En politique française, le terme de « gaucho-lepénisme », forgé et défendu par le politologue Pascal Perrineau, est utilisé par la sociologie électorale et les instituts de sondage pour désigner une fraction de l'électorat fondamentalement à gauche mais qui a acquis au fil du temps un rejet de l'immigration et de certaines idées progressistes pourtant chères à la gauche traditionnelle, et qui vote, occasionnellement ou systématiquement, pour le Front national.. Le terme est débattu en sciences politiques : la politiste Nonna Mayer privilégie notamment celui d'« ouvriéro-lepénisme ».

Naissance et prolongement du concept Le terme est utilisé pour la première fois par le politologue Pascal Perrineau, chercheur au Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof), dans Le Vote de crise, ouvrage analysant les résultats de l'élection présidentielle française de 1995. Cette élection voit Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, recueillir le suffrage de 30 % des ouvriers (soit davantage que pour Lionel Jospin) et 25 % des chômeurs ; 46 % de ses électeurs sont ouvriers ou employésÉric Conan et Romain Rosso, « Front national : ce qu'on n'ose pas vous dire », L'Express, 11 avril 1996..

Pascal Perrineau distingue dans le gaucho-lepénisme de 1995 : ..

L'évolution électorale a eu lieu dès les années 1980 : entre 1984 et 1988, la part des ouvriers votant FN est passée de 8 % à 19 %Nicolas Lebourg, « Pourquoi Marine Le Pen parle-t-elle le 1er-Mai? », Slate, mai 2014. Depuis l'élection présidentielle de 1988, les ouvriers votent en moyenne davantage pour le FN que l’ensemble de l’électoratMathieu Dejean, « Le FN, parti des ouvriers ? », Les Inrockuptibles, 27 février 2014. D'après le politologue Alexandre Dézé, (le « social »). Le FN rédige en 1992 les , qui sont d'après Alexandre Dézé . Au milieu des années 1990, le FN fait de la « défense des travailleurs » l'un de ses thèmes de discours ; il met en avant le slogan , qui sera plus tard repris par Marine Le Pen. Pascal Perrineau explique l'apparition de ce phénomène par l'impact de la crise des années 1990« Pascal Perrineau : "l'OPA idéologique du FN a en partie réussi" », MyBoox, 5 mars 2014. Gilles Ascaride, Judith Rouan et Thierry Blöss relèvent en 1999 que l'électorat du PS est le principal à gauche à opérer un transfert vers le vote frontisteGilles Ascaride, Judith Rouan et Thierry Blöss, Le vote Front national dans les Bouches-du-Rhône : « Laboratoire » de l'alliance entre la droite et l'extrême droite ?, Revue française de science politique, 1999, vol. 49, , .

Le transfert de l'électorat ouvrier vers la droite populiste s'observe ailleurs en Europe. Pour cette raison, le chercheur néerlandais Ian Buruma qualifiait en 2002 les forces populistes qui bénéficient de ce mouvement de « nouvelle gauche »Dominique Reynié, « Une mutation qui arrive trop tard », lemonde.fr, 21 février 2014, disponible en ligne sur le site de la Fondapol.

Lors de la campagne de l'élection présidentielle de 2007, Pascal Perrineau utilise également les termes de « gaucho-sarkozysme » et de « gaucho-bayrouisme » pour évoquer la « dissonance » entre proximité partisane et choix électoral qui touche davantage la gauche que la droite, d'après la quatrième vague du Baromètre politique français (BPF). Il souligne en que l'électorat de gauche prêt à voter pour un candidat de droite rejoint d'abord Nicolas Sarkozy, puis François Bayrou, et seulement ensuite Jean-Marie Le Pen, tout en estimant que Pascal Perrineau, « Les électeurs infidèles, une des clés du scrutin », Le Monde, 13 mars 2007.. Lors de cette élection, les ouvriers constituent la catégorie sociale au sein de laquelle Jean-Marie Le Pen résiste le mieux, passant de 23 % en 2002 à 16 %.

La chercheuse Nonna Mayer relève que lors de l'élection présidentielle de 2012, Marine Le Pen attire certes mais les gaucho-lepénistes au sein de son électorat ( se situent à gauche sur l'échiquier politique) : par rapport à la candidature de son père en 2007, .

Évoquant l'élection présidentielle de 2017, Pascal Perrineau souligne que , ; il relève également que les électeurs du FN désignent majoritairement Jean-Luc Mélenchon comme second choix.. Le départ de Florian Philippot en est perçu comme ..

Un terme débattu en sciences politiques

Le politologue Pierre Martin réfute l'analyse de Pascal Perrineau en invoquant une droitisation globale du vote ouvrier entre 1988 et 1995, et le simple maintien en 1995 d’une prédominance du Front National sur le vote ouvrier de droite déjà acquise en 1988« L'électorat du Front national. Droitisation du vote ouvrier ou “gaucho-lepénisme” : une diversité d'analyses pour un même fait », Les Notes de la Fondation Jean-Jaurès, 5, juin 1997. En 1997, la politologue Nonna Mayer estime que le gaucho-lepénisme, défini comme , , tout en jugeant l'expression ; elle souligne également que les électeurs gaucho-lepénistes ; et que . alt=|vignette|La chercheuse Nonna Mayer privilégie le terme d'« ouvriéro-lepénisme ». Dans son ouvrage Ces Français qui votent FN (1999)Nonna Mayer, Ces Français qui votent FN, Flammarion, « Documents », 1999 , Nonna Mayer utilise le terme d'« ouvriéro-lepénisme » pour désigner la tentative de Bruno Mégret de développer des réseaux syndicaux FN dans le petit patronat et les administrations publiquesGrégory Marin, « La résistible progression du lepéno-syndicalisme », L'Humanité, 30 janvier 2014.. Ce terme a la préférence d'Alexandré Dézé, estimant que .. Blaise Magnin rejoint cette analyse, qualifiant le gaucho-lepénisme de : Blaise Magnin, « Les urnes et le peuple », Le Monde diplomatique, septembre 2011.. Jérôme Sainte Marie, sondeur français, juge pour sa part que s'est appuyée sur différents argumentaires successifs, dont il relativise la portée :

« Regards présents sur l’état de l’opinion - Entretien croisé avec Gérard Le Gall, Politologue et Jérôme Sainte Marie, Directeur général adjoint de l’Institut CSA », Revue politique et parlementaire, 9 janvier 2014..

À la lumière de sondages réalisés lors des élections présidentielles de 2007 et 2012, Nonna Mayer assimile l'« ouvriéro-lepénisme » à un et précise : .

Pour le chercheur Florent Gougou, le score du FN chez les ouvriers s'explique de trois manières : lors la percée du FN dans les années 1980 ; une ; et le renouvellement des générations chez l'électorat ouvrier. Il relativise également l'importance de la part des ouvriers dans l'électorat du FN, soulignant qu'elle s'élevait à 50 % pour le Parti communiste français à son apogée en 1967 et 1978, contre 30 à 35 % pour le FN depuis 1988.

Dans La France au front (Fayard, 2014), Pascal Perrineau affirme que le gaucho-lepénisme .

Dans ce même ouvrage, Pascal Perrineau estime que le gaucho-lepénisme, qui a d'abord connu , fait l'objet d'une . Il identifie plusieurs facteurs pour expliquer celle-ci : le rapprochement d'électeurs de la gauche et du Front national , ; l'investissement par Marine Le Pen de et ;

des , un approfondissement de l' sur , et .

En 2017, Pascal Perrineau publie un nouvel ouvrage consacré au sujet, dans lequel il réaffirme la validité du concept de gaucho-lepénisme..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Indice d'Alford

Bibliographie . . . . . . . . .

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