La course camarguaise est un sport dans lequel les participants tentent d'attraper des attributs primés fixés au frontal et aux cornes d'un bœuf appelé cocardier ou biòu (bœuf en provençal), auquel est parfois conféré la dignité de taureau en l'appelant : taureau cocardier.. Ce jeu sportif, sans mise à mort, est pratiqué dans les départements français du Gard, de l'Hérault, une large partie des Bouches-du-Rhône, ainsi que dans quelques communes du Vaucluse. La compétition sportive est organisée en trois trophées avec le Trophée des As, le Trophée des Raseteurs et le Trophée de l'Avenir.

La course camarguaise est pratiquée dans une région qui s'étend bien au-delà du pays camarguais, des portes d'Avignon jusqu'à Montpellier, réunissant autour du delta du Rhône une partie du Languedoc et de la Provence, selon une tradition qui remonte au Moyen Âge..

Histoire thumb|Raseteur tentant d'attraper les attributs primésarènes de Palavas, feria du 30 avril 2007.

Les premières traces connues de courses en Camargue concernent, d'une part, les exploits d'un certain "Capitaine" de Ventabren, qui aurait affronté des taureaux furieux à une date imprécise, d'autre part, deux courses de taureaux que Catherine de Médicis, puis Henri IV, auraient présidées en Camargue au ..

D'autres historiens apportent des données plus anciennes : Évelyne Duret, la Course camarguaise p. 63 citée par..

Les origines des jeux taurins en Camargue sont fréquemment en lien avec les activités des abattoirs. À la campagne, ils se déroulent dans des mas, avant de gagner les villes où ils figurent au programme des fêtes, sur les places ou dans les rues. Jean Baptiste Maudet signale une course donnée en 1594 à Arles, devant Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX. Dans la région camarguaise, bien avant le et avant même l'importation de taureaux espagnols, l'afiecioun est déjà présente, illustrée à la fois par des jeux ruraux et par des courses. Des témoignages écrits de 1551 portent sur les manades et les ferrades, par exemple sous la plume de Quiqueran de Beaujeu : .. Dix années plus tard, Poldo d'Albenas définit le fer comme le moyen le plus sûr de reconnaître un animal de son troupeau, s'il a été perdu ou volé.

Si la course camarguaise est issue des jeux rustiques des vachers et des garçons bouchers, à la révolution française, elle intéresse la bourgeoisie. La course camarguaise participe aux fêtes patriotiques. Les cornes des taureaux sont décorées de fleurs, de foulards et de toutes sortes d'éléments, dont le plus important est le ruban rouge qui orne le front du taureau et qui porte le nom patriotique de cocarde..

La course camarguaise a connu diverses appellations. D'abord désignée sous le nom de course provençale au — à cause d'un antagonisme historique entre Languedoc et Nacioun Provençalo, que des lettrés ont entretenu et que le folklore a prolongé jusqu'au —, elle s'est ensuite appelée course libre, dont la ville de Lunel était déclarée reine..

Le , le congrès qui se déroule au Paluds-de-Noves, dans les Bouches-du-Rhône, adopte la mise en place du projet Vignon : la course à la cocarde y reçoit son premier règlement : la Charte de la course à la cocarde. Avec lui, l’appellation course libre, même si elle a continué longtemps d'être utilisée, devient caduque et cède la place à course à la cocarde. En 1975, la Fédération française de la course camarguaise. est créée sous la loi des associations de 1901.

Le , la Fédération française de la course camarguaise (FFCC) est agréée par le Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative français. La course camarguaise est reconnue comme sport par le Secrétariat d’État à la jeunesse et aux sports. La Course à la cocarde devient définitivement la Course camarguaise.

La course Avant la course thumb|Les attributs : la cocarde, le gland et la ficelle.

Labrivado, qui précède la course, désigne l'arrivée dans les arènes des taureaux en provenance des prés, accompagnés à cheval par les gardians de la manade. Leur retour aux prés après la course, dans les mêmes conditions, est appelé la bandido. Au cours de ces deux manifestations festives, le but des gardians, contrôlant chevaux et taureaux, est de rester groupés emmaillés, tandis que celui du public — les gens dans la rue, appelés les attrapaïres — est de détourner les taureaux et de défaire leur bel ordre de marche.

Abrivado et bandido se déroulent ainsi, jusqu'aux alentours des années 1970. Depuis, quel que soit le prestige dû au rang des différents taureaux, ceux-ci sont conduits en camion : ce sont des vedettes et leurs noms sur les affiches sont écrits bien plus grand que ceux des raseteurs invités. En 2015, une exposition a été consacrée au cocardier Goya, surnommé le Seigneur de Provence, dans la ville de Beaucaire.. — exemple du prestige et de l'admiration que les afeciounados portent au taureau. Puis dans le toril, les gardians fixent les attributs du taureau : cocarde, glands et ficelles. Objets d'un attachement particulier, ces attributs feront l'objet de primes durant la course.

À l'inverse de la démarche tauromachique de la corrida espagnole, dans la course camarguaise, c'est le taureau qui est mis au premier plan. S'il arrive que l'animal se blesse — à cause d'un coup de crochet mal ajusté du raseteur ou d'une mauvaise réception dans un coup de barrière —, les raseteurs préviennent la présidence qui ordonne la suspension de toute action : le manadier vient alors en contre-piste pour juger de la blessure de son animal, et décider s'il poursuit la course, ou non. Le raseteur reste un élément clé de la course camarguaise, car la course dépend de son travail en piste (les rasets) — de mauvais rasets pouvant perturber le spectacle.

Déroulement de la course thumb|Course camarguaise en Arles.

Dans l'arène, la course commence par une capelado qui est l'équivalent du paseo de la corrida. Le défilé a lieu, sur l'air d'ouverture de Carmen, réparti en deux files sans ordre préliminaire ; le défilé des raseteurs se termine avec le salut à la présidence..

L'arrivée du taureau dans l'arène est annoncée par une sonnerie de trompette jouant l'''èr di biòu.

Après avoir laissé une minute de répit au cocardier pour s'habituer à l'arène, une seconde sonnerie retentit pour indiquer aux raseteurs le début de leur attaque qui se fait, comme leur nom l'indique avec un raset.

Chaque cocardier est travaillé pendant un quart d'heure maximum par un groupe de raseteurs indépendants les uns des autres et assistés de tourneurs, qui sont l'équivalent des peons de corrida. Le nombre de protagonistes varie d'une course à l'autre, généralement de 4 à 20 personnes. Il est fixé en fonction de la taille de la piste.

Dès sa sortie du toril, l'animal doit être capable de prendre position le dos à la barricade pour surveiller ses adversaires. Lorsque ceux-ci courent vers lui les bras tendus vers sa tête pour essayer de décrocher une prime, il réagit avec beaucoup de fougue, poursuivant les officiants jusqu'au bout de la piste.

Les raseteurs défient le taureau afin d'aller chercher sur ses cornes des attributs à l'aide d'un crochet. Ces attributs sont des trophées qui rapportent des points permettant de déterminer le meilleur des raseteurs dans les différentes manifestations de chaque catégorie, comme celles des divisions au football : trophée de l'Avenir, trophée des Raseteurs, trophée des As. Le barème est précis : la coupe de la cocarde vaut un point, l'enlèvement de la cocarde et des glands valent deux points par attribut, l'enlèvement de la coupe du frontal vaut un point, l'enlèvement de chaque ficelle vaut quatre points.

Ces points sont donc liés directement aux attributs levés, peu importe la qualité du raset, seul l'enlèvement compte. Des prix sont parfois attribués en complément pour le bon travail accompli, car le raset n'est pas simplement synonyme de course, il doit obéir à une courbe géométrique dans laquelle le pas dans le terrain du taureau a son importance, comme l'enseignent les écoles taurines.

En contrepartie des points évoqués ci-dessus, les raseteurs sont rémunérés par des primes. La valeur de l'attribut augmente au fil du temps, avec des enchères financées par le public et annoncées au micro par le président pour encourager les raseteurs..

Après la course, le taureau regagne ses prés et ses congénères, physiquement intact. À la fin de la course, se déroule la bandido, qui est une abrivado dans le sens inverse : les taureaux rentrent aux prés.

Le raset thumb|Raseteur en action.

Un raset se déroule en quatre temps. Le tourneur peut être un ancien raseteur. Il aide le raseteur à fixer le taureau et détourne l'attention de la bête pour que le raseteur puisse faire son raset. Son nom est écrit en rouge dans le dos de son tricot.. Il ne possède pas de crochet. Il est chargé d'attirer l'attention du taureau pour le tourner face au raseteur qui s'apprête à s'élancer..

Lorsque le cocardier et le raseteur se croisent, le raseteur tend son crochet et essaie de retirer un attribut ; si nécessaire, le raseteur saute par-dessus la barrière puis s'accroche au mur de l'enceinte de l'arène..

Les attributs primés Les attributs sont les éléments clef de la course camarguaise. En effet sans eux, il n'y aurait pas de jeu. Il y a trois attributs, décrits dans l'ordre où les raseteurs doivent les enlever dans la course.. La cocarde est un ruban de couleur rouge d'une dimension de cinq à sept centimètres de longueur et d'un centimètre de largeur. Elle est attachée à l'aide d'une ficelle sur le haut de front du taureau et au centre. Deux glands, des pompons de laine blanche, sont accrochés par un cordon à la base de chaque corne. Les glands, introduits à partir des années 1920 pour agrémenter le jeu, évoqueraient les organes génitaux perdus du cocardier.. La ficelle' qui est le dernier attribut à enlever est enroulée autour de la corne avec un nombre de tours variable, déterminé par le classement du taureau.

Outre la valeur pécuniaire, les attributs sont classés selon un barème : un point pour la cocarde, un pour le frontal, deux points pour les glands, quatre points pour la ficelle. Ces points comptent pour le classement général annuel des raseteurs., cette course aux points fausse pour certains la qualité des spectacles, entraînant des excès, provosuant parfois des risques de blessures.

Les points et le classement suscitent ainsi une forme de championnat, nécessaire à tout spectacle, avec ses qualités et ses défauts. L'animosité bien ordonnée reste la priorité.

Intervenants et accessoires Le raseteur thumb|Un crochet. Il affronte le taureau pour glaner les attributs primés à l'aide d'un crochet. Il déclenche la charge du taureau orienté par son tourneur, le but étant de couper ou lever les cocardes, glands ou ficelles. Il saute la barrière des arènes pour se protéger et préparer sa prochaine action..

Les raseteurs professionnels sont des sportifs de haut niveau qui suivent un entraînement quotidien.

Les tourneurs Ce sont toujours d'anciens raseteurs qui aident, selon que le raseteur est gaucher ou droitier, à placer ou à rabattre l'animal dans l'arène..

Les habits Les raseteurs, comme les tourneurs, doivent porter une tenue blanche. Leur nom est inscrit sur leur maillot, en noir pour les raseteurs, en rouge pour les tourneurs. Si leur tenue présente une inscription publicitaire, elle ne peut dépasser .

Le crochet Le crochet est une sorte de peigne en fer comportant quatre branches de de longueur, dotées chacune de quatre dents, reliées par un manche transversal, incurvées vers l’intérieur.. Une barrette transversale est permise à condition qu’elle soit dépourvue de dents.

Terminologiquement, l'as du crochet est un raseteur qui a concouru au Trophée des As, il n'en demeure pas moins que des raseteurs du Trophée des Raseteurs restent pour le public des As : le public (spectateurs payants) se fait sa propre opinion.

Le cocardier