Novioregum est un vicus gallo-romain appartenant à la Civitas Santonum, la cité des Santons. Elle atteint son apogée au ap. J.-C. mais, dès le ou , la ville est désertée et l'on perd durablement sa trace.
Sa localisation donne lieu à de nombreuses hypothèses, cependant le site du Fâ, à Barzan, en Charente-Maritime, est aujourd'hui privilégié.
Une localisation incertaine thumb|Maquette, située à l'emplacement de la palestre des thermes, représentant les thermes tels qu'ils devaient apparaître au . Les pièces d'eau sont visibles en arrière-plan.
L'Itinéraire d'Antonin, de Bordeaux à Autun, (Itinerarium Antonini - Item a Burdigala Augustodunum mpm CCLXXIIII sic Blauto mpm XVIIII Tamnum mpm XVI Novioregum mpm XII Mediolanum Santonum mpm XV Aunedonnacum mpm XVI…) situe Blaye à 18 milles romains de Bordeaux, Tamnum à 16 milles romains de Blaye, Novioregum à 12 milles romains de Tamnum et Saintes à 15 milles romains de NovioregumKarine Robin, « Novioregum, ville portuaire antique », article paru dans Archéologia no 430, 02/02/2006.
Novioregum pourrait également être le Portus Santonum, le port des Santons, à proximité du Promontorium Santonum, décrit par Ptolémée. Le port des Santons constituait un point de débarquement pour les bateaux de haute mer, pouvant être un lieu de négoce avec la Marseille grecque (via la Garonne) sur l'une des routes de l'étain (latin stannum) venant de Grande-Bretagne.
La Table de Peutinger ne mentionne pas Novioregum entre Lamnu (sic) et Mediolano Sancon (sic), sans doute du fait de l'abandon du site de Novioregum au moment de l'édition (ou de la correction) de la carte.
Durant plusieurs siècles, la localisation précise de Novioregum resta un mystère. D'aucuns situèrent l'antique cité à Royan, du fait de la ressemblance apparente du nom de Royan avec (Novio) RegumD'Anville, source: Histoirepassion. D'autres, comme le célèbre érudit local Léon Massiou, étaient enclins à la situer dans la presqu'île d'ArvertLes villes disparues : article de Léon Massiou, publié en 1924.
Hypothèses de la localisation de Novioregum au cours de l'histoire
Royan : selon Jean-Baptiste Bourguignon d'AnvilleNotice de l'ancienne Gaule, par Jean-baptiste Bourguignon d'Anville, géographe français né en 1697 Sablonceaux, Terrier de Toulon : selon De la SauvagèreSources : Archaero et Fleury en 1770 Presqu'ile d'Arvert selon Léon Massiou, en 1912in Revue de Saintonge et d’Aunis Tome XXXIII, 1912, pages 6 à 14 Site gallo-romain de Barzan selon Auguste Lacurie (dès 1844) et Jacques Dassié.
Dès 1844, plusieurs érudits locaux, tels l'abbé Auguste Lacurie, tendent à penser que les ruines de Barzan seraient en fait l'antique cité de Novioregum. Il faudra cependant attendre les campagnes de prospections aériennes de Jacques Dassié, en 1975, pour que cette hypothèse devienne prédominante.
Selon Jacques Dassié, la métrique utilisée sur l'Itinéraire d'Antonin ne serait pas le mille romain mesurant environ (millia passum soit 1000 doubles pas), mais en réalité la grande lieue gauloise mesurant environ Archéologie aérienne.
Sa théorie permet de situer Tamnum à Consac, et Novioregum sur le site gallo-romain de Barzan, situé entre les villages de Barzan, de Talmont-sur-Gironde et d'Arces-sur-Gironde.
La redécouverte de Novioregum
Si la présence de ruines antiques à Barzan est connue depuis plusieurs siècles (l'ingénieur royal Claude Masse, en poste en Aunis et Saintonge entre 1694 et 1715, note leur présence), leur importance est longtemps sous-estimée.
vignette|gauche|Les thermes du site gallo-romain de Barzan Le premier à entrevoir leur importance est l'abbé Auguste Lacurie, secrétaire de la Société Archéologique de Saintes à la fin du . En 1844, il émet l'hypothèse que les ruines visibles à Barzan pourraient bien être la ville antique de Novioregum In Société archéologique de Saintes : Bulletin monumental..., , 1844. Cependant, plusieurs personnalités importantes dans le domaine de l'archéologie, tel Léon Massiou, contesteront cette hypothèse, notamment dans un ouvrage paru en 1924. Quelques années plus tard pourtant, de nouveaux vestiges sont découverts. Outre le temple et le théâtre, connus depuis les descriptions de Claude Masse, on exhume les vestiges d'un aqueduc, puis de thermes, confirmant la présence d'une cité de quelque importance à cet emplacementFouilles archéologiques au Fâ.
Cependant c'est en 1975 que les prospections aériennes de Jacques Dassié révèleront l'ampleur du siteSources : Bernezac.com, s'étendant sur près de 140 hectaresLes dossiers d'Archéologia n°323, Alain Bouet,les thermes de Barzan, p31. Jacques Dassié écrira : « Nos premiers clichés de prospection aérienne remontent à 1962. Ils ne révélèrent rien de décisif ou d’interprétable comme gallo-romain, en dehors des superstructures existantes. Il fallut attendre fin , pour que la conjonction des conditions de cultures et d’une météorologie très favorables, apporte les résultats spectaculaires. Au début de l’été, le jaunissement des céréales fut particulièrement révélateur et tous les grands pôles d’une ville apparurent ».
De fait, comme l'indique également Jacques Dassié,
Les voies romaines autour de Novioregum
Selon Jacques Dassié (2003), le port de Novioregum - Barzan était relié au réseau routier antique : Novioregum communiquait vers l'est par Mediolanum Santonum - Saintes, Germanicomagnus - Théâtre gallo-romain des Bouchauds, Cassinomagus - Chassenon et Augustoritum - Limoges ; et au-delà vers Lyon : il s'agit de la Via Agrippa. Novioregum communiquait également vers l'est par Mediolanum Santonum - Saintes, Condate - Merpins, Sarrum - ? et Vesunna - Périgueux, et au-delà vers Rome par Rodez : il s'agit du chemin Boisné. Novioregum communiquait vers le sud par Tamnum - Consac, Blavia - Blaye et Burdigala - Bordeaux ; et au-delà vers Agen et Toulouse. Novioregum communiquait vers le nord-nord-est par Mediolanum Santonum - Saintes, Aunedonnacum - Aulnay-de-Saintonge, Brigiosum - Brioux-sur-Boutonne, Rauranum - Rom (Deux-Sèvres) et Limonum - Poitiers ; et au-delà vers Tours, Le Mans, Lisieux et Rouen.
Vestiges
vignette|Les vestiges du théâtre gallo-romain de Barzan en 2015
Les fouilles archéologiques effectuées par l'association ASSA Barzan (commencées en 1994 et toujours en cours) ont permis d'exhumer les vestiges d'une ville portuaire fondée par les Celtes santones, et agrandie au cours des deux premiers siècles de notre ère. Cette ville était probablement un comptoir commercial, ou emporium.
Les premières constructions importantes furent probablement édifiées sous les Flaviens (de 69 à 96), comme l'attestent des restes de statues ainsi que plusieurs chapiteaux corinthiensChapiteaux corinthiens du sanctuaire, Le Fâ datant de cette époque, retrouvés sur le site. Néanmoins, la ville semble avoir connu son âge d'or vers le de notre ère, sous le règne des Antonins. La ville se pare alors de monuments importants : Théâtre, Port, Horrea (entrepôts), Temples, Thermes agrandis au IIe siècle, avenues…
La ville, prospère, est signalée par l'Itinéraire d'Antonin, publié au de notre ère, sous le règne de l'empereur Dioclétien. Cependant, la ville semble avoir été abandonnée au , probablement du fait de l'envasement de son port, phénomène récurrent dans la région.
Les sources historiques Ptolémée, Géographie Strabon, Géographie, IV, 11. Itinéraire d'Antonin de Burdigala (Bordeaux) à Augustodunum (Autun). Table de Peutinger, Pars I (Segmentum I), Hofbibliothek, Vienne. Jacques Dassié, 1975.
Notes et références Notes
Références
Articles connexes
Gaule romaine Ville gallo-romaine Via Agrippa Itinéraire d'Antonin Liste des noms latins des villes françaises
Liens externes
Les villes disparues : Tamnum, Novioregum, par Léon Massiou (1924) extrait de la Table de Peutinger de Burdigala à Mediolanum Santonum et Vesonna, Bibliotheca Augustana Conseil général de la Charente-Maritime, Patrimoine archéologique Conseil Général de la Gironde, L'Univers de l'Estuaire, avril 2008, page 20
Catégorie:Site archéologique en Charente-Maritime Catégorie:Ancienne agglomération romaine en France Catégorie:Antiquité en Charente-Maritime Catégorie:Ville ou oppidum celtique en France
la:Novioregum