La tapisserie d'Aubusson est une tradition pluriséculaire, qui consiste à faire un tissage par des procédés lancés par des artisans issus d'Aubusson et de quelques localités de la Creuse en France.

Comptant six siècles d’histoire , elle produit des tentures particulièrement de grandes tailles qui sont destinées à embellir des murs, des tapis et des pièces de mobilier..

L'Unesco a inscrit en 2009 « La tapisserie d’Aubusson » sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité« La tapisserie d’Aubusson », patrimoine culturel immatériel, sur unesco.org., après que ce savoir-faire a été inscrit à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. En 2021, l'inventaire s'agrandit et le ministère de la Culture intègre les savoir-faire des lissiers d’Aubusson-Felletin à l'inventaire français du patrimoine culturel immatériel.

Histoire Origines

vignette|Tapissier, motif sculpté sur un mur d'Aubusson.

Les origines de la tapisserie sont incertaines. Certains auteurs disent qu'elle doit son origine à des Sarrasins qui se seraient installés sur les rives de la Creuse après leur défaite à Poitiers en 732. Ainsi que l'écrit l'abbé Lecler :

Selon d'autres auteurs, tels Adrien Proust ou Adolphe Blanqui,

Une autre origine possible est peut-être liée à Louis de Bourbon, alors comte de la Marche. Il avait confirmé les privilèges d'Aubusson en 1331. En 1310, Louis de Bourbon avait épousé Marie de Hainaut († 1354). Autant d'éléments qui peuvent laisser supposer que le comte de la Marche, voire sa femme, auraient incité des tapissiers flamands à venir sur les bords de Creuse dont on se plaisait déjà à vanter la qualité des eaux acides pour dégraisser la laine et alimenter les teintures.

Que ce soit à l'initiative de Louis de Bourbon ou, peut-être, de marchands désireux de profiter d'une opportunité locale, l'économie drapière se reconvertit. Les paysans possédaient traditionnellement des troupeaux de moutons dont la laine était valorisée localement. Elle allait désormais permettre la fabrication de tapisserie. L'influence flamande fut d'emblée évidente dans les ateliers : même technique de la basse lisse, même sainte patronne (sainte Barbe).

Parmi les divers foyers marchois d’ateliers familiaux, les plus anciennes mentions répertoriées portent sur Felletin, petite ville de la haute vallée de la Creuse associée aux noms de Jacques Bonnyn (1457) et de Jean Béraigne (1473).. À Aubusson même, les premières tapisseries connues ont été tissées par les frères André et Jehan Augeraing (1501).. Les premières productions de la ville voisine de Bellegarde-en-Marche, postérieures, partagent les mêmes caractéristiques.

Au cours du , Simon Évrard, notaire à Ahun et petit-fils de l'enlumineur Évrard d'Espinques, témoigne du développement dans la région de ce qu’il appelle « l'art pilistromate » : « Il y a quatre-vingt-dix ans, de novembre à décembre 1935, les Parisiens découvraient « l’art pilistromate », comme le nommait au Simon Evrard, notaire à Ahun, lors de l’exposition Cinq siècles de tapisseries d’Aubusson ».Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France, vol. 27, 1918, : « le même historien précisait cet art lanifique et pilistromate en disant que les habitants de Felletin , voisins d'Aubusson , étaient des artisans « en art lanifique et autres ouvrages ingénieux de tapisseries textiles de diverses farfilures et couleurs en haute et basse lice ».. .

Au fil du temps, en s'inspirant de Felletin, Aubusson deviendra la capitale mondiale de la tapisserie.

Thèmes

Les lissiers se sont d'abord intéressés aux tapisseries à verdures, puis ont commencé à produire des scènes de chasse ainsi que des scènes religieuses ou historiques. Ils utilisent la laine de mouton comme support pour la tapisserie.

Les verdures vignette|Verdure à la girafe, vers 1600, musée des Hospices civils de Lyon. Les verdures possèdent un aspect énigmatique. L'une des plus belles illustrations est la suite des tapisseries d'Anglards-de-Salers. Les verdures, sous différentes formes, caractérisent la tapisserie marchoise. Les lissiers les tissèrent au mais aussi les siècles suivants.

Encore , elles représentent une part non négligeable de l'activité des ateliers même si elles sont moins en vogue . La verdure, pour beaucoup, incarne la tapisserie d'Aubusson.

Les scènes de chasse Les lissiers ont, au notamment, beaucoup tissé de scènes de chasse : chasse à la licorne, au loup, au lion, au sanglier, au cerf… Les ateliers réalisaient inlassablement des tentures de cette veine. Elles ne sont pas sans rappeler les verdures mais elles représentent dans des tons sobres des personnages, souvent des cavaliers, aidés par des chiens, aux prises avec divers animaux.

Les scènes religieuses Les ateliers marchois trouvaient l'inspiration également dans la religion (la vie des saints, l'Ancien Testament) et la mythologie ou encore dans les sujets historiques.

Manufacture royale

L’activité des lissiers de la ville est en régression au milieu du , lorsque entreprend de la relancer.. En 1665, un édit offre le titre de « manufacture royale » et des facilités de travail à l'ensemble des ateliers privés existants.

En 1732, un nouvel édit royal confirme la mise à la disposition des ateliers d'un peintre pour aider à l'exécution des cartons et d'un teinturier pour conseiller les fabricants, et leur adjoint un assortisseur des laines et des soies. L’édit règlemente également les couleurs utilisées pour les tapisseries, notamment celle des lisières qui doivent être bleues, et la marque du fabricant qui doit être tissée après la mention « Aubusson ». Mais ces dispositions n'ont pas été systématiquement appliquées, et plusieurs pièces conservées montrent que les producteurs ont préféré mentionner leur titre de manufacture royale.

Renaissance de la tapisserie d'Aubusson Au cours du la tapisserie connaît un printemps artistique sous l'influence de Jean Lurçat, avant d'entrer dans une période de crise vers les années 1980..

Grâce à leur savoir-faire, les artisans d'Aubusson et de Felletin ont réalisé une considérable production au centre de la Creuse mais dont les pièces sont éparpillées à travers le monde. On peut ainsi citer les plus grandes tapisseries au monde qui ornent la cathédrale de Coventry, l'opéra de Sydney ou des aéroports au Moyen Orient, toutes tissées à Aubusson ou à Felletin. Le siège de l'Unesco à Paris, le paquebot France, le Kremlin, et de nombreux autres lieux prestigieux ont sur leurs murs de telles tapisseries.

Le classement en 2009 par l'Unesco de la tapisserie d'Aubusson sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité constitue un espoir d'une nouvelle renaissance, au , pour une nouvelle génération qui s'active à faire renaître la flamme de cet art.

De nombreuses tapisseries d'Aubusson sont exposées à la Cité internationale de la tapisserie, qui a remplacé en 2016 le musée ouvert en 1982.. Elles y cohabitent avec les expositions temporaires d'œuvres contemporaines, inspirées par exemple des univers de J. R. R. Tolkien ou de Hayao Miyazaki..

Les artistes Les peintres du vignette|La Naissance de Marie (détail), tapisserie d'Aubusson, cloître Saint-Trophime.

Les nombreux cartons dessinés après 1650 par Isaac Moillon, peintre du roi, ont constitué un riche répertoire pour la tapisserie d'Aubusson.., dès avant qu’elle ne reçoive en 1665 le titre de manufacture royale. Felletin recevra le même privilège en 1689..

Certaines des tapisseries de Moillon sont exposées au château de Villemonteix, en CreuseInventaire du ministère de la Culture..

Les peintres du vignette|La fable du lion amoureux de La Fontaine, d'après Jean-Baptiste Oudry, musée Nissim-de-Camondo, Paris.

Au , à Aubusson, l'apport de Jean-Joseph Dumons est considérable et stimulant. Les ateliers marchois s'inspirent également de peintres comme Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) qui réalise, dès 1731, des modèles pour Aubusson. L'atelier Picqueaux tisse par exemple Les Métamorphoses d'Ovide, étonnamment décorative. On retrouve ce caractère particulier dans les « verdures fines », « les fables de La Fontaine » ou les chasses. Oudry est d'abord un peintre animalier. Devenu directeur artistique des manufactures de Beauvais (1734) et des Gobelins, il exerce une influence très forte sur la tapisserie française et donc sur la production marchoise.

François Boucher (1703-1770) inspire lui aussi les lissiers qui tissent volontiers ses scènes pastorales ou mythologiques. C'est un artiste habile et populaire. Watteau, Jean-Baptiste Huet, Le Brun, Lancret, ainsi que le successeur de Dumons, Jacques-Nicolas Julliard (peintre des manufactures marchoises à partir de 1755), fournissent quantité de modèles. Le rôle de Julliard, élève de Boucher, fut important jusqu'à sa mort, en 1790.

Julliard, comme Dumons avant lui, collabore avec des artistes creusois dont l'un des plus connus est François Finet qui, au , se consacre passionnément à la tapisserie. Il excelle dans les chairs et d'une manière plus générale dans les personnages. En 1760, il devient « peintre en chef de Felletin »… Gilbert Finet et François Roby fournissent également des cartons aux ateliers, tout comme Sallandrouze.

Le travail de Barraband est particulièrement intéressant. Jacques Barraband (1768-1809) connaît une notoriété nationale. Sa gloire naissante est contrariée par la Révolution française. Il doit alors élargir son éventail de production. Il illustre par exemple L'Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique de Le Vaillant ainsi que divers ouvrages. Il crée des décors, réalise des cartons destinés aux Gobelins et aux ateliers de La Savonnerie. Il connaît la gloire lorsqu'il meurt à Lyon où il exerce en tant que professeur à l'École spéciale des arts et dessin.

Avec Barraband, François Roby marque son époque. Professeur de dessin à partir de 1742, il supplée Dumons en fournissant des dessins de tapis et en réalisant des cartons de tapisserie pour la manufacture de Felletin. En 1805, le sous-préfet d'Aubusson affirme dans un rapport que les « fabriques ont éprouvé, dans le cours de la Révolution, un anéantissement complet. Elles se rétablissent depuis quelques années et en ce moment leurs produits sont d'une certaine importance. Le luxe indispensable dans un grand État, pourra leur faire reprendre leur ancienne splendeur. Déjà à Aubusson il a été fabriqué des objets destinés aux palais de l'Empereur et des grands dignitaires. »

Albert Castel, auteur d'un livre paru en 1876Albert Castel, Les Tapisseries, ouvrage illustré de 22 vignettes sur bois par Paul Sellier, Paris, Hachette, , 1876, 316 p., explique que « ce fut l'habitude qu'avaient prise les manufactures d'Aubusson de fabriquer des tapis de pied et de la tapisserie commune qui sauva leur industrie après la Révolution. »

La tapisserie aux s La tapisserie, au , souffre d'un véritable manque de création. Certes une certaine prospérité revient mais son art continue à s'abâtardir. Elle s'emploie de plus en plus à imiter la peinture, perdant ainsi toute personnalité. Les tapissiers reproduisent les nuances des toiles peintes. Dégradés et lointains vaporeux se multiplient à l'infini.

L'État et les pouvoirs publics décident en 1884 de créer l'École nationale d'art décoratif d'Aubusson (ENAD Aubusson). En 1917, Antoine-Marius Martin en est nommé directeur. L'arrivée de ce peintre-graveur constitue une chance pour Aubusson. Il va pendant treize années œuvrer de manière exemplaire en faveur du renouveau de la tapisserie. C'est sous sa direction que l'ENAD participe brillamment à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925 (tapisseries et mobilier tissé de peintres renommés : Paul Véra, Georgette Agutte, Émile Bernard, Paul Deltombe, Louis Valtat, Jules-Émile Zingg, etc. A.-M. Martin donne également leur chance à de jeunes artistes locaux : François Henri Faureau, Élie Maingonnat ou Georges Rougier).