Les Huguenots est un grand opéra en cinq actes et trois tableaux de Giacomo Meyerbeer, sur un livret en français d’Eugène Scribe et Émile Deschamps, créé le à l’Opéra de Paris, salle Le Peletier, avec les plus grands chanteurs de l’époque : les sopranos Dorus-Gras et Falcon, le ténor Nourrit et la basse Levasseur, sous la direction de François-Antoine Habeneck.
Onzième opéra du compositeur et le deuxième écrit pour l’Opéra de Paris (après le triomphe rencontré par Robert le Diable), il s'inspire des événements ayant conduit au massacre de la Saint-Barthélemy le .
« Seul opéra de Meyerbeer à s’accrocher au répertoire »Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Paris : Fayard, Collection Les Indispensables de la Musique, 2005, , Les Huguenots constitue le « prototype du grand opéra à la française » et connut « une gloire sans précédent »Harold Rosenthal et John Warrack, Guide de l’Opéra, édition française réalisée par Roland Mancini et Jean-Jacques Rouveroux, Paris : Fayard, Collection Les Indispensables de la Musique, 1995, , « offrant au public étonné un spectacle dramatique et musical sans précédent, sur un sujet non conventionnel, dont la modernité faisait alors tout l’attrait »Gérard Condé, « De l’opéra-comique au grand opéra », Inventaire de l’opéra, Universalis, 2005, p. 116-125 .
Considéré comme le chef-d’œuvre de Meyerbeer, l’œuvre a influencé les plus grands compositeurs lyriques, à commencer par Richard Wagner (des réminiscences du duo d’amour entre Raoul et Valentine au quatrième acte se font entendre dans Tristan et Isolde), mais aussi Giuseppe Verdi (notamment dans les Grands opéras qu’il compose pour l’Opéra de ParisVerdi poussera le mimétisme jusqu’à reprendre pour sujet un massacre sanglant dans Les Vêpres siciliennes et l’histoire d’un amour impossible sur fond de querelle religieuse entre protestants et catholiques dans Don Carlos où l’héroïne principale n’est autre qu’Élisabeth de Valois, sœur de Marguerite de Valois qui est l’un des personnages principaux des Huguenots.), avant de devenir « un prototype, voire un poncif », aux yeux d'une critique (d’origine principalement wagnérienne) de plus en plus sévère.
Les contraintes artistiques, impliquant qu'« un directeur d’opéra qui voudrait monter l’œuvre de façon satisfaisante devrait pouvoir trouver sept interprètes de tout premier plan pour les rôles principaux, capables, de plus, de suivre le style lyrique de cet opéra »Gustav Kobbé, « Les Huguenots » dans Tout l’opéra, de Monteverdi à nos jours, édition établie et révisée par le comte de Harewood et Antony Peattie, traduit de l’anglais par Marie-Caroline Aubert, Denis Collins et Marie-Stella Pâris, adaptation française de Martine Kahane, compléments de Jean-François Labie et Alain Pâris, Robert Laffont, Collection « Bouquins », 1999, p. 487-488, , et la longueur de la partition (près de quatre heures de musique), expliquent également que l’opéra ait été peu représenté au . La montée des nationalismes et de l'antisémitisme en Europe ont également contribué à ce que les opéras de Meyerbeer, en général, soient moins joués dès la fin du .
Depuis quelques années cependant, les maisons d’opéra le reprogramment, permettent ainsi la réévaluation d'une œuvre qui n’est pas, pour reprendre l’analyse de Renaud Machart, « un gros machin moralisant et ringard » mais « une œuvre totale, complexe mais accessible, qui montre que le compositeur allemand, passé par l’Italie et la France, connaissait ses classiques : la partition est fondée sur des archaïsmes nombreux et cite des périodes musicales qui vont de la musique médiévale au Don Giovanni de Mozart, tout en annonçant Verdi (qui y fera son miel) et, dans son ballet, les musiques pimpantes du groupe des Six »Renaud Machart, « A La Monnaie de Bruxelles, des Huguenots attendus mais brouillons », Le Monde, 16 juin 2011.
Sources Après avoir remporté un triomphe avec Robert le Diable, premier opéra à s’inspirer des thèmes du Romantisme noir des romans gothiques alors à la mode, Meyerbeer décide de mettre en musique un drame historique ayant pour sujet un amour impossible sur fond de guerre de religion à la veille du massacre de la Saint-Barthélemy.
Un trait majeur du romantisme est l’intérêt manifesté pour les périodes du Moyen Âge ou de la Renaissance, illustré par le succès remporté par les romans de Walter Scott et la redécouverte des pièces de théâtre de William Shakespeare. De nombreux opéras historiques ont déjà été couronnés de succès : La Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber créé en 1828, Les Puritains, dernier opéra composé par Vincenzo Bellini (1835) ou La Juive de Jacques-Fromental Halévy (1835 également).
vignette|gauche|Le Massacre de la Saint-Barthélemy, d'après François Dubois Les guerres de religion et le massacre de la Saint-Barthélemy sont en outre des thèmes à la mode dans les années 1830. Ils sont le sujet de plusieurs œuvres dramatiques, dont La Saint-Barthélemy de Charles de Rémusat (1828) ou Aoust 1572, ou Charles IX à Orléans de Jean-Pierre Lesguillon (1832). Alexandre Dumas remporte quant à lui un triomphe avec sa pièce Henri III et sa cour créée à la Comédie-Française le La trilogie romanesque dite des « Valois » consacrée à la même période historique et composée successivement de La Reine Margot, La Dame de Monsoreau et des Quarante-Cinq sera publiée entre 1844 et 1848.. Jean-Michel BrèqueJean-Michel Brèque, « Loin de Mérimée et du grand opéra historique » dans « Les Huguenots », L’Avant-Scène Opéra, n° 134, septembre-octobre 1990, p. 9-19 rappelle également que dans Le Rouge et le Noir paru en 1830, Stendhal fait référence à plusieurs reprises à l’époque de Charles IXL’une des héroïnes du roman, Mathilde de la Môle, est ainsi censée être la descendante de Joseph Boniface de la Môle, qui aurait été l’amant de Marguerite de Valois et qui finit décapité en place de grève ; Marguerite aurait alors réclamé la tête au bourreau pour l’enterrer elle-même. À la fin du Rouge et le Noir, Mathilde fait de même après l’exécution de Julien Sorel.. Publié en 1829, le roman de Prosper Mérimée Chronique du règne de Charles IX inspire à Ferdinand Hérold son dernier opéra, Le Pré-aux-clercs (1832), mais aussi en partie l’œuvre de Meyerbeer (voir ci-dessous).
Argument En France, au cours de l’été 1572, à la veille du massacre de la Saint-Barthélemy, une catholique et un protestant vivent un amour impossible.
Acte I Une salle du château du comte de Nevers, en Touraine. vignette|Philippe Chaperon, esquisse coloriée pour le décor de l’acte I (1896) : Ouverture. : Chœur « Des beaux jours de la jeunesse » : Tandis que certains invités du comte de Nevers jouent aux dés, d’autres seigneurs catholiques célèbrent la jeunesse, les jeux et le plaisir. : Morceau d’ensemble « De ces lieux enchanteurs, châtelain respectable » : Les jeunes gens souhaitent passer à table, mais leur hôte les avertit qu’il attend un dernier invité, un huguenot, que le roi lui a demandé de recevoir, en signe de réconciliation entre catholiques et protestants. : Entrée de Raoul « Sous ce beau ciel de la Touraine » : Entre alors Raoul de Nangis, jeune gentilhomme huguenot, très impressionné de pouvoir rencontrer des nobles aussi bien vus à la cour. : L’orgie « Bonheur de la table » : Tandis qu’on apporte une table magnifiquement servie, les seigneurs catholiques célèbrent le vin et l’ivresse. : Scène « Versez de nouveaux vins, versez avec largesse ! » : Le comte de Nevers annonce alors qu’il vient de se fiancer et qu’il doit désormais renoncer à ses maîtresses. Il invite cependant ses convives à décrire celles dont ils sont épris et demande au dernier venu, Raoul de Nangis, de commencer. : Romance « Plus blanche que la blanche hermine » : Raoul raconte alors comment il a sauvé une jeune fille d’une échauffourée. Bien qu’il ne connaisse ni son nom, ni ses origines, il en est tombé immédiatement amoureux. : Récitatif « Quelle étrange figure ici vois-je apparaître ? » : Mais voici qu’entre Marcel, le vieux serviteur de Raoul, qui ne cache pas la répulsion que lui inspire toute cette assemblée de seigneurs catholiques célébrant le jeu, le vin et les femmes. : Choral « Seigneur rempart et seul soutien » : Souhaitant entraîner Raoul hors de ces lieux de perdition, Marcel entonne un choral luthérien tandis que les catholiques trinquent à leur maîtresse. : Scène « Eh ! mais plus je le vois, et plus il me rappelle » : Un des seigneurs catholiques reconnaît cependant Marcel comme l’un des combattants qu’il avait affrontés au cours d’une rixe. Afin d’enterrer toute rancune, il propose au vieux serviteur de trinquer avec lui, ce que Marcel refuse. Quelque peu irrités, les seigneurs catholiques demandent alors à Marcel de chanter une chanson. : Chanson huguenote « Piff, paff, piff, paff » : Marcel s’exécute et interprète une chanson aux accents guerriers appelant à l’extermination des catholiques. Les seigneurs catholiques se moquent de lui. Récitatif « Au maître de ces lieux, au Comte de Nevers » : Un valet du comte de Nevers prévient son maître qu’une femme mystérieuse souhaite lui parler. Le comte sort pour rencontrer l’inconnue. : Morceau d’ensemble « L’aventure est singulière » : Les seigneurs catholiques s’interrogent sur l’identité de cette inconnue et tentent de l’apercevoir. Ils invitent Raoul à faire de même. Reconnaissant la jeune femme qu’il a sauvée et dont il est tombé amoureux, le gentilhomme huguenot, croyant qu’elle est la maîtresse du comte de Nevers, jure de ne plus jamais la revoir. Récitatif « Il faut rompre l’hymen qui pour moi » : Nevers revient sur ces entrefaites. La jeune inconnue n’était autre que sa fiancée, venue lui demander d’annuler le mariage arrangé par son père. Nevers a accédé à cette demande, mais ne peut s’empêcher d’en éprouver un vif dépit. : Chœur « Honneur au conquérant » : Ignorant tout du motif réel de l’entrevue qui vient de se dérouler, les seigneurs catholiques célèbrent le pouvoir de séduction du comte de Nevers, ce que ce dernier préfère ne pas démentir. : Cavatine du page « Une dame noble et sage » : Entre alors le page Urbain porteur d’un message à remettre à l’un des seigneurs présents, de la part d’une femme inconnue. : suite du final « Trop de mérite aussi quelquefois importune » : Nevers croit que le message est pour lui, mais il est vite démenti par Urbain qui remet le pli à son réel destinataire, Raoul de Nangis. : Ensemble « Vous savez si je suis un ami » : Reconnaissant le cachet et la devise de la princesse Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, sœur du roi Charles IX et future épouse d’Henri de Navarre, tous les seigneurs catholiques s’empressent auprès de Raoul de Nangis et lui proposent leur amitié. : Strette « Les plaisirs, les honneurs, la puissance » : Le jeune huguenot, qui n’a pas deviné l’identité de celle qui lui a envoyé le message, ne comprend rien à cette soudaine sollicitude. Il interroge Urbain qui lui promet que celle qu’il va rencontrer peut lui apporter « les plaisirs, les honneurs, la puissance ». Tous les seigneurs catholiques boivent à la santé de Raoul qui s’apprête à suivre Urbain après qu’on lui a bandé les yeux.
Acte II Les jardins du château de Chenonceau. vignette|Célestin Deshayes, lithographie représentant la scène où Raoul, les yeux bandés, est amené devant Marguerite de Navarre (1836). : Entracte. : Air « Ô beau pays de la Touraine » : Marguerite de Valois vient d’achever sa toilette. Entourée de ses dames de compagnie et servantes, elle s’admire dans un miroir que tient le page Urbain, tout en chantant la beauté des lieux. : Cabalette « A ce mot seul s’anime et renaît la nature » : Se soustrayant quelques instants à sa contemplation, Marguerite espère rester à l’écart des querelles religieuses qui empoisonnent le pays.