vignette|redresse|, la première romance historique de Georgette Heyer

Une romance est un type de roman d'amour développé dans certains pays anglophones, tels que les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l'Australie. Le terme est un anglicisme inspiré de « ».

Considéré en France comme un genre mineur, peu étudié par les universitaires, ce type de roman se confond dans l'esprit du public et des médias francophones avec l'ensemble de la production sentimentale de la littérature populaire, représentée emblématiquement par les collections Harlequin, éditées en France depuis 1978. Il jouit cependant dans le monde anglo-saxon d'un statut plus valorisé.

Comme tout roman d'amour populaire universel, les romances se concentrent sur les relations et l'histoire sentimentale entre deux personnes, tout en parvenant à émouvoir le lecteur et en optant pour une fin heureuse. Depuis la fin du et le début du , elles sont commercialisées dans deux catégories principales : le roman sériel ou « format court » (« »), qui est un petit roman avec une durée de vie d'un moisLa durée de vie d'un mois du roman renvoie au temps d'exposition des exemplaires à la vente dans les magasins. et le format standard ou roman de « littérature générale » (« »), qui est généralement plus long avec une durée de vie plus étendue. Au-delà de sa catégorie générale, une romance peut se diviser en une multitude de sous-genres, dont les romances contemporaines, historiques, paranormales etc. Les éditeurs estiment qu'un nouveau sous-genre est créé pratiquement chaque année.

Une des plus anciennes romances est le récit populaire de Samuel Richardson publié en 1740 : Paméla ou la Vertu récompensée. Il est révolutionnaire sur deux points : l'histoire se focalise sur la cour que fait le héros et expose principalement le point de vue de l'héroïne. Au siècle suivant, Jane Austen étend le genre et son Orgueil et préjugés en est souvent considéré comme le parangon. Austen inspire Georgette Heyer qui crée par la suite la romance historique en 1921. Une dizaine d'années plus tard, la maison d'édition britannique entame la publication des premiers romans d'amour sériels. Leurs livres sont revendus en Amérique du Nord par les éditions Harlequin, qui mettent en place un marketing direct auprès des lecteurs et donnent la priorité aux magasins de grande distribution.

La romance moderne est née en 1972 avec la parution aux éditions Avon du roman de Kathleen Woodiwiss, Quand l'ouragan s'apaise, la première romance dite « de littérature générale » à être publiée directement en livre de poche. Le genre explose dans les années 1980 avec la création de nombreuses collections de romans sériels et un nombre sans cesse grandissant de romans de « littérature générale ». Des auteurs populaires commencent à repousser les limites du genre tandis que les intrigues et les personnages se modernisent.

En Amérique du Nord, les romances constituent le genre le plus populaire de la littérature moderne, en représentant 55 % de l'ensemble des livres de poche publiés en 2004. Il rencontre la même popularité en Europe et en Australie, les romances sont traduites en 90 langues différentes. Elles sont en majorité écrites par des femmes ou signées sous un pseudonyme féminin. Malgré ce succès, le genre attire la dérision, le scepticisme et les critiques.

Définitions et fonctionnement de la romance vignette|redresse| (Edmund Blair Leighton, , 1894)

D'après l'association américaine des auteurs de romances, la (), ce genre de récit doit s'articuler autour de deux personnes, le sujet principal étant le développement d'une interaction romantique entre elles et la façon dont elles construisent ensemble cette relation. Tant le conflit que le point culminant du roman doivent être directement liés à ce thème central qu'est l'histoire d'amour, bien que le roman puisse aussi contenir des sous-intrigues sans lien avec la relation entre les personnages principaux. En outre, une romance doit apporter une satisfaction émotionnelle et se terminer de façon heureuse. Des définitions plus brèves ont été proposées par Leslie Gelbman, le président de la maison d'édition américaine Berkley Books, ou le sociologue français Bruno Péquignot : un roman qui doit faire de la Citation originale : ou . En général, les romances récompensent les et sanctionnent les . De même, un couple qui met tout en œuvre pour bâtir une relation et qui croit en elle est a priori récompensé par l'amour inconditionnel. L'auteur à succès Nora Roberts résume le genre en disant : Citation originale : . La littérature féminine () (dont la ) se distingue du genre. Dans ce type de fiction, les liens que l'héroïne entretient avec sa famille ou ses amis sont aussi importants que sa relation avec le héros, voire davantage.

Certains auteurs et lecteurs de romances ajoutent des restrictions supplémentaires à leur définition du genre, pouvant aller du fait que les protagonistes doivent se rencontrer au début de l'histoire aux thèmes à éviter comme l'adultère. D'autres désaccords sont centrés sur l'exigence d'une fin heureuse ou la place des relations entre des personnes de même sexe à l'intérieur du genre. Des lecteurs admettent des histoires sans fin heureuse si le cœur de l'intrigue est l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux (exemple : Roméo et Juliette). D'autres estiment que la définition du genre doit être beaucoup plus stricte et n'inclure que les couples hétérosexuels. Si la majorité des romances suivent cette délimitation, il existe beaucoup d'autres livres qui sont considérés comme des romans d'amour et qui pourtant dévient de ces règles.

Par conséquent, la définition générale, acceptée à la fois par la et les éditeurs, se résume à un récit centré sur le développement d'une histoire d'amour, avec une fin heureuse. Aussi longtemps qu'une romance suit ces deux critères, elle peut se dérouler dans n'importe quel lieu et à n'importe quelle période, et les restrictions sur le contenu sont limitées. Même des sujets controversés sont abordés, tels que le viol, la violence domestique, la dépendance ou l'invalidité. La combinaison de différentes époques, lieux et types d'intrigues aide cependant un roman à figurer dans l'un des divers sous-genres. Malgré les nombreuses possibilités que ce système permet, beaucoup de journalistes de la presse dominante considèrent que Citation originale : . Les stéréotypes sur les romances abondent. Par exemple, certains croient qu'elles sont toutes similaires aux romans de Danielle Steel, avec des personnages riches et glamours qui voyagent dans des contrées exotiques. De fait, un certain nombre de lecteurs et de spécialistes considèrent que tous les romans de Steel ne peuvent être classés dans le genre mais plutôt dans la fiction Terme américain qui désigne la littérature standard, dont ne font pas partie les œuvres de genre.. En effet, plusieurs d'entre eux ne relatent pas une histoire d'amour, tandis que d'autres ne comportent pas de fin heureuse.

Aux États-Unis, les romances sont quelquefois référencées ou désignées par des groupes de pression comme de la pornographie féminine. Si certaines romances contiennent des scènes d'amour plutôt osées, dans d'autres les personnages ne vont pas plus loin que s'embrasser chastement. Le genre oscille entre ces deux extrêmes. La grande majorité des lecteurs étant des femmes, la plupart des romances sont racontées du point de vue de la femme, à la première ou à la troisième personne.

Formats

Les romances se divisent en deux tendances : le roman sériel ( ou ) et le roman de (). La majorité des auteurs écrivent uniquement dans l'un des deux formats, toutefois certains comme Jayne Ann Krentz ou Nora Roberts ont connu le succès dans les deux.

Le roman sériel vignette|redresse|Meredith Webber, auteur de nombreuses romances sérielles dans la collection « Blanche » des éditions Harlequin.

Les romans sériels sont courts, ne dépassant habituellement pas 200 pages ou . Ils sont publiés dans des collections clairement définies, avec un certain nombre de livres publiés dans chaque série () tous les mois. Dans de nombreux cas, les livres sont numérotés dans l'ordre à l'intérieur de la série. Ces romans bénéficient d'une ample diffusion, mais il n'existe qu'un seul tirage par titre. Ils restent dans les rayonnages des magasins et supermarchés pendant un mois, après quoi d'autres titres prennent la place des invendus qui sont alors détruits, et très rarement réédités. Les livres des auteurs du plus grand éditeur de romans sériels, Harlequin Enterprises Ltd, sont traduits dans 26 langues et vendus dans 109 pays.

Pour écrire un roman de cette longueur, l'auteur doit limiter le récit à l'essentiel. Sous-intrigues et personnages secondaires sont éliminés ou relégués à l'arrière-plan. Néanmoins, les séries de romans sériels ont chacune une identité distincte avec des éléments caractéristiques : cadres, personnages, périodes, niveaux de sensualité ou types de conflit. Les éditeurs de ce type de format remettent généralement à leurs auteurs des guides d'écriture () qui fixent le schéma standard de chaque sérieToth (1998), p. 519.. Les éditeurs renouvellent régulièrement leurs collections en fonction de l'état du marché et des préférences supposées des lecteurs. Des séries érotiques et chrétiennes sont mises en place, tandis que les traditionnelles séries « Régence »Il s'agit de récits se déroulant durant la période de la Régence anglaise (1811-1820). sont arrêtées.

Le roman de « littérature générale »

Les romances qui ne sont pas publiées dans le cadre d'une série d'un éditeur sont appelées romans de ou . Ils sont plus longs, comptant en moyenne entre 350 et 400 pages, et constituent de la littérature sentimentale. Les éditeurs peuvent sortir plusieurs romans dans un espace de temps très court pour des raisons de publicité et de vitesse des ventes, mais la plupart des auteurs écrivent en moyenne un roman et demi par an et en font paraître un chaque année. Ces romans restent dans les rayons à la discrétion des magasins.

Malgré leur nom, les romans ne sont pas toujours des récits uniques, totalement indépendants. Certains auteurs préfèrent écrire des romans liés entre eux, sous forme de trilogie ou même des sagas plus longues, tant qu'ils peuvent revisiter leurs personnages ou leurs univers. Ils portent souvent des titres similaires et peuvent être numérotés. Pour autant, il ne s'agit pas de romans sériels puisqu'ils n'appartiennent pas à une série ou à une collection particulière.

Histoire du genre Genèse vignette|redresse|Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson

L'un des premiers romans d'amour est Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson. Publié en 1740, il raconte une quête amoureuse du point de vue de l'héroïne. À la différence de beaucoup de romans de la même époque, Paméla se termine bien. Le livre est l'un des premiers best-sellers, avec cinq éditions imprimées en l'espace de onze mois après sa sortie. Toutefois, le genre ne prend réellement forme qu'à partir du .

Jane Austen est considérée comme l'un des maîtres du genre avec Orgueil et Préjugés, paru en 1813, désigné comme étant . Cependant, des critiques, essentiellement féministesPar exemple ., reprochent aux œuvres de Jane Austen de renforcer le stéréotype sexiste que la femme doit se marier. Les sœurs Brontë utilisent le travail d'Austen pour rédiger leurs romans. Jane Eyre de Charlotte Brontë, publié en 1847, introduit l'héroïne orpheline. Combinant des éléments de roman gothique et de drame élisabéthain, Jane Eyre .