Ingeburge de Danemark (ou encore Ingeborg ou IsambourIngeburge de Danemark sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale. ; en danois : Ingeborg af Danmark), née en 1174 et morte probablement en 1238, est une reine de France.
Fille du roi de Danemark , elle épouse le le roi Philippe Auguste ; mais dès le lendemain, celui-ci demande l’annulation du mariage. Ingeburge refusa toujours cette répudiation et est enfermée de couvents en prisons pendant près de vingt ans, en dépit des pressions pontificalesInnocent III – Lettre a Ingeborg de Danemark, reine de France – 1205
"Novit ille, qui nihil ignorat, quod super articulo matrimonii pro te fecimus quidquid homo facere potuit, sed, peccatis exigentibus, parum profecimus, quoniam ad exhibendum tibi maritalem affectum, animus charissimi in Christo filii nostri, Philippi, regis Francorum illustris, non potest aliquatenus inclinari, neque nos ejus animo amorem possumus inspirare, cum hoc solus Deus facere possit, in cujus manu cor regis existit.
Putat igitur ipse rex et multi etiam opinantur, quod perpetuo sit maleficio impeditus.
Unde, non solum propter affinitatem, verum etiam propter maleficium a te postulat separari.
Licet igitur tibi deesse nolimus, imo, quantum cum Deo possumus, semper velimus adesse, quia tamen dispositionem Dei mutare non possumus, nec expedit, ut in hoc miserabili statu tu, et rex ipse, diutius maneatis, mittimus ad te dilectum filium, magistrum P. capellanum nostrum, virum providum et fidelem, qui tibi solatium nostræ visitationis impendat et animum tuum subtiliter investiget, cui secure tuam aperias voluntatem nobis fideliter intimandam, ut, ea cognita, melius tibi providero possimus.
Datum Romae apud Sanctum Petrum, III Nonas Julii."
Il le sait, lui qui n’ignore rien, que, sur la question de ton mariage, nous avons fait pour toi tout ce qu’un homme pouvait faire ; mais, les péchés l’exigeant, nous avons peu avancé, car l’esprit de notre très cher fils en Christ, Philippe, illustre roi des Francs, ne peut en aucune manière s’incliner à t’accorder l’affection conjugale, et nous ne pouvons inspirer l’amour dans son cœur, puisque cela seul Dieu peut le faire, dans la main duquel se trouve le cœur du roi.
Le roi pense donc, et beaucoup aussi l’estiment, qu’il est empêché par un maléfice perpétuel.
C’est pourquoi, non seulement à cause de l’affinité, mais aussi à cause du maléfice, il demande à être séparé de toi.
Ainsi, bien que nous ne voulions pas te manquer, mais au contraire désirions toujours, autant que Dieu nous le permet, te venir en aide, puisque nous ne pouvons changer la disposition de Dieu, et qu’il n’est pas opportun que toi et le roi demeuriez plus longtemps dans cet état misérable, nous t’envoyons notre cher fils, maître P., notre chapelain, homme prudent et fidèle, afin qu’il t’apporte le réconfort de notre visite et examine subtilement ton état d’esprit.
À lui, tu peux ouvrir en toute sécurité ta volonté, afin qu’il nous la rapporte fidèlement, pour que, l’ayant connue, nous puissions mieux pourvoir à tes besoins.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le troisième jour avant les Nones de juillet. à l'encontre du roi devenu bigame. Quand sa disgrâce prend fin, en 1213, elle retrouve sa place d'épouse et de reine. C'est probablement à cette époque qu'elle fait réaliser le Psautier d'Ingeburge, livre de prières connu pour ses riches miniatures de style 1200.
Elle survit treize ans à Philippe Auguste et se retire après son veuvage dans le prieuré qu'elle fait construire à Saint-Jean-en-Isle, entre Corbeil et Essonnes.
Biographie Origines thumb|Lettrine enluminée E, Psautier d'Ingeburge, vers 1200, Chantilly, Musée Condé, Ms. 9. Née en 1174, elle est la fille de , « le Grand », roi de Danemark et de Sophie de Polock. À la mort de son père en 1182, c'est son frère qui devint roi du Danemark.
Mariage Le jeune roi de France, veuf d’Isabelle de Hainaut depuis deux ans, cherche une nouvelle reine et une épouse pour consolider sa fragile descendance.
Pour s’épargner une toujours possible annulation en consanguinité ( et Aliénor d’Aquitaine), son choix se porte sur le Danemark gouverné par qui accepte le mariage de sa sœur Ingeburge avec le roi de France. La dot est âprement débattue et fixée à d’argent, une lourde charge pour un petit royaume.
La princesse est amenée en France, Philippe la rencontre à Amiens le , l'épouse le jour mêmeRené François Rohrbacher, Histoire universelle de l'Église Catholique, 1858, , . en la cathédrale Notre-Dame d'AmiensJean-Pierre Cartier, professeur d'histoire, Histoire de la croisade contre les Albigeois, 1968, 12..
Sacre et annulation Ingeburge est couronnée reine le lendemain. Les témoins du mariage dirent que le roi était fébrile la veille de la cérémonie et que le lendemain même de ses noces, Philippe, sans qu’il s’en explique, demande aux ambassadeurs du Danemark de repartir avec Ingeburge, ce qu’ils refusent en quittant le royaume de France sur-le-champ. La reine est d’abord conduite au prieuré de Saint-Maur puis à l'abbaye Saint-Calixte de CysoingAndré-Joseph-Ghislain Le Glay, Cameracum Christianum, ou Histoire ecclésiastique du diocèse de Cambrai..,. et entama une procédure de reconnaissance de nullité de mariage.
Le , l’annulation du mariage est prononcée grâce à la complaisance de Guillaume de Champagne, archevêque de Reims et oncle du roi de France. La reine qui reste seule et sans soutien ne parle ni français ni latin ; le peu de vocabulaire dont elle dispose dans cette langue lui permet toutefois d’exprimer son désaccord sur l’annulation du mariage par ces mots : « Mala Francia » « Roma, Roma ». Elle demande par ces mots l’intervention du pape .
Remariage de Philippe Auguste
Se considérant comme libre de tous liens matrimoniaux grâce aux évêques complaisants et à la faiblesse politique du pape, cherche une reine de France qui puisse lui assurer une postérité, car il n’a qu’un seul fils.
La situation d’Ingeburge, recluse de force dans un couvent., est connue dans toutes les cours d’Europepersee.fr., si bien que Philippe a beaucoup de mal à convaincre les candidates de la pureté de ses intentions. Ingeburge est soutenue par les princesses d’Europe vassales du royaume de France ; son psautier nous apprend qu’elle tenait notamment en grande estime la comtesse Eléonore de Vermandois, nièce d’Aliénor d’Aquitaine, qui elle-même a été retenue prisonnière par pendant quatorze années.
C’est donc d’une union moins éclatante que doit se contenter avec Agnès de Méranie, fille de , duc de Méranie, dont il s’éprend d’autant plus sincèrement que ce devait être l’union de la dernière chance au vu de sa situation.
La résistance inattendue d’Ingeburge dont Philippe pensait venir à bout rapidement est pour la reine de France répudiée et déchue, le début d’une longue période de captivité et d'exil. La papauté consacre au dénouement de cette tragédie matrimoniale et politique pas moins de quatre conciles qui concluent tous à la vanité des arguments en faveur de la nullité puisqu’il n’y a pas de consanguinité, que le mariage a été consommé, que l’épouse persiste à vouloir rester dans les liens du mariage au contraire de l’époux qui les a bafoués sciemment.
Le , le pape convoque en pure perte un concile de réconciliation à Paris qui n’aboutit pas, intimidé par la cour et le roi. Ingeburge renouvelle son opposition à la reconnaissance de nullité, et renforce la détermination de à l’obtenir. Il enferme Ingeburge afin de pouvoir convoler avec Agnès de Méranie qu’il épouse le , et elle passe une dizaine d'années à la tour de Guinette du château d'Étampes Une dizaine d’années de séjour forcé à Guinette, L'architecture militaire à Étampes et en Essonne du , Clément Wingler (04/2021), pp. 30-31..
En 1198, le nouveau pape prend la cause d’Ingeburge très au sérieux et décide d’utiliser les grands moyens. Il somme plusieurs fois le roi de France de rendre sa place à Ingeburge et de se séparer d’Agnès de Méranie qu’il tient pour une intruse. Il menace le roi d’excommunication et lui intime de faire œuvre de chair avec son épouse légitime. La mère d'Ingeburge, Sophie de Polock, meurt cette année-là.
L'interdit sur le royaume de France
Le , convoque un concile à Dijon qui casse le mariage de Philippe et d’Agnès. est excommunié et le pape se prépare à lancer l’interdit sur le royaume de France (en fait sur le seul domaine royal).
Le au concile de Vienne (Isère), devant l’insuccès de ses démarches diplomatiques, le légat Pierre de Capoue jette officiellement l'interdit sur le royaume de France, ce dont n’a cure bien qu’il s’en offusque au point d’envoyer de nombreux émissaires à Rome pour faire lever l’excommunication. Certains évêques (comme Odon de Sully, évêque de Paris) et abbés, chargés de par leur sacerdoce d'appliquer la sentence, sont expulsés ou exilés pour avoir pris position contre le roi, tandis qu'Ingeburge est transférée du couvent de Cysoing dans une prison située à trois journées de la capitale. Le mariage de son fils Louis avec Blanche de Castille ne peut avoir lieu sur le domaine du roi de France en raison de cet interdit, et est donc célébré sans faste dans le duché de Normandie..
La population du royaume de France gronde, ne pouvant recevoir aucun sacrement, les morts ne sont plus inhumés dans les cimetières consacrés. La situation s'étant éternisée tout l'été, l'air empeste les charniers improvisés et les miasmes menacent la santé publique. Le , le parlement se tient à Rambouillet confirmant à Agnès que son mariage n’est pas reconnu par Rome. Le roi rejette la faute de la dissolution sur ses évêques complaisants. Ingeburge, qui est incarcérée à trois journées de Paris pendant les délibérations, est amenée au château des reines de France à Saint-Léger-en-Yvelines. En , l’interdit est levé par le cardinal Octavien, ce qui lui est reproché par le pape , car Philippe n’a pas quitté Agnès pour autant, contrairement à ses promesses.
Mort d'Agnès de Méranie
En , le cardinal Octavien, légat du pape, convoque un concile à Soissons pour tenir le procès tant attendu auquel Ingeburge assiste. Philippe échoue à faire annuler son mariage et doit se résigner à éloigner à Poissy Agnès enceinte de son troisième enfant. Philippe libère Ingeburge. Toutefois, tout ceci n’est que pour obtenir la légitimation des deux enfants nés hors mariage d’Agnès et de Philippe ; Ingeburge, officiellement épouse et reine incontestée, est envoyée au château d'Étampes, « dans la plus grande solitude et un relatif dénuement ».
Le , Agnès meurt en couches, l’enfant ne survit pasAgnès de Méranie, née vers 1172, morte le 20 juillet 1201, La France pittoresque..
En , le pape accueille favorablement la demande de légitimation des enfants de et d’Agnès de Méranie au motif que cette princesse a de bonne foi consenti au mariage, dans l’ignorance qu’elle était que l’annulation était illégale.
Dès la fin de l’année 1201, la messe est dite et Ingeburge aurait dû être libérée de sa prison d’Étampes, mais il n’en est rien car s’obstine, d’autant plus rassuré sur sa postérité que son second fils a été légitimé. Les faits montrent qu’il ne s’interdisait pas de rechercher une nouvelle alliance matrimoniale car il n’a alors que 36 ans.
À partir de 1202, Ingeburge bénéficie toujours du soutien du pape et des ambassadeurs danois. Son frère le roi meurt. Son frère est couronné roi du Danemark. organise une véritable persécution de la reine, espérant qu’elle finirait par prendre le voile ou demander l’annulation elle-même. Le pape se plaint alors des vexations que subit la reine, condamnée à une vile existence alors qu’elle est reine de France, fille de roi et sœur de roi.