Le tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica), tigre de l'Amour ou tigre de l'Oussouri, est la plus grande sous-espèce du tigre, originaire du nord de l'Extrême-Orient tempéré : Sibérie orientale, Corée et nord de la Chine. Il est en danger d'extinction.
L'essentiel de la population se concentre aujourd'hui en Extrême-Orient russe, où le dernier recensement approfondi de 2015 a compté 562 individus, en augmentation ces dernières annéesSex imbalance as endangered Siberian tigers show signs of recovery, , 16 December 2015, .. Cette sous-espèce était passée au bord de l'extinction au milieu du , où il ne restait qu'une vingtaine d'individus sauvages. Ce sont des mesures de protection énergiques prises en Russie qui lui ont permis de se multiplier.
La population des tigres de Sibérie de Corée du Nord est, en revanche, quasiment éteinte.
Les recherches génétiques récentes ont montré que le tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), une souche éteinte d'Asie centrale morphologiquement très proche du tigre de Sibérie, appartient en réalité à la même sous-espèce que le tigre de Sibérie, ce qui ouvre des perspectives de réintroduction du tigre de Sibérie en Asie centraleHartmut Jungius, Feasibility Study on the Possible Restoration of the Caspian Tiger in Central Asia, 2010, . En 2017 débute un programme de réintroduction du tigre au Kazakhstan. En 2024, deux premiers tigres de Sibérie nés en captivité aux Pays-Bas ont été réintroduits dans les forêts ripicoles de la réserve naturelle d'Ile-Balkhash au KazakhstanLe tigre à la reconquête du Kazakhstan, site de la WWF, novembre de 2024, ..
Description Morphologie vignette|gauche|Tigre de Sibérie s'étirant au zoo d'Aalborg, Danemark, en pelage d'hiver. Le tigre de Sibérie a, en général, un corps plus grand et plus massif que le tigre du Bengale, et des pattes plus larges ; sa hauteur au garrot va de 100 à selon les individusTigre de Sibérie / Orange / Dossier - Fiche Technique. Ses griffes mesurent environ . vignette|Laïca (2000-2013) : Tigre de Sibérie femelle adulte âgée de 12 ans, 8 mois et 7 jours, venant du zoo de Besançon. Spécimen 2020.10.2, muséum d'histoire naturelle de Bourges. Les tigres de Sibérie pèsent de pour les mâles et de pour les femelles. Le plus gros tigre de Sibérie, tué en 1950, atteignait les . Le tigre de Sibérie est le troisième plus gros prédateur terrestre derrière l'ours kodiak et l'ours polaire . La longueur totale du corps avec la queue est comprise entre et pour les mâles et entre et pour les femelles. La longueur du crâne est de pour les mâles et pour les femelles..
La robe possède la particularité d'avoir une fourrure d'été et une fourrure d'hiver. Cette particularité était partagée avec le tigre de la Caspienne, disparu en 1972. La fourrure d'hiver est plus longue et épaisse, presque hirsute et souvent plus claire que celle d'été.. De plus, une couche de graisse de cinq centimètres d'épaisseur protège le ventre et les flancs du froid. Il s'agit d'une adaptation évolutive qui lui permet de supporter les baisses de températures hivernales extrêmes (jusqu'à -50 °C)Tigre de Sibérie / Orange / Dossier - Origines de son aire de répartition et de se camoufler dans la neige. En revanche durant l'été, sa fourrure change, elle devient plus foncée et plus fine. Le tigre de Sibérie peut alors supporter aisément jusqu'à +30 °C et plus, il est parfaitement adapté à cet environnement extrêmeTigre de Sibérie / Orange / Dossier - Environnement.
En 1972, un tigre de Sibérie a été observé nageant sur 8 kilomètres.
Une caractéristique du tigre de Sibérie est sa très faible diversité génétique qui s'explique par les déclins successifs du nombre d'individus de la sous-espèce.
Reproduction vignette|redresse|Une tigresse de Sibérie et son petit
Le tigre peut se reproduire toute l'année, il existe cependant une « saison des amours » en Mandchourie avec un pic des accouplements entre décembre et février.
Le tigre de Sibérie est l'espèce en captivité qui présente le plus haut risque d'agressivité lors de la rencontre entre le mâle et la femelle . Le pourcentage de spermatozoïdes normaux est supérieur à 60 % pour le tigre de SibérieEn comparaison, celui de l'homme est normal à 70 % en moyenne...
Alimentation et chasse vignette|Tigre de Sibérie, au zoo de Banham, Angleterre, en pelage d'été. Malgré sa force et l'acuité de ses sens, le tigre de Sibérie doit passer beaucoup de temps à la chasse et ne réussit à tuer qu'une fois sur dix.
Les félins en général peuvent rester plusieurs jours sans manger, le temps de capturer une proie, puis la dévorer plusieurs jours durant en engloutissant de grandes quantités de nourriture. Le tigre de Sibérie peut dans ce cas-là absorber jusqu'à de viande en une seule fois, tandis que les observations en Inde rapportent plutôt 15 à .
Il chasse essentiellement les cervidés et les sangliers. Le seul ennemi naturel du tigre de Sibérie est l'ours brun qui attaque parfois des petits ou des jeunes. Plusieurs études, notamment celle des spécialistes russes E.N. Matjushkin, V.I. Zhivotchenko et E.N. Smirnov dans leur ouvrage The Amur Tiger in the USSR publié en 1980 par Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), montrent que l'ours brun (Ursus arctos) et celui d'Asie (Ursus thibetanus) font partie du régime alimentaire du tigre de Sibérie à hauteur de 5 à 8 %, celui-ci n'entrant toutefois en conflits qu'en cas de grande nécessité comme la famine car il préférera des proies moins dangereuses. D'une manière générale, les ours ont tendance à suivre les tigres pour aller leur disputer leur proie comme charognard. Le tigre peut également nager pour , mais sa morphologie est mieux adaptée aux grosses proies. Quand il le peut, il choisit d’attaquer des animaux jeunes, vieux ou boiteux, qui auront moins de réflexes et seront moins rapides, afin de faciliter l’attaque.
Il approche à environ de 10 à de sa proie avant de bondir ; les petites proies sont tuées par morsure à la nuque, mais les grosses proies sont renversées au sol et étouffées par morsure à la gorge. Il chasse à l'affût et à l'approche, préférant tendre une embuscade plutôt que de poursuivre sa proie.
Habitat et aire de répartition L'habitat est composé de forêt de conifères, de chênes et de bouleaux. La densité de population du tigre de Sibérie est particulièrement faible. Des données récoltées dans les années 1990 montrent une densité de population de 0,6 à pour dans le district de Lazovskiy et de 0,13 à pour au Sikhote-Aline.. Les études menées sur le tigre de Sibérie nécessitent l'emploi d'un hélicoptère pour le traquer tant son territoire est vaste.
L'aire de répartition du tigre de Sibérie s'étend du bassin de l'Amour-Oussouri à la frontière nord-est de la Chine et peut-être en Corée du Nord. La plus forte population russe se trouve en Primorie.. 90 % de la population de tigres de Sibérie se trouvent dans la réserve de biosphère de Sikhote-Aline avec très peu d'échanges génétiques avec les autres populations.
Phylogenèse
Le tigre est apparu bien avant le jaguar et le léopard, et est étroitement apparenté à la panthère des neiges : tigre et panthère des neiges auraient divergé il y a deux millions d'annéesLa position du clade par rapport au reste des Panthera est encore très floue.. Selon l'avis général, le berceau de l’espèce est localisé dans l'Est et le Nord-Est de l'Asie. Le territoire du tigre se serait ensuite étendu sur les îles de la Sonde puis vers l'Inde, .
Les recherches sur les sous-espèces de tigres se poursuivent afin d'établir des plans de sauvegarde les plus adaptés possibleJohn Seidensticker, Peter Jackson, Sarah Christie, , . Plusieurs modèles tendant à diminuer le nombre de sous-espèces ont été proposés ; ils consistaient à séparer les tigres continentaux des tigres insulaires. Ces modèles auraient conduit à l'inclusion du tigre de Sibérie dans le tigre continental (Panthera tigris tigris). La validité de la sous-espèce que forme le tigre de Sibérie a cependant été vérifiée par des études menées sur les marqueurs moléculaires en 2004.
En 2009, une étude menée sur les haplotypes d'ADN mitochondrial de vingt spécimens sauvages du tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata)Les spécimens utilisés sont issus des collections des muséums. Le choix s'est porté sur les tigres dont l'aire de collecte correspondait à l'aire de distribution supposée du Tigre de la Caspienne. a montré que le tigre de la Caspienne est en réalité très proche du tigre de Sibérie et que ces deux sous-espèces n'en forment en réalité qu'une seule (les auteurs proposent de les rassembler en une seule sous-espèce). Le plus proche ancêtre commun de ces deux populations date de moins de . Se basant sur des analyses phylogéographiques, les auteurs supposent qu'un ancêtre plus lointain, proche de l'actuel tigre d'Indochine (Panthera tigris corbetti) serait parti du sud de la Chine et aurait colonisé l'Asie centrale en passant par le corridor du Gansu, évoluant ensuite en Asie centrale pour devenir le tigre de la Caspienne. Puis beaucoup plus récemment, les tigres d'Asie centrale (devenu le tigre de la Caspienne) auraient traversé le sud de la Sibérie pour engendrer les populations du tigre de Sibérie en Extrême-Orient septentrional. Le tigre de Sibérie est en effet très proche du tigre de la Caspienne, alors qu'il est morphologiquement et génétiquement très différent du tigre chinois (Panthera tigris amoyensis) qui bordait son aire de répartition juste au sud aux temps modernes. Or de nombreuses incursions de tigres ont été notées en Sibérie aux s dans une vaste zone située entre les aires de répartition connues du tigre de la Caspienne et du tigre de Sibérie à l'époque, montrant la grande mobilité et la capacité de colonisation à longue distance de l'espèce. Les aires de répartition du tigre de la Caspienne et du tigre de Sibérie pourraient être restées en liaison jusqu'à des périodes assez récentes..
Historique des populations et actions de protection Un déclin rapide au début du À l'origine, le tigre de Sibérie se rencontrait en Mandchourie, en Corée et dans l'extrême-Orient russe. Jusqu'au début du , cette partie de l'empire demeure mal connue du tsar de Russie et en 1906, Vladimir Arseniev est chargé d'explorer la région ; il a comme guide le golde Dersou Ouzala. La région de Sikhote-Aline regorge d'animaux sauvages en ce temps-là, mais Dersou Ouzala note déjà la chasse aux fauves des officiers russes à Vladivostok et surtout le saccage de la Mandchourie par la Chine. Vladimir Arseniev s'étonne durant son séjour de ne jamais voir de tigre, appelé « amba » par son guide. La révolution russe accélère l'exploitation sauvage de la Sibérie lorsque les soldats affamés piochent dans les ressources naturelles de la région. De grandes chasses aux tigres sont par la suite organisées par les chefs du Parti unique : une dizaine de tigres peut être abattue en une seule chasse, les jeunes tigres découverts sont capturés pour fournir les cirques. Le tigre de Sibérie se trouve au bord de l'extinction dans les années 1930 avec une estimation des individus sauvages comprise entre 20 et 30 individus.
Création de la réserve de Sikhote-Aline