Le livre des Psaumes ( Sefer Tehillim en hébreu, Livre des Louanges ), aussi appelé Psautier, est un livre de la Bible. Il est le premier de la section des Ketouvim, selon le canon de la Bible hébraïque. Dans l’Ancien Testament des chrétiens, sa place a été variable. Elle s’est fixée au entre le Livre de Job et celui des Proverbes.

Le mot « psaume » vient du grec , « psaume » de , « pincer les cordes d'un instrument, chanter sur la musique d'une harpe », traduisant l'hébreu mizmôr servant de titre à nombre des louanges.

Structure Dans la tradition juive, le Psautier est divisé, par analogie au Pentateuque, en cinq livres, chacun se concluant par une doxologie ou bénédiction : le premier livre comprend , à l’exception des . Les critiques s’accordent à penser que si l’autorité davidique ne peut être formellement établie, cette section est probablement la plus ancienne des Psaumes. Le second livre comprend (42-72). 18 sont attribués à David, et un à Salomon (), bien que « Le’Shlomo » pourrait signifier « destiné à Salomon ». Le reste est anonyme. Le troisième livre comporte (73-89). Le est attribué à David, le à Heman l’Ezrahite, et le à Ethan l’Ezrahite. Le quatrième livre comporte également (90-106), le étant attribué à Moïse, les et 103 à David. Le cinquième livre comporte les restants. 15 parmi ceux-ci sont attribués à David, un () à Salomon (cf. second livre).

Le est généralement appelé « le grand Hallel ». Cependant, le Talmud inclut sous cette dénomination les à 135. Les à 118, inclus, constituent le Hallel, récité lors des trois grands festivals (la Pâque, la Pentecôte juive et la Fête des Tabernacles), à la néoménie, et lors des huit jours de Hanoukka. Les manuscrits de Qumrân portent une version légèrement différente du .

Les sont les Cantiques des degrés, qu’auraient entonnés les pèlerins en approchant des marches (« degrés ») du Temple.

Le est le psaume le plus long. Il est composé de , par groupe de huit, chacun commençant avec l’une des . D’autres Psaumes sont aussi construits « al pi aleph-bet » (en acrostiche sur l’alphabet).

Le , avec ses deux versets, est le psaume le plus court.

Forme des psaumes L'étude textuelle a montré que des groupes de psaumes pouvaient être classifiés ensemble du fait de similitudes.

Les principales formes sont :

Les Hymnes Les Complaintes individuelles Les Complaintes collectives Les Chants de Foi (« En Toi j’ai foi ») Les Chants de Louange (remerciement) individuels Les Psaumes Royaux Les Psaumes Sapientiaux

Composition La tradition juive et chrétienne attribue la composition de nombreux psaumes au roi David, mais aussi à , Coré ou d'autres. Ces attributions sont relativement tardives, et les exégètes estiment aujourd'hui que le livre est en fait une composition collective et anonyme.

Selon toute vraisemblance, les « prières de David » (51-72) sont les plus anciens psaumes, et sont composées probablement durant l'exil à Babylone, au À cette collection s'ajoutent ensuite les psaumes attribués à Asaph (50 ; 73-83), puis ceux attribués à Coré (42-49). Ce recueil (42-83) subit alors une certaine harmonisation rédactionnelle, probablement sous l'influence perse, le nom divin YHWH étant remplacé par Elohim. Les exégètes parlent alors du « Psautier élohiste ».

La collection est alors enrichie d'autres psaumes attribués à David (3-41 ; 86) et à Coré (84-85 ; 87-88). Puis, on y ajoute sous Zorobabel une introduction (2) et une conclusion (89), créant ainsi le « Psautier messianique ».

Les « Psaumes de Règne » (90-99) dont certains sont attribués à Moïse, ainsi que des psaumes annexes (100-118), sont ajoutés ensuite. Puis un nouveau cadre est apposé autour (1 et 119) pour constituer le « Psautier sapiential ».

Le processus de formation se conclut par l'ajout des « Psaumes de pèlerinage » (120-134), d'annexes aux « Psaumes de David » et d'un grand final (145-150).

Découpage et numérotation

Le Livre des Psaumes est selon la tradition canonique divisé en cent-cinquante psaumes depuis le début de l’ère chrétienne, chez les Juifs comme chez les chrétiens, bien que leur nombre et leur découpage fasse l’objet de nombreuses variations dans la tradition hébraïque primitive et dans la Septante. Les manuscrits du Psautier hébreu ne numérotent pas les psaumes avant 1494 (première édition imprimée). Ils se contentent de les distinguer par un alinéa. La Septante en revanche leur a assigné un numéro d’ordre dès sa rédaction.

Les manuscrits de la mer Morte comportent cent-cinquante-cinq psaumes, les cinq psaumes supplémentaires étant considérés comme « non-canoniques ». L’ordre de présentation des Psaumes y diffère grandement de toutes les autres versions.

Jusqu’à la fin du environ, les psaumes du Psautier hébreu étaient cités par les numéros de ceux de la Septante, également identiques à ceux des versions latines en usage. Cette numérotation est donc bien antérieure à la capitation de la Bible révisée au .

Depuis la fin du seulement, le découpage des psaumes varie légèrement entre les versions de la bible hébraïque (le texte massorétique) et des bibles grecque (la Septante) et latine (la Vulgate) :

Numérotation comparée Texte massorétique Septante et Vulgate1-8 1-8 9-10 9 11-113 10-112 114-115 113 116, 1-9 114 116, 10-19 115 117-146 116-145 147, 1-11 146 147, 12-20 147 148-150 148-150

Les et 10 de la version massorétique ont été réunis en un seul dans la version grecque Les et 115 deviennent le dans la Septante Les et 115 de la Septante apparaissent comme le dans la Bible massorétique Les et 147 de la version grecque équivalent au de la version massorétique

Les traditions chrétiennes varient : Les traductions protestantes se basent sur la numération hébraïque (massorétique) ; Les traductions orthodoxes se basent sur la numération grecque (Septante) ; Le texte liturgique de l’Église catholique romaine suit également la Septante, bien que les traductions catholiques modernes se basent souvent sur la numération hébraïque, indiquant parfois entre parenthèses la correspondance grecque.

La plupart des manuscrits de la Septante comprennent aussi un , également présent dans quelques manuscrits du Psautier romain et de la version alcuinienne du Psautier gallican, mais omis par la plupart des psautiers à partir du ; certains manuscrits syriaques comportent les à 155. Une version hébraïque proche de celle des à 153 a été retrouvée dans les manuscrits de la mer Morte.

Pour le reste de cet article, la numération hébraïque moderne des Psaumes est utilisée sauf précision du contraire.

Usage des Psaumes dans le rituel juif Il n'est fait nulle mention dans le rituel instauré par la Torah de Moïse d’une place du chant dans le culte de Dieu, même si le chant est présent lors d'évènements particuliers (on voit Myriam par exemple qui chante après la traversée de la Mer Rouge). Les premières références à ce propos apparaissent à l’époque de David, ce qui concorde avec le fait que la paternité des Psaumes lui soit attribuée.

Certains intitulés des Psaumes suggèrent leur usage cultuel : sont des shirim (Gr. ode, chant). Shir signifie que le flot de paroles est continu ou rythmé de façon régulière. Il peut se rapporter à des chants laïcs comme religieux. sont des mizmor (Gr. psalmos, psaume). Il s’agit d’une ode lyrique, ou d’un chant mis en musique ; un chant sacré accompagné par un instrument ou un orchestre. Le et d’autres sont appelés tehillah (Gr. hymnos, un hymne). Il s’agit d’un chant de louange, un chant dont la pensée principale est de louer Dieu. Six Psaumes (16, 56-60) ont pour titre mikhtam. Explication de Rachi sur ce terme (commentaire du ) traduction avec commentaire de Rachi sur Chabad.org . :

le et portent le titre de shigayon. Il s’agit d’un chant en état de « folie », de transe ou d’extase.

Les Psaumes tiennent une place importante dans le culte juif. Plusieurs servent d’introduction à un moment de la prière : le (désigné par « Ashrei », qui est en réalité le premier mot des deux derniers versets du ) est lu avant ou pendant l’office, trois fois par jour ; les , 29, 92, et 93 font partie de l’introduction à l’office du vendredi soir (Kabbalat Shabbat). Traditionnellement, selon un rituel décrit dans le traité mishnaïque Tamid, un « Psaume du jour » est lu après l’office du matin (Shaharit) chaque jour de la semaine : dimanche : Ps. 24 lundi : Ps. 48 mardi : Ps. 82 mercredi : Ps. 94 jeudi : Ps. 81 vendredi : Ps. 93 samedi (Shabbat) : Ps. 92

Les Psaumes font également partie intégrante du rituel funéraire : lorsqu’un Juif meurt, une veillée est organisée autour de son corps, et des Tehillim sont récités continuellement, à la lumière du soleil ou d’une bougie, jusqu’à l’enterrement afin d’élever son âme. Si, historiquement, cette veillée était organisée par des proches du défunt (selon des « tours » de garde), ce rôle est actuellement assuré par un membre de la Hevra kaddisha locale.

Beaucoup de Juifs parcourent le Livre des Psaumes en un mois, voire une semaine, et disent chaque semaine un Psaume lié aux évènements de la semaine ou à la section hebdomadaire de la Torah.

Il est d'usage selon la tradition juive, de lire des psaumes avant ou pendant un évènement particulier de la vie, comme le passage d'un examen, ou une opération chirurgicale. La lecture des psaumes est aussi conseillé pour une personne malade. Ainsi des chaines de lecture de psaumes sont souvent organisées dans les communautés pour souhaiter la guérison, ou la réussite d'un membre de la communauté.

Les Hassidim (et les Loubavitch en particulier) lisent le Livre dans son entièreté avant l’office du matin, lors du Shabbat précédant l’apparition calculée de la nouvelle lune.

Les directes tirées du Livre des Psaumes dans le Nouveau Testament permettent de présumer qu’elles étaient familières à la communauté judéenne du temps de Jésus.

Psaumes dans le culte chrétien Le livre des Psaumes, selon l’Évangile de Luc et les épîtres de Paul, est interprété par les chrétiens comme une prophétie des mystères du Christ. Cela a eu des conséquences importantes sur l’exégèse des Pères de l'Église, la théologie et la liturgie de toutes les églises chrétiennes. Le monachisme a fait par exemple de la récitation incessante des Psaumes la matière première de la prière continuelle et de la liturgie des Heures. Les Pères de l’Église ont poursuivi cette démarche car depuis le , le Livre des Psaumes est devenu le fondement de la liturgie chrétienne.

Le clergé et les chrétiens vont continuer cette pratique dans les siècles suivants. Quoique le psautier des Septante comporte , l’usage chrétien n’en reconnaît que 150 (le n’étant jamais lu à l’église ni en Orient, ni en Occident).

Pour la Résurrection du Christ (le Seigneur « se lève »), on utilise les , 15, 29, 64, 75, 109, 114, 117.

Dans une catéchèse de 2020, le pape François reprend l'analyse juive des Téhilim selon laquelle « les psaumes sont la parole de Dieu que nous, les humains, nous utilisons pour parler avec Lui » et invite « à lire et à prier les psaumes, assurés que Dieu nous écoute et qu’il n’abandonne jamais ceux qui mettent leur confiance en lui »..

Liturgies occidentales de rite latin Depuis ses origines, le corpus des chants de la liturgie romaine (antiphonaire de la messe et de l’office) est tissé d’emprunts faits majoritairement aux Psaumes. Jusqu’à la réforme de , les Psaumes, récités comme tels, constituaient l’essentiel de la liturgie des Heures (ou bréviaire dans le langage populaire), le Psautier étant chanté intégralement chaque semaine par les moines et les clercs, réguliers et séculiers.