Le Touat est une région de l'ouest du Sahara algérien, située au sud-ouest du Grand Erg occidental, dans la wilaya d'Adrar.
La composition de la population du Touat est diverse. On y retrouve des Subsahariens, des Berbères, des Haratines, des Arabes. La région a été peuplée par une communauté juive dans l'Antiquité et au Moyen Âge, notamment à Tamantit.
Géographie
Situation thumb|right|150px|Localisation du Touat dans la wilaya d'Adrar.
Dans un sens plus large, le nom de Touat désigne aussi un ensemble régional, le « grand Touat », qui regroupe le Touat proprement dit, le Gourara et le Tidikelthttps://books.openedition.org/psorbonne/55482. Cet ensemble s'étend au sud du Grand Erg occidental, une vaste zone de dunes inhabitée, et se compose d'une succession d'oasis réparties autour du plateau du Tademaït.
La région du Touat est située dans l'actuelle wilaya d'Adrar. Elle est délimitée : au nord-ouest, par le Grand Erg occidental, par la région du Gourara et le plateau du Tademaït ; à l'est, par la plaine du Tidikelt ; au sud et à l'ouest, par l'Erg Chech.
Relief et hydrographie La région du Touat s'étend le long de la vallée de l’Oued Messaoud, sur une distance de environ.
Villes et oasis thumb|right|150px|Villes du Touat.
Les oasis forment un chapelet d'îlots de peuplement sédentaire, comme un « archipel oasien ». L'habitat y est groupé en ksour. Les ksour d'un même lieu se rassemblent souvent en une seule agglomération : c'est le cas de Tamantit, formée de plusieurs ksour contigus.
Les villes du Touat sont implantées le long de l'oued Messaoud et de la route nationale 6, selon une orientation nord-ouest - sud-est. Les principales localités du Touat sont : Adrar, Bouda, Tamantit, Zaouiet Kounta, Sali et Reggane.
Climat Le Touat bénéficie d'un climat désertique chaud (Classification de Köppen BWh) nettement accentué, très chaud et très sec toute l'année car la région est située dans la zone saharienne hyper-aride, au cœur du plus grand désert chaud de la planète. En été, les températures maximales moyennes sont uniformément supérieures à alors que les températures moyennes minimales avoisinent les . Néanmoins, la région est sujette à de nombreux pics de chaleur pouvant atteindre à l'ombre ou davantage, bien que de telles températures maximales soient rarement déclarées de façon officielle.. En hiver, les températures maximales moyennes restent supérieures à alors que les températures moyennes minimales descendent à environ avec certaines gelées nocturnes possibles mais rares. Même en hiver, le climat reste chaud, sec, ensoleillé et très agréable. C'est un des secteurs les plus chauds en Algérie. Les précipitations moyennes annuelles avoisinent et il peut facilement se passer plusieurs années sans aucune précipitation du tout. La durée moyenne d'ensoleillement annuel se situe entre par an, soit un des taux les plus élevés au monde et la présence de nuages dans le ciel est rare. L'aridité y est extrême et l'évaporation y atteint des valeurs considérables à cause de la chaleur extrême et des vents desséchants qui balayent régulièrement la région. C'est une des régions les plus chaudes, les plus sèches, les plus arides et les plus ensoleillées au monde.
Histoire
vignette|droite|Routes commerciales transahariennes.
Antiquité La communauté juive du Touat s'est établie dans cette région au cours des . Leur installation a lieu en 70 , à la suite de la chute de Jérusalem, et après les répressions exercées par Marcius Turbo en 115 en Cyrénaïque.
Période médiévale Au Moyen Âge, les habitants du Touat étaient proches de deux villes importantes au Sahara, à l'Ouest Sijilmassa et à l'Est Ouargla. Les Banou Midrar des Meknassas étaient à l'Est et l'Ouest et étaient des Sufrites, ils fondent Sidjlimassa et contrôlaient les routes vers Bilad al Habech (pays des Noirs) et Bilad Soudan. Ces Miknissa avaient le contrôle de plusieurs villes dont Tiaret. Leur capitale reste Sidjlimassa, ce qu'A.G. P Martin et Zerouki (spécialiste de l'histoire ibadites) confirmentLes oasis du Gourara (Sahara algérien) par Rachid Bellil, page 92. Les liens entre Ibn Rustum, fondateur de Tiaret, étaient étroites avec les Banou Midrar. La population de Sijlimassa envoyait la zakât aux rostémides de TiaretLes oasis du Gourara (Sahara algérien), Par Rachid Bellil, page 93. L'influence des ibadites étaient probablement importantes chez les populations locales de la région. Plusieurs historiens rapportent qu'au cours du Moyen Âge, il y avait des Juifs et des Zénètes ibadites de la région qui faisaient du commerce entre Gourara et le Soudan et ils avaient aussi le contrôle des routes.
Les conflits qui opposeront les empires arabes (abbassides, fatimides) aux nekkarites, aux ibadites et aux sufrites au Nord provoque un changement important en Afrique du Nord. Des dynasties berbères se forment tour à tour. À leur tour, elles se confrontent entre elles lorsqu'elles prennent le pouvoir au Maghreb et en Andalousie. Vers le milieu du , les tribus arabes, venues d'Égypte pour réprimer les alliés des Fatimides en Ifriqiya, pénètrent dans le Sahara et vivront avec les populations déjà existantes. Plusieurs dynasties berbères prennent le Maghreb.
Au début du , le Touat est sous l’autorité de l’émir mérinide Abū ‘Alī (1333), roi de Sijilmassa. Mais dès la fin du le Touat du fait du commerce transsaharien rentre dans l'orbite de Tlemcen et des Zianides. Bénéficiant du développement de Tlemcen et de l’essor de Tombouctou, le Touat (sud-ouest de l’Algérie actuelle) fut, dès la fin du , l’une des étapes principales sur les routes reliant l’Afrique du nord (y compris l’Égypte mamelouke) à l’Afrique subsaharienne. L’axe Tlemcen-Touat-Tombouctou joua un rôle singulier en permettant la mise en contact de ces espaces saharien et sahélien avec la capitale zianides alors grand centre d’élaboration du mālikisme. Il devint une voie de transmission du savoir, et contribua à l’arrivée, dans les oasis et jusque dans la boucle du Niger, de savants formés dans cette ville.
Le génois Antonio Malfante parcourt le Sahara à partir de Sijilmassa. Il est le premier européen à parcourir le Touat en 1447.
Histoire des Juifs du Touat La bibliographie concernant cette communauté est assez pauvre et ce paragraphe est fondé principalement sur un article de J. Oliel dans l'Encyclopédie berbère et un livre du même auteur.
Après que la communauté juive de Cyrène a été anéantie lors de la révolte juive des années 115-117, dont la Cyrénaïque semble être l’un des centres, une population se serait réfugiée dans les régions du Mzab et du Touat. Des Juifs d'Irak et d'Arabie les auraient rejoint aux et . Toutefois, on ne connaît pas précisément l'histoire des Juifs au Touat avant l'arrivée des musulmans au .
L’histoire de l’entité juive touatienne n’a été vraiment connue qu’après l’arrivée des Français, en 1900. Une lettre de 1235 trouvée dans la Guéniza du Caire fait état d’un commerce caravanier de matières et objets précieux transitant par le Touat où les Juifs tenaient des rôles variés allant de commanditaires aux simples chameliers. Une stèle en hébreu datée de 1390 à Tamantit démontre la présence de rabbins et de lithographes juifs. Des Juifs du Touat ont pu renseigner les cartographes majorquins aux et Les sources d’origine hébraïque sont inexistantes en dehors de quelques documents provenant des autorités rabbiniques d’Alger, datés des et attestant l’existence de relations entre les communautés du Touat-Gourara et celles du Maghreb (notamment du Mzab, du Draa, de Tlemcen, Alger et Sijilmassa).
Dans le Touat médiéval, l'équilibre était menacé par les arrivées continuelles de tribus nombreuses et souvent turbulentes. Des tensions se sont succédé tout au long du , rendant particulièrement inconfortable la situation des Juifs, désormais minoritaires et regroupés dans un quartier de Tamentit, pour échapper aux attaques.
Yahya Ibn Yidīr, savant étranger à la région, formé à Tlemcen où il a étudié les sources classiques du mālikisme arrive au Touat en 1441, où il aurait occupé la judicature à Tamanṭīṭ. On ne sait pas si cette désignation était le fait du sultan zianide, ou d’un accord des notables locaux sur un homme reconnu pour ses qualités de savant et son autorité personnelle. Il laisse sa judicature à Abd Allāh al-‘Aṣnūnī, son élève arrivé au Touat en 1458 et qui s'oppose à un autre savant venu de Tlemcen Cheikh Abdelkrim El Maghili. Ce dernier arrivé au Touat vers 1478 fait naître une polémique sur le statut légal des synagogues des ksour du Touat. La communauté juive du Touat est massacrée en 1492 à l'instigation de Cheikh Abdelkrim El Maghili. Léon l’Africain qui traverse le Gourara voisin en 1509 annonce la fin du « petit royaume juif saharien ». Le mot « royaume » n'ayant pas un sens politique, étant donné que le Touat n'avait ni roi, ni armée mais constituait alors une entité économique organisée.
Quelques patronymes juifs comme Touati ou Touitou rappellent des ancêtres à la communauté du Touat mais surtout on leur devrait les foggaras, les galeries d'irrigation des oasis de la région.
Du thumb|Le Maghreb central sous suzeraineté ottomane. Situation des tribus par rapport au pouvoir de la régence.
Pour Kouzmine et al.
Selon Rachid Bellil en 1578 les habitants du Touat font appel au dey d'Alger pour les protéger des razzias qui sont le fait des caïds Tafilalet qui est sous l'autorité des chérifs. Tlemcen étant annexée à la Régence d'Alger, les notables des oasis savent à quelle autorité s'adresser. Ce fut la première fois que les Turcs se déplacèrent aussi profondément au Sahara au sud de Tlemcen.
Les saadiens du Maroc se devaient donc réagir. Le sultan saadien, lance une première expédition en 1581 qui, mal préparée, s'arrête à Figuig. Mais l'année suivante, en 1582, il atteint le Gourara aux moyens de corps expéditionnaires dotés d'armes à feu et commandés par deux chefs, Ahmad Ben Barka et Ahmad Ben Haddad. Les Touatiens utilisent encore épées et javelots, et la défense au moyen des murailles des ksour. Mais cette démonstration de force des Saadiens n’empêche pas les Turcs de maintenir une présence dans la région : en 1582, le fils du bey de Tripoli arrive dans le Touat à la tête d'une délégation d'une dizaine de savants, en 1585, c'est le caïd Hammu Ben Barka qui s'empare du ksar de Timimoun où il séjourne 2 semaines.
En 1591, l'expédition saadienne vers Tombouctou, passe par le Touat. L'influence saharienne des Saadiens est au maximum. Cependant entre 1596 et 1608, la peste s'installe dans l'actuel Maroc, ce qui réduit les déplacements et isole les oasis du Touat et du Gourara : le chroniqueur Sidi Bahaïa note qu'à partir de 1604 on ne voit plus de caïd de l'Ouest arriver au Touat pour y prélever l’impôt. La dynastie saadienne rentre dans une phase de déclin à la suite des querelles de succession. La mort d'Ahmed El Mansour réveille les convoitises turques sur la région : les chroniqueurs du Touat notent ainsi une recrudescence de l'influence turque sur les oasis sahariennes. En 1631, une caravane venue de Ghadamès parvient au Tidikelt, avec une recommandation pour des négociants anglais ; d'autres caravanes de Ghadamès ou de Tripolitaine parviennent au Touat avec des recommandations similaires. Ce qui implique l'existence de personnes pourvues de l'autorité nécessaire pour les faire respecter et acquises aux Turcs.