L'abbaye de Melk est une célèbre abbaye bénédictine de Basse-Autriche, faisant partie de la congrégation bénédictine d'Autriche.

Située dans la région touristique de la Wachau, elle surplombe la ville de Melk, et le Danube. Bien que l'abbaye ait été fondée au , les bâtiments actuels datent de l'époque baroque, ils sont l'œuvre de l'architecte Jakob Prandtauer. Après sa mort, en 1726, les travaux sont achevés d'après ses plans par son élève Franz Munggenast. L'école de l'abbaye de Melk est située dans l'abbaye.

vignette|L'abbaye de Melk avec la Melk à son entrée dans le Danube. vignette|Vue ouest de l'abbaye de Melk. vignette|Vue aérienne de l'abbaye de Melk et de son parc

Histoire Moyen Âge Melk doit son nom à la rivière Medjilica (en slave = rivière frontalière), et est mentionné pour la première fois dans un document officiel en 831. Après les guerres menées par Charlemagne contre les Avars, les territoires de l'Est, dont Melk faisait partie, furent administrés par un comte des Marches. C'est approximativement à cette période que l'on éleva un château fort sur le rocher surplombant le Danube.

Après la bataille du Lechfeld (955), Othon le Grand remit à Luitpold, de la famille des Babenberg, les anciens territoires de l'Est. En 996 cette marche est désignée pour la première fois sous le nom de Ostarrichi.

Sous les Babenberg Le château fort de Melk était la possession du comte bavarois Sizo. À l'occasion d'une rivalité entre le duc de Bavière Henri le Querelleur et l'empereur Othon II, Sizo se rangea aux côtés du Querelleur. Léopold de Babenberg prit parti pour l'empereur, défit Sizo et prit possession du château de Melk, qui devint sa résidence.

Les étroites relations établies entre les Babenberg et les religieux de Melk sont attestées par différents objets d'art et de dévotion qui sont encore en possession de l'abbaye, par exemple une relique de la Vraie Croix, offerte par le margrave Adalbert, ou un petit autel portatif de Swanhilde, l'épouse d'Ernest le Valeureux. Le , Henri fit transporter à Melk la dépouille mortelle de saint Colman, un fils de roi irlandais, mort en martyr (alors qu'il se rendait en croisade en Terre sainte, il fut pris pour un espion et capturé à Stockerau près de Vienne, puis pendu). Le , Léopold II appela à Melk des bénédictins de Lambach, en remplacement des chanoines du chapitre qui y étaient depuis plusieurs décennies. Plus tard, Léopold III attribua au monastère, par une lettre de donation de 1113, des terres situées aux confins de l'ancienne Marche de l'Est, ainsi que très certainement le château des Babenberg à Melk.

Après que Vienne eut été choisie comme nouvelle résidence des Babenberg, Melk perdit quelque peu les faveurs du souverain, mais le monastère prit un essor rapide et parvint à un grand épanouissement intellectuel et culturel. C'est alors que furent créés une école monastique (mentionnée en 1160) et un atelier de copistes.

Décadence économique au Le se déclara dans le monastère un terrible incendie qui détruisit presque tous les bâtiments. Grâce aux efforts considérables de l'abbé Ulrich II (1306-1324), il fut possible de reconstruire l'église et les locaux d'habitation, mais on ne parvint pas à rétablir véritablement la situation d'origine. À cela vinrent s'ajouter la peste, les mauvaises récoltes…

La réforme de Melk Le concile de Constance (1414-1418) avait décidé de réformer les monastères. , un moine autrichien formé à Subiaco, fut désigné par pour introduire la réforme dans les abbayes du duché d'Autriche. Melk fut choisie pour point de départ de la réforme et Nikolaus Seyringer fut nommé abbé. Le monastère devint bientôt un modèle de discipline régulière, et le nombre de vocations augmenta. Melk fut chargé de l'inspection, ses conventuels furent nommés abbés dans différents monastères d'Autriche et d'Allemagne du sud. Une grande partie des « manuscrits de Melk » date de cette période.

Temps Modernes

La réforme protestante, la menace turque et la contre-réforme Comme la Réforme protestante se propageait et que surtout le danger turc grandissait, la vie intellectuelle du monastère allait en s'affaiblissant. Melk dut aux interventions des souverains de ne pas disparaitre définitivement. L'impulsion qui devait conduire au redressement fut le fait d'un groupe d'Allemands du sud qui entrèrent à Melk après avoir reçu une formation dans les écoles jésuites de leur pays d'origine. En dépit de la guerre de Trente Ans et de la menace constante que faisaient peser les Turcs, la situation économique se rétablit complètement. Peu à peu, les abbés créèrent les bases financières qui rendirent possibles les grandioses transformations à l'époque du baroque.

La période baroque Le fut élu un jeune abbé de 30 ans, Berthold Dietmayr, qui sut trouver les moyens pour imposer ses idées, malgré les résistances de sa propre communauté. Avec détermination, il se mit à la transformation du monastère, après avoir trouvé en Jakob Prandtauer, architecte de St. Polten, un partenaire d'un génie égal au sien. En 40 ans à peine, l'abbaye prit sa forme actuelle. Les artistes baroques les plus importants d'Autriche y ont mis tout leur talent. À peine achevé, le monastère fut très gravement endommagé par un incendie. L'abbé Berthold mourut peu après. Les travaux furent achevés pendant le ministère de l'abbé Adrian Pliemel. À la mort de Prandtauer, c'est Josef Munggenast qui prit la direction des chantiers. Parallèlement, le monastère connut un renouveau de sa vie intellectuelle et artistique.

Le despotisme éclairé de Joseph II et ses conséquences Comme tous les courants intellectuels, la philosophie des Lumières ne gagna l'Autriche qu'assez lentement et sous forme édulcorée, mais son influence n'en fut que plus longue. Sous Joseph II (1780-1790) cependant, les idées nouvelles s'imposèrent rapidement. Un décret impérial imposa aux religieux de passer par le séminaire général de Vienne, où ils recevaient une éducation conforme à l'esprit du siècle. Le monastère échappa à la fermeture, mais eut à supporter de nouvelles servitudes.

Époque Contemporaine Si de nombreux décrets de Joseph II furent rapportés après sa mort, l'esprit joséphiste n'en persista pas moins jusqu'à l'époque actuelle. Les guerres napoléoniennes et les rétrocessions forcées de terres après la révolution de 1848 entraînèrent d'importantes charges financières et restructurations économiques. Malgré cela, sous l'abbé Wilhelm Eder (1838-1866), la rénovation devenue urgente de l'ensemble baroque, ainsi que la création d'un nouveau lycée, furent menées à bien.

Visite de l'abbaye vignette|Une fresque de Paul Troger relatant l'histoire de l'abbaye. Réalisée en 1745. Le portail d'entrée Le visiteur pénètre dans les bâtiments abbatiaux en passant entre deux imposants bastions, celui du sud fut élevé en 1650 pour servir de fortification, le bastion nord fut édifié par Jakob Prandtauer dans le but d'équilibrer la perspective. Deux statues sur haut piédestal représentent saint Léopold (à droite) et saint Colman (à gauche). Après avoir passé le porche d'entrée octogonal surmonté d'une coupole ouverte, on accède à la première cour. Sur la droite on aperçoit l'une des deux tours appelées «tours des Babenberg », qui font partie de l'ancien système de fortification.

La façade Est Elle est dominée par une réplique de la Croix de Melk, qui fait partie du trésor de l'abbaye. L'inscription au fronton rappelle, sur le plan théologique, la valeur relative de toute grandeur et de toute gloire : Absit gloriari nisi in cruce (Que par la Croix seule, soit la gloire). Au-dessus du portail en plein-cintre, se trouve un petit balcon depuis lequel l'abbé saluait ses hôtes, au-dessous figurent les armoiries de l'abbaye, deux clés d'or croisées sur fond d'azur. On reconnait, sur deux petits socles, les deux Princes des Apôtres, Pierre et Paul, les saints patrons de l'église.

La cour des prélats

Le visiteur passe sous le porche saint Benoit (Benediktihalle) et se retrouve dans la cour des prélats à la fois élégante et majestueuse. Le regard se pose d'emblée sur la coupole de l'église et sur les deux tours qui la flanquent. La fontaine, formée au , a été installée ici au début du .

L'escalier et la galerie des empereurs thumb|left|Escalier en colimaçon de l'abbaye. L'escalier des empereurs conduit à l'aile d'apparat de l'abbaye et aux appartements impériaux. Un groupe d'allégorie accompagne un cartouche portant l'inscription Constantia et Fortitudine (avec persévérance et bravoure), devise de l'empereur Charles VI qui entretint des relations amicales avec la maison et sous le règne duquel eut lieu l'édification de Melk. La partie supérieure de l'escalier en particulier témoigne de la sensibilité et du goût de l'artiste, ainsi que de son sens très sûr des proportions. L'escalier mène au premier étage à l'aile des empereurs. Sur le palier, deux grands portraits de l'impératrice Marie-Thérèse et de son époux, François III de Lorraine, évoquent la période de construction de cette partie de la maison. Aux murs du couloir des empereurs s'aligne une série complète des portraits des souverains autrichiens.

Les appartements impériaux Ils ont été en grande partie transformés en musée, regroupant du mobilier et des décors liturgiques, notamment des reliquaires (dont saint Coloman), calices, ostensoirs, mitres, autel portatif en ivoire représentant des scènes évangéliques.

La terrasse Une imposante terrasse dégage la vue sur la façade de l'église. C'est cette solution architecturale qui différencie Melk d'édifices semblables de la période baroque et qui, malgré les formes baroques, met en relief son caractère sacré. L'église domine nettement l'ensemble des bâtiments abbatiaux, avec ses tours et avec sa vaste coupole octogonale reconstruites par Josef Munggenast après l'incendie de 1738.

La bibliothèque vignette|gauche|Vue générale de la bibliothèque. La bibliothèque () existe depuis la fondation de l'abbaye. La fresque du plafond, peinte par Paul Troger (1731-32), représente une allégorie de la Foi, elle est le pendant thématique de la salle de marbre qui met en scène la sagesse humaine. Autour du personnage central (une femme soutenant dans une main le Livre aux sept sceaux et l'agneau de l'Apocalypse, et s'appuyant de l'autre sur un écu au motif de l'Esprit saint sous forme de colombe), évoluent des groupes distincts représentant les quatre vertus cardinales : la sagesse, l'équité, la force et la tempérance. Les statues en bois doré, placées aux entrées, symbolisent les quatre facultés : le droit, la médecine, la philosophie et la théologie. Le globe terrestre et la sphère céleste sont de Vincenzo Coronelli (1670).

La bibliothèque de l'abbaye de Melk renferme environ volumes, manuscrits du , 800 manuscrits des , et 850 incunables. Les manuscrits et incunables les plus intéressants sont exposés sous verre.

L'église Les fresques vignette|Plafond de l'église Les fresques des voûtes de la nef et des bas-côtés sont l'œuvre du maître salzbourgeois Johann Michael Rottmayr. La travée centrale est consacrée à saint Benoît, entouré d'allégories représentant la lutte contre le mal. Sur l'arc avant le dernier panneau, on distingue une colombe, l'âme de sainte Scolastique qui précède dans le ciel celle de son frère saint Benoît. Dans la dernière travée, le saint dans la gloire de Dieu : il a retrouvé sa jeunesse, ainsi qu'aimait à se le représenter l'imagination populaire, et il entre dans la joie du Seigneur.

Les autels latéraux