Le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre, le , est une opération de la Seconde Guerre mondiale menée par l'amiral Muselier des Forces navales françaises libres sur l'ordre du général de Gaulle.
Contexte Depuis l'armistice du 22 juin 1940 et l'occupation partielle de la France métropolitaine par les Allemands, l'administration de l'île est sous le contrôle du gouvernement de Vichy, représenté par l'administrateur Gilbert de Bournat et par l'amiral RobertWinston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 , 1965-1966, tome sixième, « La grande alliance – L'Amérique en Guerre, 1941–1942 », XV : « Washington et Ottawa », 303-304., Haut-commissaire pour les possessions françaises en Amérique (Guyane, Antilles et Saint-Pierre). L'accord Greenslade-RobertJohn W. Greenslade et Frederick J. Horne étaient deux amiraux américains. du règle les relations franco-américaines sur la base d'un statu quo dans la régionLéo Elisabeth, « Vichy aux Antilles et en Guyane : 1940-1943 », dans Outre-Mers. Revue d'histoire, série : « Vichy et les colonies », 2004, .. En dépit de l'attaque de Pearl Harbor et de la déclaration de guerre de l'Allemagne aux États-Unis le , le statu quo est de nouveau confirmé par les accords Horne-Robert le .
L'île dispose d'un puissant poste émetteur radio et d'un câble transatlantique. Ces moyens de communication confèrent à l'île une position stratégique à l'entrée du Saint-Laurent. Certains craignent des vues annexionnistes du Canada voisin sur l'archipel. Avec l'aval de Washington, le Canada avait préparé un projet de débarquement pour prendre possession de Saint-Pierre-et-Miquelon. Plusieurs arguments furent avancés, parmi lesquels des émissions radio qui se faisaient l'écho de la propagande de Vichy. Certains, dont l'amiral Muselier, avancèrent même que cette station radio aidait les U-Boots allemands présents sur les bancs de Terre-Neuve. Le , , sous-secrétaire d'État canadien, informe l'ambassadeur américain Moffatt que des agents déployés à St-Pierre auraient à surveiller tous les messages envoyés et reçus.
Le Premier-ministre canadien William Lyon Mackenzie King ne permit pas l'exécution du projet de débarquement .
Déroulement En , de Gaulle envoie l'amiral Muselier au Canada dans le but de préparer une opération sur l'île. Le Muselier est à Halifax en Nouvelle-Écosse où il regroupe ses moyens militaires : le sous-marin Surcouf et les trois corvettes Mimosa, Aconit et Alysse. Avant de passer à l'action, Muselier sollicite l'avis des gouvernements canadien et américain. Les États-Unis donnent une réponse défavorable le jour même des accords Horne-Robert. De Gaulle décide de passer outre et donne l'ordre à Muselier d'exécuter cette opération.
Malgré son désaccord, l'amiral Muselier s'exécute et orchestre le ralliement de l'archipel, à l'insu et contre l'avis des autorités américaines et canadiennes, mais avec un premier assentiment de Winston Churchill. Le , la flottille française appareille sous prétexte d'entraînement avec . Elle aborde les îles le 24 à trois heures du matin. Face à une poignée de gendarmes, l'affaire est réglée en vingt minutes sans un coup de feu. Le lendemain, une consultation est organisée auprès de la population qui donne une majorité de 98,2 % des suffrages exprimés (77,4 % des inscrits) en faveur de la France libre : . Alain Savary, qui a participé à l'opération, est nommé gouverneur de l'archipel. Roger Birot, qui commande la division des trois corvettes, y est nommé commandant provisoire de la marine .. Saint-Pierre-et-Miquelon est ainsi l'une des premières terres françaises ralliées à la France libre.
Les Américains sont furieux et dès le , Cordell Hull, le secrétaire d'État des États-Unis, publie une déclaration : Et la radio américaine transmet son communiqué : . Les États-Unis envisageront d'intervenir militairement avant d'y renoncer devant l'attitude ferme de Muselier et celle favorable aux Français libres de leur propre opinion publique ; opinion publique très satisfaite en particulier par le fait que la radio de Vichy cesse ses émissions et que les sous-marins allemands, qui attaquaient les convois alliés de l'Atlantique, ne puissent plus profiter de ses messages codés. L'expression « soi-disant » employée par Cordell Hull au sujet des Français Libres fut jugée choquante .
Conséquences L'affaire du fit couler beaucoup d'encre. Winston Churchill, qui se trouvait à Washington pour rencontrer le président Roosevelt depuis le et pour trois semainesWinston Churchill, La Deuxième Guerre mondiale, , 299. s'étonnera dans ses mémoires de la réaction disproportionnée de Cordell Hull face à cet incident mineur, car il avait donné, avant son départ pour les États-Unis, un premier assentiment à de Gaulle sur ce projet, en jugeant que : . En réalité, la crise diplomatique s'éteindra très vite devant la situation autrement redoutable sur les autres théâtres d'opérations, notamment dans le Pacifique. Toutefois, cet incident alimentera la méfiance de Roosevelt envers de Gaulle avec des conséquences sur leurs relations jusqu'à la fin de la guerre.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 , 1965-1966, tome sixième, « La grande alliance – L'Amérique en Guerre, 1941–1942 », XV : « Washington et Ottawa », 303-304 . Louis de Villefosse, Souvenirs d'un marin de la France libre, les Éditeurs français réunis, Paris, 1951. Article de Caroline Hocquet, Historia, .
Liens externes Contre-amiral Jacques Pépin-Lehalleur, « 24 décembre 1941 – l’amiral Muselier a rallié la population de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France Libre et à la cause alliée », Revue de la France Libre, 276, 1991. « Saint-Pierre-et-Miquelon Noël 1941 : ralliement de l'archipel à la France Libre », Revue de la France Libre, 276, 1991.
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