Michel Recanati est un militant trotskiste, né le , à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), et mort le à Goussainville (Val-d'Oise), qui a représenté l'union des comités d'action lycéens en Mai 68 en tête de la grande manifestation du , aux côtés d'Alain Geismar, Daniel Cohn-Bendit et Jacques Sauvageot puis organisé les manifestations de lycéens de 1973 contre la loi Debré.
Biographie Famille Michel Recanati est le fils aîné de Suzanne Rodrigue, de famille juive et militante communiste, mariée en 1952 avec Jean Recanati, lui aussi militant communiste, journaliste à L'Humanité à partir de 1946, rue du Louvre, au cœur du quartier de la presse. Son frère François, de deux ans plus jeune, agrégé de philosophie, deviendra un universitaire qui obtient, en 2014, la médaille d'argent du CNRS. et est élu au Collège de France en 2019.
Les époux Recanati mentionnent leur judaïté à leurs enfants à leur adolescence, après l'avoir « longtemps vécue comme une disgrâce »Biographie Maitron de Jean Recanati, père de Michel.. Les grands-parents, issus d'une famille juive immigrée de Salonique (à l'époque dans l'Empire ottoman), devenus commerçants dans le arrondissement de Paris, sont déportés en 1942 par le régime de Vichy et périssent dans les camps d'extermination nazis.
Quand Joseph Recanati, l'oncle de Michel, fut à son tour arrêté comme résistant en 1943 et déporté au camp de concentration de Mauthausen, Jean Recanati, resté seul de sa famille, passe la ligne de démarcation et se réfugie en zone Sud à Clermont-Ferrand. Il y travaille, comme répétiteur, dans une famille de gens de lettres puis à la rédaction des journaux qui reparaissaient, La Nation et Le Patriote, animés par le couple Jean-Toussaint Desanti et Dominique Desanti, le premier ayant été professeur de philosophie dans son lycée parisien.
Ébranlé par les révélations du rapport Khrouchtchev et par l’intervention de l’Armée rouge en Hongrie en 1956, le père de Michel Recanati démissionne en 1956 du PC et de son poste de journaliste à L'Humanité, tentant de poursuivre sa carrière à Europe-Auto, une revue automobile.
Son père était ami de Roger Vailland, écrivain, essayiste, grand reporter et scénariste, résistant gaulliste puis communiste, militant communiste au début des années 1950, avant de se distancier du parti, tout en restant engagé. A son décès, en 1965., sa veuve demande au père de Michel de s’occuper d'éditer ses œuvres et écrits personnels. En 1968, les parents de Michel Recanati trouvent un travail dans la Maison d'éditions Lancelot-Publicité.
Son père, décédé au début du mois de , est décrit comme un homme , qui "L'autobiographie de Jean Recanati" par François Bott, dans Le Monde du 10 mars 1980.
La guerre du Viêt Nam et les comités lycéens de 67-68 La guerre du Viêt Nam lui impose très tôt une conscience politique. Il crée le noyau initial des Comités d'action lycéens (CAL) au lycée Jacques-Decour, où il est en terminale avec Maurice Najman : tous deux fondent le premier CAL le .. Bernard Schalscha, Maurice Ronai, Marc Coutty, Antoine Valabregue et Patrick Fillioud en firent partie. Ils sont actifs également dans les premières réunions de sensibilisation de la jeunesse à la cause vietnamienne.
À la mi-décembre, il ne s’agit plus seulement du Vietnam mais de leur participation, en tant que comité lycéen, au Mouvement de 1967 contre les ordonnances sur la sécurité sociale, aux côtés de l'UNEF lors de la manifestation du 13 décembre 1967, avec notamment un meeting commun de la CGT et de la CFDT"68 à Caen" par Alain Leménorel , 2008, page 67, une demi-douzaine de lycées ayant déclenché une grève de solidarité""L'explosion de mai, 11 mai 1968" par René Backmann, Lucien Rioux - 1968 . Les principales manifestations en province ont eu lieu à Lyon (), Le Mans, Lille ( à ), Saint-Étienne (), Bordeaux, Grenoble, Rouen () ou encore Marseille, Le Havre, Dijon, Toulon ( à ) Le Monde du 15 décembre 1967 à . À Paris, Michel Perraud, président de l'UNEF et des représentants de la FEN ont pris la parole sur l'estrade de fortune. Lorsque des politiques comme Waldeck Rochet, Jacques Duclos et Claude Estier veulent y monter, ils décident finalement de s'abstenir à la suite de protestations attribuées à des militants CFDT. L'UNEF se bat au même moment contre la réforme Fouchet des universités LA SIGNIFICATION POLITIQUE DE LA REFORME FOUCHET, tract de mars 1966 et les règlements des résidences universitaires, accusés de freiner la démocratisation des universités.
Il est ensuite rejoint à la fin par Romain Goupil, élève dans un autre lycée du quartier. Tous deux se sont connus l'année précédente à la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), et participeront ensemble aux événements de Mai 68. Michel Recanati devient « le » leader des comités d'action lycéens en 1968La Saga des intellectuels français : L’avenir en miettes (1968-1989) par François Dosse, 2018..
Le , son père va chercher son petit frère, , en garde à vue avec plusieurs autres au 36, quai des Orfèvres, quelques jours après une manifestation violente devant le siège de l'American Express. Le Mouvement du 22 Mars 1968 naît le même jour à Nanterre.
La Nuit des Barricades de Mai 1968 L'assemblée générale des Comité d'action lycéens appelle le à la manifestation du qui s'achève par la Nuit des Barricades de Mai 68. À la veille de Mai 1968, il y a une cinquantaine de Comités d'action lycéens, dont une trentaine en province. À Marseille, ils sont à eux seuls 1 500 dans la manifestation du . À Paris, les lycéens forment d'abord un cortège distinct, le plus massif, qui se mêle à celui des étudiants vers 19 heures, deux heures trente avant l'édification de la première barricade.
Le lendemain de la Nuit des Barricades de Mai 68, Michel Recanati représente assemblée générale des Comité d'action lycéens du , aux côtés d'Alain Geismar (SNESup) et Jacques Sauvageot (UNEF), lors de la conférence de presse du à midiLe Monde du 15 mai 1968 , commentant les violences de la Nuit des Barricades de la veille, trois heures avant l'annonce de la grande manifestation avec les syndicats de salariés du . Daniel Cohn-Bendit est invité car il a rencontré le recteur la veille entre minuit et deux heures du matin, dans une délégation organisée par son ami et professeur Alain Touraine à la demande du ministre de l'Éducation, qui avait refusé de recevoir Alain Geismar et Jacques Sauvageot. Les photos de la conférence, diffusée par l'AFP, montrent la présence de Michel Recanati, non nomméPhoto, avec Michel Recanati, de la conférence de presse le 11 mai 1968 à Paris, site Web de Vingt Minutes le 23 mai 2018 Photo AFP, avec Michel Recanati, de la conférence de presse le 11 mai 1968 à Paris, site de France Soir le 29/04/2018 http://www.francesoir.fr/politique-france/mai-68-les-10-acteurs-principaux-diaporama].
Près de 400 lycées sont occupés en mai et . Ils profitent de l’essor des comités Vietnam lycéens l'année précédente. Le , Michel Recanati représente les CAL sur des photos prises avec Jacques Sauvageot, Cohn-Bendit et Geismar, à la tête de la grande manifestation parisienne, épisode raconté dans le film Mourir à trente ans, au cours duquel il prend de vitesse le précédent leader, Maurice Najman. D'autres sources contestent cette version pour mentionner que Recanati et Najman étaient tous les deux en tête de la grande manifestation.
Tous deux avaient quitté le lycée l’année précédente. Les deux dirigeants étaient restés lycéens une année après l’obtention du baccalauréat, pour animer leur organisation, étant dégagés du temps de travail scolaire pour le faire« À la fois jeunes et scolarisés : le puzzle de la mémoire des mouvements lycéens », par Robi Morder, dans la Gazette des archives, en 2014.. Michel Recanati a presque 18 ans en Mai 68.
La rentrée universitaire de 1968 À la rentrée de 1968, il s'inscrit à la faculté des lettres de Paris et à l’école des langues orientales mais devient un militant professionnel. Dès le , il tient meeting à Toulouse, à la faculté des lettres, devant 200 étudiants, pour Rouge, puis se fait élire au bureau politique de la Ligue communiste lors du congrès de fondation à Mannheim, en , et devient le responsable du secteur jeune.
Très engagé dans la campagne de solidarité avec la lutte des Vietnamiens contre l’intervention militaire américaine en Indochine, il est dès le associé, en compagnie de Daniel BensaïdEnquête sur Edwy Plenel, par Laurent Huberson, éditions du Cherche Midi, 2011., à une opération-spectacle : asperger de peinture blanche le vice-président du Sud-Vietnam, le général Ky, en visite officielle à Paris, du toit de l'École polytechnique. Il vient alors d'intégrer la « commission très spéciale » (CTS) « créée du temps de la JCR »Rebelle jeunesse, par Henri Weber, éditions du groupe Robert Laffont, 2018. par Henri Weber et « se réunissant toujours » en la présence de celui-ci. Cette CTS fonctionne comme une « petite armée privée ».
Romain Goupil, un an de moins, est aussi membre de cette CTS et participe aussi au commando. Recanati et lui passent les vacances d'été dans la famille d'Henri Weber, comme le racontera Romain Goupil dans son film de 1982.
Après la manifestation du 9 février 1971 contre Ordre nouveau Ses qualités de sérieux, de ponctualité et d'organisation sont remarquées et il participe ainsi à la vie d'un groupe d'activistes travaillant quinze heures par jour pour leur partiSelon les témoignages du film Mourir à trente ans., avec des dizaines de réunions chaque semaine.
Après les combats très violents du 9 janvier 1971 contre un meeting de l'extrême-droite, sous la direction d'Henri Weber, et à l'instigation de ses membres, parmi lesquels Romain Goupil, Olivier Martin, Xavier Langlade, et les faux jumeaux Cyroulnik, la « commission très spéciale » (CTS) créée en 1968 avait été « substantiellement renforcée et réorganisée », selon Henri Weber qui en cède le leadership en 1972 à Daniel Bensaïd ou Pierre Rousset, selon les sources.
Les manifestations lycéennes de mars-avril 1973 contre la loi Debré En mars-, avec Michel Field, il anime la grande grève lycéenne et les manifestations contre la loi Debré de 1973, qui remettait en question les sursis militaires. C'est avec l'entrée en vigueur des dispositifs de la loi au printemps 1973 que les lycéens se mobilisent, principalement contre la suppression des sursis militairesChristophe Gracieux ., au moment des élections législatives des 4 et , qui ont vu l'Union de la gauche gagner 5,5 points dans les urnes.
Ce mouvement est le plus important mouvement lycéen de l'histoire de France. La mobilisation prend une ampleur inégalée, avec une coordination nationale et une grève générale, qui rapidement touche également les étudiants et les élèves du technique. Recanati travaille avec Michel Field, porte-parole de la coordination lycéenne, et qui était élève de classe préparatoire au lycée Condorcet. Les trois coordinations — lycéenne, étudiante, technique — animent ce mouvement qui réunit manifestants dans à deux reprises, les et , quand 70 % des lycées sont en grève. La loi n'est pas abrogée, mais elle est modifiée.
La manifestation du 21 juin 1973 contre Ordre Nouveau
Michel Recanati a été relaxé par la justice dans l'enquête sur les graves brûlures subies par des policiers lors de la contre-manifestation du , à l'occasion d'un meeting d'Ordre nouveau à Paris, décidée par le bureau politique de la Ligue communiste et organisée avec trois autres partis d'extrême-gauche — sans le PSU.
Ce dernier sera critiqué pour son absence les jours suivants, dans un article de Daniel Bensaïd, numéro deux de la Ligue communiste, lui reprochant de s'être désolidarisé la manifestation.