n'existe pas de statistiques actuelles disponibles sur l'effectif de la population de Gbogolo. Cependant, l'on estime le nombre d'habitants du village à un millier. La population est essentiellement composée de Malinkés (Dioulas). Mais on rencontre également un nombre réduit de Gouros, de Sénoufos et de ressortissants du Mali et du Burkina Faso. La majorité des habitants portent le patronyme Dosso ce qui atteste de leur descendance d'un même patriarche. Ce nom est également utilisé dans les autres villages du canton. En langue manding, Dosso signifie chasseur. Les habitants de Gbogolo sont des Gbogolokas. Ils sont également appelés Tiémakas car étant issus du cantion Tiéma.
La situation géographique du canton Tiéma, entre savane et forêt, en fait une terre privilégiée de rencontres pour plusieurs coutumes. L'un des traits les plus caractéristiques de l'ethnie Malinké c'est l'existence de la notion de famille élargie. Le chef de famille c'est le père, ou plus généralement l'homme le plus âgé ; à la mort du père, les responsabilités de chef de famille sont assumées par l'oncle aîné qui doit hériter des biens, de la descendance du défunt et souvent des veuves. Le patriarche regroupe autour de lui ses femmes et ses enfants, ses frères avec leurs femmes et leurs enfants. Les étrangers qui ont séjourné dans une famille pendant plusieurs années deviennent des membres à part entière de cette famille. Tous travaillent pour le compte du chef de famille. C'est lui qui répartit les tâches et chacun doit lui rendre compte de ses activités.