La Presqu'île de GrenobleUtilisé avec une majuscule "P" sur le site officiel de la ville de Grenoble, également dénommée polygone scientifique selon un usage plus ancien, est un quartier de Grenoble d'une superficie de situé le plus au nord de la ville, caractérisé par la présence de nombreux centres de recherche scientifique.
Ce quartier fait l'objet depuis 2011 d'un remodelage urbain de grande envergure portant le nom de Grenoble Presqu'île et visant à en faire un quartier ordinaire, mais aussi le second campus de l'Université Grenoble Alpes appelé GIANT (Grenoble Innovation for Advanced New Technologies), en complément du domaine universitaire.
Historique Premiers aménagements vignette|gauche|300px|Carte du polygone en 1745. Historiquement la zone a été aménagée à partir de 1771, date à laquelle démarrent les travaux de création d'un nouveau confluent en angle aigu entre l'Isère et le Drac. Achevés en 1782 ces travaux viennent ainsi compléter la canalisation rectiligne du Drac débutée en 1675. La zone alors éloignée de la ville devient un polygone d'artillerie pour l'armée servant d'entrepôt de munitions, d'où son nom actuel. Cette activité militaire restera effective jusqu'au milieu du .
Installation de l'usine à gaz En 1852, une usine à gaz s'installe à l'entrée de cette zonegeg.fr (Gaz Électricité de Grenoble). et alimente notamment l'éclairage public de la ville. Desservie par la rue du polygone (actuelle Rue Pierre-Semard), l'usine, située de part et d'autre de l'axe de cette rue, le long du canal Fontenay qui devient à la fin des années 1950 la rue Félix-Esclangon, reste en place jusqu'au milieu du . À partir de 1857, la zone fait l'objet d'âpres débats afin de déterminer le tracé de la première ligne de chemin de fer parvenant à Grenoble et l'emplacement précis de la gare. L'année suivante, le polygone, appartenant encore aux territoires de Saint-Martin-le-Vinoux et de Fontaine, est franchi par cette ligne de chemin de fer grâce à un pont ferroviaire sur l'Isère.
vignette|gauche|Site du polygone d'artillerie en 1848 sur le plan-relief de Grenoble. L'année 1858 voit le passage de relais entre deux maires à Grenoble, Louis Crozet, qui depuis 1853 a assuré l'arrivée du chemin de fer et la construction de la gare de Grenoble, et Eugène Gaillard, qui parvient deux ans plus tard à faire adopter l'annexion des territoires de la rive droite du Drac lors du conseil municipal du , englobant ainsi tout le polygone comme territoire de Grenoble. La loi approuvant cette annexion sera votée le .
En 1880, une enceinte de sécurité nord est construite à l'instar de l'enceinte sud et isole un peu plus ce polygone du reste de la ville. À peu de chose près, cette enceinte longe alors l'actuelle rue Félix-Esclangon et se prolonge au-delà de la voie ferrée afin d'englober le projet de construction des nouveaux abattoirs de la ville qui ouvrirent leurs portes en 1884.
Explosion de 1918 Au début du , un terrain d'aviation est aménagé sur lequel se déroule le une fête de l'aviationVoir l'article Histoire de Grenoble.. Vers la fin de la Première Guerre mondiale, le , une violente explosion retentit sur le polygone d'artillerie à 15 heures. Cette explosion, provoquée accidentellement dans un stock de munitions de guerre, est suivie d'autres jusqu'à 1 heure du matin, le feu s'étant propagé de proche en proche par l'herbe enflammée. Provoquant des dégâts considérables dans la ville, tuiles projetées, vitrines brisées, cloisons enfoncées, usine à gaz endommagée, on ne déplore cependant qu'un seul mort. Une bonne partie de la population juge plus prudent de s'enfuir de la ville de peur d'une explosion massive et quitte la ville en direction du sud. Le lendemain, le quotidien La république du Sud-est informe la population que la fourniture du gaz est interrompue jusqu'à nouvel avis et demande à ses lecteurs de bien vouloir les excuser de la brièveté du journal fabriqué dans le vacarme des explosions et les bris de vitres. Il remercie également ses employés d'être restés à leur poste de travail dans de telles conditions.
vignette|gauche|Extrait d'un plan de 1894. Un plan de Grenoble de 1902 mentionne une zone de patinage en hiver, mais située en extrême bordure de ce planArchives municipales de Grenoble, cote 2FI 1665. Cette zone est située exactement à l'endroit de l'ilot Cambridge actuel où se construisent des centaines de logements en 2015. car aucun habitant ne vit sur la zone, et il faut attendre le début des années 1930 pour voir la construction de la cité des abattoirs qui prend le nom de Jean Macé.
Quelques immeubles liés au chemin de fer étaient présents sur cette zone immense, ainsi qu'un hangar à tramways, mais, en 1920, deux industriels installent leur usine sur le terrain compris entre la voie ferrée et l'Isère. Avec moins de cinquante salariés, l'usine d'appareillage électrique Merlin & Gerin ouvre la voie à l'industrialisation du site. En 1925, les plans touristiques de Grenoble tirés à l'occasion de l'exposition internationale de la houille blanche se servent encore de la zone du polygone d'artillerie pour y placer la légende de la carte. Après une modernisation de l'usine à gaz en 1912, une nouvelle usine à gaz modernisée est inaugurée le par le maire Paul Mistral. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, quelques scientifiques français viennent se réfugier à Grenoble, encore en zone libre. Parmi ceux-ci, Louis Néel, Noël Felici et Louis Weil, rejoints en 1943 par Félix Bertaut, trouvent alors à l'institut Fourier et à l'institut d'électrotechnique un espace de travail favorable.
Explosion de 1943 Au cours de la Seconde Guerre mondiale, durant la nuit du 13 au , alors que Grenoble est occupée depuis deux mois par les troupes allemandes, la résistance grenobloise fait sauter le dépôt de munitions du polygone d'artillerie. de munitions et tonnes de matériel partent en fumée, privant ainsi l'occupant Allemand de précieuses ressources en explosif. La déflagration est entendue à plus de cinquante kilomètres.. Cet exploit est l'œuvre de l'adjudant-chef Aimé Requet, adjoint du commandant Louis Nal. L'adjudant Requet procède seul l'installation du détonateur et de sa mise à feu. L'opération avait été cependant préparée depuis six mois déjà, grâce notamment à un adjudant lorrain du nom de Schumacher qui, travaillant dans cet arsenal, établit les plans d'exécution. Initialement fixée au , la mise à feu a été reportée au 10, puis au 14 en raison d'allumages défectueux.. Le , quatre jours après l'évacuation des troupes allemandes de Grenoble, deux charniers totalisant 48 cadavres de résistants locaux sont retrouvés sur le polygone d'artillerie. En hommage, la voie principale rectiligne qui fait encore suite à la rue de l'usine à gaz prend le nom de chemin des Martyrs. La rue Aimé Requet, baptisée en l'honneur de l'opérateur, est parallèle à cette avenue.
Premières implantations d'organismes scientifiques L'arrivée du CEA vignette|140px|Louis Néel. Dès 1956, sous l'impulsion du physicien Louis Néel, arrivé à Grenoble en 1940 durant les circonstances tragiques de la drôle de guerre, un centre d'étude nucléaire devant comprendre deux réacteurs nucléaires de recherche, Mélusine et Siloé, est fondé sur les terrains laissés à l'abandon depuis la fin de la guerre et cédés par les militaires au CEA. L'acte constitutif du C.E.N.G., en date du , précise que le directeur est assisté, dans le cadre de la direction scientifique du centre, d'une commission composée de six représentants du CEA et de six universitaires proposés par le recteur de l'Université de Grenoblehistcnrs.fr, Dominique Pestre, Louis Néel et le magnétisme à Grenoble .. Le terrain venant d'être clôturé, les travaux commencent en par la construction de de bureaux et laboratoires, la première pierre est posée le , et la pile atomique Mélusine émet son premier rayonnement le à dix-sept heures. Afin de loger les hôtes du CENG (ministres, ambassadeurs…), l'institution achète le le château de la Baume situé à SeyssinsYves Ballu, De Mélusine à Minatec : 1956-2006 50 ans d'histoires du C.E.N.G. devenu CEA Grenoble, page 26.. Parmi les tout premiers ingénieurs recrutés figure Hubert Dubedout, futur maire de la villeYves Ballu, De Mélusine à Minatec : 1956-2006 50 ans d'histoires du CENG devenu CEA Grenoble, page 180.. L'inauguration de ce troisième centre d'étude nucléaire français a lieu le en présence du ministre Jacques Soustelle et du maire Léon Martinina.fr, Inauguration du Centre d'études nucléaires de Grenoble (vidéo).. Néel y transfère le laboratoire d’électrostatique et de physique du métal (LEPM) qu'il avait créé en 1946 et considéré comme le premier laboratoire du CNRS fondé hors de Paris50anscampus.alpes.cnrs.fr .. De son côté, le général de Gaulle visite le site le en compagnie du directeur Louis Néel et rencontre l'industriel Paul-Louis Merlin dans son usine. Dans le quartier, cette implantation impose le remblaiement du canal Fontenay venant du Drac à partir de 1957. À son emplacement et à celui de la rue de l'usine à gaz, la nouvelle voirie ainsi créée prend en 1961 le nom de Félix Esclangon, ancien directeur de l'institut polytechnique de Grenoble.
L'arrivée du CNRS En 1960, Louis Néel persuade une autre institution scientifique de s'installer à Grenoble. Le campus du CNRS s'installe dès le mois de sur le polygone avec un édifice administratif élevé agrémenté d'une vaste mosaïqueechosciences-grenoble.fr du 20 mai 2013, Sur les traces des origines du magnétisme.. La construction de la plateforme tournante Coriolis est le premier grand instrument de renommée internationale de ce campus du CNRS. D'un diamètre de , d'un poids de et d'une vitesse de 4 tours par minute, elle est la plus grande du monde et sert à la modélisation physique des marées dans la baie du mont Saint-Michelgrenoble-inp.fr, Coriolis, un équipement unique au monde.. Louis Weil, doyen de la faculté des Sciences, spécialiste des très basses températures, arrivé à Grenoble dans les mêmes circonstances que Néel, obtient la création du Centre de recherches sur les très basses températures (CRTBT) comme laboratoire propre du CNRS, et en prend la directionechosciences-grenoble.fr, Alain Némoz, Hommage à Louis Weil . Weil avait acquis une telle maitrise dans l'utilisation des très basses températures qu'il avait créé dès 1956 la société d'études et de construction d'appareillages pour les très basses températures, technique maitrisée par très peu de laboratoires dans le mondeujf-grenoble.fr, Conférence exceptionnelle sur le doyen Louis Weil par Alain Némoz (2014).. La société Air liquide inquiète d'une telle réussite lui rachète deux ans plus tard son entreprise, et décide d'installer en 1961 son centre de recherches cryogéniques tout près du polygone, à Sassenage. En 1957, un groupe « électronique intégré » chargé de l'élaboration et de la maintenance de l'électronique des réacteurs nucléaires est créé sous la direction de Michel Cordelle. À cette période, et pour quelques années encore, la plus grande partie des circuits intégrés est produite dans des usines américaines, ce qui pousse en 1962 le CENG à demander au groupe « électronique intégré » de créer sa propre technologie de transistors.
En 1964, alors qu'une troisième pile atomique entre en fonction au CEA en prenant le nom de Siloette, le chantier de l'Institut des sciences nucléaires (ISN) devant accueillir le second cyclotron français voit ses premiers terrassements se réaliser. Ces premiers laboratoires de recherche sont dirigés par des professeurs de l'université de Grenoble et commence à s'établir un lien naturel entre recherche et université (vidéo). L'année suivante, le groupe « électronique intégré » sort son premier circuit intégré composé de dix transistors, lançant ainsi la filière microélectronique à Grenoble.
L'arrivée d'organismes internationaux