Lamoral, comte d'Egmont, prince de GavreGavere est une commune de Flandre-Orientale liée au comté d'Alost, à ne pas confondre avec Le Gâvre, près de Nantes., né le au château de Lahamaide à Lahamaide en Hainaut, et mort décapité le à Bruxelles, est un général et un homme d’État des Pays-Bas des Habsbourg sous le règne de Charles Quint et de Philippe II.
Vainqueur des Français aux batailles de Saint-Quentin et de Gravelines (1557-1558), il devient gouverneur de la Flandre et de l'Artois et membre du Conseil d'État (organe de gouvernement des Pays-Bas des Habsbourg).
Quelques années après, il est victime des événements de 1566-1567 (révolte des Gueux et crise iconoclaste). Arrêté, ainsi que le comte de Hornes, sur l'ordre du duc d'Albe, il est jugé et condamné à mort. L'exécution des deux hommes en sur la Grand-Place de Bruxelles est un événement clef dans le déclenchement du soulèvement des Pays-Bas contre Philippe II, qui allait aboutir à la sécession des Provinces-Unies.
Biographie Origines familiales Lamoral d'Egmont naît dans une des familles les plus riches et nobles des Pays-Bas des Habsbourg, la maison d'Egmont, dont la branche aînée a régné sur le duché de Gueldre jusqu'en 1538.
Son père Jean IV d'Egmont, issu d'une branche cadette de la maison d'Egmont, est chevalier de l'Ordre de la Toison d'or, conseiller et chambellan de l'empereur Charles Quint. Il meurt en Italie à l'âge de 29 ans, alors que Lamoral a 5 ans.
Sa mère, Françoise de Luxembourg (morte en 1557), est issue d'une branche cadette de la maison de Luxembourg, les Ligny-Brienne-St-Pol-Fiennes. Elle est la fille de Jacques II de Luxembourg, comte de Gavre, et de Marguerite de Bruges, fille elle-même de Jean V de Bruges, seigneur de la Gruuthuse. Charles Quint la fait princesse de Gavre en 1535, après qu'elle a hérité le domaine de Gavre, situé en Flandre orientale, de son frère Jacques III de Luxembourg, mort en 1532 sans descendance.
Né au château de Lahamaide à Lahamaide, près d'Ellezelles, dans le comté de Hainaut, Lamoral est le troisième enfant du couple, après Charles et Marguerite (1517-1554).
La Maison d'Egmont est suffisamment renommée pour qu'en 1549, Marguerite épouse le prince lorrain Nicolas de Mercœur, comte de Vaudémont, régent des duchés de Bar et de Lorraine : leur fille Louise de Lorraine est même devenue l'épouse du roi de France Henri III.
Dans les années 1530, Françoise de Luxembourg fait construire le petit palais d'Egmont à Bruxelles, qui sera agrandi par Lamoral à partir de 1560.
Jeunesse En 1538, Lamoral suit en Espagne son frère aîné Charles, devenu chambellan de l'empereur en succession de leur père.
Tous deux participent à la désastreuse campagne d'Alger. Lamoral a alors 19 ans. Un an plus tard, en décembre 1542, Charles meurt à Carthagène des suites d'une blessure reçue à Alger. Il laisse à son cadet le titre de comte d'Egmont, ainsi que de nombreux fiefs et domaines en Hollande et en Flandre.
Le , Lamoral épouse une riche princesse allemande protestante, Sabine de Palatinat-Simmern, de la maison de Wittelsbach (ducs de Bavière).
Fidèle serviteur de Charles Quint, chef de la maison de Habsbourg, il est fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'or en 1546.
En 1553, il est envoyé en Angleterre comme chef de l'ambassade chargée de demander la main de Marie Tudor, reine d'Angleterre au nom du prince Philippe, fils aîné de Charles Quint.
Les batailles de Saint-Quentin et de Gravelines vignette|droite|250px|Le comte d'Egmont
Il connaît la consécration à l'occasion de la onzième et dernière guerre d'Italie, en étant vainqueur de l'armée française lors des batailles de Saint-Quentin (1557), et de Gravelines (1558).
Voulant briser la suprématie de Charles Quint, le roi de France Henri II rompt la trêve de Vaucelles et envahit l'Artois. À la tête de , Emmanuel-Philibert de Savoie, lieutenant général des Pays-Bas, marche sur la forteresse de Mariembourg, occupée par les Français. . L'armée du connétable Anne de Montmorency y est écrasée par la cavalerie commandée par Lamoral d'Egmont (). La voie de Paris est ouverte : la prise de Noyon est une première étape, mais Philippe manque de résolution. À court d'argent, l'armée espagnole s'arrête à Chauny et est incapable de profiter de son avantage.
L'année suivante, Lamoral arrête les troupes du maréchal de Thermes dans les dunes de Gravelines (). Le soulagement est général tant l'armée française avait commis d'exactions dans le comté de Flandre après la prise de Calais et de Dunkerque aux Anglais en par l'armée du duc François de Guise, après 210 ans d'occupation anglaise à Calais.
Lamoral d'Egmont est alors nommé stathouder (gouverneur) de Flandre et d'Artois.
thumb|Lamoral
Conseiller d'État et membre de l'opposition nobiliaire En 1559, Philippe II, avant de repartir en Espagne après la signature du traité du Cateau-Cambrésis, nomme sa sœur Marguerite de Parme « gouvernante » des Pays-Bas (gouverneur général, lieutenant général). Il lui donne pour conseiller l'évêque d'Arras, Antoine Perrenot de Granvelle. Celui-ci va petit à petit accaparer le pouvoir au détriment des autres membres du conseil d'État. Lorsque intervient la réforme des évêchés néerlandais en 1561, Granvelle, nommé cardinal en février, devient en mars archevêque de Malines et primat des Pays-Bas.
Egmont fait partie depuis quelques années du conseil d'ÉtatMémoire de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts Année 1853 pages 31-32 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6465647v, aux côtés de Guillaume d'Orange et de Philippe de Montmorency, comte de Hornes. En 1561, les trois hommes s'unissentCf. page néerlandaise Liga tegen Granvelle. contre le cardinal Granvelle, perçu comme un étranger, et en demandent le rappel. Dans une lettre à Philippe (), ils mettent leur démission en jeu et obtiennent le départ du cardinal des organes de gouvernement en 1564 (mais il reste archevêque de Malines).
Ils sont également sceptiques quant à l'efficacité de la politique royale de lutte à outrance contre le protestantisme, qui leur semble difficile à appliquer et contraire aux traditions locales. En 1565, Egmont est envoyé par Marguerite à Madrid pour rendre compte des difficultés rencontrées face aux progrès de la religion réformée et réclamer un moratoire ou du moins une modération dans la lutte contre l'hérésie, l'application du concile de Trente et la création des nouveaux diocèses. Le roi lui fait une réponse orale qui lui semble satisfaisante, mais il envoie à la gouvernante des lettres dites « lettres de Ségovie » dont le contenu est complètement différent. Egmont se sent trahi lorsqu'il apprend cela de Marguerite à son retour.
La crise de 1566-1567 : la révolte des Gueux et la furie iconoclaste Il ne participe cependant pas à l'affaire du Compromis des Nobles () et au début de la révolte des Gueux (mai), dans laquelle le frère de Guillaume d'Orange, Louis de Nassau, joue un rôle important.
C'est dans ce contexte de tension politique extrême que se produit en août une vague de destruction massive des églises catholiques. Parti de Flandre, le mouvement iconoclaste se répand durant quelques semaines dans plusieurs provinces des Pays-Bas. En tant que gouverneur du comté de Flandre, Egmont s'efforce de rétablir l'ordre et de maintenir l'autorité royale à laquelle il reste fidèle.
Au printemps 1567, il refuse d'apporter le moindre soutien aux calvinistes lors des batailles d'Austruweel et de Valenciennes.
thumb|Château d'Egmont à Zottegem
À cette époque, alors qu'une armée espagnole commandée par le duc d'Albe fait route vers les Pays-Bas, Guillaume d'Orange quitte Bruxelles pour se réfugier en Allemagne et conseille au comte d'Egmont et au comte de Hornes de faire de même, mais ils refusent.
Arrestation et exécution thumb|Statues des comtes d'Egmont et de Hornes placées vers 1873 sur le Petit Sablon à Bruxelles.
Arrivé à Bruxelles en , le duc d'Albe met en place un organisme judiciaire exceptionnel, le Conseil des troubles. Il fait arrêter les comtes d'Egmont et de Hornes. Ils sont jugés par ce conseil et, bien qu'ils ne soient pas protestants et n'aient pas combattu Philippe, condamnés à mort. Durant l'automne, Marguerite de Parme se démet de ses fonctions, le duc d'Albe devient alors gouverneur général des Pays-Bas.
Au printemps 1568, Guillaume d'Orange lance une offensive contre l'armée du duc d'Albe. Il remporte la bataille de Heiligerlee ().
Egmont et Hornes sont décapités le sur la Grand-Place de Bruxelles. Cet événement marque symboliquement le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans, qui prendra fin en 1648 par la reconnaissance de l'indépendance de la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, créée en 1581-1585. Dans l'immédiat, l'offensive de Guillaume d'Orange est repoussée à la fin de 1568.
Suites de l'exécution Egmont est inhumé le lendemain dans la crypte d'Egmont de l'Église Notre-Dame de l'Assomption à Zottegem, où se trouve sa principale résidence hors de Bruxelles, le château d'Egmont, entré dans le patrimoine familial en 1530.
Sa veuve, Sabine de Palatinat-Simmern, est accueillie avec ses enfants par l'abbesse Barbe Tasse à l'abbaye de la Cambre (actuelle commune d'Ixelles), puis se réfugie au château de Westerlo (actuelle province d'Anvers), propriété de la famille de Merode.
L'ensemble du patrimoine familial (comté d'Egmont, seigneurie de Gavre, seigneurie de Zottegem et d'autres fiefs) est confisqué à la suite de cette condamnation. Mais il est restitué à Philippe d'Egmont à la suite d'une amnistie .
Ascendance
Armoiries
Figure BlasonnementÉcartelé : aux 1 et 4 parti d'Egmond et d'Arkel ; au 2 et 3, parti de Gueldre et de Juliers. Sur le tout, écartelé de Luxembourg et des Baux.
Le comte d'Egmont dans les arts et la littérature vignette|Frans Pourbus I - Portrait de Lamoraal, Comte d'Egmont. L'exécution d'Egmont et de Hornes est évoquée dans les Essais de Montaigne (Livre 1, chapitre VII, « Que l'intention juge nos actions »Cf. page 30 sur Gallica.) : « le dict comte d'Aiguemond, soubs la foy duquel le comte de Horne s'estoit venu rendre au duc d'Albe, requit avec grande insistance qu'on le feist mourir le premier, à fin que sa mort l'affranchist de l'obligation qu'il avoit audit comte de Horne. »
Schiller a écrit Des Grafen Lamoral von Egmont Leben und Tod (« Vie et mort du comte Lamoral d'Egmont »Cf. wikisource).
Egmont est le personnage principal d'une pièce de théâtre de Goethe, Egmont.
Beethoven a composé en 1810 une musique de scène pour cette pièce. Les morceaux les plus célèbres de l'Egmont de Beethoven sont l'ouverture, les lieds Die Trommel gerühret, Freudvoll und Leidvoll et la Mort de Klärchen. Le compositeur tenait à ce sujet correspondant à ses propres convictions politiques et à son idéal de liberté héroïque.
En 2019, Eric-Emmanuel Schmitt a réécrit, à la demande de l'Orchestre national de Belgique, la tragédie de Goethe pour deux représentations exceptionnelles de l'Egmont de Beethoven dans son intégralité, au Palais des beaux-arts de Bruxelles sous la direction de Hugh WolffBOZAR - Le site officiel..
Le comte d'Egmont est aussi le sujet de plusieurs peintures de Louis Gallait, dont Derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Hornes qui se trouve au Musée des Beaux-Arts de Tournai et à l'hôtel de ville de Zottegem.
Mémoire Hommages Rue d'Egmont : Bruxelles, Mons, Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais) Graaf van Egmontstraat : Anvers, Malines, Zottegem, Oostkamp, Deinze,... Maison de repos « Comte d'Egmont » à Chièvres (Hainaut)
Monuments thumb|Crypte d'Egmont à Zottegem thumb|Les squelettes de Lamoral d'Egmont (à droite) et de son épouse Sabine de Palatinat-Simmern (à gauche) dans la crypte d'Egmont à Zottegem.