L'Astronome (), ou L'Astrologue, est un tableau de Johannes Vermeer (huile sur toile, ), peint vers 1668 et conservé au musée du Louvre.
Date, signature, encadrement thumb|gauche|upright|Signature de Vermeer. Le tableau est un des quatre seuls de Vermeer, avec L'Entremetteuse (1656) et Le Géographe (1669), à comporter une date — en excluant le très controversé Sainte Praxède (1655). On peut en effet lire, peint sur l'armoire, « MDCLXVIII », soit 1668. La date, au-dessus de laquelle le tableau présente également la signature du peintre, après avoir été mise en douteAlbert Blankert, « L'œuvre de Vermeer dans son temps », in Gilbert Aillaud, Albert Blankert, John Michael Montias, Vermeer, Paris, Hazan, 1985, , — notamment en raison du dessin irrégulier des lettres et de l'existence d'une gravure reproduisant très exactement le tableau, effectuée en 1674, mais ne comportant aucune mention à cet endroit —, a finalement été authentifiée en 1997 par des analyses scientifiquesArthur K. Wheelock, Vermeer: The Complete Works, New York, Harry N. Abrams, 1997.
Le cadre dans lequel il est présenté au musée du Louvre, aux larges bords plaqués de bois roux et entourés de baguettes noires, est d'origine hollandaise, et contemporain de VermeerStéphanie Koenig, notice de L'Astronome sur le site officiel du musée du Louvre. Ligne en ligne. Page consultée le 19 avril 2012.
Description L'astronome
Dans l'encoignure d'une pièce percée d'une fenêtre double (celle de gauche étant coupée par le cadre du tableau), et qui figure le cabinet de travail d'un astronome, un homme aux cheveux longs attachés derrière les oreilles, en ample robe de chambre bleue de soie dite « japonaise », se détourne un instant du livre ouvert devant lui et se lève de sa chaise pour consulter un globe céleste, qu'il fait tourner du bout des doigts en tendant vers lui sa main droite ouverte. Sa main gauche reste appuyée sur le rebord de la table, recouverte d'une lourde draperie bleue aux motifs jaunes, rouges et verts, essentiellement végétaux.
Le point de fuite du tableau, situé légèrement au-dessus de la main gauche de l'astronome, quasiment au centre géométrique de la toile, concentre le regard du spectateur sur le geste suspendu.
L'Astronome et Le Géographe sont les deux seuls tableaux de Vermeer parvenus jusqu'à nous qui prennent comme sujet un homme seul. Outre l'hypothèse fragile d'un autoportrait Anthony Bailey, Vermeer : A View of Delft, New York, Henry Holt and Co., 2001 , . Lire l'extrait en ligne sur le site www.essentialvermeer.com. Page consultée le 17 avril 2012, le modèle a pu être identifié Arthur K. Wheelock Jr., Jan Vermeer, New York, Abrams, 1981, comme étant le drapier et naturaliste delftois Antoni van Leeuwenhoek, un ami du peintre, qui acquit le titre de « géomètre » en 1669, l'année de la réalisation de la toile, et qui fut nommé, à la suite du décès — et de la faillite — de Vermeer en 1675, administrateur des biens de sa familleNorbert Schneider, Vermeer 1632-1675 : Ou les sentiments dissimulés, Cologne, Taschen, 2005, . Cependant, cette identification a été mise en doute, en raison du rapprochement avec un portrait avéré du savant peint par Jan Verkolje, daté de 1686 et actuellement conservé au Rijksmuseum, avec lequel l'astronome de Vermeer entretient des dissemblances physiques que l'écart d'âge seul ne peut expliquerAlbert Blankert, « Catalogue », in Gilles Aillaud et alii, 1986, .
Les objets identifiables Les objets rappelant la science
L'astronome est entouré d'attributs de sa profession. Le globe céleste vers lequel il tend la main a été identifiéJames A. Welu, « Vermeer: his cartographic sources »", in The Art Bulletin, n 57, 1975, comme celui réalisé par Jodocus Hondius en 1600Un des trois exemplaires restants de ce globe céleste est actuellement conservé à au Nederlands Scheepvaartmuseum d'Amsterdam. Voir en ligne. Page consultée le 17 avril 2012 : il était alors vendu avec son équivalent terrestre — qui figure dans Le Géographe et L'Allégorie de la foi — à une époque où astronomie et géographie, exploration des cieux et découverte du monde, étaient intimement liés. Les constellations, peintes selon les motifs mythologiques, sont nettement visibles : on reconnaît la Grande Ourse dans la partie supérieure gauche, le Dragon et Hercule au milieu, et à droite, la Lyre Martin Bailey, Vermeer, Londres, Phaidon, 1995, . Lire l'extrait en ligne sur le site www.essentialvermeer.com. Page consultée le 17 avril 2012.
Juste devant la main gauche de l'astronome, en partie caché par la draperie qui recouvre la table, se trouve un compas, instrument de mesure de l'astronome et du géographe – que tient d'ailleurs à la main Le Géographe de Vermeer. Entre ce compas et le globe, également en partie recouvert par la draperie, un astrolabe réfléchit de manière éblouissante la lumière. Ce dernier a été identifiéKoenraad Van Cleempoel, « Representations of astrolabes in western art », in K. Van Cleempoel (ed.), Astrolabes at Greenwich. A Catalogue of the Astrolabes in the National Maritime Museum, Greenwich, Oxford, Oxford University Press, 2005, comme celui de Willem Jansz. Blaeu, l'auteur de la carte qui apparaît, coupée par le bord gauche du cadre, dans le Géographe. Cet instrument était alors essentiel pour déterminer la position des astres, l'heure solaire et la longitude.
Un autre astrolabe est dessiné sur la page de gauche du livre ouvert devant l'astronome, sur la table. Il s'agit de l'Institutiones Astronomicae Geographicae d'Adriaen Metius, dans sa seconde édition de 1661, ouvert au chapitre IIIJames A. Welu, « Vermeer's Astronomer : Observations on an Open Book », Art Bulletin, 68, n2, 1986, . Dans cette section, il est recommandé aux savants, non seulement de s'aider d'instruments scientifiques pour leurs calculs, mais aussi de rechercher « l'inspiration divine ». D'autres livres, symboles de connaissance, sont présents, sur la table ainsi qu'au-dessus de l'armoire, appuyés contre le mur à gauche.
Sur l'armoire est accroché un cadre comportant trois cercles, un grand au centre, et deux autres plus petits dans les angles supérieurs, avec des sortes d'aiguilles partant de leurs centres respectifs. Il a été proposé d'y voir une manière de projection stéréoscopique, ou encore un planisphère astronomique réglable, en fonction de la date et de l'heure, selon deux disques rotatifs pivotant autour d'un axe communSur le site www.esentialvermeer.com. Lire en ligne. Page consultée le 17 avril 2012..
Le tableau dans le tableau thumb|Nicolas Poussin, Moïse sauvé des eaux, 1638. Musée du Louvre, Paris.
Le tableau qui apparaît dans la partie supérieure droite de la toile, et qui est en partie coupé par le cadre, prend comme sujet Moïse sauvé des eaux. Il illustre le passage du Livre de l'Exode de la Bible« La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit, et vit l’enfant : c’était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit : C’est un enfant des Hébreux ! », Exode, 2, 5-6 dans lequel la fille de Pharaon recueille Moïse confié au Nil par sa mère.
Le même tableau apparaît dans une autre œuvre de Vermeer, La Jeune femme écrivant une lettre et sa servante (1671), mais dans un format manifestement beaucoup plus grand, et selon un cadrage différent, puisque le paysage occupe une surface beaucoup plus importante de la partie supérieure de la toile, et que le groupe de personnages s'est éloigné du bord du cadre — comme si le Moïse de L'Astronome n'était d'une citation tronquée et réduite de celui de La Jeune femme écrivant, le tableau-dans-le-tableau se soumettant aux nécessités de la compositionDaniel Arasse, L'Ambition de Vermeer, Paris, Adam Biro, 1993, rééd. 2001, .
Plusieurs sources ont été proposées, sans qu'aucune soit totalement satisfaisante. Certains veulent y voir le Moïse sauvé des eaux de Jacob Van Loo, d'autres celui de Christiaen van Couwenbergh, d'autres encoreCe point de vue de W. L. van Watering est rejoint par Albert Blankert (Gilles Aillaud et alii, 1986, ), ou encore Stéphanie Koenig, sur le site officiel du musée du Louvre. Lire en ligne. Page consultée le 18 avril 2012 un tableau de jeunesse de Peter LelyPeter Lely, Moïse sauvé des eaux, huile sur toile, , musée des beaux-arts, Rennes. Voir en ligne. Page consultée le 17 avril 2012. Cette incertitude a même permis d'avancer qu'il pouvait s'agir d'une œuvre de Vermeer lui-même, peut-être celle que possédait le boulanger Hendrick van Buyten, et que put voir l'aristocrate français Balthasar de Monconys en 1663 — en dépit du fait qu'aucun autre tableau du peintre n'atteste cette éventuelle pratique de l'auto-citation.
Toujours est-il que la présence du tableau-dans-le-tableau « apporte une connotation religieuse et spirituelleDaniel Arasse, rééd. 2001, » indéniable à l'œuvre, qui devient moins une scène de genre purement descriptive qu'un sujet de méditation proche de l’allégorie, mais dont le sens exact reste sujet à caution. Certains y voient une confirmation de la profession du personnage du tableau, en lien avec le livre d'Adriaen Metius ouvert devant lui, et qui fait de Moïse le premier des astronomes, « instruit dans toute la sagesse des Égyptiens », selon les Actes des ApôtresLa Bible, Actes des Apôtres, 7, 22 — ce qui concorde cependant assez mal avec le choix d'un tableau représentant la naissance du prophète bibliqueNorbert Schneider, 2005, . D'autres penchent pour une interprétation plus métaphysique : dans la mesure où Moïse préfigure le Christ, en montrant aux hommes l'action de la Providence dans l'Histoire, le tableau pourrait signifier que l'astronome, tendant la main vers le globe céleste, est en quête d'une voie spirituelleArthur Wheelock, Jan Vermeer, New York, Abrams, 1988, . D'autres encore y voient davantage une référence à l'astrologie qu'à l'astronomie, soit positive, pour imaginer que le savant est en train de tirer l'horoscope d'un enfant à venir, ce qui justifierait le fait que le tableau représente un épisode de la naissance de Moïse, ainsi que la présence du globe céleste sur lequel sont représentés les constellations − non zodiacales cependant —, soit de façon négative, pour condamner des pratiques divinatoiresEddy de Jongh (et alii), Catalogue de l'exposition « Tot Lering en Vermaak », Rijksmusem, Amsterdam, 1976, , puisque Moïse avait expressément interdit le culte des astres au peuple d'Israël« Veille sur ton âme, de peur que, levant tes yeux vers le ciel, et voyant le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, tu ne sois entraîné à te prosterner en leur présence et à leur rendre un culte. », Deutéronome, 4, 19.
Plus que de fixer définitivement la signification de la scène principale, le tableau-dans-le-tableau rappelle donc les « capacités "polysémiques" de la représentation de la peinture », en affirmant le caractère fondamentalement ouvert à l'interprétation de celle-ci.
Un pendant du Géographe ?
Histoire de l'œuvre De la vente en paire avec Le Géographe à la séparation des deux toiles