La commune de Barzan, en Charente-Maritime, abrite un site archéologique gallo-romain majeur, faisant l'objet de fouilles programmées depuis 1994. Les photographies aériennes et les fouilles archéologiques ont révélé la présence d'une ville portuaire gallo-romaine de grande importance (temple gallo-romain monumental, thermes, forum, théâtre...) située entre les communes de Barzan, Talmont-sur-Gironde et Arces-sur-Gironde. dans le département de la Charente-Maritime.

Il semble presque certain que cette ville gallo-romaine, dont l'apogée se situe au , soit la Novioregum indiquée dans l'itinéraire d'AntoninKarine Robin, « Novioregum, ville portuaire antique », article paru dans Archéologia no 430, 02/02/2006. Cette ville pourrait également être le Portus Santonum (port des Santons) décrit par Ptolémée.

Histoire du site Des habitats préhistoriques

Les environs sont occupés très tôt, au moins dès l'époque néolithique, ce dont atteste la découverte de nombreux vestiges en divers points de la commune de Barzan, notamment à proximité de la colline de La Garde, un plateau surplombant l'estuaire de la Gironde. Dès 1877, Eutrope Jouan, un historien local, rapporte l'exhumation de fragments de haches polies ainsi que de pointes de flèchesJ. Eutrope Jouan, Monographie de Barzan, 1877. Cette découverte est complétée presque un siècle plus tard, en 1970, lors du nivellement du terrain consécutif au démantèlement d'un réservoir américain construit en 1917. Ces travaux permirent la mise au jour de restes de céramiques attribuées aux groupes des MatignonsGuy Binot, Histoire de Royan et de la presqu'île d'Arvert, éditions Le Croît vif, 1994 et des Peu-richardiensLa civilisation de Peu-Richard est caractérisée par une céramique décorée de cannelures horizontales et ocellées et par des « camps » entourés de doubles fossés. Elle doit son nom au hameau de Peu-Richard, situé à Thénac, commune voisine de Barzan. Des couches de cendres et des pierres de foyers retrouvées à proximité, ainsi que la présence d'une nécropole à quelques mètres du site, permirent dès lors de prouver la présence d'un habitat à cet endroit, environ ans avant notre èreLe patrimoine des communes de la Charente-Maritime, éditions Flohic, p 269.

En 1975, une campagne de prospection aérienne menée par Jacques Dassié confirme ce fait, et montre en outre la présence de fortifications autour de ce camp, celles-ci étant principalement composées de fossés et d'entrées en chicane., un ingénieux dispositif exposant dangereusement les éventuels assaillants. Deux autres sites préhistoriques plus récents, datés de l'âge du bronze, ont été découverts à proximité : l'un près du lieu-dit « le moulin du Fâ », l'autre sur le flanc nord-est de la colline de La Garde, à proximité du lieu-dit « Les Piloquets ». Ce dernier site fut découvert par hasard en 1980, lors de la plantation d'une vigne : il révéla notamment plusieurs haches en bronze datées d'environ 1800 avant notre ère, actuellement exposées au musée de Royan.

Un temple

Aux alentours du avant notre ère, la Saintonge est habitée par le peuple gaulois des Santons. Ceux-ci firent de Saintes, leur capitale. Ce peuple celte s'installa à son tour sur le site du Fâ, y bâtissant notamment un sanctuaire monumental, lequel se situe sur une hauteur dominant l'estuaire de la GirondeGallia, publication du CNRS, 1944. Ce sont eux qui fondèrent la ville, embryon de la métropole romaine qui s'étend à cet endroit quelques siècles plus tardJean-Noël Luc, Jean Combes, Michel Luc, La Charente-Maritime : l’Aunis et la Saintonge des origines à nos jours, éditions Bordessoules, 1981. Des prospections aériennes récentes ont par ailleurs révélé les traces de deux autres temples celtiques, localisés sur la colline de La Garde.

Une campagne de fouilles entreprises sous la direction de Karine Robin de 1996 à 2002 a également permis de mettre au jour des céramiques gauloises et hispaniques datant du avant notre ère, ce qui permet d'envisager la présence d'un port de commerce dès cette époque. De même, des pièces de monnaie gauloise ont été découvertes en 1997. Les plus anciennes auraient été frappées à la fin du avant notre èreFabien Lorre, « Les monnaies du Fâ ».

L'époque romaine : émergence d'une ville portuaire

La province des Santons est conquise par les Romains en 58 avant l'ère chrétienne. C'est le début de l'âge d'or pour sa capitale, Mediolanum Santonum (Saintes) qui devient la première capitale de la province romaine d'Aquitaine. La ville de Novioregum, seconde agglomération de la civitas santonum (subdivision administrative de l'empire romain) semble alors avoir été un emporium, c'est-à-dire un comptoir commercial, ce qui s'explique aisément par sa situation géographique, non loin de l'embouchure de la Gironde. Les premières constructions importantes furent probablement édifiées sous le règne des empereurs Flaviens (de 69 à 96), comme l'attestent des restes de statues ainsi que plusieurs chapiteaux corinthiens datant de cette époqueLouis Maurin, Villes et agglomérations urbaines antiques du Sud-Ouest de la Gaule : histoire et archéologie, Centre national de la recherche scientifique, 1992. La ville semble avoir connu son âge d'or vers le IIe siècle de notre ère, sous le règne des Antonins. La ville se pare de monuments importants : théâtre, avenues, port et entrepôts (horrea). Les thermes sont agrandis à cette époque.Un

La ville, prospère, est signalée par l’Itinéraire d'Antonin, publié au IIIe siècle de notre ère, sous le règne de l'empereur romain Dioclétien. Il situe Novioregum sur l'axe routier menant de Saintes à Bordeaux via Blaye, à 15 lieues de Saintes (environ 35 kilomètres) et 12 lieues de Tamnum, une cité qui selon Jacques Dassié, aurait été située près de Consac (environ 29 kilomètres). Celui-ci fonde son hypothèse sur l'utilisation possible d'une grande lieue gauloise de 2450 mètres en lieu et place du mille romain.

La fin de la ville antique

Déclin, abandon et oubli La ville conserve quelque importance jusqu'à la fin du , avant de décliner pour des raisons encore inconnues à ce jour. La théorie de l'envasement du port — sans doute poumon économique de la ville — est envisagée, sans que de véritables preuves ne soient établies à l'heure actuelle. Ce phénomène, fréquent dans la région, causa la perte au d'un autre grand port de la région : Brouage.

À l'aube du Moyen Âge, l'antique cité romaine devient une carrière de pierres. Des éléments décoratifs sont réemployés dans des maisons ou des églises de la région, et des fûts de colonnes romaines servent longtemps de margelles pour les puits des villages environnants (l'une d'elles, datée du , sert de fonts baptismaux dans l'église d'Épargnes, un village voisin). Au , un moulin à vent est édifié sur le podium de l'ancien temple : le moulin du Fâ (déformation probable du terme fanum).

Une occupation insoupçonnée à l'époque médiévale Des recherches entreprises en 2015-2017 ont mis en lumière une occupation tardo-antique et alto-médiévale du site. En effet, des occupations sont attestées par des éléments comme des fonds de cabanes, des réaménagements, des silos, des puits et des sépultures aux époques mérovingiennes et carolingiennes, tant au cœur de l'agglomération antique qu'à ses abords.

Redécouverte

Des ruines qui intriguent

De fait, si la présence de ruines antiques à Barzan est connue depuis plusieurs siècles (l'ingénieur royal Claude Masse, en poste en Aunis et Saintonge entre 1694 et 1715, note leur présencein Mémoires — 1712-1715, par Claude Masse), leur importance est longtemps sous-estimée. Le premier à l'entrevoir fut l'abbé Auguste Lacurie, secrétaire de la Société archéologique de Saintes à la fin du . En 1844, il émet l'hypothèse que les ruines visibles à Barzan pourraient bien être celles de la ville antique de Novioregum, dont on cherchait la trace depuis des siècles. Cependant, plusieurs personnalités importantes dans le domaine de l'archéologie, tel Léon Massiou, un historien originaire de Saujon faisant autorité à cette époque, contestent cette hypothèse, notamment dans un ouvrage paru en 1924Les villes disparues : Tamnum, Novioregum.

Celui-ci mène personnellement une campagne de fouilles archéologiques auprès du site dit du moulin du Fâ entre 1921 et 1924. Outre le temple et le théâtre, connus depuis les descriptions de Claude Masse, cette campagne permet d'exhumer les vestiges d'un aqueduc, puis de thermes, confirmant la présence d'une cité de quelque importance à cet emplacementLouis Maurin et Dominique Tardy, La Charente-Maritime, pré-inventaire archéologique.

L'importance de ces découvertes aboutit au classement du site par les monuments historiques en 1937 et 1939.

Novioregum

De 1935 à 1957, Louis Basalo, un architecte et archéologue royannais, effectue également des fouilles, explorant l'aqueduc, fouillant les thermes romains. Durant cette campagne, une stèle votive est découverte à environ vingt mètres du sanctuaire principal. L'inscription qui y figurait (C[aius] Cæcilius galeria civilis mart[i]) est sans doute une dédicace au dieu Mars. Malgré d'importantes découvertes, c'est seulement en 1975, à la faveur d'une importante sécheresse, que Jacques Dassié réalisa des photographies aériennes éclairant d’un jour nouveau le site archéologiqueJacques Dassié déclara : , dévoilant un site bien plus important que ce qui était soupçonné jusqu'alorsPlan de Novioregum. Sous les cultures et la végétation, ce n'est rien de moins qu'une ville de 140 hectares — comparable aux grandes métropoles romaines de Saintes (130 ha), Poitiers (environ 150 ha) ou Bordeaux (entre 150 et 170 ha), comportant temples, thermes, théâtre, entrepôts, forum, habitations, avenues qui est dévoilé.

Le site, d'abord occupé par des propriétés privées, fut racheté par la municipalité de Barzan en 1993, année de la création de l'association ASSA Barzan, chargée de l'exploitation du site. Des fouilles structurées débutèrent en 1994, supervisées par l'Université Bordeaux III et par l’Université de La Rochelle.

En 1994, le ministère de la Culture confie à Pierre Aupert, directeur de recherches au CNRS, les fouilles sur le sanctuaire du Fâ. Celles-ci révèlent notamment la construction de deux temples successifs, l'existence d'une vaste fosse (peut-être sacrificielle) et les repères de la construction du podium.

En 1999, des sondages positifs ont été effectués par Laurence Tranoy au lieu-dit le Trésor, à l'emplacement de ce que l'on suppose avoir été le forum, au croisement du cardo maximus et du decumanus.

De 1998 à 2004, les fouilles des thermes romains, au nord du Fâ, sont conduites par Alain Bouet, maître de conférences HDR à l’Université de Bordeaux et spécialiste de l'époque gallo-romaine. Celles-ci révèlent bientôt l'existence d'un des plus grands ensembles connus en Gaule à ce jour. De 2002 à 2009, Alain Bouet participa également aux fouilles des entrepôts de stockage (les horrea) un peu au sud du sanctuaire du Fâ, révélant des magasins de grandes dimensions et l'importance du port antiqueAlain Bouet, « Les thermes de Barzan », in Les dossiers d'Archéologia n°323, p 31.

Une campagne de fouilles menées entre 2006 et 2008 sur le sanctuaire du Fâ ont également révélé les murs du péribole montrant les deux enceintes successives, dont la seconde, monumentale, mesurait environ × .

Reprises en 2007 par Graziella Tendron et Antoine Nadeau (EVEHA), les fouilles du théâtre, sur le site de La Garde, se sont déroulées jusqu'en 2017. Un imposant édifice de 81 m de diamètre et pouvant accueillir environ 5 000 spectateurs a été dégagé, puis remblayé afin d'en conserver les vestiges.

Description du site

Les monuments identifiés

Le temple monumental du Fâ